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Portails sur le campus de l'université de l'Indiana, à Bloomington, dans l'Indiana, le 3 juin 2010. (Crédit : Bureau des communications informatiques via Wikimedia Commons)
Portails sur le campus de l'université de l'Indiana, à Bloomington, dans l'Indiana, le 3 juin 2010. (Crédit : Bureau des communications informatiques via Wikimedia Commons)

Querelle entre le nouveau directeur des études juives de l’université de l’Indiana et une étudiante anti-Israël

Si ses critiques fustigent Günther Jikeli, qui a exclu une étudiante de Zoom à cause d’une image « Free Palestine » et lui a refusé une bourse de voyage, ses soutiens invoquent la lutte pour la liberté académique

JTA — Une violente querelle interne opposant le nouveau directeur par intérim aux professeurs et étudiants a éclaté à la suite d’un changement soudain à la tête du programme d’études juives de l’université de l’Indiana (IU). Enseignants et étudiants accusent le nouveau directeur de porter atteinte à la liberté académique et de réorienter le programme dans un contexte de tensions nationales autour d’Israël et de la liberté d’expression sur les campus.

C’est avec le remplacement soudain du directeur de longue date du département que la crise a commencé. Elle s’est ensuite poursuivie avec un conflit entre le nouveau directeur et une étudiante farouchement pro-palestinienne et anti-Israël, avant, la semaine dernière, une déclaration de soutien au nouveau directeur de la part du doyen de l’université.

Le conflit, rapporté pour la première fois par le journal étudiant, a débuté en août. Le directeur de longue date du programme d’études juives Borns, Mark Roseman, a démissionné de manière inattendue, un an avant la fin prévue de son mandat. Roseman a déclaré qu’il avait été informé, sans plus d’explications, que le nouveau président de l’université de l’Indiana, David Reingold, cherchait à le remplacer.

C’est alors que Günther Jikeli, spécialiste de l’antisémitisme et directeur adjoint du Centre d’étude de l’antisémitisme contemporain de l’université de l’Indiana, a pris ses fonctions.

Jikeli, peu après son entrée en poste, s’est heurté à Sabina Ali, étudiante diplômée qui s’identifie comme juive et qui soutient la cause palestinienne. Après l’avoir expulsée d’un séminaire sur Zoom pour avoir affiché une image « Free Palestine », il lui a ensuite refusé le financement nécessaire à un voyage au cours duquel elle devait présenter un article critiquant les revendications « d’indigénéité juive » liées à Israël. Un travail qui, selon Jikeli, relevait « du militantisme politique et non de la recherche universitaire ».

De nombreux professeurs et étudiants diplômés du département d’études juives Borns se sont publiquement opposés à Jikeli, craignant que ses agissements ne menacent la liberté académique et qu’ils ne nuisent à la réputation de l’un des programmes d’études juives les plus anciens et prestigieux du pays.

Günther Jikeli, professeur spécialisé dans l’antisémitisme, s’adresse à un public à Cleveland, dans l’Ohio, le 7 décembre 2018. (Crédit : Capture d’écran via YouTube)

« Avant, nous avions un programme d’études juives au sein duquel nous entretenions d’excellentes relations de travail sur le plan académique, malgré les divergences politiques qui nous séparaient parfois », a indiqué Sarah Imhoff, professeure titulaire à l’université de l’Indiana (IU) depuis 16 ans. « Et cela s’est considérablement dégradé. »

Par ailleurs, des dizaines de professeurs d’universités du monde entier, pour la plupart spécialisés dans les études juives, ont signé une lettre de soutien à Jikeli qu’ils ont adressée au doyen. Selon eux, Jikeli faisait l’objet d’une « attaque politique totalement injustifiée, qui visait son intégrité professionnelle et son jugement ».

« Le professeur Jikeli tente simplement de rétablir la rigueur et l’objectivité au sein du département », a fait savoir à la JTA Allon Friedman, professeur de médecine à l’université d’Indianapolis, à la tête de plusieurs groupes de défense pro-Israël dans l’État.

