Tsahal classe l’affaire visant un officier accusé de la mort d’un chercheur et d’un soldat au Liban
Le colonel (à la retraite) Yoav Yarom avait été inculpé d'homicide involontaire pour la mort du sergent Gur Kehati et du chercheur civil Ze'ev Erlich ; la famille de Kehati est indignée par ce revirement
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.
Dans l’une de ses premières décisions, le nouveau procureur général militaire, le général de division Itai Ofir, a décidé mardi de classer sans suite le dossier ouvert à l’encontre d’un officier supérieur, un réserviste, qui était accusé d’avoir été impliqué dans les circonstances qui avaient entraîné la mort d’un soldat et d’un chercheur, un civil, dans le sud du Liban, au mois de novembre 2024.
Le colonel Yoav Yarom ne fera ainsi pas l’objet de poursuites pénales. Ofir a préféré recommander des sanctions disciplinaires qui seront mises en œuvre au sein de Tsahal. Au mois de septembre, les procureurs avaient indiqué qu’ils allaient demander la mise en examen de l’officier de réserve, l’accusant d’homicide par imprudence.
Tsahal a expliqué que des investigations lancées sur une autre personne impliquée dans le même incident seraient également closes, sans poursuites pénales.
Les familles du sergent Gur Kehati, 20 ans, et de Zeev Erlich, 71 ans, un civil, ont été informées de cette décision, a fait savoir l’armée israélienne. La famille de Kehati a critiqué la décision prise mardi, a annoncé l’avocat qui les représente dans cette affaire.
Le 20 novembre 2024, Yarom, qui occupait le poste de chef de la brigade Golani dans les réserves, avait autorisé Erlich à entrer dans le secteur ouest du sud du Liban, en uniforme de l’armée israélienne, afin d’examiner un site archéologique – il n’avait pas pour ce faire les autorisations nécessaires. Erlich avait longtemps servi dans la réserve militaire malgré son âge avancé, mais il n’était pas en service actif au moment de son entrée au Liban.
Cette visite avait eu lieu au plus fort d’une offensive terrestre lancée par Israël contre le groupe terroriste du Hezbollah, dans le sud du Liban – une semaine avant que la conclusion d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah ne vienne mettre un terme à plus d’un an d’hostilités. Le Times of Israel et d’autres journalistes avaient été escortés par l’armée vers un village adjacent au même moment.
Yarom et Erlich avaient été rejoints par une équipe de soldats lorsqu’ils étaient entrés dans une forteresse médiévale du village de Shamaa, dans le sud du Liban – un ieu vénéré par les chrétiens et les musulmans chiites, qui y voient le site où avait été inhumé Saint Pierre, au 1er siècle.
Convaincu que la zone avait été sécurisée, Yarom avait conduit Erlich et les soldats qui l’accompagnaient sur le site, où deux membres du Hezbollah avaient tendu une embuscade aux forces qui s’avançaient. Erlich et Kehati avaient été tués. Un officier avait été grièvement blessé et Yarom lui-même avait été modérément blessé, avant que les tireurs ne soient abattus.
Suite à une enquête approfondie de la police militaire, le parquet avait décidé, au mois de septembre, de mettre Yarom en examen pour homicide involontaire, sous réserve d’une audience.
Les militaires ont indiqué qu’immédiatement après avoir pris ses fonctions à la fin du mois de novembre, et en raison du délai de prescription applicable dans le droit militaire en lien avec cette affaire, Ofir avait décidé d’organiser une audience avec Yarom et avec l’équipe du ministère public.
Avant l’audience, de nouveaux témoignages ont été recueillis auprès du commandant gravement blessé, ce qui n’avait pas pu être fait auparavant en raison de ses blessures, a déclaré l’armée.
« La combinaison des résultats de l’enquête qui ont été donnés, des témoignages supplémentaires qui ont été recueillis, ainsi que des preuves présentées et soumises lors de l’audience par la défense, avec notamment une série d’avis de commandants passés et présents concernant les domaines d’expertise d’Ehrlich et leur confiance en lui dans un cadre opérationnel, tous ces éléments ont amené le Corps du procureur général militaire à décider de ne pas poursuivre pénalement le colonel (à la retraite) Yoav Yarom », a expliqué l’armée israélienne dans un communiqué.
Tsahal a ajouté que les éléments de l’enquête montraient que la visite du site « avait été planifiée à l’avance par le commandant de la force… et qu’elle était nécessaire à des fins opérationnelles ».
Selon l’armée, le colonel Adi Gonen, commandant de la brigade Golani, avait ordonné à une équipe de se rendre dans le secteur pour enquêter sur la mort d’un autre soldat de sa brigade lors d’un combat contre les hommes armés du Hezbollah, cinq jours plus tôt.
Les militaires ont fait savoir qu’il n’était pas possible, d’un point de vue juridique, de réfuter les affirmations faites par Yarom, qui avait dit qu’il avait rejoint la patrouille « pour des raisons opérationnelles » et qu’Erlich avait également été inclus dans la visite « pour des raisons opérationnelles ».
L’armée a ajouté qu’elle « partageait la profonde tristesse » des familles Kehati et Erlich.
Le colonel à la retraite Ran Cohen Rochverger, l’avocat qui représente la famille Kehati, a réagi à la décision prise par Ofir en déclarant que la famille avait accueilli cette annonce « avec choc, frustration et douleur ».
« La famille ne comprend pas comment, il y a seulement deux mois, le Corps du procureur général militaire avait annoncé son intention de poursuivre Yarom pour homicide par imprudence, et qu’aujourd’hui, cette décision a été annulée », a commenté Rochverger.
« Rien ne ramènera Gur à sa famille, mais le minimum requis est que les responsables de cette catastrophe rendent des comptes pour leur crime », a-t-il noté, ajoutant que la famille déciderait de la suite à donner à cette affaire, tout en « tenant compte du fait que l’annonce a été faite seulement un jour avant l’expiration de l’applicabilité de la loi militaire sur le suspect ».
Yarom avait demandé à démissionner de son poste une semaine après l’incident, même s’il était déjà prévu qu’il soit licencié après s’être remis de ses blessures.
Erlich a été reconnu rétroactivement par l’armée israélienne comme major dans la réserve, en dépit du fait qu’il n’était pas en service actif quand il a été tué.
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