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Illustration : Une femme se tenant sur une balance. (Crédit : Shutterstock)
Illustration : Une femme se tenant sur une balance. (Crédit : Shutterstock)

L’obésité, dernier obstacle à l’intégration dans les communautés juives

Fat Torah vise à mettre fin à la grossophobie en « se connectant aux textes sacrés, à la tradition et à la spiritualité qui favorisent la libération des personnes de toutes tailles »

Il n’est pas facile d’être Juif et en surpoids. D’une part, la culture juive est fortement axée sur la nourriture. D’autre part, elle a adopté le modèle moderne, occidental et blanc du culte de la minceur et du régime. Pour couronner le tout, une multitude d’entrées sont servies durant le kiddoush du Shabbat et les tables de fêtes sont remplies de plats succulents et (donc) très caloriques, tous consommés sous le regard attentif d’amis et de membres de la famille qui ne peuvent s’empêcher de juger.

« Les préjugés anti-gros s’interposent entre nous et nos célébrations, alors qu’en réalité les traditions juives devraient être libératrices pour tous les corps », a déclaré la rabbi Minna Bromberg, fondatrice de Fat Torah.

Dans quelle mesure vous sentiriez-vous bienvenu si vous ne pouviez pas vous asseoir sur les sièges de votre synagogue ? Si les serviettes et les peignoirs du mikvé (ou bain rituel) étaient trop petites pour recouvrir votre corps ? Si les cadeaux offerts par les conventions de groupes de jeunes juifs n’étaient pas à votre taille ? Si l’organisation juive pour laquelle vous travaillez mettait en place un groupe de régime pour ses employés et surveillait ceux qui le rejoignent – ou non ?

Militante de longue date de la cause des obèses, Bromberg a fondé Fat Torah pour lutter contre la stigmatisation du poids, la phobie « des gros » et la honte des obèses au sein des communautés juives. Pour ce faire, elle s’appuie sur les textes sacrés, la tradition et la spiritualité du monde juif pour promouvoir la libération du corps des personnes quelque soit leurs tailles.

Ces dernières années, les communautés juives ont fait de grands progrès en matière d’accessibilité et d’inclusion. Beaucoup a été fait pour accueillir et mettre à l’aise les personnes ayant des difficultés physiques. Des progrès ont été réalisés dans les domaines de l’égalité des sexes, des questions LGBTQ+ et de la reconnaissance des Juifs de couleur et d’origine non-ashkénormative.

Mais, selon Bromberg, il y a un groupe qui a été laissé de côté, à savoir les personnes souffrant d’obésité.

La fondatrice et présidente de Fat Torah, la rabbi Minna Bromberg. (Autorisation)

Minna Bromberg, 48 ans, utilise fièrement le terme « gros », plutôt que des euphémismes tels que « costaud » ou « enveloppé ».

« Gros est un adjectif moralement neutre pour décrire mon corps. Je veux qu’il cesse d’être considéré comme une injure. Les gens peuvent choisir le mot qu’ils veulent pour se décrire, mais je pense que le terme ‘gros’ est préférable à toutes alternatives médicalisées ou liées à la maladie, comme ‘surpoids’ et ‘obésité' », a-t-elle déclaré.

Lors d’un entretien avec le Times of Israel, depuis son domicile à Jérusalem, Bromberg a souligné que la taille d’une personne est déterminée par de nombreux facteurs et que le fait d’être gros n’est pas nécessairement lié à une mauvaise santé. « L’apparence d’un tiers ne regarde personne d’autre et les gens devraient être jugés sur leur personnalité, pas sur leur morphologie. Sortir de chez soi étant gros ne devrait pas être un problème. »

Emily Goodstein, présidente du conseil d’administration de Fat Torah. (Crédit : Carly Romeo + Co)

« Il est douloureux que des personnes dénigrent les gros en public. Les enfants peuvent entendre ces jugements portés sur les corps, et cela peut les conduire à développer des troubles alimentaires », a-t-elle déclaré.

Bromberg a lancé Fat Torah juste avant le début de la COVID-19. Ses activités ont dû se poursuivre en ligne durant la pandémie, Bromberg offrant des cours, des consultations et un encadrement professionnel par le biais de l’application Zoom. Des centaines de personnes d’Amérique du Nord, d’Israël, d’Europe et du Royaume-Uni ont rejoint le groupe Facebook de l’organisation pour partager leurs expériences, des informations et obtenir un soutien.

Après avoir effectué une première collecte de fonds pour Fat Torah, Emily Goodstein, 39 ans et basée à Washington, est devenue, au début de l’année, la présidente fondatrice du conseil d’administration. Son objectif et celui des 13 autres membres du conseil d’administration est de collecter des fonds et d’élaborer une stratégie visant à développer le personnel et les ressources de l’organisation.