« Ces dernières décennies, nous avons assisté à une véritable dégradration de la situation, qui touche la qualité des études juives en particulier, et résulte également d’apports politiques souvent anti-Israël, voire ouvertement antisémites », a-t-il ajouté. « C’est ce que nous constatons dans cette affaire. »

Jikeli, qui n’est pas juif, a refusé tout commentaire à la Jewish Telegraphic Agency. Les représentants de l’IU et du bureau du doyen n’ont pas répondu aux multiples demandes de commentaires.

Une nomination très inhabituelle

La nomination de Jikeli en août a surpris Roseman, qui a dirigé les études juives à l’IU de 2013 à 2020 avant de reprendre ses fonctions l’an dernier. Roseman, qui, contrairement à Jikeli, est juif, a déclaré à la JTA qu’il avait démissionné après que Jikeli l’a informé que Reingold, nommé président en juin, lui avait proposé en privé le poste de directeur.

Une situation jugée très inhabituelle pour un programme universitaire dans lequel les directeurs ne sont généralement pas contraints de quitter leurs fonctions avant la fin de leur mandat, et où tout remplacement est généralement soumis à l’examen d’une commission.

« J’ai évidemment été surpris. Il ne me semblait pas logique de continuer si je n’avais pas la confiance de la direction du campus », a expliqué Roseman, ajoutant que le programme, à ses yeux, « fonctionnait de manière très harmonieuse ». Roseman est reste affilié au programme en tant que professeur titulaire.

Jikeli, pour sa part, a confié à l’Indiana Daily Student qu’il n’avait lui non plus reçu aucune explication concernant ce changement de direction. Personne au sein du programme ne semble d’ailleurs en avoir reçu. Les professeurs d’études juives, à l’occasion d’une réunion avec Rick Van Kooten, doyen de la faculté des arts et des sciences, ont demandé pour quelle raison leur directeur devait être remplacé à ce moment-là.

« Je ne peux pas vous le dire », leur a répondu le doyen, selon plusieurs témoignages recueillis lors de la réunion.

Cette affaire s’inscrit dans le contexte d’un changement culturel plus large à l’IU, où environ 12 % des étudiants sont juifs, et où de nouveaux membres du personnel et de nouveaux responsables ont été mis en place, à différents niveaux, dans le cadre d’un effort généralisé visant à se conformer à la campagne de répression nationale menée par le président américain Donald Trump sur les campus.

Suivant l’exemple de Trump, la législature républicaine de l’Indiana a pris le contrôle de la gouvernance des universités publiques, exerçant une pression sur l’IU afin qu’elle limite le pouvoir décisionnel des professeurs, ce qui a conduit à une révolte générale sur le campus, en soutien à la liberté d’expression. Lors des campements pro-palestiniens et anti-Israël organisés l’an dernier, la police de l’État a déployé des tireurs d’élite sur les toits du campus à titre de mesure de maintien de la paix, une initiative très critiquée.

Un policier armé se tient debout sur un drapeau palestinien lors de l’arrestation d’un militant, au troisième jour d’un campement de protestation pro-palestinien à l’université de l’Indiana, à Bloomington, dans l’Indiana, le 27 avril 2024. (Crédit : Jeremy Hogan/SOPA Images/LightRocket via Getty Images via JTA)

Après les manifestations, l’IU, à l’instar d’autres établissements d’enseignement, a convoqué un comité consultatif sur l’antisémitisme. Roseman et Jikeli y ont tous deux siégé, aux côtés de Van Kooten et d’autres personnes, parmi lesquelles un rabbin de la congrégation d’Indianapolis. (Contrairement aux groupes de travail similaires sur l’antisémitisme mis en place dans d’autres établissements, celui de l’IU n’a pas produit de rapport officiel.)

Au cours de l’été, un professeur juif qui avait joué un rôle de premier plan dans les campements a fait l’objet de mesures disciplinaires après avoir été reconnu coupable d’avoir enfreint une loi sur la « diversité intellectuelle » récemment adoptée par le Sénat de l’État. Ce professeur, Benjamin Robinson, a depuis été sanctionné par l’établissement. Aux termes de la plainte, c’est en partageant ses opinions sur Israël et Gaza dans l’un de ses cours d’études germaniques qu’il avait enfreint une loi de l’État selon laquelle les enseignants ne sont pas autorisés à exprimer leurs opinions en classe si celles-ci ne sont pas liées à leur domaine d’expertise.

