Recyclage des déchets : l’État demande aux Israéliens de se mobiliser
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Recyclage des déchets : l’État demande aux Israéliens de se mobiliser

Les Israéliens ne recyclent que 10 % des emballages et presque aucun déchet alimentaire - un recyclage qui pourrait pourtant réduire les déchetteries de plus d'un tiers

  • Trois hommes poussent des poubelles vertes à Jérusalem, le 27 octobre 2009 (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)
    Trois hommes poussent des poubelles vertes à Jérusalem, le 27 octobre 2009 (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)
  • Des employés recyclent les cartons de fruits et de légumes au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 juin 2015 (Crédit :  Nati Shohat/FLASH90)
    Des employés recyclent les cartons de fruits et de légumes au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 juin 2015 (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)
  • Un bulldozer soulève des déchets à l'usine de recyclage de Greenet, dans la zone industrielle d'Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Un bulldozer soulève des déchets à l'usine de recyclage de Greenet, dans la zone industrielle d'Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
  • Des employés municipaux font une pause dans le centre de Jérusalem près d'une poubelle de recyclage de papier, le 26 juin 2017 (Crédit : Flash90)
    Des employés municipaux font une pause dans le centre de Jérusalem près d'une poubelle de recyclage de papier, le 26 juin 2017 (Crédit : Flash90)
  • Des ouvriers trient des déchets à l'usine de recyclage de Greenet dans la zone industrielle d'Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Des ouvriers trient des déchets à l'usine de recyclage de Greenet dans la zone industrielle d'Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les villes d’Israël peuvent bien être dotées de conteneurs colorés et d’un arc-en-ciel de poubelles de recyclage, le pays présente toutefois l’un des taux les plus bas en termes de recyclage parmi les nations développées.

Dans un effort désespéré visant à changer les choses en profondeur, le ministère de la Protection environnementale espère investir presque quatre milliards de shekels – soit environ 1,1 milliard de dollars – au cours des dix prochaines années pour améliorer le taux de recyclage en le faisant passer d’un maigre 21 % à 50 % d’ici 2030, mais il doit faire face à une bataille redoutable : éduquer le public pour qu’il apprenne à séparer les éléments recyclables afin de les placer dans les bons conteneurs.

Actuellement, Israël produit 5,3 tonnes de déchets par an, ce qui représente une moyenne de 1,7 kilo par personne et par jour. C’est plus élevé que la moyenne de l’OCDE de 1,4 kilo par personne et par jour, mais moins que la moyenne enregistrée aux Etats-Unis, soit deux kilos de déchets.

« Israël est constamment parmi les pays les plus mauvais au classement de l’OCDE en ce qui concerne le recyclage », explique Oded Nezer, chef du service de gestion des déchets au ministère de la Protection environnementale.

La vaste majorité des déchets (79 %) au sein de l’Etat juif est acheminée dans l’une des 12 décharges installées dans tout le pays, explique Nezer. Seuls 21 % des déchets sont recyclés – contre approximativement 34 % en Europe.

Certains produits, pour leur part, restent en dehors de tout cycle de recyclage. Approximativement 6 % des déchets en Israël, au poids, sont composés de couches jetables.

Pour leur part, les cartons, le papier, le métal et le plastique représentent environ 45 % des déchets au poids en Israël. Les matériels organiques, comme les déchets alimentaires, forment 34 % du tout. Et tous peuvent être recyclés.

« Les décharges entraînent beaucoup de problèmes, comme la pollution de la terre et des nappes phréatiques. Elles créent des problèmes environnementaux et des problèmes d’odeur, elles occupent aussi beaucoup de parcelles de terres », dit Nezer.

« Mais l’un des problèmes les plus importants est également cette idée prédominante et bien ancrée que lorsqu’on déverse quelque chose dans une décharge, on le met sous terre, et il finira bien par disparaître », ajoute-t-il.