On a dit aux femmes de notre communauté, implicitement et explicitement, que leur corps devait avoir une certaine apparence

Goodstein, qui dirige une agence de marketing numérique spécialisée dans les organisations à but non lucratif, a déclaré qu’elle souhaitait contribuer à mettre fin au traumatisme multigénérationnel de la grossophobie.

« Il est grand temps de s’y atteler. Ce refus d’accepter notre corps remonte à nos arrière-grands-mères. On a dit aux femmes de notre communauté, de manière implicite et explicite, que leur corps devait avoir une certaine apparence, qu’il était mauvais et qu’elles devaient le réparer », a déclaré Goodstein.

Sara Shapiro-Plevan, membre du conseil d’administration de Fat Torah. (Crédit : Ellen Dubin)

« Il est temps pour les communautés juives d’accueillir les personnes obèses et de s’assurer que les espaces que nous concevons seront adaptés aux différentes morphologies », a-t-elle déclaré en citant la fois où elle est revenue d’un événement juif pleine de bleus sur les hanches après avoir dû se serrer pour pouvoir s’asseoir dans une chaise trop petite pour accueillir son corps.

Sara Shapiro-Plevan, qui est âgée de 50 ans et qui vit à New York, est membre du conseil d’administration, ainsi que PDG et fondatrice du Gender Equity in Hiring Project. Elle a rejoint le conseil d’administration de Fat Torah « pour défendre et faire connaître les témoignages des personnes ayant tenté de se libérer des stigmates de la graisse… mais aussi pour informer les gens de la façon dont le judaïsme a privé les gros de nombreuses façons ».

Shapiro-Plevan a raconté comment elle a été mise dans des situations où elle s’est sentie honteuse et vulnérable lorsqu’aucune des serviettes ou des peignoirs fournis dans les mikvés n’étaient adaptés à son corps. Cette situation était d’autant plus grave qu’elle s’était rendue au mikvé pour honorer son corps selon la tradition juive.

« J’ai depuis rejoint le mikvé de ma communauté en tant que conseillère, et j’ai remédié à ce problème en introduisant des grands draps pour les personnes qui s’immergent, ce qui permet à tous d’honorer son corps selon la tradition juive… Personne ne devrait jamais envisager de ne pas prendre part à un rituel juif parce que l’équipement dispensé n’est pas ‘adapté’ à son corps », a-t-elle déclaré.

Jordan Daniels, membre du conseil d’administration de Fat Torah. (Crédit : Sylvana Uribe)

Jordan Daniels, qui est âgé de 27 ans, a déclaré au Times of Israel qu’il avait rejoint le conseil d’administration de Fat Torah pour assurer une représentation diversifiée. Daniels, qui vit à San Diego et travaille pour une organisation de collecte de subventions, s’identifie comme un homme cisgenre et queer, qui se présente avec un mode féminin. Il est également un Juif de couleur et le petit-fils de survivants de la Shoah.

« Nous parlons de personnes qui utilisent le judaïsme pour faire de la discrimination, ce qui est inacceptable. Les femmes sont plus durement touchées socialement, mais ces défis ne touchent pas que les femmes. Ils touchent tous les sexes, et pas seulement les ashkénazes », a déclaré Daniels.

« Mon obésité est ostracisée, et je veux me tourner vers mon judaïsme et ma spiritualité pour faire face à la grossophobie », a-t-il ajouté.

Le rabbin Louis Polisson, chef spirituel de la Congrégation Or Atid à Wayland, dans l’État du Massachusetts, près de Boston, a appris l’existence de Fat Torah par son épouse. Il considère que cette question fait partie intégrante de la justice, de l’équité et des droits de l’homme. La création de tous les êtres humains betzelem Elohim (à l’image de Dieu) s’applique autant aux personnes grosses qu’aux personnes minces.

« Mon obésité est ostracisée, et je veux me tourner vers mon judaïsme et ma spiritualité pour faire face à la grossophobie ».

Polisson, qui est âgé de 32 ans, a gentiment préparé le terrain pour limiter le discours sur le corps (« Tu as perdu du poids », « Tu as bonne mine ») dans sa synagogue, surtout depuis qu’il a perçu l’anxiété de ses fidèles concernant la prise de poids pendant la pandémie. Il n’a pas encore utilisé le terme « libération des gros », mais il parle régulièrement d’inclusion, d’équité et de justice dans ses courriels hebdomadaires du Shabbat et dans ses sermons.

