Analyse

Pour les Israéliens, la guerre en Iran risque d’entraîner des hausses de prix bien au-delà de l’essence

Alors qu'ils paient déjà directement le prix de la guerre, les Israéliens sont confrontés à la perspective d'une hausse du coût des denrées alimentaires et d'autres biens en raison de la crise énergétique, ce qui pourrait faire grimper l'inflation et aggraver le ralentissement économique

Des clients évacuant le marché Mahane Yehuda de Jérusalem et cherchant un abri alors que la sirène d'alerte aérienne retentit, le 13 mars 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Les prix des carburants étant fixés chaque mois par le gouvernement, les automobilistes israéliens n’ont pas encore ressenti les effets de la hausse des cours du pétrole, provoquée par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz.

Mais les consommateurs israéliens n’auront sans doute pas à attendre longtemps avant que la hausse des prix de l’énergie ne se répercute sur leur portefeuille, à travers une large gamme de biens et de services.

Selon les experts, les principaux coûts du conflit seront engendrés par les dépenses directes liées à la guerre, comme l’achat de munitions, les dégâts subis par le front intérieur et les restrictions continues imposées aux entreprises, ce qui freine l’activité économique.

Les Israéliens commenceront également à voir les prix des denrées alimentaires augmenter et pourraient être confrontés à un ralentissement économique à mesure que les répercussions de la crise énergétique se feront sentir.

« Si l’économie mondiale est frappée par une nouvelle crise énergétique, cela affectera Israël, car nous faisons partie de l’économie mondiale et nous devrons donc également supporter une partie du coût », explique le professeur Benjamin Bental, qui dirige le programme de politique économique au Centre Taub pour les études de politique sociale, un institut de recherche en politique publique.

« À l’heure actuelle, la situation énergétique en Israël est certes préoccupante, mais relativement parlant, elle est secondaire. »

Des pétroliers et des cargos faisant la queue dans le détroit d’Ormuz, vu depuis Khor Fakkan, aux Émirats arabes unis, le 11 mars 2026. (Crédit : Altaf Qadri/AP Photo)

Depuis plus de deux semaines, le régime iranien, attaqué par les États-Unis et Israël, frappe régulièrement Israël, les bases américaines et les infrastructures énergétiques de ses voisins arabes du Golfe, ainsi que d’autres cibles stratégiques, à l’aide de drones et de missiles.

Il a également paralysé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, ce qui fait craindre une crise énergétique mondiale.

Les inquiétudes liées aux perturbations de l’approvisionnement ont fait grimper le prix du Brent à environ 120 dollars le baril depuis le début de la guerre en Ukraine, et malgré les efforts déployés pour apaiser les craintes, le prix est resté obstinément au-dessus de 100 dollars cette semaine.

« La flambée des prix de l’énergie est la principale conséquence pour la plupart des pays qui ne sont pas directement impliqués dans la guerre en Iran. Pour Israël, cet aspect est secondaire, car l’impact principal réside dans le coût direct des combats en cours », a déclaré Esteban Klor, professeur d’économie à l’Université hébraïque, au Times of Israel.

Esteban Klor, professeur d’économie à l’Université hébraïque de Jérusalem. (Crédit : Tomer Appelbaum)

Néanmoins, la fermeture effective du détroit au trafic commercial pourrait finir par se faire sentir dans la vie quotidienne des gens pendant des semaines, voire des mois, et faire grimper en flèche les factures des ménages, selon Klor.

De toute évidence, les consommateurs vont ressentir immédiatement les conséquences économiques de la flambée des prix du pétrole à la pompe, à mesure que les prix de l’essence grimpent. Le diesel et le kérosène sont fabriqués à partir de pétrole brut et permettent de faire fonctionner les voitures, les bus, les camions de livraison, les navires et les avions.

Cependant, la hausse des prix de l’essence ne reflète pas à elle seule toute l’importance économique de la situation.

La hausse des prix de l’énergie a un effet d’entraînement sur les coûts de carburant d’un large éventail de produits, car la plupart des biens, y compris les denrées alimentaires, et la plupart des services sont fabriqués et transportés à l’aide de pétrole ou de gaz fossile.

« Le processus de production de chaque entreprise israélienne utilise du gaz et du carburant comme intrants pour produire des biens et des services », a déclaré Klor.

« Si le prix de ces intrants augmente, cela se répercute sur le prix des produits que le consommateur achètera en fin de compte auprès de ces entreprises. »

« La première et principale conséquence sera une hausse de l’inflation pour l’économie israélienne et du coût de la vie pour les Israéliens », a-t-il ajouté.

Selon une comparaison du coût de la vie réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Israël se classait déjà au quatrième rang des pays développés où le coût de la vie est le plus élevé.

Des Israéliens, au Dizengoff Center, rue Dizengoff, à Tel Aviv, le 20 mars 2024. (Crédit : Miriam Alster/ FLASH90)

Selon le rapport « État de la nation 2025 » publié par le Centre Taub, les prix des biens et des services y sont environ 29 % plus élevés que la moyenne de l’OCDE.

