Entre larges sourires et larmes soudaines, Sylvia Cunio, mère d’anciens captifs, est assise dans sa cuisine, à Kiryat Gat. Elle décrit la « joie irréelle » d’avoir retrouvé ses deux fils, David et Ariel Cunio, libérés après avoir été pris en otages.
« Le matin, je me lève et je n’ai plus aucun souci », déclare Cunio au Times of Israel.
Les frères Cunio figuraient parmi les 251 personnes enlevées et emmenées dans la bande de Gaza le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes dirigés par le Hamas ont envahi le sud d’Israël, massacrant plus de 1 200 personnes. Les otages, les vivants et les morts, ont été libérés par vagues au cours des deux dernières années. Les derniers otages encore en vie ont été relâchés à la mi-octobre.
David et Ariel, libérés le 13 octobre, étaient deux de ces 20 derniers captifs survivants.
« Ils ont changé », confie Cunio.
David, dit-elle, semble plus mûr, plus prudent dans ses réactions et dans ses propos.
« Ce n’est plus le même garçon. Avant, il disait toujours ce qu’il pensait, c’était un leader qui n’avait pas sa langue dans sa poche. Mais maintenant, il réfléchit avant de répondre », explique Cunio.
Ariel, son plus jeune fils, qui était toujours calme, est désormais « un vrai bavard », ajoute-t-elle.
« À quoi d’autre aurais-je dû m’attendre ? », poursuit-elle. « Il est resté seul pendant 738 jours ».
Aucun des deux ne lui a encore parlé de son expérience en captivité, confie Cunio.
« Ils ne parlent pas, et je ne pose pas de questions. Ils raconteront quand ils seront prêts à le faire. Je n’ai pas non plus interrogé Sharon, ni Arbel. Je n’ai jamais été du genre à fouiner. Je ne vais pas commencer maintenant », explique Cunio, faisant référence aux partenaires de ses fils, qui ont également été prises en otage le 7 octobre 2023, puis libérées.
Elle se dit ravie qu’Ariel joue à nouveau avec ses cheveux, enroulant des mèches autour de son doigt, et que David l’appelle « mamita« , qui signifie « maman » en espagnol.
« Le lien avec la famille, lui, n’a pas changé », se réjouit Cunio. « Nous nous embrassons et nous nous prenons dans les bras sans arrêt. »
Au total, huit membres de la famille Cunio ont été pris en otage par des terroristes du Hamas au kibboutz Nir Oz, le 7 octobre 2023.
David, 34 ans et Ariel, 27 ans, ont tous deux été enlevés au kibboutz Nir Oz. David a été kidnappé avec sa femme, Sharon Alony-Cunio et leurs jumelles de 3 ans, ainsi que la sœur de Sharon, Danielle Alony, et sa nièce Emilia, venues en visite à Nir Oz ce week-end-là. Ariel a quant à lui été pris en otage avec sa petite amie Arbel Yehoud. Les sœurs Alony-Cunio et leurs enfants ont été libérées en novembre 2023. Yehoud a été relâchée en janvier 2025, après avoir été retenue captive et gardée seule durant 482 jours.
Les deux frères Cunio sont désormais de retour chez eux, auprès de leur famille, de leurs parents et de leurs deux autres frères.
« Il est difficile de croire que huit personnes ont été kidnappées chez elles, et qu’elles sont aujourd’hui toutes de retour », déclare Cunio. « Désormais, je m’inquiète juste pour leur santé. »
À la recherche d’un nouveau foyer
La famille ne retournera pas vivre au kibboutz Nir Oz, déclare Cunio, les larmes aux yeux. Une décision qui a été difficile à prendre.
« À notre grand regret, nous ne reviendrons pas », ajoute-t-elle. « Mes enfants sont nés là-bas. Mais j’y ai perdu tant d’amis qu’il m’est désormais impossible d’y rester. »
Cunio, 64 ans, et son mari Louis, 65 ans, ont quitté l’Argentine pour s’installer en Israël en 1986. Ils ont d’abord vécu à Ashkelon avec leur aîné, qui était alors âgé de deux ans, avant qu’un ami ne les entraîne au kibboutz.
