À Nir Oz, l’ex-otage Sagui Dekel-Chen chante ses chansons, écrites en captivité

Après 498 jours aux mains du Hamas, le kibboutznik a chanté ses compositions lors d'un concert émouvant sur la pelouse de son kibboutz natal, à Nir Oz, devant 3 000 personnes

L'ancien otage Sagui Dekel-Chen et la chanteuse Marina Maximilian interprétant les chansons qu'il a composées pendant sa captivité, sur la pelouse du kibboutz Nir Oz, dans le cadre du Festival d'Israël, le 10 août 2026. (Crédit : Orit Pnini)
L'ancien otage Sagui Dekel-Chen et Omri Glickman, chanteur principal du groupe HaTivka6, interprétant une chanson composée par Dekel-Chen pendant sa captivité lors d'un spectacle sur la pelouse du kibboutz Nir Oz dans le cadre du Festival d'Israël, le 10 août 2026. (Crédit : Orit Pnini)
Des photos des membres du kibboutz Nir Oz tués le 7 octobre 2023 et pendant leur captivité accrochées au ficus géant situé au centre de la pelouse du kibboutz, lors du spectacle de Sagui Dekel-Chen, le 10 août 2026. (Crédit : Daniel Laufer)
L'ancien otage Sagui Dekel-Chen et son épouse, Avital Dekel-Chen, interprétant les chansons qu'il a composées pendant sa captivité, sur la pelouse du kibboutz Nir Oz dans le cadre du Festival d'Israël, le 10 août 2026. (Crédit : Orit Pnini)
L'ancien otage Sagui Dekel-Chen interprétant les chansons qu'il a composées pendant sa captivité, sur la pelouse du kibboutz Nir Oz, dans le cadre du Festival d'Israël, le 10 août 2026. (Crédit : Orit Pnini)

KIBBOUTZ NIR OZ — Lundi soir, l’ancien otage Sagui Dekel-Chen est monté sur scène pour interpréter neuf chansons qu’il a composées dans sa tête pendant ses 498 jours de captivité aux mains du Hamas à Gaza.

Des chansons sur sa femme et ses filles — l’une d’entre elles est d’ailleurs née pendant qu’il était en captivité. Des chansons sur sa peur que ses proches n’aient pas survécu au pogrom du Hamas du 7-Octobre, ce qu’il n’a su que quelques jours avant sa libération, le 15 février 2025.

Trois mille personnes sont venues écouter en silence, en pleurant, Dekel-Chen, aujourd’hui âgé de 38 ans, parler de son amour pour la musique et des chansons, qui l’ont aidé à tenir pendant cette épreuve, dès les premiers jours, dans un hôpital de Khan Younès.

C’est son envie de raconter cette histoire grâce à sa musique qui a donné lieu à un concert pas comme les autres. Sur scène, il a dit que ce concert s’intitulait « La captivité en paroles ».

« Je ne suis pas chanteur », a rappelé Dekel-Chen avec un sourire au début du spectacle. « N’en attendez pas trop. »

Il a dit au public que toutes les chansons n’étaient pas tristes et qu’il y aurait des moments drôles et des occasions de danser. Ce qui est totalement vrai.

Dekel-Chen s’est produit avec huit musiciens et trois choristes, plus des grands noms de la scène musicale israélienne, et notamment Idan Raichel, Hatikva 6 et Marina Maximilian — des musiciens qui ont aidé Dekel-Chen à donner vie à ses chansons lors des 18 mois qui se sont écoulés depuis sa libération.

Pour autant, tout au long du spectacle, c’est bel et bien Dekel-Chen — jeune père de famille mince et barbu, en jean, ex-employé d’une ONG avant le 7-Octobre et qui, selon certains, avait souvent les mains couvertes de graisse à force de bricoler dans le garage du kibboutz — qui a mené le show.

Les paroles des chansons défilaient sur un écran géant, au fond de la scène, entrecoupées de photos de Dekel-Chen et des siens, avant et après le 7-Octobre.

Dekel-Chen a parlé franchement de ce matin du Shabbat du 7 octobre 2023, lorsque les terroristes du Hamas ont envahi le kibboutz Nir Oz, une communauté de 400 personnes, brûlant et assassinant des gens chez eux, un total de 47 morts et 76 otages. Lors du pogrom du 7-Octobre, des milliers de terroristes menés par le Hamas ont assassiné brutalement plus de 1 200 personnes dans le sud d’Israël, essentiellement des civils, et pris 251 otages séquestrés dans la bande de Gaza.

L’ex-otage Sagui Dekel-Chen interprétant les chansons qu’il a composées en captivité, sur la pelouse du kibboutz Nir Oz, dans le cadre du Festival d’Israël, le 10 août 2026. (Crédit : Orit Pnini)

Le pogrom n’a épargné que six maisons du kibboutz.

