Trump estime que la « famine est réelle » à Gaza et qu’Israël doit faire plus
Le président promet de nouveaux 'centres alimentaires' ; Keir Starmer qualifie la situation 'd'intolérable' ; un responsable israélien assure que les négociateurs pour les otages sont toujours en contact avec les médiateurs
Le président américain Donald Trump a déclaré lundi qu’il n’était « pas particulièrement convaincu » par l’assurance donnée par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qu’il n’y avait pas de famine à Gaza. Il a ensuite affirmé qu’il y avait une « véritable famine » dans la bande de Gaza, ajoutant : « On ne peut pas simuler cela. »
Les déclarations de Trump, ainsi que ses promesses de créer des « centres alimentaires » dans l’enclave, surviennent alors que la communauté internationale condamne Israël pour la situation humanitaire à Gaza, après la diffusion, la semaine dernière, d’images montrant des enfants amaigris dans ce territoire en proie à plus de vingt-et-un mois de guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Israël a déclaré qu’il n’y avait pas de famine généralisée à Gaza, affirmant que les photos montraient des cas isolés ou étaient mensongères. Il a toutefois commencé dimanche à suspendre tous les combats dans de vastes zones de la bande de Gaza pendant dix heures par jour, tout en facilitant l’acheminement de l’aide par voie terrestre et aérienne.
Lors d’une séance de questions-réponses avec des journalistes dans son complexe de golf en Écosse, Trump a été interrogé sur sa conviction quant à l’affirmation du Premier ministre israélien selon laquelle « il n’y a pas de famine à Gaza ».
« D’après ce que j’ai vu à la télévision, je dirais que non, car ces enfants ont l’air très affamés », a-t-il déclaré, aux côtés du Premier ministre britannique Keir Starmer et de son épouse Victoria, avant une réunion entre les deux dirigeants.
Starmer s’est montré beaucoup plus catégorique.
« Je pense que les Britanniques sont révoltés par ce qu’ils voient sur leurs écrans », a-t-il déclaré, tout en ajoutant que le groupe terroriste palestinien du Hamas ne pouvait jouer aucun rôle dans un futur gouvernement palestinien.
Starmer, qui subit des pressions internes pour suivre l’exemple de la France et reconnaître un État palestinien, a qualifié la situation humanitaire à Gaza « d’absolument intolérable ».
« Nous devons mobiliser d’autres pays pour qu’ils apportent leur aide, et oui, cela implique de faire pression sur Israël, car il s’agit clairement d’une catastrophe humanitaire », a-t-il ajouté.
Lorsqu’on lui a demandé si Israël pouvait faire davantage, Trump a également répondu : « Je pense qu’Israël peut faire beaucoup. »
Il a ajouté que lors de son prochain entretien avec Netanyahu, il lui dirait : « Je veux qu’il s’assure qu’ils reçoivent de la nourriture. Je veux m’assurer qu’ils reçoivent de la nourriture, chaque gramme de nourriture. »
Le président américain a déploré que le Hamas ait détourné une grande partie de l’aide qui a été envoyée dans l’enclave. « Nous avons donné beaucoup d’argent à Gaza pour la nourriture et tout le reste. Une grande partie de cet argent est volée par le Hamas, et une grande partie de la nourriture l’est aussi. »
Trump : « Il s’agit d’une véritable famine, je le vois. On ne peut pas simuler cela »
Plus tard, après sa rencontre avec Starmer, Trump a déclaré : « Les États-Unis vont aider en fournissant de la nourriture. Nous pouvons sauver beaucoup de gens. Je veux dire, certains de ces enfants sont… Il s’agit d’une véritable famine, je le vois. On ne peut pas simuler cela. Nous allons donc nous impliquer davantage. »
Le président a ajouté que les États-Unis « mettraient en place des centres alimentaires ».
« Nous le ferons en collaboration avec des personnes très compétentes, avec le Royaume-Uni et tous les pays européens qui se joindront à nous. »
Il a indiqué que ces nouveaux « centres alimentaires » n’auraient « aucune frontière » et que les gens pourraient simplement « entrer ».
« Nous n’allons pas installer des barrières à 30 mètres d’eux, alors qu’ils peuvent voir la nourriture, mais personne ne peut y toucher parce qu’il y a des barrières qui empêchent quiconque d’approcher. C’est fou ce qui se passe là-bas », a-t-il déclaré à propos de la situation actuelle.
