"Regarder le peuple d'Israël droit dans les yeux"

Netanyahu et Lapid s’affrontent à la Knesset

Le Premier ministre et le chef de l'opposition se querellent au sujet des relations avec les États-Unis, du 7-Octobre, du projet de loi des 'Haredim' lors du débat dit 'des 40 signatures' convoqué par Benny Gantz au sujet du 'gouvernement extrémiste'

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprimant lors d'un débat dit "des 40 signatures", à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, se sont affrontés lundi lors d’un débat houleux à la Knesset. Les deux rivaux politiques ont débattu d’une série de questions, notamment des relations avec les États-Unis, de la responsabilité du pogrom du 7 octobre 2023 et du projet de loi de la coalition réglementant la conscription et les exemptions des Haredim.

Ce débat, dit « à 40 signatures », permet à l’opposition d’imposer un débat au Premier ministre une fois par mois, à condition de recueillir le nombre requis de signatures auprès des députés. Ce débat, lancé par le parti Kakhol Lavan de Benny Gantz, était intitulé « Le gouvernement extrémiste agissant à l’encontre de la majorité sioniste et nuisant à la cohésion nationale et aux valeurs fondamentales de l’État d’Israël ».

Mais les discours les plus importants du débat ont été prononcés par Netanyahu, qui dirige le parti Likud, et Lapid, qui dirige le parti centriste Yesh Atid. Les deux hommes, qui se sont mutuellement attaqués, se sont exprimés alors que les politiciens se préparent pour les élections législatives prévues fin octobre.

Netanyahu a vanté ses relations étroites avec le président américain Donald Trump, a réitéré son engagement à contrecarrer le programme nucléaire iranien et a défendu certaines des initiatives controversées de son gouvernement, telles que le projet de loi sur l’exemption du service militaire pour les Haredim et la commission nommée par le pouvoir politique pour enquêter sur le 7-Octobre.

Il a également fustigé l’opposition pour ses critiques à l’égard de sa politique étrangère, déclarant : « Vous vous êtes complètement trompés, tout au long du processus, dans votre compréhension de la réalité diplomatique. »

Lapid a reproché au Premier ministre l’assaut barbare et sanglant du 7-Octobre, la balance migratoire négative d’Israël, les récentes déclarations incendiaires des membres de la coalition de Netanyahu et le projet de loi qui, selon Lapid, « encouragerait la désertion ».

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid s’exprimant lors d’un débat dit « des 40 signatures », à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel)

Il a également affirmé que le gouvernement qu’il a codirigé avec l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, de mi-2021 à 2022, avait mieux géré le pays que Netanyahu. Il a demandé aux électeurs : « Êtes-vous mieux ou moins bien lotis qu’il y a trois ans ? »

Netanyahu a longuement parlé de son récent voyage en Floride pour rencontrer Trump la semaine dernière. Il a déclaré que ses relations personnelles étroites avec Trump et les liens profonds entre les deux pays étaient « la recette pour poursuivre notre série de réussites en 2026 également ».

Il a affirmé qu’Israël et les États-Unis étaient d’accord sur les grandes questions et a reconnu qu’il existait des divergences sur certains points. Il a toutefois ajouté que les deux parties réglaient leurs différends, parfois comme une famille.

Il a indiqué que Trump et lui avaient longuement discuté des tentatives visant à ramener le corps du dernier otage mort encore détenu à Gaza, le sergent-chef Ran Gvili.

Il a ajouté que Trump et lui « ne permettraient pas à l’Iran de reconstruire son industrie de missiles balistiques, et qu’ils ne laisseraient certainement pas ce pays renouveler son programme nucléaire ».

Ces déclarations ont été faites dans un contexte de manifestations de masse en Iran dans le but de faire tomber le régime de Téhéran. Netanyahu a exprimé son soutien aux manifestations.

« En Israël, nous nous identifions à la lutte du peuple iranien et à ses aspirations à la liberté et à la justice », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l’Iran avait peut-être atteint « un moment décisif, où le peuple iranien prend son avenir en main ».

Il a également salué la récente arrestation par les États-Unis de Nicolas Maduro, le dictateur vénézuélien, qui fait l’objet d’accusations de trafic de stupéfiants et de terrorisme aux États-Unis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, se croisant lors d’un débat dit « des 40 signatures », à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Israël soutient la décision déterminée du président [américain] et l’action audacieuse de l’armée américaine au Venezuela. »

« Il existe une lutte mondiale entre les pays qui représentent la liberté et le progrès, et les pays violents qui menacent l’ordre mondial », a-t-il poursuivi, soulignant qu’Israël fait parti des pays de la liberté.

Netanyahu a ajouté que le gouvernement cherchait à obtenir un « large consensus » sur la conscription militaire des Haredim, dans le cadre de ses efforts pour faire adopter une loi officialisant les exemptions générales de conscription pour les étudiants de yeshiva.

« Nous avançons une proposition historique, qui permettra de recruter 23 000 personnes au cours des trois prochaines années et demie. »

Il a fait valoir que cela « allégerait considérablement la charge qui pèse sur les réservistes ».

Netanyahu a ajouté que le projet de loi du gouvernement prévoyait des sanctions personnelles et institutionnelles contre les réfractaires à la conscription. Selon lui, sous le gouvernement Lapid, moins d’hommes ultra-orthodoxes auraient été appelés sous les drapeaux.

« Vous ne voulez même pas enrôler les Haredim », a lancé le Premier ministre.

