Peu convaincu par Netanyahu, Trump préfère dialoguer avec l’Iran et le Hamas
Le Premier ministre tente de convaincre le président américain que les négociations avec le groupe terroriste et Téhéran sont vaines et qu’une pression militaire accrue s’impose
Washington — Le Premier ministre Benjamin Netanyahu considère Winston Churchill comme son modèle en matière de leadership en temps de guerre.
Un buste du Premier ministre britannique de la Seconde Guerre mondiale veille d’un œil sévère et vigilant sur son bureau, et il cite régulièrement Churchill dans ses discours historiques, notamment lors de ses allocutions devant le Congrès américain.
Netanyahu est devenu le dirigeant mondial ayant prononcé le plus grand nombre de discours de ce type lorsqu’il a prononcé son quatrième discours en 2024, dépassant ainsi Churchill.
Cependant, si dans ses discours, Netanyahu présente Churchill comme une voix courageuse et solitaire, insistant sur la nécessité de la guerre contre le mal plutôt que sur une diplomatie naïve, en réalité, après la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre britannique avait plaidé en faveur d’une diplomatie de haut niveau pendant la Guerre froide afin d’éviter un conflit militaire.
« Mieux vaut se rencontrer face à face que de faire la guerre », avait déclaré Churchill lors d’un déjeuner à Washington en 1954.
Et si Netanyahu s’inspire du bouledogue de la guerre, le président américain Donald Trump a clairement montré sa préférence pour l’approche d’après-guerre de Churchill.
Trump est certes prêt à ordonner l’utilisation ciblée de la force militaire américaine, comme on l’a vu au Yémen, en Iran, en Syrie, au Venezuela, en Somalie et au Nigeria, mais il croit en l’intérêt des pourparlers directs et des sommets internationaux.
Lors du Sommet de Charm el-Cheikh d’octobre, qui marquait la fin officielle des combats à Gaza, Trump avait demandé aux dirigeants mondiaux de se tenir derrière lui, ce qui les avait mis mal à l’aise, et il les avait finalement appelés un par un pour les remercier.
« Ensemble, nous avons accompli ce que tout le monde disait impossible. Nous avons enfin la paix au Moyen-Orient », s’était réjoui Trump.
« Après des années de souffrances et d’effusions de sang, la guerre à Gaza est terminée. »
Concernant l’Iran, Trump fait également place à la diplomatie.
Il a proféré une série de menaces sans équivoque à l’encontre de la République islamique si elle tuait des manifestants.
« Je leur ai fait savoir que s’ils commençaient à tuer des gens, comme ils ont tendance à le faire pendant leurs émeutes… nous allions les frapper très fort », avait-il déclaré début janvier.
L’Iran a alors tué des milliers de manifestants, mais malgré l’envoi d’importantes forces armées américaines dans la région, Trump a accepté de tenir des pourparlers de haut niveau avec le régime.
L’heure de la guerre
Netanyahu s’est rendu à la Maison Blanche mercredi pour discuter de la marche à suivre lorsque les rencontres face à face ou les discussions directes avec les ennemis ne permettent plus d’avancer.
Lorsqu’il a annoncé ce voyage de dernière minute, Netanyahu a indiqué qu’il insisterait pour que « toute négociation inclue des restrictions sur les missiles balistiques et la fin du soutien à l’axe iranien [ou axe de la résistance NDLR] ».
« L’axe de la résistance » est le terme utilisé par les responsables iraniens pour désigner la République islamique et ses alliés anti-Israël, tels que le Hezbollah, les Houthis du Yémen et d’autres milices chiites en Irak et en Syrie.
La République islamique affirme qu’elle ne discutera d’aucun autre sujet que son programme nucléaire, et même dans ce domaine, il est peu probable que Téhéran soit prêt à faire suffisamment de concessions pour répondre aux exigences minimales des États-Unis.
Le fait que Netanyahu ait jugé nécessaire de se rendre d’urgence à la Maison Blanche après une seule série de pourparlers entre les États-Unis et l’Iran semble montrer à quel point il est préoccupé par la possibilité que Trump décide d’abandonner ses exigences concernant les missiles et les proxys iraniens pour se précipiter vers un accord portant uniquement sur le dossier nucléaire.
En cas d’échec des pourparlers, ce qui semble probable, Netanyahu entend s’assurer que les États-Unis et Israël se sont mis d’accord sur la suite des événements et sur le rôle qu’Israël jouera dans une éventuelle action militaire.
Concernant Gaza également, Netanyahu s’intéresse moins à la diplomatie qu’à la coordination des mesures à prendre face à l’échec de la démilitarisation et du désarmement du groupe terroriste palestinien du Hamas.