L’un des objectifs poursuivis par la mise en place d’un plus grand recyclage des détritus par le public – en séparant et en triant les poubelles de manière active – c’est d’aider les gens à comprendre davantage ce que représente la quantité de déchets produite au niveau individuel, note Nezer.

Un bulldozer soulève des déchets à l’usine de recyclage de Greenet, dans la zone industrielle d’Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Entre 2013 et 2016, les chiffres israéliens ont augmenté, passant progressivement d’un recyclage de presque 18 % des déchets à 21 %. Mais pendant la même période, la quantité des déchets dans le pays a connu une hausse de presque 2 % par an.

Nezer explique que l’objectif défini par le ministère – qui veut atteindre un taux de 50 % de produits recyclés à l’horizon 2030 – ne sera pas facile à atteindre.

Une partie importante du projet politique environnemental est de parvenir, à l’horizon 2030, à créer de l’électricité en brûlant des déchets plutôt que du charbon ou du gaz, un processus appelé « revalorisation des déchets ».

La Suède, par exemple, importe des déchets d’autres pays européens pour maintenir les opérations de ses usines dans le secteur de la revalorisation des déchets – ce qui permet de chauffer des milliers d’habitations pendant l’hiver.

Ces usines ne sont pas une solution parfaite : se contenter de brûler des déchets n’aide pas à résoudre le problème de la réduction de la quantité globale de déchets, et le processus est intense en termes énergétiques, avec des inconvénients non négligeables. Ce processus permet néanmoins de conserver de vastes quantités de détritus hors des décharges tout en fournissant une source énergétique alternative.

Le ministère a demandé la somme de 2,8 milliards de shekels pour soutenir la construction de trois structures de revalorisation des déchets d’ici 2030.

Pour Nezer, ce projet implique que la moitié des déchets du pays soient recyclés, qu’un quart soit brûlé pour faire de l’énergie – un quart seulement finissant dans une décharge.

Illustration : le projet de restauration de la décharge de Hiriya, située au sud-est de Tel-Aviv, en Israël. Les déchets alimentaires jetés dans les décharges sont doublement négatifs pour l’environnement, en raison des coûts environnementaux liés à la production d’aliments (Crédit : Yaakov Naumi / Flash90)

Alors que deviennent vos déchets après avoir quitté votre habitation ? Existe-t-il vraiment un recyclage des déchets en Israël ?

Israël a mis en place un système de recyclage séparé à la source, ce qui signifie que le public a la responsabilité de jeter ses déchets dans la bonne poubelle de couleur : elle est verte pour les déchets généraux, bleue pour le papier et les cartons, orange pour le recyclage des emballages et grise pour les bouteilles – bien que ces couleurs puissent varier en fonction de la municipalité et des firmes chargées des contrats de recyclage.

La séparation à la source exige à la fois l’éducation et la coopération du grand public. Ce système peut être troublant, parce que des prestataires et entreprises distincts gèrent chacune de ces poubelles.

« Le système n’est pas parfait, mais c’est vraiment important de continuer à recycler », dit Maya Jacobs, directrice-générale de Zalul, une organisation de défense de l’environnement.

C’est important que les Israéliens prennent l’habitude du recyclage, continue Jacobs, de manière à ce que le processus devienne plus efficace et durable et que les Israéliens soient d’ores et déjà conditionnés à trier leurs poubelles.

Certains déchets recyclables sont pris en charge dans le pays tandis que d’autres partent à l’étranger pour y être traités.

Nezer explique que l’un des principaux problèmes auquel est confronté le ministère avec le recyclage, c’est une croyance persistante au sein de la population qu’il n’y a aucune raison de séparer les détritus, l’ensemble finissant au même endroit.

« Les gens pensent que ça ne sert à rien, que ce qu’on leur dit n’est pas vrai », explique Nezer. « C’est important de souligner que les produits sont recyclés ».