Dekel-Chen est ensuite passé à l’anglais pour évoquer ces atrocités, afin que ses filles, présentes au concert, ne comprennent pas.

Les proches de Dekel-Chen, sa femme Avital, enceinte à ce moment-là, et ses deux fillettes, Bar et Gili, s’étaient enfermées dans leur pièce sécurisée pendant qu’il s’armait pour combattre les terroristes sur le point d’arriver, dans le cadre de l’équipe de sécurité d’urgence du kibboutz.

Lors de la bataille, Dekel-Chen s’est dirigé vers sa maison : c’est à ce moment-là qu’il a été capturé.

Des photos de victimes accrochées sur le mur extérieur d’une maison du kibboutz Nir Oz détruite lors du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, comme on l’a vu dans la communauté frontalière de Gaza le 23 octobre 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« J’ai compris que c’était la fin », a déclaré Dekel-Chen en parlant des amis proches et les hommes qu’il admirait qui ont été tués autour de lui ce jour-là.

Nombre de chansons de Dekel-Chen lui ont été inspirées par son inquiétude pour ses proches.

« J’imaginais Mili en train d’accoucher alors que j’étais dans les tunnels », a confié Dekel-Chen en appelant sa femme par son surnom. « J’entendais les cris d’un nouveau-né. »

Dans cette chanson, intitulée « Je ne connais toujours pas ton nom », Dekel-Chen a expliqué qu’il pensait à son bébé, Shahar Mazal — dont il n’a connu le nom qu’à sa libération —, qu’il le verrait peut-être, s’il venait un jour à être libéré. Elle est née en décembre 2023, trois mois avant sa libération.

Il a demandé au public de lever la main s’ils avaient tenu Mazal (le mot hébreu pour « chance », et le nom que les Dekel-Chen donnent à leur plus jeune enfant) dans leurs bras avant lui, les remerciant d’avoir été là quand lui ne le pouvait pas.

« Made in Khan Younès »

Une fois revenu de Gaza, à l’hôpital, il s’est servi de son téléphone pour enregistrer les chansons qu’il avait en tête depuis si longtemps.

Dekel-Chen a raconté que tout le temps de sa captivité, il jouait de la musique dans sa tête — des chansons de Shlomo Artzi, Bruce Springsteen, Adele et bien d’autres.

L’ex-otage Sagui Dekel-Chen retrouvant son épouse Avital à son retour en Israël après 498 jours de captivité à Gaza, le 15 février 2025. (Crédit : Armée israélienne)

« Je suis arrivé à 44 chansons que je connais bien », a dit Dekel-Chen. Sur cette bande sonore intérieure, il s’imaginait chanter pour endormir ses filles ou pour des rendez-vous romantiques avec Avital.

Pendant le spectacle, Avital a dit au public que son mari n’était pas du genre à abandonner une idée et qu’il s’était mis en quête de trouver des noms de producteurs de musique israéliens, peu de temps après sa libération, afin de monter son spectacle.

C’est grâce à des promoteurs de concerts, dont le légendaire Shuki Weiss, que Dekel-Chen a rencontré les directeurs du Festival d’Israël — l’événement culturel originaire de Jérusalem qui dure un mois et qui, depuis le 7-Octobre, programme des spectacles dans les régions les plus touchées du sud et du nord d’Israël. C’est là que le Festival a décidé de produire le spectacle de Dekel-Chen — ce qu’il a fait avec la plus grande attention.

Ces derniers mois, Dekel Chen a passé du temps en studio et travaillé avec un coach vocal en vue de ce spectacle « Made in Khan Younès », a plaisanté Dekel-Chen, en parlant de la zone de Gaza dans laquelle il a été otage.

L’ex-otage Sagui Dekel-Chen et le musicien Idan Raichel lors d’un concert autour des chansons que Dekel-Chen a composées en captivité, au kibboutz Nir Oz le 10 août 2026. (Crédit : Orit Pnini)

Certaines des stars israéliennes qui ont aidé Dekel-Chen pour ce concert ont fait une apparition sur scène, à commencer par Raichel, qui a évoqué sa rencontre avec Avital deux semaines après l’enlèvement de son mari et leur amitié.

Un des moments forts de ce spectacle fut le duo formé par le célèbre musicien avec Dekel-Chen pour chanter, tout sourire, « Attendre », une chanson d’amour triste et douce composée par l’ex-otage.

Dekel-Chen a interprété une version d’une chanson écrite au sujet de sa femme Avital et des pas de danse qu’il s’imaginait faire avec elle, dans le coin de sa cellule à Gaza, avec la voix de la diva et actrice Rita.

