Londres conditionne la reconnaissance d’un État palestinien à un « plan plus large »
Keir Starmer se distance de la position d'Emmanuel Macron ; Gideon Saar évoque d'éventuelles représailles contre la France
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Le Premier ministre britannique a déclaré vendredi que la reconnaissance de l’État palestinien devait s’inscrire dans un plan plus large visant à garantir une sécurité durable aux Palestiniens et aux Israéliens. Il se démarque ainsi clairement de la France, qui a annoncé son intention de franchir le pas dès septembre.
Dans un communiqué publié en parallèle d’une déclaration conjointe entre Paris, Londres et Berlin sur la situation à Gaza, Keir Starmer a réaffirmé que la reconnaissance d’un État palestinien « doit être une des étapes » vers une « paix durable » dans la région.
« Je suis catégorique. Mais [cette reconnaissance] doit s’inscrire dans un plan plus global qui aboutira à une solution à deux États et à une sécurité durable pour les Palestiniens et les Israéliens. C’est ainsi que nous ferons en sorte qu’elle soit un outil aussi utile que possible pour améliorer la vie de ceux qui souffrent, ce qui sera bien sûr toujours notre objectif ultime », a ajouté le Premier ministre britannique.
Starmer n’a pas précisé en quoi consiste le « plan plus large » auquel est subordonnée la reconnaissance de la Palestine, et il s’est abstenu de déclarer qu’il prendrait cette mesure lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, comme l’a annoncé jeudi le président français Emmanuel Macron.
Starmer subit des pressions de la part d’un certain nombre de ministres du cabinet ainsi que d’environ un tiers des membres du Parlement pour reconnaître l’État palestinien. Son ministre de la Santé, Wes Streeting, a appelé mardi à une annonce « tant qu’il reste encore un État palestinien à reconnaître ».
Deux cent vingt-et-un députés, issus de neuf partis politiques représentés à la Chambre des communes qui compte 650 membres, ont signé vendredi une lettre en ce sens adressée au chef du gouvernement travailliste et à son ministre des Affaires étrangères David Lammy.
« Nous vous écrivons avant la conférence des Nations unies coprésidée par la France et l’Arabie saoudite les 28 et 29 juillet à New York, afin de faire part de notre soutien à la reconnaissance par le Royaume-Uni d’un État palestinien » à l’occasion de cette conférence, indique la missive.
« Bien que nous soyons conscients que le Royaume-Uni n’a pas le pouvoir de créer une Palestine libre et indépendante, la reconnaissance du Royaume-Uni aurait un impact significatif en raison de nos liens historiques et de notre statut de membre (permanent) du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous vous exhortons donc à franchir ce pas », poursuit la lettre.
L’initiative a été lancée par la députée travailliste Sarah Champion, présidente de la commission parlementaire chargée du Développement international, et a recueilli les signatures d’élus issus notamment du Labour, du parti conservateur, des libéraux-démocrates, des Verts, du parti indépendantiste écossais SNP, mais aussi d’indépendants.
Le Parti national écossais (SNP) a été jusqu’à menacer, dimanche, de présenter un projet de loi visant à reconnaître l’Etat palestinien et de « obliger à un vote » au Parlement britannique si Starmer continue de s’y opposer.
Le SNP, favorable à l’indépendance de l’Ecosse, a déclaré qu’il présenterait un « projet de loi sur la reconnaissance de la Palestine » à la reprise des travaux parlementaires après la pause estivale si M. Starmer ne change pas d’avis.
Le Premier ministre s’est engagé à reconnaître l’Ztat palestinien, mais a déclaré que cela devait s’inscrire dans le cadre d’un processus de paix au Moyen-Orient. La menace du SNP intervient après que plus de 220 députés britanniques, dont des dizaines issus du parti travailliste au pouvoir de M. Starmer, ont exigé vendredi que le gouvernement britannique reconnaisse l’Etat palestinien.
« A moins que Keir Starmer cesse de bloquer la reconnaissance de la Palestine par le Royaume-Uni, le SNP présentera un projet de loi sur la reconnaissance de la Palestine lorsque le Parlement reprendra ses travaux en septembre et imposera un vote si nécessaire », a déclaré Stephen Flynn, le chef du SNP au Parlement britannique.
« Keir Starmer doit cesser de défendre l’indéfendable, il doit enfin trouver le courage de le faire et exiger qu’Israël mette fin à la guerre immédiatement », a-t-il ajouté.
Bien que Starmer se montre favorable à cette mesure, il se heurte à la même opposition de la part des conservateurs britanniques et des États-Unis que celle à laquelle Macron a été confronté avant de finalement aller de l’avant. Plusieurs ministres israéliens ont également fait pression pour annexer la Cisjordanie si les pays décidaient de reconnaître un État palestinien.
The appalling scenes in Gaza are unrelenting.
The UK will pull every lever we have to get food and lifesaving support to Palestinians, and we will evacuate children who need urgent medical assistance.
This humanitarian catastrophe must end. pic.twitter.com/eNg7E5ABme
— Keir Starmer (@Keir_Starmer) July 25, 2025
Cette déclaration fait suite à une réunion d’urgence organisée vendredi par les dirigeants britannique, français et allemand concernant la crise alimentaire qui s’aggraverait à Gaza.
