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La France va reconnaître un Etat palestinien ; Israël dénonce une récompense au terrorisme

Netanyahu a déclaré que cette initiative "risque de créer un autre proxy iranien, tout comme Gaza l’est devenu", ce qui serait "une rampe de lancement pour anéantir Israël"

Le drapeau palestinien est hissé pour la première fois (avec la tour Eiffel en arrière-plan) le 13 décembre 2011 au-dessus d'une agence de l'ONU, le siège de l'UNESCO à Paris. Illustration (Crédit : Joël SAGET / AFP)
Le drapeau palestinien est hissé pour la première fois (avec la tour Eiffel en arrière-plan) le 13 décembre 2011 au-dessus d'une agence de l'ONU, le siège de l'UNESCO à Paris. Illustration (Crédit : Joël SAGET / AFP)

La France va reconnaître l’Etat de Palestine en septembre à l’ONU, a annoncé jeudi le président Emmanuel Macron, espérant ainsi créer une dynamique collective en ce sens, une décision aussitôt décriée par Israël comme une « récompense de la terreur » et une « tache noire dans l’histoire française »

« Fidèle à son engagement historique pour une paix juste et durable au Proche-Orient, j’ai décidé que la France reconnaîtra l’État de Palestine. J’en ferai l’annonce solennelle à l’Assemblée générale des Nations unies, au mois de septembre prochain », écrit le chef de l’Etat français sur X et Instagram.

La France coprésidera alors avec l’Arabie saoudite une conférence internationale au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement visant à relancer la solution dite « à deux Etats », palestinien et israélien.

Cette conférence, initialement prévue en juin, avait été reportée à la dernière minute en raison de la guerre entre Israël et l’Iran. Dans l’intervalle, une réunion au niveau ministériel se tiendra les 28 et 29 juillet à New York.

A ce jour, au moins 142 Etats ont reconnu un Etat palestinien, selon un décompte de l’AFP. Les Etats-Unis – qui ne participeront pas à la conférence ministérielle la semaine prochaine – et Israël s’opposent fermement à un tel projet.

La décision française « récompense le terrorisme », a aussitôt jugé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence à l’attaque sans précédent du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre 2023.

Netanyahu a déclaré dans un communiqué que cette initiative du président Emmanuel Macron « risque de créer un autre proxy iranien, tout comme Gaza l’est devenu », ce qui serait « une rampe de lancement pour anéantir Israël – et non pour vivre en paix à ses côtés ».

« Soyons clairs : les Palestiniens ne cherchent pas à obtenir un Etat aux côtés d’Israël, ils cherchent un Etat à la place d’Israël », a-t-il ajouté.

Les ministres du gouvernement israéliens et les politiciens de l’opposition ont exprimé leur indignation à l’annonce de la reconnaissance de l’État palestinien par la France en la qualifiant de récompense pour le terrorisme.

Le vice-Premier ministre Yariv Levin a dénoncé une  « décision honteuse », une « tache noire dans l’histoire française », et jugé qu’il était désormais « temps d’appliquer la souveraineté israélienne » en Cisjordanie, sous contrôle militaire israélienne depuis la guerre des Six Jours de 1967.

« C’est la réponse de la justice historique à la décision honteuse du président français », a-t-il déclaré.

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a condamné une décision « absurde et irresponsable ».

« La prétention du président français de créer un règlement permanent sur notre terre d’un simple souffle est absurde et irresponsable », a écrit Saar dans une déclaration en hébreu publiée sur X.

Saar a affirmé qu’un « État palestinien serait un État du Hamas, tout comme le retrait [israélien] de la bande de Gaza il y a vingt ans a conduit à la prise de pouvoir du Hamas dans cette région ».

Le président français Emmanuel Macron attend le Premier ministre libanais avant leur déjeuner de travail au palais présidentiel de l’Élysée à Paris, le 24 juillet 2025. (Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Macron « ne peut pas garantir la sécurité d’Israël », a ajouté Saar, affirmant que « la tentative d’Israël de fonder sa sécurité sur les promesses palestiniennes de lutter contre le terrorisme a complètement échoué dans le processus d’Oslo », en référence à l’initiative de paix des années 1990 entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine qui visait une solution à deux États.