Pour beaucoup, la récente fermeture du journal étudiant constitue une nouvelle tentative visant à étouffer la dissidence. (L’IU est revenue sur sa décision la semaine dernière – après avoir licencié le directeur des médias étudiants.)

Sur le campus, toutes les voix n’ont cependant pas été réduites au silence. Récemment, Tucker Carlson, l’ancien présentateur de Fox News, s’est adressé à 3 000 étudiants de l’IU dans le cadre de la tournée Turning Point USA, quelques jours avant de mettre en ligne un entretien au ton amical avec Nick Fuentes, antisémite notoire déclaré.

Roseman a fait allusion à ces différentes pressions dans le dernier bulletin d’information des anciens élèves du programme d’études juives, daté de l’automne 2025. Dans un « édito du directeur » rédigé avant sa démission, il met en garde contre les récentes mesures prises par la législature de l’État, qui contraignent les universités publiques à fermer les programmes dont le nombre d’inscriptions est inférieur à un certain seuil. De telles mesures, a-t-il affirmé aux anciens élèves, pourraient compromettre l’avenir du programme.

Ce même bulletin d’information comportait également une « note de la rédaction » annonçant le départ de Roseman de la direction, ainsi qu’un mot de bienvenue de Jikeli dans lequel celui-ci abordait ses principales préoccupations, bien différentes.

Un groupe de manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens manifeste sur le campus de l’université de l’Indiana à Bloomington, dans l’Indiana, le 2 mai 2024. (Crédit : AP Photo/AJ Mast)

« La montée de l’antisémitisme est un défi qui touche de nombreux campus à travers le pays », a écrit Jikeli. « L’IU n’est certes pas à l’abri, mais nous avons la chance de disposer de partenariats solides et de ressources qui nous permettent de répondre à ces inquiétudes. Nous continuerons à travailler ensemble pour que le département des études juives reste un lieu d’apprentissage, de résilience et de communauté. »

Campements et contre-manifestations

Roseman, éminent spécialiste britannique de la Shoah qui a récemment publié une histoire complète de cette période en quatre volumes chez Cambridge University Press, avait tenté, durant les deux années qui ont suivi les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et le déclenchement de la guerre à Gaza, de faire profil bas sur le campus. Alors même que l’IU, comme beaucoup d’autres établissements, était confrontée à des campements et à des accusations de génocide formulées à l’encontre d’Israël, ce professeur spécialiste du génocide a cherché à rester le plus discret possible sur ses propres opinions, ont déclaré ses collègues.

Ce n’est pas le cas de Jikeli, dont les recherches portent notamment sur la surveillance de l’antisémitisme parmi les militants pro-palestiniens et anti-Israël sur Instagram et dans les communautés musulmanes européennes, notamment les réfugiés syriens. L’an dernier, il a participé à l’organisation, sur le campus, d’un « rassemblement contre la propagande du Hamas », aux côtés des dirigeants des centres Hillel et Habad Loubavitch de l’IU, ainsi que du président de Hoosiers for Israel. Jikeli, à l’époque, avait indiqué à l’Indiana Daily Student que ce rassemblement n’avait pas pour objectif de contrer directement les campements.

S’adressant au Combat Antisemitism Movement (CAM), un groupe militant, durant l’été précédant sa nomination au poste de directeur, Jikeli a mis en garde contre le fait que les tensions, sur les campus comme le sien, « entraient dans une phase plus dangereuse », dressant un portrait très sévère des militants anti-sionistes.

« Il ne s’agit pas seulement de manifestations », a-t-il alors indiqué. « Nous faisons face à un noyau dur d’acteurs motivés par des idéologies, renforcés et habilités par l’amplification des réseaux virtuels et réels, qui remodèlent le discours — et peut-être même la sécurité — sur les campus d’une manière extrêmement inquiétante. »

Pendant les deux mois qui ont suivi son arrivée à la direction des études juives, Jikeli a adopté une ligne plus dure à l’égard d’un courant militant pro-palestinien et anti-Israël qui imprégnait certains aspects du programme. Il affirme, ainsi que l’indiquent des e-mails consultés par la JTA, qu’il protège ainsi le programme contre toute influence ou militantisme qui pourraient nuire à sa mission.