Le groupe de pop-rock Hatikva 6 a interprété avec Dekel-Chen une version reggae de « Lettre pour Arik », une version remaniée de la chanson d’Arik Einstein, « J’ai de l’amour », composée par Dekel-Chen durant ses premiers jours de captivité.

L’ancien otage Sagui Dekel-Chen et Omri Glickman, chanteur principal du groupe HaTivka6, interprétant une chanson composée par Dekel-Chen pendant sa captivité lors d’un spectacle sur la pelouse du kibboutz Nir Oz dans le cadre du Festival d’Israël, le 10 août 2026. (Crédit : Orit Pnini)

À la fin du spectacle, sont montés sur scène l’auteure-compositrice-interprète Maximilian, qui a chanté en duo avec Dekel-Chen une version émouvante de sa chanson « Avec toi », dans laquelle on entend « Avec toi, la fin du monde ne me fait pas peur ».

Il est évident que du point de vue de Dekel-Chen, qui s’est épanché sur ses rêves et cauchemars en captivité, tous les obstacles pourraient être surmontés une fois libéré et rentré chez lui, à commencer par la création et l’interprétation d’un spectacle de deux heures pour raconter son histoire.

Moments de vérité et de souvenir

L’un de ses derniers morceaux a été « La chanson pour moi », avec des paroles dont Dekel-Chen a dit qu’elles avaient mis du temps à sortir car elles envisageaient la possibilité de ne pas revenir chez lui, ou de rentrer dans une maison vide.

Dekel-Chen a expliqué qu’il s’était convaincu, en captivité, que ses proches étaient en vie, en bonne santé et l’attendaient. Mais lorsqu’on lui a dit qu’il allait être libéré en même temps que son compagnon d’infortune, Iaïr Horn, lui aussi de Nir Oz, il s’est dit qu’il lui fallait être réaliste et réfléchir à l’endroit où il enterrerait ses proches et aux chansons qu’il ferait jouer lors des funérailles.

Ce moment a été l’occasion de penser à Yarden Bibas, un autre membre de Nir Oz pris en otage, et dont la femme Shiri et les deux jeunes fils, Ariel et Kfir, ont été assassinés « à mains nues » en captivité par le Hamas.

Bibas a enterré sa famille au kibboutz au son de ballades de heavy metal que Shiri et lui aimaient écouter ensemble.

Lors du spectacle, Dekel-Chen a rendu hommage à sa « famille » élargie, celle du kibboutz, des « Nir Oznikim » et de leur soutien infaillible envers sa femme et ses enfants le temps de sa captivité, ainsi que de leur lutte acharnée pour tous ceux qui ont survécu.

Yarden Bibas portant des fleurs aux funérailles de sa femme Shiri et de ses fils Ariel et Kfir, près du kibboutz Nir Oz, le 26 février 2025. (Crédit : Eitan Uner/Forum des familles d’otages et de disparus)

Il s’est adressé directement au public, qu’il a remercié d’avoir « tenu des pancartes, une arme ou de l’espoir », tout au long de ces deux longues années jusqu’à ce que tous les otages soient libérés, en octobre 2025.

« Vous m’avez sauvé », a-t-il dit.

« C’est grâce à vous que je suis là. »

Deux membres de Nir Oz ont interprété une dernière chanson avec Dekel-Chen, tandis que les noms des victimes du kibboutz défilaient sur un écran, derrière eux.

Des photos des membres du kibboutz Nir Oz tués le 7 octobre 2023 et pendant leur captivité accrochées au ficus géant situé au centre de la pelouse du kibboutz, lors du spectacle de Sagui Dekel-Chen, le 10 août 2026. (Crédit : Daniel Laufer)

Il y avait un grand nombre de membres de Nir Oz parmi le public, et ce alors même que la plupart des habitants n’étaient pas encore revenus vivre au kibboutz. Dekel-Chen leur a demandé de se lever pour recevoir l’ovation du reste du public, qui s’était levé pour l’occasion.

Pour aller du parking à la scène, le public a dû emprunter un chemin balisé par une exposition intitulée « Une maison reste une maison », composée de photos de toutes les maisons de Nir Oz, avant le pogrom, agrémentées de commentaires des familles qui y vivaient.

Au début du spectacle, Dekel-Chen a eu la voix nouée par les larmes lorsqu’il a souhaité la bienvenue au public sur cette pelouse, avec son grand ficus au centre, à l’endroit même où il avait joué, enfant, et à l’endroit même où Avital et lui avaient eu leur premier rendez-vous, adolescents.

Ce même ficus avait été décoré de photos et du nom de chacun des membres de Nir Oz tués ou enlevés le 7-Octobre.

« Rien ne sera plus comme avant à Nir Oz », a déclaré Dekel-Chen.

« Il y a une partie de moi qui se remet petit à petit », a-t-il confié. « Et il y a une partie de moi qui est restée dans ce Shabbat. »

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