Savoir ce qui arrive à vos déchets recyclés vous intéresse ? Alors lisez la suite.

Une montagne de déchets

Avant toute discussion sur le sujet, il est important de souligner que le meilleur système de recyclage est celui qui n’est jamais pratiqué. Le recyclage est un processus intensif au niveau énergétique qui exige la collecte et le transport de quantités considérables de détritus dans tout le pays ou dans le monde entier. Ecraser, chauffer et mélanger les produits recyclables pour les transformer en un nouveau produit exige des structures gigantesques qui consomment de l’électricité et du carburant. Le recyclage est une bonne alternative à la présence, dans une décharge, d’une bouteille en plastique qui y restera entre 450 et 1 000 ans, mais il a également un coût.

Selon le ministère de la Protection environnementale, collecter, trier et amener les déchets recyclables là où ils doivent se trouver coûte environ 580 shekels par tonne, en comparaison avec le transport des détritus vers une décharge qui coûte en moyenne 270 shekels.

Illustration : le projet de restauration de la décharge de Hiriya, située au sud-est de Tel-Aviv, en Israël. Les déchets alimentaires jetés dans les décharges sont doublement négatifs pour l’environnement, en raison des coûts environnementaux liés à la production d’aliments (Crédit : Yaakov Naumi / Flash90)

Et ainsi, la meilleure alternative au recyclage est de réduire la quantité globale de déchets.

Il y a de nombreuses pistes à explorer pour réduire la quantité de produits jetables utilisés – comme prendre un sac réutilisable, acheter en volume, ne pas boire d’eau embouteillée et réutiliser des contenants et bouteilles en plastique. Israël est le deuxième plus grand consommateur d’assiettes et de couverts jetables, derrière les Etats-Unis, rappelle Jacobs.

Et concernant celui qui paye la facture, Israël dispose de ce que le pays appelle une « responsabilité producteur élargie », ce qui signifie que les entreprises qui fabriquent un produit ont la responsabilité également de sa destinée post-consommateur. Ce qui signifie, par exemple, que Coca Cola doit reprendre en charge ses bouteilles, et que Tnuva doit s’occuper de ses boîtes de fromage blanc après consommation par les clients.

Cette politique de recyclage, qui place le fardeau financier sur les entreprises, est assez commune en Europe et aux Etats-Unis. Les entreprises paieront à un sous-traitant un montant établi pour le recyclage sur la base de la quantité de produits importée ou fabriquée. Ce coût pourra se répercuter sur le consommateur, mais il revient habituellement à quelques centimes pour chaque produit.

Le recyclage des bouteilles dans votre quartier

Israël s’en sort assez bien en termes de recyclage des bouteilles, grâce à une loi de 1999 qui impose une consigne sur les bouteilles recyclées qui va de 0,30 agorot (centimes) pour les petites bouteilles en verre et en plastique à 1,2 shekels pour les bouteilles de bière en verre d’un demi-litre.

L’entreprise ELA a la responsabilité du recyclage de toutes les bouteilles en Israël, qu’elles soient en plastique ou en verre. Les cages de recyclage de bouteilles en plastique sont une vision ordinaire dans les communautés de tout le pays.

La majorité des bouteilles en plastique, dans ces cages, dépasse les 500 millilitres, ces bouteilles n’étant pas consignées.

ELA collecte 2,5 millions de bouteilles par jour. Une source de cette collecte, ce sont les zones résidentielles, avec 23 000 cages installées dans les quartiers de tout le pays.

Quand une cage est pleine, la compagnie affrète un camion spécial équipé d’un gigantesque aspirateur qui se saisit de son contenu et l’apporte aux deux structures d’ELA où il sera trié.