Le rabbin Louis Polisson. (Crédit : Ellen Dubin)

Polisson a déclaré au Times of Israel qu’il aimerait inviter Bromberg, de Fat Torah, à animer un atelier en ligne pour sa congrégation, mais il estime que le moment n’est pas encore venu.

« J’ai proposé cette idée à un responsable laïc avec lequel je travaille beaucoup, mais il craignait que l’idée ne constitue un choc culturel trop important. Notre congrégation compte de nombreux membres qui travaillent dans le domaine de la science et de la médecine, des domaines professionnels qui sont d’une importance cruciale et qui ont fait énormément de bien, mais qui sont imprégnés de la mentalité du culte de la minceur », a-t-il déclaré.

Les jeunes rabbins en formation prennent également conscience des préjugés de la communauté juive à l’égard des obèses. Cela inclut le regard qu’ils portent sur eux-mêmes et sur les autres. Certains se sont tournés vers Fat Torah pour les aider à se préparer à leur rôle professionnel.

« Les rabbins font figure d’autorité. C’est pourquoi nous devons réfléchir publiquement à la discrimination faite aux gros. Nous devons montrer l’exemple en faisant preuve de respect envers tous et en reconnaissant les préjugés anti-gros lorsqu’ils se produisent », a déclaré Hannah Pomerantz, une étudiante en rabbinat à la Hebrew Union College (HUC).

Hannah Pomerantz, qui est âgée de 25 ans, et Ally Karpel, âgée de 26 ans, également étudiante en rabbinat, ont invité Hannah Bromberg à animer des ateliers Fat Torah pour Pourim et Pessah, centrés sur les textes juifs, au campus de Jérusalem de l’HUC pendant l’année universitaire 2021-2022. Ces sessions ont été précieuses pour montrer aux étudiants comment ils peuvent raviver des concepts et des textes libératoires.

Hannah Pomerantz, deuxième à partir de la gauche, Ally Karpel, troisième à partir de la droite et la fondatrice de Fat Torah, la rabbi Minna Bromberg, quatrième à partir de la droite, aux cotés d’étudiants en rabbinat participant à un atelier Fat Torah sur le campus du Hebrew Union College à Jérusalem, en 2022. (Crédit : Hannah Pomerantz)

Karpel a déclaré qu’elle avait l’intention de s’opposer à ceux qui utilisent les rituels alimentaires juifs et les restrictions religieuses pour parler de régime.

« J’ai entendu des gens dire que la matza de Pessah faisait maigrir, et que l’observation des jeûnes juifs était un moyen de perdre du poids », a-t-elle déclaré.

Lucy Cohen, modératrice du groupe « Full Fat » de JW3, et Joseph Hyman, programmateur des communautés et des événements spéciaux de JW3. (Autorisation)

Certains ont partagé avec Joseph Hyman, programmateur des communautés et des événements spéciaux au centre communautaire juif JW3 de Londres, que pendant la pandémie, ils luttaient contre leur prise de poids à la maison. D’autres, au contraire, se sont sentis libérés de l’examen de leur poids et de leurs habitudes alimentaires par la communauté, la famille et la culture. Hyman a identifié le besoin d’une conversation ouverte sur ce sujet. Il a donc organisé un événement public en ligne sponsorisé par le JW3 et co-modéré par Bromberg de Fat Torah. 85 personnes y ont participé.

« Les gens se sont sentis à l’aise et reconnus », a déclaré Hyman, qui a ensuite lancé « Full Fat« , un micro-programme du JW3. Le groupe se réunit tous les deux mois et se concentre sur la socialisation et l’acceptation de soi. Lucy Cohen, qui est âgée de 30 ans et militante de la cause des obèses, dirige les événements, qui comprennent l’apprentissage de textes et des mouvements juifs, et auxquels participent des hommes et des femmes de tous les âges.

« J’ai eu la chance de grandir en apprenant que je suis plus que mon enveloppe corporelle et que ma taille ne détermine pas ma valeur », a déclaré Lucy Cohen, qui est danseuse du ventre et artiste burlesque.

J’ai eu la chance de grandir en apprenant que je suis plus que mon enveloppe corporelle et que ma taille ne détermine pas ma valeur.

« Il n’y a rien de tel que le burlesque pour se sentir bien dans son corps », a fait remarquer Cohen.

Elle se rend toutefois compte qu’aussi libérateur que puisse être le programme Full Fat, les membres du groupe ne sont pas encore au même niveau qu’elle en termes d’acceptation de leur corps.

« Pour certains, c’est la première fois qu’ils entendent dire qu’ils sont bien comme ils sont », a-t-elle dit.

Lucy Cohen dirigeant un cours de danse du ventre lors de la conférence Limmud, au Royaume-Uni, en 2019. (Crédit : Leivi Saltman Photography)
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