Peu avant le départ du Premier ministre pour les États-Unis, une source israélienne bien informée a déclaré au Times of Israel que Netanyahu avait l’intention de dire à Trump que la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza « n’avançait pas ».
Le plan de cessez-le-feu négocié par les États-Unis en octobre prévoit la démilitarisation de la bande de Gaza, le désarmement du Hamas et le retrait des troupes israéliennes de l’enclave.
Le groupe terroriste n’a toutefois toujours pas accepté de renoncer à ses armes, une question que tant Israël que les États-Unis considèrent comme non négociable. Toutefois, certains signes laissent penser que les deux parties pourraient ne pas s’entendre sur les contours exacts du désarmement.
Selon la source, Israël aurait fait savoir aux États-Unis qu’une nouvelle opération militaire israélienne était nécessaire pour priver le Hamas de sa puissance de feu.
L’armée israélienne élabore déjà des plans pour une nouvelle offensive visant cet objectif et n’attend plus que l’aval des dirigeants politiques, a rapporté le Times of Israel.
Le message adressé à Trump est le suivant : s’il veut que sa vision ambitieuse pour le Moyen-Orient ait une chance de se concrétiser, il doit d’abord admettre la nécessité d’une nouvelle guerre.
Une nouvelle campagne militaire israélienne serait plus rapide et plus efficace que les précédentes opérations à Gaza, car les troupes de Tsahal ne seraient plus freinées par la présence d’otages sur le sol gazaoui. Toutefois, un haut responsable militaire a admis la semaine dernière qu’il faudrait plusieurs années pour parvenir à désarmer complètement le Hamas.
Pour l’instant, Trump maintient les chars israéliens à l’arrêt et poursuit son plan diplomatique international pour Gaza. Netanyahu n’a publiquement d’autre choix que de suivre le mouvement.
Lors d’une rencontre avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, le Premier ministre s’est félicité d’avoir signé un document officialisant son adhésion au Conseil de Paix.
Mais cette façade ne parvient guère à masquer son manque d’enthousiasme pour la diplomatie, lui qui considère la guerre comme la seule voie possible.
Les négociations se poursuivent, pour l’instant
Même si les dirigeants mondiaux se réunissent à Washington la semaine prochaine pour discuter de l’avenir de Gaza, et que le Hamas refuse ouvertement et avec défi de désarmer, une opération de l’armée israélienne apparaît de plus en plus comme le seul moyen d’assurer un avenir post-Hamas à Gaza.
Et dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a exclu que Téhéran renonce un jour à l’enrichissement d’uranium, une position qui signifierait que les négociations avec les États-Unis sont vouées à l’échec et que Trump n’aurait plus d’excuses pour repousser une frappe.
Mais Netanyahu doit encore convaincre Trump qu’il reste encore beaucoup à faire avant de passer aux mesures diplomatiques.
« Aucune décision définitive n’a été prise, si ce n’est que j’ai insisté pour que les négociations avec l’Iran se poursuivent afin de voir si un accord peut être conclu », a déclaré Trump sur son réseau social, à l’issue d’une réunion de trois heures avec Netanyahu à la Maison Blanche.
« Si c’est possible, j’ai fait savoir au Premier ministre que ce serait préférable. Si ce n’est pas possible, nous devrons simplement attendre de voir quel sera le résultat », a-t-il ajouté de manière énigmatique.
Même après la victoire totale des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale, Churchill avait reconnu la nécessité de créer des institutions visant à prévenir de futurs conflits, afin de garantir que « ce qui a été obtenu au prix de tant de sacrifices et de souffrances soit préservé pour la gloire et la sécurité futures de l’humanité ».
« L’occasion est là, claire et brillante pour nos deux pays », avait déclaré Churchill, plaidant en faveur d’une Organisation des Nations unies soutenue par les États-Unis.
« La rejeter, l’ignorer ou la gaspiller nous vaudra les reproches éternels de la postérité. »
En Iran et à Gaza, il n’y a toujours pas eu de capitulation comparable à celle obtenue par les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les conditions ne sont peut-être pas encore réunies pour les grandes initiatives diplomatiques préconisées par Trump. Et selon Netanyahu, la poursuite des opérations militaires semble être le seul moyen de contraindre le Hamas et ses mécènes à Téhéran à céder aux exigences des États-Unis et d’Israël.
À un moment donné, cependant, à l’instar de son modèle de la Seconde Guerre mondiale, Netanyahu sera contraint de reconnaître la nécessité de mettre fin à la guerre et de s’engager dans des processus diplomatiques complémentaires pour consolider les acquis obtenus sur le champ de bataille.
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