Un homme âgé recherche des bouteilles en plastique dans une cage de recyclage pour les emmener dans un dépôt, à Jérusalem, le 23 juillet 2017 (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)

L’autre source de collecte des bouteilles, ce sont les entités commerciales telles que les magasins de proximité, les supermarchés, les restaurants et les entreprises – et notamment les boutiques ou autre lieux qui remboursent une consigne aux clients. Certains produits embouteillés en Israël sont rendus aux entreprises, où ils sont nettoyés et réapprovisionnés.

Le verre peut être également trié par couleur puis il est transporté vers Venise, en Italie, où il est à nouveau transformé en bouteilles, explique Hagit Hoshen Koren, gestionnaire commercial d’ELA. Certains produits bénéficient pour leur part d’un dépôt de garantie et ne doivent pas être placés dans les cages de collecte des quartiers.

A l’usine de tri d’Ela, les bouteilles en plastique sont séparées en fonction des matières utilisées pour leur fabrication et écrasées, puis réduites sous la forme de larges cubes en plastique adaptés aux transports. Ces gros cubes sont livrés et vendus à des usines européennes qui les transforment en d’autres types de produits de plastique.

Les cannettes en aluminium sont parfois prises en charge par une firme locale israélienne où elles seront métamorphosées en porte de four.

Dans de nombreux pays, les consommateurs ne séparent pas le traitement des bouteilles en plastique des autres systèmes de recyclage du plastique, et le processus de tri a lieu dans la structure de recyclage.

Même si les processus de tri peuvent être très précis, ils ne sont jamais parfaits. Le fait que l’Etat hébreu dispose de deux firmes séparées gérant les bouteilles et le recyclage des emballages implique que la contamination croisée est bien plus inférieure que dans les pays où les résidents placent tous leurs produits recyclables dans un seul conteneur.

« Les bouteilles qui proviennent d’Israël sont plus propres, et nous pouvons donc en obtenir un prix plus élevé parce qu’en Israël, nous avons une cage séparée pour les bouteilles », dit Koren.

De nombreux pays qui envoyaient, par le passé, toutes leurs bouteilles recyclées en Chine ont été désagréablement surpris, l’année dernière, quand la Chine a annoncé que le pays cesserait d’accepter du plastique et autres matériaux recyclables de qualité inférieure.

A LIRE : Déchets : la fronde des pays « poubelles » d’Asie

Koren explique que parce qu’Israël a établi une norme plus élevée en termes de matières premières, le pays a toujours transporté ses bouteilles en plastique usagées en Europe, dont les normes sont plus rigoureuses. La dernière structure de recyclage de bouteilles en plastique au sein de l’Etat juif a fermé au mois de février, le processus n’étant pas lucratif et n’ayant pas obtenu de financement de la part du ministère de la Protection environnementale.

Tandis que les firmes et les poubelles séparées permettent au pays d’envoyer les matières premières de meilleure qualité à l’étranger, l’inconvénient de la gestion du recyclage des bouteilles et des emballages par deux entreprises distinctes est que les lieux de ramassage ne se trouvent malheureusement pas toujours au même endroit.

Les poubelles orange, pour le recyclage des emballages, sont réparties dans tout le pays et même si on en compte plus de 100 000, elles ne sont pas toujours accessibles ou situées à côté des cages ou autres poubelles de recyclage, en particulier dans les villes.

Trois hommes poussent des poubelles vertes à Jérusalem, le 27 octobre 2009 (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)

Il existe des obstacles supplémentaires pour le public, et en particulier pour les résidents des villes et des quartiers isolés et mal desservis. Une personne désireuse de faire du recyclage peut se trouver dans la nécessité d’aller dans quatre lieux différents – un pour les déchets, un pour les bouteilles, un pour les contenants et un pour le papier et les cartons. Et plus nombreuses sont les difficultés placées sur la route du consommateur pour l’amener à trier ses ordures, moins sa motivation à recycler ses déchets est forte.

Une manière de renforcer les incitations au recyclage est la récompense financière, ou dépôt de garantie.

Selon Koren, 78 % des petites bouteilles consignées reviennent à ELA depuis les supermarchés, les restaurants et les communautés.