Un drapeau palestinien flotte au-dessus d’un campement de protestation pro-palestinien et anti-israélien à l’université d’Indiana Bloomington, le 1er mai 2024, à Bloomington, dans l’Indiana (Crédit : AP Photo/Isabella Volmert).

Jikeli n’a pas tardé à concentrer ses efforts sur une adversaire en particulier : Sabina Ali, doctorante en sixième année, poursuivant un doctorat en études religieuses avec une mineure en études juives, ancienne rédactrice en chef de l’American Religion Journal, une publication universitaire basée à l’IU.

Dans un courriel, Ali a dit à la JTA qu’elle s’identifiait comme « juive post-soviétique », issue d’une famille mixte dont certains membres sont musulmans. « Mon identité juive est indissociable de ma lutte contre toutes les formes d’oppression, notamment l’occupation continue, l’apartheid et le génocide commis par Israël à l’encontre des Palestiniens », a-t-elle écrit.

L’an dernier, à l’instar de dizaines d’autres personnes, Ali a signé la lettre ouverte dans laquelle des « professeurs, membres du personnel, étudiants et anciens élèves juifs » protestaient contre la décision de l’université de dissoudre un campement étudiant. Une lettre que n’ont signée ni Roseman, ni Imhoff, ni tout autre membre actuel du corps enseignant des études juives — à l’exception d’un seul. (Un professeur émérite membre du conseil consultatif de la faculté d’études juives l’a également signée.) Ali soutient en outre un mouvement qui fait pression sur l’IU pour qu’elle se désengage d’Israël. En guise de photo de profil sur Zoom, visible lorsque sa caméra est éteinte, elle utilise un dessin représentant une femme portant un keffieh, avec un drapeau palestinien et le slogan « Free Palestine ».

Ali a été attirée par les études juives, a-t-elle expliqué, « parce que mes recherches abordent des questions fondamentales dans ce domaine tout en élargissant ses frontières, grâce à des approches critiques ». Elle a également fait part de son admiration pour le travail des professeurs, en particulier celui d’Imhoff. « Il est extrêmement important pour moi de faire partie des études juives. C’est un domaine dans lequel je sens que je peux apporter une véritable contribution, et que je peux relier à des échanges interdisciplinaires plus larges », a-t-elle ajouté.

Sur le campus, Ali portait régulièrement un keffieh, le foulard traditionnel palestinien pour se protéger du soleil et adopté par les manifestants pro-palestiniens et anti-Israël, lors des événements liés aux études juives et ce, sans incident aucun avant la nomination de Jikeli, d’après elle.

« Je suis tout à fait consciente que tous les membres du programme ne partagent pas mes opinions politiques ou ma conviction morale fondamentale selon laquelle l’occupation, l’apartheid et le génocide sont inacceptables », a fait savoir Ali à la JTA. « La liberté académique n’exige pas que tout le monde soit à l’aise. »

Des manifestants pro-palestiniens et anti-Israël portent des keffiyehs alors qu’ils manifestent devant le City College de l’Université Columbia contre l’administration Trump et exigent « liberté, solidarité et responsabilité » de la part de leur université, à New York le 25 avril 2025. (Leonardo Munoz/AFP)

Zoom sur la politique

Avant le changement de direction, les opinions politiques et façons de faire d’Ali ne rencontraient que peu de résistance au sein des études juives. Certains professeurs et étudiants avaient toutefois exprimé leur malaise en privé. Sous la direction de Jikeli, néanmoins, ces éléments ont rapidement commencé à poser problème.