De nombreux produits essentiels importés par Israël, tels que les engrais, les métaux et les céréales, notamment le blé et le maïs, utilisés par les fabricants de produits alimentaires et de boissons dans la production de biens et de services quotidiens, vont probablement devenir plus chers.

La hausse des coûts énergétiques dans les systèmes de transport, de fabrication et de production alimentaire se traduira par une augmentation du prix des denrées alimentaires.

« Nous allons assister à une hausse des prix des denrées alimentaires, car tout ce que nous importons doit être acheminé vers le pays, et les coûts des services publics vont augmenter pour tout ce qui est produit dans le pays », a déclaré Klor.

La fumée s’élevant du vraquier thaïlandais « Mayuree Naree » après une attaque survenue près du détroit d’Ormuz, le 11 mars 2026. (Crédit : Marine royale thaïlandaise/AFP)

Selon le contrôleur de l’État, les prix du secteur alimentaire sont environ 51 % plus élevés qu’en moyenne dans les pays membres de l’UE et 37 % plus élevés qu’en moyenne dans les pays de l’OCDE.

La guerre entraînera une hausse des prix bien au-delà des denrées alimentaires.

Klor, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), a déclaré que les secteurs dépendant des transports et de la logistique, comme les compagnies aériennes et le tourisme, ainsi que l’agriculture et la construction, risquent également d’être touchés par la crise énergétique.

Les services technologiques et les exportations numériques devraient être moins touchés, a-t-il ajouté.

Cependant, les répercussions de la guerre se feront sentir dans l’ensemble de l’économie, accentuant les pressions inflationnistes.

« Nous assisterons à une hausse de l’inflation, ce qui va nuire au pouvoir d’achat des consommateurs israéliens, car les salaires ne s’adapteront pas immédiatement à la hausse des prix », a déclaré Klor.

« Le pouvoir d’achat de nos salaires va diminuer et il pourrait être plus difficile d’obtenir des augmentations salariales, car les entreprises souffriront également. Nous pourrions même assister à des suppressions d’emplois. »

« Nous allons donc assister à une baisse du niveau de vie du consommateur israélien, que nous constaterons également à travers l’effet principal de la guerre en cours », a fait remarquer Klor.

Les prix élevés de l’essence affichés dans une station-service Chevron, à Los Angeles, le 9 mars 2026. (Crédit : Frédéric J. Brown/AFP)

Ronen Menachem, économiste en chef des marchés à la Banque Mizrahi Tefahot, a noté que les consommateurs devraient subir la hausse des coûts de transport et de production, ce qui pourrait entraîner un ralentissement de l’économie.

« La flambée des prix du pétrole cause un double préjudice : l’érosion du revenu disponible des ménages et une baisse de la demande des consommateurs pour les biens à mesure que le coût de production augmente », a déclaré Menachem.

« Si l’industrie manufacturière et les dépenses de consommation sont touchées, l’activité économique finira par ralentir et les recettes fiscales diminueront. »

La perspective d’une baisse des recettes fiscales due aux chocs énergétiques mondiaux survient alors qu’Israël est confronté à un énorme fardeau économique et à des coûts de financement galopants, compte tenu des dizaines de milliards de shekels de dépenses militaires et autres coûts engendrés chaque semaine par la guerre contre le régime iranien.

Pr. Benjamin Bental, chercheur principal et directeur du programme de politique économique au Centre Taub pour les études de politique sociale. (Crédit : Yossi Zamir)

« Outre les dépenses de défense et les dégâts causés par les attaques de missiles, il faut prendre en compte le coût de l’arrêt d’une partie de l’économie, car plusieurs secteurs et régions du pays ne peuvent pas produire, soit parce que les employés ne peuvent pas se rendre au travail en raison de la fermeture des écoles, soit parce qu’ils sont mobilisés pour défendre le pays », a déclaré Klor.

« Si l’activité économique ralentit en raison de la hausse des prix, les recettes fiscales diminueront encore, alors que chaque shekel compte, car le gouvernement devra enregistrer des déficits plus élevés et contracter des emprunts pour financer la guerre, qui devront être remboursés. »

L’expert a averti que la manière dont la guerre se terminerait pourrait avoir un effet décisif sur la capacité du pays à surmonter les conséquences. Atteindre ses objectifs pourrait se traduire par un nouveau Moyen-Orient intégré et une économie revitalisée, débordant de confiance des consommateurs.

En revanche, si le régime des ayatollahs reste en place et que le pays est confronté à la perspective d’une nouvelle guerre, Israël pourrait se retrouver dans une situation économique difficile, similaire à celle des années 1970.

« Si la guerre contre la République islamique d’Iran se termine par un changement de régime et que nous parvenons à éliminer la plus grande menace qui pèse sur Israël, cela sera positif pour l’économie du pays », a déclaré Klor.

« Mais si ce n’est pas le cas et que l’incertitude persiste, cela pourrait être le signe avant-coureur d’une décennie perdue pour l’économie israélienne et nous ramener à la situation d’après Guerre de Kippour, en 1973. »

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