Seuls 60 % des grosses bouteilles n’en bénéficiant pas reviennent à ELA.

« Cette loi de consigne crée une raison économique de recycler les choses », explique Jacobs de Zalul.

Zalul exerce des pressions pour que les députés élargissent cette législation, pour y inclure les bouteilles de 500 millilitres. Les partis ultra-orthodoxes sont opposés à cette loi, parce qu’elle rendra les boissons plus chères à l’achat, augmentant le coût de la vie pour les familles haredim qui frôlent déjà la pauvreté. En vertu de cette loi, les consommateurs finissent par payer cette consigne quand ils achètent une bouteille – elle est déjà incorporée dans le prix.

Jacobs note qu’il est important d’éduquer ces familles en leur disant qu’elles peuvent récupérer la consigne en ramenant les bouteilles vides à l’endroit où elles les ont achetées.

« Toutes ces lois ne sont pas censées rendre la vie plus chère », note Jacobs. « Elles sont censées aider les gens à changer leurs habitudes ».

Un chat orange pour commercialiser les poubelles orange

Seule une compagnie de recyclage présente sa propre application pour smartphones, « Catomolo », un jeu de recyclage téléchargé 160 000 fois. L’application, hébergée par Dedi, le chat roux-orangé sympathique de TAMIR, fait du recyclage un jeu et aide les enfants à discerner les bons déchets destinés à la poubelle orange. Les cartons de lait – oui ! Les bouteilles vides de produits de nettoyage – oui ! Les pelures de banane – non !

Il existe 120 000 poubelles de recyclage dans tout le pays au service de 4,25 millions de résidents, selon Rani Aidler, directeur-général de TAMIR, la compagnie chargée de la gestion du recyclage des contenants en Israël.

On trouve également 4 400 poubelles pourpres dans tout Israël pour les produits à base de verre, qui sont pris en charge par TAMIR ou ELA en fonction de la municipalité.

TAMIR possède également deux structures de tri – à Rishon Lezion et Afula – où un système high-tech sépare les contenus des poubelles orange selon leurs différences : les cartons pour boissons, le métal (les cannettes en étain ou en aluminium) et quatre types de plastique.

Ces différents types de plastique sont le plastique PET (plastique polyéthylène téréphtalate – la vaste majorité des contenants alimentaires et de boisson), les polystyrènes à haute densité (les emballages en plastique dur pour, par exemple, les shampooings et les produits de nettoyage), les polystyrènes à faible densité (comme les sacs en plastique) et les polystyrènes mixtes (les emballages constitués de différents types de plastique, comme ceux de fromage blanc).

Alors que les matériaux sont pris en charge par la structure, ils sont automatiquement triés à l’aide d’un certain nombre de techniques différentes. Un aimant géant attire les métaux (comme les cannettes), et un gros aspirateur sépare les sacs en plastique. Un appareil optique peut déterminer quel type de plastique est en train de passer et des souffleurs d’air, parfaitement minutés, déplacent les plastiques dans la bonne poubelle. Cet appareil optique permet aux structures de traiter entre trois et quatre tonnes de déchets par heure. Le tri à la main, pour sa part, ne permet de traiter qu’une tonne de déchets par heure, explique Aidler.

Des ouvriers trient des déchets à l’usine de recyclage de Greenet dans la zone industrielle d’Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les cartons ayant contenu des boissons sont envoyés dans les pays comme la Corée du Sud et l’Espagne, le processus de recyclage exigeant de séparer les matériaux différents étant onéreux et compliqué. Ces emballages sont constitués de carton et de paraffine ou d’un intérieur en plastique permettant de conserver le liquide à l’intérieur.

