Smotrich promet « d’écraser » le président de la Cour suprême, Karhi l’encourage
Les autorités judiciaires et les députés de l'opposition accusent le ministre d'extrême droite d'incitation à la haine contre Isaac Amit, qu'il qualifie de "mégalomane violent"
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Lundi, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a promis « d’écraser » le président de la Cour suprême, Isaac Amit, et l’a qualifié de « mégalomane violent », dans une attaque cinglante qui a provoqué une condamnation généralisée.
S’adressant aux journalistes à la Knesset avant une réunion de faction de son parti HaTzionout HaDatit, le ministre ultranationaliste a déclaré qu’Amit « manque cruellement de conscience, fait au tribunal des choses qui n’ont jamais été faites auparavant. Le résultat, c’est que nous allons le piétiner. Nous n’avons pas d’autre choix ».
Amit, a-t-il ajouté, est « un mégalomane violent qui vole la démocratie israélienne », jurant ensuite de « l’écraser ».
Même s’il souhaitait parvenir à un compromis avec la Cour, a indiqué Smotrich, « quand un camp devient aussi extrême, cela ne laisse aucun autre choix que celui de riposter avec tous les moyens dont on dispose ».
Le ministre soutient depuis longtemps les tentatives de son gouvernement visant à restreindre les pouvoirs de la justice. Il a déjà attaqué à plusieurs reprises la Haute Cour, et Amit en particulier, les accusant souvent de porter atteinte à la démocratie lorsqu’ils étaient en désaccord avec les politiques du gouvernement.
Amit fait l’objet d’un boycott du ministre de la Justice Yariv Levin dans le cadre d’une vaste réforme judiciaire lancée en janvier 2023, peu après l’entrée en fonction du gouvernement. Cette réforme, que ses critiques qualifient de tentative de démantèlement du système de contrôle et d’équilibre des pouvoirs ainsi que d’atteinte à la démocratie, a déclenché des manifestations de masse au sein de la population.
Dans le cadre de cette réforme, Levin a également cherché à destituer la procureure générale Gali Baharav-Miara. Une tentative bloquée par la Haute Cour, qui a voté à l’unanimité au début du mois pour annuler la décision du gouvernement de la limoger.
La Cour a en outre bloqué ou suspendu d’autres décisions récentes du gouvernement pour des raisons procédurales ou constitutionnelles – et notamment, dimanche soir, sa décision de fermer la radio de l’armée, Galei Tsahal.
Réagissant aux déclarations de Smotrich, l’Autorité judiciaire, qui représente la Cour suprême et le système judiciaire, a pour sa part répondu : « Les déclarations exprimant des menaces à l’encontre des juges ne font pas partie d’un débat public légitime. La présente déclaration est extrêmement grave, et son unique objectif est d’intensifier un discours violent et incendiaire à l’encontre du pouvoir judiciaire et de son chef, ce qui est d’autant plus grave lorsque ces propos sont prononcés par un élu. »
Ces commentaires ont également suscité les critiques des dirigeants de l’opposition, qui ont fait valoir qu’ils constituaient une incitation à la violence contre le juge.
Dans un message publié sur le réseau social X, le chef du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti , Benny Gantz, a écrit que les propos de Smotrich « avaient franchi une ligne rouge et constituaient un nouveau nadir dans l’agression délirante de cette coalition à l’encontre du système judiciaire ».
« Ce qui commence par des mots comme ceux-ci peut s’achever dans le sang. Arrêtez cette folie ! », a-t-il souligné.
Le général de division (Rés.) Noam Tibon, membre du parti Yesh Atid, a quant à lui appelé l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet à revoir immédiatement les mesures prises pour assurer la sécurité d’Amit à la suite des déclarations de Smotrich, qu’il a décrit comme un « pyromane au micro… incitant à la haine contre un symbole du gouvernement ».
Le chef du parti de gauche Les Démocrates, Yaïr Golan, a pour sa part comparé le gouvernement à « un gang de criminels ».
« Smotrich, vous ne dépasserez pas le seuil électoral ; ce que vous avez détruit, nous le réparerons cette année », a-t-il ajouté, faisant référence aux nombreux sondages qui prédisent que HaTzionout HaDatit ne parviendra pas à entrer à la prochaine Knesset aux prochaines élections législatives, qui sont prévues en octobre 2026.
Le ministre des Communications, Shlomo Karhi (Likud), a renchéri, appelant à « mettre en œuvre » les propos de Smotrich, exhortant le gouvernement à défier ouvertement les décisions de la Haute Cour.
« Le moment d’agir est arrivé depuis longtemps. Nous disons non [!] aux ordres illégaux de la Haute Cour de justice, et nous sauvons la démocratie israélienne », a écrit Karhi sur X.
Dans son message sur le réseau social, Karhi a appelé Smotrich à « rester debout » et à ignorer les critiques.
Il a demandé au gouvernement de défier les récentes décisions de la Cour, et notamment celle prise dimanche de geler la fermeture controversée par le gouvernement de Galei Tsahal.
Le président Isaac Herzog a fermement condamné la déclaration du ministre des Finances.
« Ce discours violent est très préoccupant et dangereux », a déclaré Herzog dans un communiqué.
« Je condamne fermement l’utilisation d’un terme aussi violent que ‘piétiner’. Nos élus ont le devoir de tenir un discours décent et respectueux. »
Smotrich a refusé de revenir sur ses propos, affirmant lundi soir sur X, avant la publication du communiqué de Herzog : « Ce que tous mes détracteurs populistes ont en commun, c’est qu’ils n’ont pas écouté ce que j’ai dit avant de m’attaquer. »
Il a qualifié ses détracteurs de « foule violente et muselée qui ne sait pas gérer les opinions divergentes » et a écrit : « Isaac Amit et la Cour suprême, avec une violence mégalomane, ont privé les citoyens israéliens de leur démocratie, car plus ils deviennent extrêmes dans leur destructivité, plus la solution sera radicale. »
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