« Nous avons choisi la vie »: Eli Sharabi et Alon Ohel reviennent sur leur survie à Gaza

Deux anciens otages, kidnappés séparément le 7 octobre mais détenus ensemble, expliquent que leur lien, proche d’une relation père-fils, leur a permis de tenir et de garder espoir

Alon Ohel (à gauche) et Eli Sharabi (à droite) parlent de leur captivité par le Hamas, dans une interview diffusée le 4 décembre 2025. (Crédit : Capture d’écran/N12)

Les otages libérés Eli Sharabi et Alon Ohel, réunis, ont raconté leur captivité aux mains du groupe terroriste palestinien du Hamas, chacun affirmant devoir sa survie à l’autre, dans une interview diffusée jeudi soir sur la chaîne d’information N12.

« C’est un rêve devenu réalité », dit Ohel sur leurs retrouvailles. Se tournant vers Sharabi, il ajoute : « C’est une victoire, n’est-ce pas ? C’est notre victoire. »

Sharabi acquiesce en disant « qu’ils ont eu de la chance. Regardez. Nous sommes vivants. Il y en a qui ne sont pas sortis vivants de [Gaza]. »

Ohel et Sharabi ont été détenus avec leurs compagnons d’infortune Eliya Cohen et Or Levy pendant la majeure partie de leur captivité. Tous les quatre avaient été kidnappés par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.

Ils n’ont toutefois pas tous été libérés en même temps, Ohel ayant été exclu de l’accord sur les otages conclu en janvier 2025, qui avait permis la libération des trois autres.

Le jeune pianiste, enlevé au festival de musique Nova, fait partie des derniers otages vivants libérés en octobre, dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis, plus de deux ans après son enlèvement.


« Tout notre groupe de quatre otages… Nous avons traversé tellement d’épreuves là-bas, et des défis très difficiles à surmonter. Et nous nous sommes dit, et je me suis toujours dit que j’avais de la chance de ne pas être seul », raconte Sharabi.

« Alon, pendant sept mois, a survécu jour après jour, avec ses pensées, du réveil le matin jusqu’au moment où il fermait les yeux le soir. C’est ça, être seul. C’est ça, être seul avec des terroristes », dit-il.

Sharabi : Ce n’est plus le même Alon que j’ai rencontré en novembre 2023

Ohel a expliqué, dans une récente interview individuelle, qu’au cours de leur captivité, ils avaient longuement discuté de leurs réactions possibles à divers scénarios une fois libérés.

« Pourquoi avons-nous survécu à tout cela ? Pour revenir brisés ? » résume Ohel. « Cela n’aurait aucun sens. »

« Nous étions forts là-bas, et nous sommes forts aujourd’hui, quoi qu’il arrive », poursuit-il. « Nous avons choisi de vivre, nous avons choisi la vie. »

Sharabi, visiblement ému, souligne que « ce n’est plus le même Alon que j’ai rencontré le 27 novembre [2023] », faisant référence à leur première rencontre à Gaza lors du premier accord de cessez-le-feu et de libération d’otages négocié pendant la guerre.

Illustration : Des parents, amis et sympathisants d’Alon Ohel (22) retenu en otage à Gaza depuis l’attaque du 7 octobre par des terroristes du Hamas dans le sud d’Israël, participent à une manifestation pour demander la libération des otages israéliens à Tel Aviv, le 22 novembre 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Décrivant leurs conditions de survie à Gaza, Sharabi confie que « dans les moments les plus difficiles, on avait tellement faim qu’on aurait pu manger les murs. On ramassait chaque miette sur le tapis ».

Malgré les privations, Sharabi, 53 ans, raconte qu’Ohel, bien plus jeune, « s’est tenu face au terroriste et lui a dit qu’il refusait de prendre la nourriture si elle n’était pas distribuée à tout le monde ».

Ohel, racontant le même épisode, explique que le ravisseur « jouait avec nous. Ils jouaient toujours avec nous ». Il ajoute que les captifs subissaient les mêmes abus en matière de matelas, d’oreillers, de couvertures et de vêtements.

Sharabi à propos du courage d’Ohel : « Ce n’était pas de la bravoure, c’était des valeurs »

« Ce n’était pas de la bravoure, c’était des valeurs », dit Sharabi pour expliquer pourquoi Ohel avait affronté leur ravisseur. « Il ne connaît que le bien, il ne sait faire que le bien, et il pense d’abord aux autres et à ce qui est mieux pour eux avant de penser à lui-même. »

« Ce sont des valeurs auxquelles je me suis vraiment identifié. [Alon] m’a donné un sens », a poursuivi Sharabi, la gorge serrée. « Le 7 octobre, j’ai laissé mes deux filles derrière moi, et j’ai retrouvé là-bas le sens d’être père. »

La femme de Sharabi, Lianne, ainsi que leurs filles Noiya, 16 ans, et Yahel, 13 ans, ont toutes trois été assassinées par les terroristes du Hamas, lors du pogrom du 7-Octobre. Ce n’est qu’à sa libération qu’il a appris le sort de sa famille. Le frère d’Eli, Yossi, a lui aussi été kidnappé ce jour-là puis tué à Gaza.