Tous trois soutiennent en principe la création d’un État palestinien, mais l’Allemagne a déclaré qu’elle n’avait pas l’intention, dans l’immédiat, de suivre l’exemple de la France, qui prévoit d’officialiser cette décision en septembre.
Plus de 140 pays reconnaissent l’État palestinien, dont une douzaine en Europe. Mais la France, qui abrite les plus grandes communautés juives et musulmanes d’Europe, sera le premier grand pays occidental et le premier pays du G7 à reconnaître l’État palestinien, ce qui pourrait donner un nouvel élan à un mouvement jusqu’à présent dominé par des nations plus petites, généralement plus critiques envers Israël.
Cette annonce a suscité la colère d’Israël, qui a dénoncé une « récompense du terrorisme », en référence au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Les États-Unis, premier soutien d’Israël, ont « fermement » rejeté jeudi le projet du président français, parlant d’une décision « imprudente » qui fait reculer la paix.
La Grande-Bretagne soutient depuis longtemps l’idée d’un État palestinien indépendant coexistant avec Israël, mais a déclaré que cette reconnaissance devait s’inscrire dans le cadre d’une solution négociée au conflit prévoyant deux États.
Une telle solution semble toutefois loin d’être trouvée. Il n’y a pas eu de négociations substantielles entre Israéliens et Palestiniens depuis des années, même avant que le groupe terroriste du Hamas ne lance, le 7 octobre 2023, un assaut barbare et sanglant en Israël qui a fait plus de 1 200 morts et a déclenché la guerre actuelle.
L’aggravation de la crise humanitaire à Gaza, où la famine se propagerait et où des enfants mourraient de faim selon le ministère de la Santé de Gaza contrôlé par le Hamas, a alarmé même les plus proches alliés d’Israël.
La Grande-Bretagne a gelé certaines ventes d’armes à Israël, suspendu les négociations sur le libre-échange et sanctionné des ministres ultranationalistes ainsi que des résidents d’implantations violents, mais Starmer subit d’intenses pressions pour aller plus loin.
Emily Thornberry, députée travailliste et présidente de la commission des Affaires étrangères du Parlement, a déclaré qu’une majorité des membres de la commission soutenait la reconnaissance immédiate de l’État palestinien.
« Nous sommes favorables depuis 40 ans à une solution à deux États, mais celle-ci est en train de s’éloigner », a-t-elle déclaré à la radio Times, ajoutant que l’annonce de Macron devrait donner un « coup de pouce » au processus de paix.
Saar laisse entendre des représailles après la reconnaissance de l’État palestinien par la France
Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue canadienne Anita Anand, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé le Hamas de faire échouer les négociations sur la trêve et la libération des otages à Gaza et a semblé menacer de représailles après l’annonce faite la veille par la France de reconnaître l’État palestinien, selon un communiqué du ministère israélien des Affaires étrangères.
« Les attaques diplomatiques contre Israël en cette période sensible pour les négociations encouragent le Hamas à durcir sa position », a déclaré Saar à Anand, selon le communiqué.
Sur le réseau social X, Saar a écrit qu’il avait dit à Anand qu’Israël avait accepté le cadre proposé par l’émissaire américain Steve Witkoff, tandis que « le Hamas avait obstinément durci sa position ».
Concernant la crise humanitaire à Gaza, où les Nations unies et les organisations humanitaires ont mis en garde contre le risque d’une famine imminente, Saar a accusé l’ONU, lors de sa conversation avec Anand, de « ne pas respecter ses engagements pour acheminer l’aide à Gaza » et de préférer se livrer à une « délégitimation d’Israël », d’après le communiqué israélien.
« J’ai également déclaré que les mesures unilatérales prises par la France et d’autres pays ne feront que pousser Israël à prendre ses propres mesures », a écrit Saar sur X, sans donner plus de détails. « L’initiative française nuit aux chances de parvenir à un accord sur les otages et à un cessez-le-feu. »
Certains opposants à la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien par certains pays estiment que cette initiative n’est qu’une mesure symbolique si elle est prise sans la coopération d’Israël, ajoutant qu’un État palestinien ne peut résulter que de négociations entre les deux parties au conflit.
Cependant, les partisans de cette initiative affirment que le gouvernement israélien actuel n’est pas intéressé par de telles négociations ni par une solution à deux États, et que le processus ne peut donc progresser que sous la pression diplomatique.
Ce que dit Macron « ne changera rien », selon Trump
Vendredi, le président américain Donald Trump a minimisé les déclarations de son homologue français sur la reconnaissance d’un État palestinien, estimant qu’elles n’avaient guère « de poids » et « ne changeraient rien ».
« Ce qu’il dit importe peu. C’est quelqu’un de très bien, je l’apprécie, mais cette déclaration n’a pas beaucoup de poids », a-t-il affirmé à la presse à la Maison Blanche peu avant son départ pour l’Écosse.
« Cela ne changera rien », a-t-il ajouté.
Trump on Macron: Here’s the good news, what he says doesn’t matter. His statement doesn’t carry any weight. pic.twitter.com/MqFL6hSaJo
— Acyn (@Acyn) July 25, 2025
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