C’est en septembre que sa photo de profil Zoom est devenue un point de discorde, lorsqu’elle est apparue pendant un événement organisé sur Zoom dans le cadre du programme, alors qu’Imhoff s’apprêtait à présenter ses dernières recherches à ses collègues. Selon les personnes présentes, Jikeli a ordonné à Ali de retirer son image pro-palestinienne, sous peine d’être exclue du séminaire. Lorsqu’elle a refusé, il l’a renvoyée, provoquant un exode massif de presque tous ses collègues. Ces derniers se sont réunis à nouveau dans une autre réunion Zoom, sans Jikeli, pour échanger sur les recherches.

Sur le campus, cet incident a suscité la colère de nombreuses personnes pour qui les actions de Jikeli constituaient une violation de la liberté académique. Un professeur a même qualifié son comportement de « autocratique ».

Dans un courriel obtenu par JTA, Ali a écrit : « Cette situation ne manque pas d’ironie : moi, une étudiante juive, j’ai été exclue d’un événement consacré aux études juives pour avoir exprimé ma solidarité avec les Palestiniens, tandis que vous, un ‘spécialiste’ de l’antisémitisme, avez utilisé votre autorité pour décider quels types d’expressions juives sont, ou ne sont pas, acceptables. »

Certaines personnes ont toutefois manifesté leur soutien à Jikeli.

« À mon avis, le Dr Jikeli n’a pas eu tort de demander, ou d’insister, pour que les images et les mots qui apparaissaient sur ce profil Zoom soient supprimés, compte tenu du programme que nous suivons et de la période que nous traversons », a déclaré Joanna Martin, étudiante en deuxième année de doctorat avec une mineure en études juives, à la JTA.

Des étudiants juifs au Helene G. Simon Hillel Center de l’université de l’Indiana à Bloomington, dans l’Indiana, le 13 février 2024. (Crédit : AP/Michael Conroy)

La situation s’est rapidement envenimée lorsque Jikeli a mis son veto à la demande d’Ali de financement pour la présentation de son article de recherche, « Weaponizing Indigeneity », lors d’une conférence sur les études religieuses. Selon le résumé de l’article, « les revendications relatives à ‘l’indigénéité juive’ en Palestine… sont utilisées pour justifier l’existence et les actions de l’État-nation colonialiste d’Israël, et déployées pour légitimer la possession de la Palestine ».

La demande de financement, généralement pro forma, avait déjà été approuvée par la commission de la faculté chargée de superviser les études supérieures. En choisissant unilatéralement de passer outre la décision de la commission, le directeur du programme a pris une décision sans précédent, selon les observateurs.

Avant Jikeli, personne n’avait soulevé d’objection à propos de la proposition de recherche d’Ali. « En fait, mes conseillers et les membres de la commission m’ont dit que mes recherches étaient innovantes pour les études juives », a confié Ali.

C’est dans un e-mail daté de septembre et obtenu par la JTA que Jikeli a défendu sa décision auprès du corps enseignant, affirmant que les recherches d’Ali étaient trop politisées. Il a suggéré que le financement de son voyage soit plutôt assuré par le département d’études religieuses, où Ali effectue principalement ses recherches de doctorat.

Jikeli a expliqué dans un e-mail de suivi qu’il se devait d’agir « dans l’intérêt supérieur du programme d’études juives », et qu’il pensait que le financement d’Ali « aurait pu nuire aux études juives », ajoutant : « Je comprends que des personnes raisonnables puissent être en désaccord sur l’emplacement exact de ces limites. »

Nombre de membres du programme ont rapporté ne pas avoir été convaincus.

Maxwell Hall sur le campus de l’université de l’Indiana à Bloomington, dans l’Indiana. (Crédit : Wikipedia/Nyttend/Domaine public)

« Pour beaucoup d’entre nous, l’arrangement actuel n’est pas le plus souhaitable », a affirmé Imhoff. « Je voudrais trouver une solution qui nous permette de soutenir tous les étudiants diplômés et tous les professeurs qui mènent des recherches sérieuses, quelle que soit leur orientation politique. »

« Elle est étudiante diplômée. Nous sommes tous des étudiants diplômés. Une partie de notre travail ici consiste à apprendre à nous intégrer à cette discipline, à nous intégrer à ce domaine, et à tenter de repousser ses limites », a expliqué à la JTA Daniel Reischer, étudiant en troisième année de doctorat.