Eli Sharabi a été pris en otage le 7 octobre 2023 par des terroristes du Hamas ; sa femme Lianne et leurs deux filles, Noiya et Yahel, ont été assassinées. (Crédit : Autorisation)

Sharabi poursuit : « La première fois que j’ai vu qu’il était prêt à renoncer à sa nourriture pour préserver la paix dans le groupe, je me suis dit que je me reconnaissais en lui, mais qu’il fallait que je le secoue un peu, parce qu’il devait revenir auprès de ses parents ».

Il ajoute qu’Alon en a fait de même pour lui « à de nombreuses occasions. Une fois, alors que je me faisais tabasser, et si quelqu’un a arrêté le terroriste, c’est probablement Alon. Je gisais sur le sol, et il me protégeait avec ses mains et suppliait [le terroriste] d’arrêter. Sans lui, je n’ose imaginer comment cela se serait terminé ? », se souvient-il.

Ohel a également raconté que les otages ne savaient jamais quand les supplices cesseraient, quand leurs ravisseurs cesseraient de les frapper, et qu’ils devaient implorer les terroristes pour tout, y compris pour que les coups cessent.

« Après les passages à tabac, après m’avoir cassé les côtes, le lendemain, il nous apportait à manger et nous le remerciions », dit Sharabi.

Sharabi et Ohel se souviennent de leurs ravisseurs, qu’ils appellent par les surnoms utilisés entre captifs. Ohel rapporte que l’un d’eux lui a un jour apporté du déodorant en disant, « ça sent la charogne, ici ».

Le ravisseur a demandé : « Pourquoi nous aimons la mort, et vous, les Juifs, la vie ? »

« Il y a eu des moments vraiment difficiles, où ils exultaient », raconte encore Sharabi. Ohel précise que la mort de soldats de Tsahal ou les attaques contre Israël provoquaient chez les terroristes palestiniens qui les retenaient captifs une véritable jubilation.

« Un soldat est touché et ils sont au paradis, comme s’ils avaient conquis le monde entier, pas seulement Israël », dit Sharabi.

Les otages israéliens, de gauche à droite, Ohad Ben Ami, Eli Sharabi et Or Levy, aux mains du Hamas, à Gaza, depuis le 7 octobre 2023, sur scène avant d’être remis à la Croix-Rouge à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 8 février 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

Ohel ajoute « qu’ils n’accordent aucune valeur à la vie. Ils sanctifient la mort ».

Sharabi se souvient que lors d’un de leurs déplacements d’un tunnel à l’autre l’an dernier, l’un de leurs ravisseurs leur a demandé : « Pourquoi nous aimons la mort, nous, et vous, les Juifs, vous aimez la vie ? »

« Comment répondre à cela ? », a déclaré Sharabi.

Interrogé sur la vidéo d’Ohel diffusée en septembre 2025, Sharabi indique que « la seule chose qui m’a choqué, c’était de voir qu’il commençait à avoir meilleure mine qu’avant ».

Quelques jours avant la libération d’Ohel, Sharabi dit avoir demandé à son psychologue s’il pensait qu’Ohel voudrait le voir, car « je l’avais peut-être déçu… Je lui avais promis qu’il me suivrait dans quelques jours ».

L’ex-otage Alon Ohel rencontrant les soldats israéliens dans la bande de Gaza, le 13 octobre 2025. (Crédit : Autorisation)

Ohel dit qu’il n’a jamais ressenti de colère contre Sharabi pendant sa captivité, soulignant « qu’il faisait partie de mon parcours là-bas ».

Sharabi a plaisanté en disant qu’il avait une raison d’être en colère contre Ohel : il lui a caché ses talents de pianiste.

« Il jouait [du piano] sans arrêt sur lui-même », raconte Sharabi, imitant Ohel qui tapotait sa poitrine comme s’il faisait courir ses doigts sur un clavier.

Alon Ohel (à gauche) et Eli Sharabi (à droite) s’étreignent lors d’une interview diffusée le 4 décembre 2025. (Crédit : Capture d’écran/N12)

Les deux hommes terminent l’interview en évoquant leurs projets d’avenir. Ils espèrent voyager pour faire de la plongée sous-marine et plaisantent sur l’idée d’ouvrir un restaurant ensemble, après en avoir longuement discuté pendant leur captivité.

« Nous avons fait un business plan [pendant notre captivité à Gaza] pour ouvrir un restaurant de jachnun à Ko Phangan », se souvient Sharabi en souriant. « Combien il faudrait en vendre, à quel prix, où on achèterait les ingrédients… »

« Est-ce que ça marcherait, le jachnun en Thaïlande ? », a demandé l’interviewer, en parlant du pain yéménite cuit lentement, traditionnellement consommé le jour du Shabbat.

« Je ne pense pas », a admis Ohel, déclenchant les rires dans le studio, Sharabi partageant le doute de son ami.

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