Les sacs en plastique et plastiques durs (polystyrène haute densité) sont acheminés vers une usine de recyclage à Beit Shean, K.B. Recycling Industries, où ils sont transformés en un nouveau produit. Selon Zalul, l’un des problèmes est que le plastique recyclé, en Israël, est transformé en produit à usage unique – sac en plastique ou ustensile jetable.

« Actuellement, on ne fabrique que des sacs en plastique pour les supermarchés et c’est une honte », dit Jacobs. « Pourquoi ne pas concevoir des choses à plus long terme ? Faire des sacs en plastique implique d’utiliser d’immenses quantités d’eau et de ressources ».

Jacobs signale que, dans d’autres usines du monde, des bancs sont fabriqués à partir de plastique recyclé.

Le métal des poubelles orange est, pour sa part, envoyé à Yehuda Steel and Hod Assaf Industries Ltd factories, où il est transformé en clôture ou en fer à béton pour la construction.

Actuellement, seuls 10 % des déchets susceptibles d’être recyclés sont jetés dans la bonne poubelle, selon le ministère de la Protection environnementale.

Des poubelles bleues pour le carton et le papier

Les entreprises privées recyclent les cartons et le papier en Israël. En fonction de la municipalité, des entreprises différentes sont responsables de la collecte des contenus des poubelles bleues. Deux des plus importantes entreprises traitant les déchets issus du papier sont Amnir et KMM. Les deux firmes sont également sous contrat avec ELA et TAMIR et, dans certains cas, elles interviennent dans la logistique de la collecte et du transport du papier et du carton recyclables.

Des employés municipaux font une pause dans le centre de Jérusalem près d’une poubelle de recyclage de papier, le 26 juin 2017 (Crédit : Flash90)

Amnir collecte environ 400 000 tonnes métriques de papier par an – soit l’équivalent de près de 60 000 éléphants. Certains papiers sont retransformés par l’entreprise RePaper products — qui en fait des carnets et des feuilles au format A4 – composés à 100 % de papier post-consommation.

Compost et déchets alimentaires – le recyclage le plus facile mais le moins développé

Le compostage est un processus organique où les déchets alimentaires se décomposent avec le temps, créant un fertilisant riche surnommé « l’or noir » par certains agriculteurs. Le compostage est le processus de recyclage le plus facile et le moins cher, car il s’agit d’un processus naturel. Il représente également la plus importante catégorie d’éléments potentiellement recyclables.

Plus d’un tiers des déchets israéliens sont issus de matières organiques susceptibles d’être transformées en compost, selon le ministère de la Protection environnementale.

Il n’existe actuellement aucun site de compostage industriel en Israël même si des groupes de défense de l’environnement réclament leur création.

Nezer affirme que de nombreuses villes se battent pour trouver le meilleur moyen de collecter des déchets organiques sans que cela ne pose un risque pour la santé et que le processus fonctionne souvent mieux dans les zones suburbaines et rurales plutôt que dans les villes.

« Le plus gros problème, ce sont les déchets organiques qui sont déposés dans les décharges ou répartis de manière incorrecte », explique Nezer. Les déchets alimentaires ou les légumes qui terminent dans les décharges dégagent du méthane, l’une des principales causes du changement climatique, note-t-il.

Plusieurs villes et municipalités en Israël ont mis en place des programmes de compostage qui permettent aux immeubles résidentiels ou aux habitations privées d’assurer leur propre compost. Un grand nombre dispose de poubelles en plastique subventionnées et, à Jérusalem, un « docteur du compost » spécialisé viendra chez vous et vous enseignera, ainsi qu’à vos voisins, comment faire du compost. Vous pouvez entrer en contact avec vos autorités locales pour voir si votre quartier vous propose un tel programme.

Un compost riche près à l’usage (Crédit : NormanAck, CC-BY, via wikipedia)

« Certains peuvent donner des déchets alimentaires à leurs poules ou installer une aire de compostage dans leur jardin, mais ce n’est pas une bonne chose pour tout le monde », souligne Nezer.