Le militantisme d’Ali, longtemps toléré dans le programme, est devenu un sujet brûlant. « J’ai l’impression que c’est exactement pour cela qu’il a été engagé : refuser de financer Sabina », a déploré un membre du corps enseignant du département d’études juives à propos de Jikeli. Pour certains, c’est en réalité Jikeli qui impose ses opinions politiques personnelles aux recherches d’Ali.

« Les gens sont paranoïaques », a indiqué à la JTA Claire Richters, doctorante en sixième année, l’une des trois membres du comité exécutif des étudiants diplômés en études juives, dont Reischer, ayant signé une lettre ouverte à Jikeli pour protester contre sa décision de refuser à Ali de lui accorder son financement. « Notre crainte est simplement que cela ne commence à s’étendre à toutes les questions sur lesquelles un directeur pourra avoir un désaccord politique. »

Des inquiétudes qui ne sont pas partagées par tous. « Beaucoup se demandent : ‘Est-ce que mes recherches vont être refusées ?’ Alors qu’ils font des études sur la Shoah. J’en doute », a expliqué Martin. Refusant de donner son avis sur les recherches d’Ali et sur leur pertinence pour les études juives, elle a ajouté : « La plupart des gens n’ont aucune raison de s’inquiéter. »

Dans leur lettre, les professeurs extérieurs à l’université qui accordent leur soutien à Jikeli défendent également les mesures qu’il a prises à l’encontre d’Ali.

Des étudiants affichent des pancartes « Free Palestine » sur leurs mortiers lors de la cérémonie de remise des diplômes, à l’université Harvard, à Cambridge (Massachusetts), le 29 mai 2025. (Crédit : Charles Krupa / AP)

« En premier lieu, il y avait, à notre avis, de bonnes raisons de refuser une demande de financement pour un voyage visant à présenter un réquisitoire programmatique contre Israël en tant que puissance colonialiste. Rien dans le résumé de l’article ne démontre la validité des arguments avancés », indique la lettre. « En second lieu, la décision d’interdire à une étudiante participant à un séminaire en ligne de remplacer son visage par un slogan politique et un portrait anonymisé portant un keffieh était responsable et appropriée. »

Parmi les signataires de la lettre figure Alvin Rosenfeld, le fondateur du programme d’études juives à l’IU.

Une « impasse » venue d’en haut ?

C’est dans un e-mail interne en date du 29 octobre, dans lequel il a tenté de trouver un juste équilibre, que le doyen Van Kooten s’est prononcé sur les différends avec Ali.

« Je suis d’accord avec la décision du directeur de ne pas utiliser les fonds du programme d’études juives Borns, et en particulier un compte de la fondation de l’IU, pour financer le voyage de cette étudiante diplômée », a écrit Van Kooten dans un e-mail consulté par la JTA. Toutefois, a-t-il ajouté, le voyage d’Ali à la conférence sera tout de même financé, mais par une autre source de l’IU. Il sera financé au nom du « respect de la liberté académique ».

Mais à propos du Zoomgate, Van Kooten s’est montré plus prudent.

« En ce qui concerne la gestion de l’utilisation de Zoom dans les séminaires, colloques, etc. des départements/programmes, l’université n’a pas de règle, et n’en recommande pas », a-t-il indiqué. Tout règlement futur concernant Zoom, a-t-il précisé, « devra faire l’objet d’un vote de l’ensemble du corps enseignant, en consultation avec le conseiller juridique de l’université de l’Indiana ».

Des manifestants écoutent pendant un rassemblement pro-Israël à l’université de l’Indiana à Bloomington, dans l’Indiana, le 2 mai 2024. (Crédit : AP Photo/AJ Mast)

En l’absence de règles claires, a souligné le doyen, « l’organisateur d’un événement doit faire preuve de bon sens pour trouver un équilibre entre l’importance de la liberté d’expression [conformément aux politiques de l’université] et l’obligation de maintenir un environnement d’apprentissage inclusif, tout en limitant les perturbations lorsqu’elles se produisent ».