Les critiques du projet de loi affirment qu’il consacrera un système inégalitaire et qu’il enrôlera trop peu de Haredim, alors que Tsahal affirme avoir un besoin urgent de recrues supplémentaires.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant lors d’un débat dit « des 40 signatures », à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu a également accusé l’opposition de faire obstacle à la création d’une commission d’enquête nommée par le pouvoir politique pour enquêter sur les défaillances entourant le 7-Octobre. Il a affirmé que la commission, proposée par son gouvernement, bénéficiait d’un large consensus.

Netanyahu s’oppose toutefois à la création d’une commission d’enquête nationale, la plus haute autorité d’investigation en Israël, qui est l’option préférée de la population selon les sondages d’opinion. Jusqu’en 2022, le Premier ministre soutenait publiquement les commissions d’enquête nationales, mais il affirme désormais qu’un tel panel serait partial à son égard, car ses membres seraient nommés par Isaac Amit, le président de la Cour suprême, que le gouvernement actuel considère comme un adversaire.

S’exprimant devant l’assemblée plénière, le Premier ministre a affirmé que les membres d’une telle commission d’État seraient choisis par un seul camp politique et que les partisans de son gouvernement n’accepteraient pas sa légitimité.

Netanyahu a souligné que, dans sa proposition, la moitié des membres de la commission serait choisie par le gouvernement et l’autre moitié par l’opposition. Les membres de la commission auraient le pouvoir de « poser les questions qu’ils veulent et de convoquer qui ils veulent [pour les interroger] », a-t-il déclaré.

Le chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, assistant à un débat dit « des 40 signatures », à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les critiques ont fait valoir qu’une telle commission serait fortement politisée, car tous ses membres auraient été sélectionnés par des politiciens qui souhaitent éviter d’être tenus pour responsables de leurs échecs.

À la suite du discours de Netanyahu, Lapid a vivement critiqué le Premier ministre pour le projet de loi sur l’exemption du service militaire des Haredim.

« Vous vous tenez ici, après 1 200 morts, et vous prétendez vouloir encourager la désertion pour protéger le monde de la Torah ? », a déclaré Lapid, faisant référence au bilan du 7-Octobre.

« Comment osez-vous ? »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assistant à un débat dit « des 40 signatures », à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de l’opposition a ajouté que « les familles endeuillées s’effondrent » en voyant les tentatives du gouvernement pour faire adopter ce projet de loi, d’autant plus après les déclarations du chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, qui a comparé les sanctions contre les réfractaires au service militaire à l’étoile jaune que les nazis obligeaient les Juifs à porter pendant la Shoah.

Lapid a également condamné Netanyahu pour ne pas avoir dénoncé la menace du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, « d’écraser » le président de la Cour suprême Isaac Amit.

« Votre ministre des Finances a déclaré que le président de la Cour suprême devrait être ‘écrasé’, a déclaré Lapid. « Comment se fait-il que nous n’ayons pas entendu un seul mot de condamnation de votre part ? »

Concernant l’affaire dite du « Qatargate », dans laquelle des collaborateurs de Netanyahu sont accusés d’avoir agi comme lobbyistes rémunérés par le Qatar alors qu’ils étaient employés par le Premier ministre, malgré les liens étroits entre cet État du Golfe et le Hamas, Lapid a demandé pourquoi Netanyahu n’avait pas licencié les personnes présumées impliquées. Jonathan Urich, l’un des suspects, est toujours employé par le bureau du Premier ministre.

« Il n’y a pas un seul citoyen israélien qui comprenne pourquoi vous ne dites pas : ‘Quiconque a reçu de l’argent du Qatar a trahi Israël et moi-même, et il ne mettra plus jamais les pieds dans mon bureau’ », a ajouté Lapid.

« Nous avons déjà entendu 70 fois votre histoire sur la façon dont vous avez changé le Moyen-Orient. Je vous demande : comment avez-vous changé la vie des citoyens israéliens ? », a poursuivi le député.

« Nous connaissons la réponse, et vous aussi. Nous avons géré ce pays bien mieux que vous, de manière plus discrète, avec beaucoup moins de morts et de blessés, et de manière beaucoup plus efficace. »

Gantz, qui s’était exprimé plus tôt dans la session, a également sommé Netanyahu de s’expliquer sur le Qatargate.

Benny Gantz, chef du parti Kakhol Lavan, assistant à un débat dit « des 40 signatures », à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Netanyahu, regardez-moi dans les yeux. Vous et moi savons que Feldstein était votre employé. Il était proche de vous pendant toute la guerre. Il était avec nous dans le bunker. Il était à nos côtés dans l’aquarium du bureau du Premier ministre », a déclaré Gantz, faisant référence à Eli Feldstein, l’ancien porte-parole de Netanyahu et l’un des suspects dans cette affaire.

Le parti HaMahane HaMamlahti de Gantz s’était joint au gouvernement Netanyahu quelques jours après le 7 octobre 2023, pour former un gouvernement d’union nationale d’urgence. Il a quitté le gouvernement en juin 2024, affirmant qu’il était écarté des décisions prises en temps de guerre, et en raison d’autres désaccords.

« Je vous conseille de regarder le peuple d’Israël droit dans les yeux et d’expliquer enfin comment des personnes rémunérées par le Qatar ont pu siéger à vos côtés aux moments les plus critiques pour la sécurité d’Israël », a-t-il poursuivi.

« Si vous n’étiez pas au courant, alors virez tous ceux qui y ont participé », a ajouté Gantz.

« Et si vous étiez au courant, alors c’est plus grave encore que tous les procès auxquels vous faites actuellement face. »

Le Premier ministre est actuellement jugé pour corruption et a demandé la grâce au président Isaac Herzog.

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