Il ajoute que le ministère travaille avec environ 20 autorités locales ayant défini un programme de compostage, mais qu’il n’existe pas de programme national, ni de système de compostage industriel. Il explique que le ministère encourage les autorités locales à séparer les poubelles pour les déchets alimentaires dans les marchés et/ou les zones où il y a beaucoup de gaspillage organique.

Certaines villes ont mis en place des programmes pilotes, tandis que d’autres se retrouvent par inadvertance à faire du recyclage en observant les rituels juifs. Bnei Barak, ville ultra-orthodoxe surpeuplée, suit de facto un programme de compostage pendant les années de shmitta. Selon la tradition biblique, tous les sept ans, les terres doivent se reposer pendant un an et les fruits ou légumes ayant poussé pendant l’année de jachère doivent être disposés de manière particulière.

Pendant cette année-là, les poubelles marron se multiplient dans les rues de Bnei Barak pour que les familles puissent y jeter leurs bouts de fruits et de légumes de manière à les disposer conformément à la tradition religieuse – ce qui revient fondamentalement à un compostage. Et ce qui contribue à éviter à des tonnes de déchets alimentaires d’envahir les décharges habituelles. Ce programme n’a pas été élargi aux années de non-shmitta.

Batteries et déchets électroniques

Ce sont des matériaux dangereux qui fuient des batteries et déchets électroniques qui terminent dans les décharges. Chaque ville a mis en place un processus de gestion des déchets électroniques et des sites particuliers où jeter les batteries usées. A Tel Aviv, par exemple, tous les petits commerces AM:PM acceptent ces batteries. Appelez votre mairie pour savoir où vous pouvez apporter ces produits pour qu’ils soient correctement pris en charge.

Ne soyez pas un « recycleur ambitieux »

TAMIR a créé son chat orange et très sympathique pour aider les gens à comprendre quels sont les produits à jeter dans les poubelles orange pour une très bonne raison : plus ils sont contaminants, plus le tri sera onéreux et plus la qualité du produit final qui en résultera sera médiocre.

L’un des problèmes majeurs rencontré par les entreprises de recyclage dans le monde, c’est le « recyclage ambitieux » – ces gens qui veulent réellement bien faire et qui placent tout dans les poubelles de recyclage, dans l’espoir que les déchets finiront, d’une manière ou d’une autre, au bon endroit.

Ce type de comportement fait finalement plus de mal que de bien en introduisant des produits contaminants dans le processus de recyclage. Si un lot de déchets présente trop de produits contaminants quand il sera acheminé dans la structure de recyclage, tout devra être jeté, même ce qui était recyclable a priori.

Des employés recyclent les cartons de fruits et de légumes au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 juin 2015 (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)

La meilleure manière de garantir que vos déchets soient recyclés, c’est d’apprendre par vous-même ce qui peut et ce qui ne peut pas être placé dans les poubelles. L’erreur la plus commune faite par les consommateurs concerne les grandes boîtes à pizza ou les emballages alimentaires distribués par les établissements de restauration rapide, avec de la nourriture encore à l’intérieur, ce qui n’est pas recyclable. La graisse et les déchets alimentaires rendent l’ensemble très difficile à recycler. Les tasses à café jetables sont une autre erreur couramment faite : ces tasses ont une enveloppe en polyéthylène ou en paraffine dure à séparer du carton.

Alors, quel est l’essentiel ?

Si ces nombreuses informations peuvent paraître décourageantes, les militants et responsables politiques affirment que ce qu’il faut finalement retenir est très simple : réduisez votre consommation, réutilisez quand vous le pouvez, réparez quand vous le pouvez au lieu de jeter, recyclez ce que vous pouvez et assurez-vous de placer les produits dans les bonnes poubelles.

« Notre message au public israélien, c’est que nous souhaitons qu’il prenne ses responsabilités », dit Nezer. « Il faut jeter les déchets au bon endroit ».

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