Un étudiant diplômé a confié à la JTA que cet e-mail lui semblait être une « impasse ». Le programme continue son travail : cette semaine, son centre sur l’antisémitisme contemporain a organisé un symposium sur l’antisémitisme sur les campus, avec de nombreux intervenants qui avaient également signé la lettre de soutien à Jikeli.

Fait rare, c’est une subvention du National Endowment for the Humanities (NEH) qui a permis de financer la conférence. Sous Trump, le NEH a supprimé le financement de pratiquement tous les autres programmes universitaires juifs, à l’exception du conservateur fonds Tikvah. Le président par intérim actuel du NEH était d’ailleurs attendu à la conférence de l’IU.

Pour certains observateurs du domaine des études juives, qui considéraient depuis longtemps l’Indiana comme un phare dans ce domaine, la situation est profondément troublante.

« L’Indiana est plus qu’un État républicain. Il a une histoire incroyable de suprématie blanche », a noté Riv-Ellen Prell, professeur émérite à l’université du Minnesota qui a étudié l’histoire des Juifs sur le campus. « Et voici l’IU, au milieu de cet univers, qui attire comme un aimant les étudiants juifs — parce que le programme d’études juives est excellent, et qu’il y a un grand Hillel. »

Mais avec ces changements forcés, a ajouté Prell, les forces qui façonnent l’enseignement supérieur ont envoyé un message : « Nous apprécions tel type de personnes pour les études juives. Nous n’aimons pas cet autre type de personnes pour les études juives. »

Le rabbin Levi Cunin, membre de Chabad on Campus, prend la parole lors d’un rassemblement pro-israélien à l’université de l’Indiana à Bloomington, dans l’Indiana, le 2 mai 2024. (Crédit : AP Photo/AJ Mast)

Pour Prell, les inquiétudes concernant la pertinence des études supérieures d’Ali passaient à côté de l’essentiel : le directeur du programme aurait pu les aborder d’une autre manière.

« C’est ici qu’elle est hébergée en tant qu’étudiante, admise en tant qu’étudiante. Elle bénéficie de la liberté académique, et il y a des professeurs qui souhaitent la superviser et travailler avec elle », a déclaré Prell. « Si nous commençons à dire : ‘Les professeurs ne sont pas autorisés à enseigner à ou à superviser des personnes qui font tel genre de travail’, alors c’est la fin de la liberté académique. »

Mais Friedman voit la situation différemment.

« Le simple fait que nous envisagions même de financer une telle chose est insensé », a-t-il fait remarquer à propos des recherches d’Ali. « À quoi sert un département d’études juives si les étudiants qui le fréquentent démontrent non seulement qu’ils ne connaissent rien à l’histoire du peuple juif, mais qu’en plus ils s’efforcent activement de la discréditer ? Personne d’autre ne tolérerait cela. »

Les études juives sont de plus en plus souvent la cible des polémiques politiques impliquant des Juifs sur les campus. Une situation qui avait débuté avant même l’attaque du Hamas du 7-Octobre, la guerre à Gaza, la recrudescence de l’antisémitisme sur les campus et la répression menée par Trump dans les universités.

Dans d’autres établissements, des donateurs ont retiré leur financement aux programmes d’études juives et israéliennes en raison de désaccords politiques sur Israël avec le corps enseignant. Certains professeurs d’études juives ont été pris pour cible ou écartés des groupes de travail sur l’antisémitisme sur les campus en raison de leurs opinions perçues sur Israël. D’autres ont mené des protestations contre leurs propres groupes de travail. À Columbia, qui a conclu un accord avec l’administration Trump pour protéger son financement après être devenue l’épicentre des manifestations étudiantes, certains donateurs juifs en colère ont choisi de ne soutenir que les études juives, abandonnant le reste de l’université.

Pour certains, la crainte de Jikeli de voir cette controverse autour de l’IU « nuire aux études juives » a pris l’allure d’une prophétie. Sur les réseaux sociaux, les professeurs actuels et anciens du département d’études juives de l’IU ont déploré la fin spirituelle du programme. Et plusieurs potentiels étudiants en master, invoquant les agissements du directeur par intérim, ont annoncé au corps enseignant ne plus être intéressés par une inscription.

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