Après avoir bloqué toute aide humanitaire dans la bande de Gaza entre mars et mai, Israël s’est fortement appuyé sur la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, qui a été créée pour éviter que l’aide ne soit détournée vers le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Cependant, les sites de la GHF ont été le théâtre d’incidents quasi quotidiens au cours desquels les troupes de l’armée israélienne auraient tiré sur des Gazaouis, dans ce que Tsahal présente comme des incidents mortels visant à maîtriser la foule. Le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, affirme que plus de 1 000 personnes ont été tuées à proximité des sites de la GHF, mais Israël estime que ce bilan est exagéré.
Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes.
Trump a également évoqué l’échec des négociations entre Israël et le Hamas pour parvenir à un cessez-le-feu temporaire et à la libération de certains otages.
Netanyahu a déclaré à maintes reprises qu’Israël ne mettrait fin à la guerre que si le Hamas était désarmé et exilé, tandis que le groupe terroriste palestinien a refusé d’accepter un troisième cessez-le-feu et la libération des otages à moins que cela ne conduise à une fin permanente de la guerre – vraisemblablement avec le retour du groupe terroriste au pouvoir en tant que gouvernement de facto de la bande de Gaza.
Trump : le Hamas « ne veut pas libérer les otages »
Selon Trump, le Hamas ne veut pas d’accord de cessez-le-feu et Israël doit donc changer de stratégie à Gaza.
« Ils ont complètement changé maintenant », a-t-il déclaré à propos du groupe terroriste palestinien.
« Ils ne veulent pas libérer les otages. »
Trump a déclaré que les représentants du Hamas « n’étaient vraiment pas disposés à discuter » lors des récentes négociations à Doha, et a affirmé que l’Iran s’était « immiscé » dans les pourparlers.
« Je pense qu’ils se sont impliqués dans cette négociation, en donnant des signaux et des ordres au Hamas. Et ce n’est pas bon », a-t-il ajouté.
« Nous avons libéré un nombre considérable d’otages. Mais cela s’était fait au compte-gouttes », a déclaré Trump, faisant référence aux deux précédents accords de cessez-le-feu et de libération d’otages.
« Mais j’ai toujours dit que lorsqu’il ne resterait plus que dix ou vingt otages, il serait impossible de conclure un accord avec ces gens, car ils les utilisent comme bouclier. Et s’ils les libèrent, ils ne pourront plus s’en servir comme bouclier », a-t-il poursuivi.
Vingt otages détenus par des groupes terroristes à Gaza seraient encore en vie, ainsi que les corps de 28 otages dont le décès a été confirmé et deux autres pour lesquels Israël dit se montrer « très inquiet ».
« Maintenant, il faudra peut-être mener un combat un peu différent », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il avait dit à Netanyahu : « Vous allez peut-être devoir agir différemment maintenant », et que les deux dirigeants discutaient de « divers plans ».
« S’ils n’avaient pas les otages, les choses iraient très vite, mais ils les ont. Et nous savons où ils les détiennent dans certains cas. Mais vous ne voulez pas entrer de force dans cette région, car cela reviendrait à condamner ces otages », a déclaré Trump aux journalistes.
Israël a lancé des opérations à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, au début du mois, après avoir évité cette zone pendant les vingt premiers mois de la guerre, craignant que des otages y soient détenus.
« Maintenant, certains diront : ‘Eh bien, c’est le prix à payer.’ Mais nous n’aimons pas dire cela. Nous ne voulons pas dire cela. Et je ne pense pas que le peuple israélien veuille le dire non plus, ce qui est assez étonnant », a déclaré Trump.
Lors d’un point presse, le vice-président américain, JD Vance, s’est fait l’écho des propos de Trump.
« Je ne sais pas si vous avez tous vu ces images. Il y a des cas vraiment, vraiment déchirants. Il y a des enfants en bas âge qui sont clairement en train de mourir de faim », a-t-il déclaré aux journalistes.
« Israël doit faire davantage pour laisser entrer cette aide », a-t-il souligné.
« Et nous devons également mener une guerre contre le Hamas pour que ces gens cessent d’empêcher la nourriture d’entrer sur ce territoire. »
Vance a déclaré que les États-Unis veulent s’assurer que les civils gazaouis reçoivent de la nourriture, tout en ajoutant qu’ils veulent également s’assurer que le Hamas « se retire de Gaza ».
Les négociateurs israéliens sont en « contact permanent » avec les médiateurs
Malgré l’apparente rupture des négociations sur les otages, un responsable du bureau du Premier ministre a déclaré lundi au Times of Israel que l’équipe israélienne chargée des négociations restait « en contact permanent » avec l’Égypte et le Qatar, qui sont en relation avec le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Un diplomate basé dans le Golfe a quant à lui déclaré au journal Haaretz que le Hamas avait surpris Israël et les médiateurs en exigeant la libération de trente prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité pour chacun des otages israéliens encore en vie, au lieu de vingt.