Elle décrit la vie au kibboutz comme un environnement solidaire, « comme une couveuse ».
« On prend soin de vous, on vous nourrit, on vous loge », explique Cunio qui, au fil des ans, a travaillé à la maison des enfants, à la maternelle, au poulailler, à la cuisine et à la buanderie du kibboutz. « J’aimais ce lieu plus que mon mari ne l’aimait. »
La famille Cunio était très présente au kibboutz. Outre Sylvia et Louis, le kibboutz accueillait également Esther, 90 ans, la mère de Louis, Lucas, le fils aîné des Cunio, et sa famille, ainsi que leurs trois autres fils, Eitan, David et Ariel, qui vivaient tous avec leurs familles dans des maisons situées à quelques minutes à pied les unes des autres.
Le 7-Octobre, chacun des membres de la famille Cunio se trouvait dans sa propre maison, au kibboutz, raconte Cunio.
Les parents Cunio ont survécu à l’assaut des terroristes dans leur abri sécurisé. Lucas et Eitan Cunio s’en sont également tirés, avec leurs familles respectives.
Esther, qui était seule dans son appartement du kibboutz, a réussi à garder son sang-froid face aux terroristes qui ont fait irruption chez elle, les distrayant avec une conversation sur la star argentine du football, Messi. Un terroriste a filmé Esther tenant sa Kalachnikov avant de la laisser tranquille, une vidéo qui est devenue virale lorsqu’elle a été découverte, par la suite.
Ce n’est que plus tard dans cette journée du 7-Octobre, lorsque les survivants ont été rassemblés, que Sylvia a appris par un voisin ce qui était arrivé à David, Sharon et leurs filles, ainsi qu’à Ariel et Arbel.
Outre la tragédie qui a frappé sa propre famille, Sylvia a confié que certains de ses meilleurs amis avaient été tués le 7-Octobre, notamment trois de ses collègues de la blanchisserie de Nir Oz, où elle travaillait.
« Nos meilleurs amis, Margit et Yossi, ont été assassinés », déplore Cunio. « Nous avons déjeuné avec eux le 6 octobre. Le lendemain, ils ont été tués. »
Tout comme les Cunio, Margit et Yossi Silberman étaient des immigrants sud-américains. Le couple a été assassiné dans sa maison, à laquelle les terroristes ont ensuite mis le feu.
La fille des Silberman, Shiri Bibas, et ses deux jeunes fils, Ariel et Kfir, ont été capturés et tués alors qu’ils se trouvaient en captivité. Le mari de Shiri, Yarden Bibas, a été détenu séparément de sa famille, et relâché en février 2025. Lui et David Cunio sont d’excellents amis.
« C’est trop », a ajouté Cunio. « Nous avons perdu tant de personnes. Tant de personnes sont parties. »
La famille Cunio envisage désormais de déménager au kibboutz Beit Nir, près de Kiryat Gat. Pour l’instant, trois de ses fils vivent non loin de Cunio et de son mari à Carmei Gat, la communauté de Kiryat Gat où de nombreux membres de Nir Oz ont été relogés il y a près de deux ans.
David et sa famille habitent actuellement à proximité, à Yavne.
« Ce n’est pas loin », fait remarquer Cunio. « J’ai dit à David que ce n’était rien comparé à la distance qui me séparait de l’Argentine quand je me suis retrouvée en Israël, mariée, avec un enfant. Je ne pouvais pas me rendre chez ma mère en une heure, le temps qu’il me faut pour aller chez David – et réciproquement. Ce n’est rien. »
Ce n’est rien non plus comparé à ces deux dernières années, lorsqu’il était retenu à Gaza, proche en termes de distance, mais impossible à atteindre.
Pour l’instant, les souhaits de Cunio sont simples.
« Le mariage d’Arbel et d’Ariel, c’est ce que nous attendons. C’est notre rêve », ajoute-t-elle. « Tous mes rêves se sont réalisés. Ils sont tous revenus. Nous sommes tous réunis. »
« Maintenant, c’est de bonheur que je pleure », confie Cunio, essuyant ses larmes avec ses mains, le sourire aux lèvres.
la Communauté du Times of Israël !
