Les proches d’un soldat tué au Liban déposent sa pierre tombale devant le QG de Tsahal
Le sergent Gur Kehati a été tué au Liban par des agents du Hezbollah en 2024, en même temps qu'un civil ; les charges ont été abandonnées contre l'officier en charge de l'incursion
Indignés par la façon dont l’armée israélienne a géré la mort de leur fils, les parents d’un soldat mort au combat ont organisé une manifestation, jeudi, pour retirer sa pierre tombale du cimetière militaire et la déposer devant le bureau de l’État-major général, dans les locaux du quartier général de Tsahal, à Tel Aviv.
Une semaine plus tôt, le tout nouveau procureur général militaire, le général de division Itai Ofir, avait décidé d’abandonner les poursuites pénales à l’encontre de l’officier supérieur de réserve placé sous enquête pour la mort du sergent Gur Kehati. A ce moment-là, la famille Kehati avait fait part de son « choc, [de sa] déception et de sa douleur ».
Jeudi, elle a manifesté sa colère en déposant sa pierre tombale militaire devant la porte des bureaux de l’État-major général.
Sur les images de l’incident diffusées par les médias israéliens, on voit le père de Kehati en train de déposer un mot sur la pierre tombale sur lequel on pouvait lire : « Pour le chef d’État-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, de la part de la famille Kehati. »
Kehati a été tué le 20 novembre 2024, en même temps que le chercheur civil Zeev Erlich, âgé lui de 71 ans, au moment où ils pénétraient sur un site archéologique dans le sud Liban. A ce moment précis, l’offensive terrestre israélienne contre le groupe terroriste Hezbollah, dans le sud-Liban, battait son plein, à une semaine de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah qui a mis fin à plus d’un an d’hostilités.
On a vivement reproché au colonel (de réserve) Yoav Yarom, responsable de l’incursion, d’avoir laissé Erlich pénétrer dans l’ouest du sud-Liban, revêtu d’un uniforme de Tsahal et sans les autorisations requises. Erlich avait servi dans la réserve militaire jusqu’à un âge avancé mais il ne se trouvait pas en service actif au moment des faits.
Yarom et Erlich ont été rejoints par des soldats au moment d’entrer dans une forteresse médiévale du village libanais de Shamaa, dans le sud-Liban, un lieu considéré par les chrétiens et musulmans chiites comme le lieu de sépulture de saint Pierre, au Ier siècle.
Estimant que la zone avait été débarrassée de toute menace, Yarom avait accompagné Erlich et les soldats de l’escorte militaire jusqu’au site archéologique, à l’endroit où deux agents du Hezbollah leur ont tendu une embuscade dans laquelle Erlich et Kehati ont été tués. Un autre militaire a été grièvement blessé, et Yarom lui-même l’a été modérément.
Les agents du Hezbollah ont par ailleurs été tués.
En septembre dernier, à l’issue d’une enquête approfondie de la police militaire, le parquet militaire avait décidé lors d’une audience d’inculper Yarom pour homicide par imprudence.
Mardi toutefois, en guise de première décision, le tout nouveau Procureur général militaire, le général de division Itai Ofir, a décidé d’abandonner les charges dans la mesure où les pièces de l’enquête établissaient que ce déplacement sur le site archéologique « avait été planifié par le commandant… et était nécessaire sur le plan opérationnel. »
La mère de Kehati, Maayan Agmon Kehati, a alors écrit sur Facebook, sous une photo de la famille en train de retirer la pierre tombale, qu’ils avaient décliné l’invitation à parler avec le procureur général militaire parce qu’ils n’étaient pas « prêts, psychologiquement parlant ».
« Il a donné à l’armée, aux gens d’ici et à ce pays répugnant la belle vie qu’il était en train de se construire », a-t-elle écrit. « Gur était quelqu’un de très spécial. »
Elle conclut : « Cette terre est maudite. Le judaïsme est maudit. J’en ai marre de tout ça. Plus précisément, ils m’ont dégoûtée. »