Israël a libéré trente condamnés à perpétuité et vingt autres prisonniers palestiniens en janvier afin de libérer cinq soldates israéliennes.
« Ce n’est pas encore fini, et cela n’a pas échoué », a déclaré le diplomate, faisant référence aux pourparlers entre Israël et le Hamas.
Israël a rappelé son équipe de négociateurs pour consultation après que le Hamas a donné sa réponse, jeudi, à une proposition de cessez-le-feu du Qatar.
Parallèlement, une équipe israélienne se trouve au Caire depuis deux semaines pour discuter de la livraison de l’aide humanitaire à Gaza qui a repris ces derniers jours, a déclaré un diplomate égyptien au Times of Israel.
Le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi a lancé lundi un appel à Trump pour qu’il intervienne afin de mettre fin aux combats à Gaza, déclarant que « le moment est venu de mettre fin à la guerre ».
Dans une allocution vidéo, Sissi a déclaré que Trump « est le seul capable d’arrêter la guerre, d’apporter de l’aide et de mettre fin à ces souffrances ».
« C’est pourquoi je lance un appel spécial à Son Excellence, le président Trump : s’il vous plaît. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour arrêter cette guerre et faire acheminer l’aide. »
L’Allemagne refuse pour l’instant de prendre des mesures contre Israël
Lundi, après une réunion de son cabinet de sécurité, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré qu’aucune décision n’avait été prise concernant des mesures à l’encontre d’Israël, alors que son bureau avait précédemment indiqué que Berlin était prêt à intensifier la pression sur la situation humanitaire à Gaza.
« Pour l’instant, nous voulons attendre le voyage du ministre des Affaires étrangères et les discussions qui auront lieu avec le gouvernement israélien dans les prochains jours », a-t-il ajouté.
« Cependant, nous nous réservons le droit de prendre de telles mesures. »
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, doit se rendre en Israël jeudi.
Merz a toutefois déclaré que l’Allemagne organiserait un pont aérien pour acheminer l’aide humanitaire vers la bande de Gaza, ajoutant que Berlin collaborerait avec Paris et Londres dans le cadre de cette initiative.
Ces derniers jours, Israël, la Jordanie et les Émirats arabes unis ont largué de l’aide à Gaza, et l’Espagne a déclaré qu’elle prévoyait de faire de même dans le courant de la semaine.
Yaïr Lapid : Israël pourrait faire l’objet de sanctions en raison du « désastre » à Gaza
En Israël également, le gouvernement a été critiqué pour sa gestion de la guerre.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a déclaré aux journalistes, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, que le gouvernement de Netanyahu avait « échoué dans la guerre à Gaza ». Il a affirmé que son évaluation était basée sur des « informations opérationnelles et des renseignements » qui lui avaient été communiqués en raison de sa fonction.
« C’est un désastre total. Il s’agit d’un échec stratégique qui conduit à un échec opérationnel et politique », a-t-il déclaré, ajoutant que « le gouvernement israélien ne sait plus pourquoi des soldats continuent de mourir à Gaza ».
« Si la guerre ne prend pas fin immédiatement, les otages ne rentreront pas chez eux, les soldats israéliens continueront d’être tués et la ‘catastrophe humanitaire’ à Gaza s’aggravera encore », a-t-il averti.
Lapid a toutefois insisté sur le fait qu’il existe une alternative : un accord global sur les otages, après quoi les troupes israéliennes se retireraient de Gaza et poursuivraient « le travail d’élimination du Hamas » dans l’enclave.
La gouvernance civile serait alors reprise par « une coalition de pays arabes modérés dirigée par l’Égypte », a-t-il ajouté.
« Seul le gouvernement Netanyahu refuse de discuter de la manière dont la guerre va se terminer. Il n’a présenté ni plan, ni vision politique. Un gouvernement qui n’est même pas prêt à mobiliser les ultra-orthodoxes est un gouvernement qui ne veut pas vraiment gagner et qui ne peut pas gagner. »
Abordant la situation humanitaire, Lapid a insisté sur le fait que « la gestion de l’aide humanitaire à Gaza s’est effondrée » et qu’Israël « doit veiller à ce qu’il n’y ait pas de famine à Gaza », tant pour des raisons pragmatiques que parce qu’une telle politique est conforme aux valeurs juives.
Lapid a mis en garde contre l’éventualité de « sanctions économiques et juridiques » contre Israël, et a déclaré que tous ceux qui avaient combattu « devraient espérer ne pas être arrêtés dès qu’ils auraient quitté le territoire israélien ».
La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.
Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont fait part de leurs vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.
Sam Sokol a contribué à cet article.