« Israël ne jouera plus avec sa sécurité et son avenir », a-t-il conclu.

Le ministre de la Défense Israel Katz a qualifié cette décision de « honte, de capitulation face au terrorisme, d’une récompense et d’un coup de pouce aux meurtriers et violeurs du Hamas », et a accusé Macron de tenter d’affaiblir Israël.

« Nous ne permettrons pas la création d’une entité palestinienne qui porte atteinte à notre sécurité, menace notre existence et porte atteinte à nos droits historiques sur la terre d’Israël », a-t-il ajouté.

« Il n’y aura pas d’État palestinien », a déclaré le ministre de l’Éducation Yoav Kisch. « Macron, qui est déconnecté de la réalité, a annoncé qu’il allait récompenser le terrorisme et le Hamas, [mais] cela ne change rien. Honte à lui ! »

« Reconnaître un État palestinien revient à récompenser le terrorisme et à renforcer le Hamas », a déploré Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu. « Ce n’est pas justice. »

Certains ont été jusqu’à souligner les difficultés rencontrées par la France pour intégrer sa population musulmane.

« Macron, au lieu de vous préoccuper d’un État palestinien qui ne verra jamais le jour, réveillez-vous et regardez votre propre pays », a tweeté la ministre des Transports Miri Regev, affirmant que Paris « ressemble davantage à Kaboul ».

« Peut-être devriez-vous d’abord reconnaître l’État français à l’ONU avant de commencer à fantasmer sur la Palestine », a-t-elle ajouté0

Yuli Edelstein, le président bientôt déchu de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, a déclaré qu’Israël « observe avec inquiétude l’influence de l’immigration islamique sur les décisions de la République française. Je souhaite bonne chance au peuple français dans sa lutte pour son identité et sa liberté ».

Son probable remplaçant, Boz Bismuth, a affirmé qu’Israël « reconnaîtra [un État palestinien]… en France ».

Le ministre de la Diaspora Amichai Chikli et un conseiller médiatique du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont tous deux tweeté des réponses presque identiques, sarcastiques et ironiques – voire provocantes – à l’annonce de Macron.

« Au nom du gouvernement israélien, voici notre réponse à votre reconnaissance d’un État palestinien », a tweeté Chikli au-dessus d’un gif montrant Macron se faire gifler par sa femme, Brigitte Macron, lors de leur visite au Vietnam en mai. Il adresse son tweet à Macron.

Le conseiller médiatique Jonatan Urich a utilisé le même gif, qu’il a accompagné de la légende : « Il n’y a qu’un seul État, de la rivière à la mer. »

Ayman Odeh, chef du parti Hadash-Ta’al, s’est, quant à lui, félicité de cette décision, qu’il qualifie de « mesure nécessaire pour un peuple qui a tant souffert ».

Le Conseil de Yesha, qui représente les autorités municipales des implantations de Cisjordanie, s’est fait l’écho des propos de Levin et a déclaré qu’il exige qu’Israël réponde à l’annonce de Macron en « appliquant la souveraineté israélienne » en Cisjordanie.

« La Knesset a soutenu [l’annexion], c’est maintenant au tour du gouvernement. Les excuses ont pris fin », déclare le Conseil Yesha en référence à une motion non contraignante en faveur de l’annexion de la Cisjordanie, approuvée hier par 71 voix contre 13 à la Knesset.

Plus de 70 députés israéliens ont voté mercredi un appel au gouvernement à annexer la Cisjordanie , afin de « retirer de l’ordre du jour tout projet d’Etat palestinien », laissant craindre une nouvelle escalade. Cette motion est symbolique et non-contraignante.

« Mobilisation »

Le vice-président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hussein al-Cheikh, a de son côté salué cette décision  en faveur des  « l’établissement de notre Etat indépendant ».

