Smotrich : Israël a retardé l’envoi de soldats dans le sud le 7-Octobre par peur d’une attaque du Hezbollah
Contredisant Tsahal, le ministre affirme que 'Dieu nous a rendu service' ce jour-là en alertant Israël de la menace provenant de Gaza
Le 7-Octobre, « Dieu nous a rendu service » en alertant Israël de la menace du Hamas, a fait savoir le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui a ajouté que le gouvernement et l’armée israélienne avaient retardé l’envoi de troupes dans le sud du pays par crainte que l’invasion du Hamas ne soit en fait une diversion visant à éloigner les soldats du nord de l’État juif, afin de laisser la frontière vulnérable à une invasion simultanée du Hezbollah.
Dans une interview en hébreu accordée jeudi au journal Yedioth Ahronoth, il a rappelé qu’entre « 11 h et midi », le 7 octobre, il se trouvait en compagnie du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant et, par téléphone, avec le chef de l’armée israélienne de l’époque, Herzi Halevi.
Les quatre avaient alors débattu de l’envoi de soldats dans le sud, où des civils et des militaires se faisaient massacrer par les terroristes qui avaient pris d’assaut la région.
« À ce moment-là, nous ignorions encore si la catastrophe en cours dans le sud était, ou n’était pas, une simple ruse mise en place par le Hamas afin que nous envoyions toutes nos forces dans le sud, ce qui aurait permis au Hezbollah, ensuite, de nous attaquer depuis le nord », a-t-il expliqué. « C’est pour cette raison que nous avons attendu avant de prendre une décision. Ce n’est que lorsque les renseignements sont arrivés et que nous avons alors réalisé qu’il ne s’agissait pas d’une opération coordonnée [avec le Hezbollah] que nous avons envoyé les soldats dans le sud. »
Smotrich a confié qu’ils « n’étaient [alors] pas conscients de l’ampleur » de l’attaque, au cours de laquelle des dizaines de communautés ont été envahies et détruites, plus de 1 200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées et 251 autres ont été prises en otage.
Dieu « nous a rendu service » avec l’attaque du 7 octobre. « Il nous a giflés — une gifle douloureuse, dure, une catastrophe énorme aux conséquences terribles et épouvantables —, mais cette gifle nous a réveillés, fait prendre conscience » de la menace qui pèse de l’autre côté de la frontière avec Gaza, « après de nombreuses années de sommeil », a expliqué Smotrich.
Les affirmations de Smotrich contredisent toutefois les conclusions d’une enquête menée par Tsahal sur les événements du 7 octobre, selon lesquelles l’armée israélienne avait commencé à envoyer des soldats en masse dans le sud d’Israël peu après l’attaque surprise, et déployé simultanément d’autres soldats dans le nord afin de repousser une éventuelle incursion du Hezbollah.
Le Hezbollah, en réalité, avait prévu d’envahir le pays après le 7 octobre. Selon des informations de l’armée, le groupe terroriste avait ainsi envoyé des milliers d’hommes armés à la frontière libanaise, dans le but de commettre un massacre similaire dans le nord.
Eyal Eshel, dont la fille, la sergente chargée de la surveillance Roni Eshel, a été tuée à la base de Tsahal de Nahal Oz le 7 octobre 2023, a estimé samedi que les propos de Smotrich illustraient surtout l’urgence de mettre en place une commission d’enquête nationale qui enquêterait sur cette journée et sur la période qui l’a précédée.
« Entre 6 h 29 et midi, ma Ronki et ses amis ont supplié qu’on leur vienne en aide, et ce jusqu’à ce que, entre midi et 13 h, sa voix se taise à jamais », a-t-il déploré, désignant sa fille par le surnom qu’il lui donnait. « Je comprends maintenant pourquoi personne n’est venu à leur secours. Une commission d’enquête nationale doit être mise en place immédiatement !!! »
Je ne suis pas masochiste
Interrogé sur le fait de savoir s’il s’était, au cours des deux dernières années, rendu sur la place des Otages, à Tel Aviv, Smotrich a répondu que non, de peur d’être accueilli par des moqueries.
« Je suppose que, si je me rendais là-bas, je serais accueilli par des cris et des huées, et je ne suis pas masochiste. Et les familles qui veulent me parler peuvent tout à fait le faire », a-t-il indiqué.
Il a toutefois précisé avoir catégoriquement refusé de rencontrer les proches des otages durant les périodes où « des décisions devaient être prises » au sujet de la guerre à Gaza.
« J’avais décidé que, durant certaines périodes, je ne voulais rencontrer personne. Il s’agissait de périodes durant lesquelles des décisions devaient être prises. Je devais donc proscrire toute émotion, et travailler de manière froide », a-t-il ajouté.
Smotrich, interrogé au sujet de l’accord sur les otages et le cessez-le-feu soutenu par les États-Unis, qui en est actuellement à sa première phase, a répondu au média israélien qu’il apporterait son soutien. Une position sur laquelle il est toutefois revenu lors du vote du cabinet, qui s’est tenu plus tard dans la nuit de jeudi à vendredi.
« Les otages ne reviennent pas parce qu’ils sont détenus par le Hamas, qui exige que l’État d’Israël se rende avant de les lui ramener (…) [mais] celui-ci ne se rendra pas, même pour récupérer les otages, et cela doit être clairement établi », a-t-il expliqué, jugeant que le régime militaire israélien à Gaza était en réalité la solution idéale pour pouvoir avancer.
« Qu’est-ce qui est préférable : éviter ça [le régime militaire], laisser subsister la menace du Hamas et entrer dans une autre guerre, qui coûtera 200 milliards de shekels et apportera la misère aux habitants du sud et des communautés frontalières de Gaza ? », a-t-il demandé à l’animateur.
La première phase de l’accord prévoit un cessez-le-feu, la libération des 48 otages encore retenus par des groupes terroristes à Gaza, ainsi que le retrait partiel de l’enclave côtière de l’armée israélienne.
En échange, Israël relâchera 250 terroristes palestiniens condamnés à perpétuité, ainsi que 1 700 Palestiniens arrêtés lors des opérations menées à Gaza pendant la guerre.