Le Hamas a salué l’annonce par Macron de la prochaine reconnaissance d’un Etat de Palestine par la France, y voyant un « pas positif » et appelant d’autres pays à suivre cet exemple.

« Nous considérons cela comme une étape positive dans la bonne direction pour rendre justice à notre peuple palestinien opprimé et soutenir son droit légitime à l’autodétermination », a écrit le Hamas dans un communiqué, appelant « tous les pays du monde — surtout les nations européennes et celles qui n’ont pas encore reconnu l’État de Palestine — à suivre l’exemple de la France ».

Pour le président français, la solution à deux Etats est « la seule viable pour faire droit aux aspirations légitimes du peuple palestinien, mettre fin au terrorisme et à la violence sous toutes ses formes, et permettre qu’Israël et l’ensemble des pays de la région vivent en paix et en sécurité ».

La France « mobilisera tous ceux de ses partenaires internationaux qui souhaitent y prendre part », écrit-il encore dans une lettre adressée au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Le 19 mai, le Royaume-Uni, le Canada et la France avaient ouvert la voie à une éventuelle reconnaissance dans une déclaration commune. Mais depuis, aucun des dirigeants de ces trois pays n’avait franchi le pas.

Le 10 juillet, en visite au Royaume-Uni, Emmanuel Macron avait appelé à une reconnaissance commune de l’Etat de Palestine par la France et le Royaume-Uni, sans succès pour l’heure.

En mai 2024, l’Irlande, l’Espagne et la Norvège, rejointes un mois plus tard par la Slovénie, avaient déjà franchi le pas en Europe.

« Ensemble, nous devons protéger ce que (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu essaie de détruire. La solution à deux Etats est la seule solution », a réagit le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, critique virulent de l’offensive israélienne à Gaza, sur X.

Mais les Européens restent divisés sur cette question, l’Allemagne estimant qu’une reconnaissance aujourd’hui serait « un mauvais signal

Entretien d’urgence

Dans une lettre en date du 9 juin adressée au président français, Mahmoud Abbas s’était engagé à une démilitarisation du groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas, à l’origine des attaques du 7 octobre 2023 en Israël, dans le cadre d’un futur Etat palestinien.

Le président français Emmanuel Macron (à droite) serrant la main du dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une conférence de presse, à l’Élysée, à Paris, le 20 juillet 2022. (Crédit : Ludovic Marin/POOL/AFP)

Il s’est aussi dit prêt à organiser des élections législatives et présidentielles en 2026 afin de « renforcer la légitimité » de l’Autorité palestinienne et son « autorité sur le futur Etat palestinien », y compris Gaza, rappelle Emmanuel Macron dans sa lettre.

Autant de gages en faveur de la solution à deux Etats, estime le président français, en espérant convaincre les Israéliens qu’elle est aussi dans leur intérêt.

Cette annonce intervient alors que l’émissaire américain Steve Witkoff a acté jeudi l’échec des pourparlers menés à Doha en vue d’un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, où sont toujours retenus 50 des 251 otages enlevés en Israël lors du pogrom perpétré par le Hamas.

Israël fait face à une pression internationale croissante pour renforcer l’arrivée d’aide humanitaire. L’ONU et des organisations humanitaires ont poussé un cri d’alarme sur le risque de famine à Gaza. Le gouvernement israélien s’est défendu en affirmant qu’il n’était pas responsable des pénuries.

Dans ce contexte, le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé un « entretien d’urgence » vendredi avec ses homologues français et allemand pour voir comment « arrêter les massacres et fournir à la population la nourriture dont elle a désespérément besoin ».

En France, le président du du parti d’extrême droite (RN),Jordan Bardella a déploré une « décision précipitée », assurant qu’elle accordera au Hamas « une légitimité institutionnelle et internationale inespérée ».

Jeremy Sharon, Nava Freiberg et Lazar Berman ont contribué à cet article.

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