À Paris, le réaménagement du square abritant le mémorial de la Déportation suscite la polémique
Dans le même temps, la presse suisse a elle rapporté qu’un mémorial national dédié aux victimes du nazisme devrait voir le jour d’ici à la fin de 2027 à Berne
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À Paris, le square qui abrite le mémorial des martyrs de la Déportation, situé derrière la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur l’île de la Cité, fait l’objet d’un réaménagement. Celui-ci entre dans le cadre du vaste projet d’aménagement des abords de la cathédrale.
Ainsi, l’abattage des ifs entourant le square, qui a commencé le 25 août, suscite l’opposition d’associations de défense du patrimoine et de plusieurs spécialistes. Cet abattage doit entraîner la disparition d’une haie d’environ 70 mètres de long et trois mètres de haut, qui isolait le mémorial de l’agitation urbaine. Le square doit rester fermé jusqu’à la fin du printemps 2027.
Conçu par l’architecte Georges-Henri Pingusson, le mémorial a été inauguré en 1962 par le général de Gaulle. Son parcours repose notamment sur une mise à distance progressive du bruit et du mouvement de la ville, afin de favoriser le recueillement. L’if, symbole traditionnel de l’éternité, avait été choisi dans cette perspective.
Le projet prévoit notamment la construction d’un belvédère, la modification du périmètre du jardin et le déplacement de la clôture dessinée par Pingusson. Une suppression totale de cette clôture avait même été envisagée, afin d’ouvrir davantage le square sur la ville et de permettre aux visiteurs d’accéder à sa pelouse.
Cette perspective avait suscité une opposition de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture. En 2024, celle-ci avait finalement imposé le maintien des grilles, sans toutefois s’opposer à leur déplacement.
« L’ensemble de ce projet est tout simplement scandaleux », a déclaré Didier Rykner, fondateur du magazine La Tribune de l’art. Il dénonce la modification du dessin d’un jardin intégré à un mémorial classé monument historique depuis 2007.
L’historien de l’architecture Alexandre Gady, professeur d’histoire de l’art moderne à la Sorbonne, critique également le coût du projet, estimé à 50 millions d’euros. Il s’interroge sur l’opportunité de modifier un jardin qu’il juge en bon état et déplore que les travaux aient commencé autour de la date anniversaire de la Libération de Paris.
Les opposants dénoncent aussi les conséquences environnementales du chantier. Christine Nedelec, présidente de l’association SOS Paris, estime que l’abattage des arbres porte atteinte à la biodiversité dans une ville déjà très dense et exposée aux épisodes de chaleur. Elle s’inquiète notamment du sort des oiseaux et des autres espèces qui trouvaient refuge dans le square.
Une pétition lancée en 2023 par Baptiste Gianeselli, l’un des principaux opposants au projet, a recueilli plus de 55 000 signatures. Selon lui, si l’abattage des ifs est désormais irréversible, des modifications restent possibles concernant la pelouse, les mûriers, les arbres et la végétation existante.
Les opposants demandent également des garanties sur le devenir des rosiers « Résurrection », plantés en 1975 pour l’Amicale de Ravensbrück à l’occasion du 30e anniversaire de la libération du camp. Ces rosiers, situés à proximité du mémorial, sont considérés comme un symbole de paix et d’espoir.
Baptiste Gianeselli affirme que les nouveaux plans ne les maintiennent pas à leur emplacement actuel. Il réclame que leur conservation soit explicitement garantie et que la Ville précise s’ils seront conservés, déplacés ou remplacés. « Ce ne sont pas de simples plantations décoratives : leur présence ici a une histoire et une signification mémorielle. Leur devenir doit être clairement précisé et leur conservation garantie », dit-il.
Des fouilles archéologiques ont commencé dans le square le 31 août. Les opposants espèrent qu’elles permettront de réexaminer certains aspects du projet, notamment la surface du jardin et la préservation de sa végétation.
Dans le même temps, la presse suisse a elle rapporté qu’un mémorial national dédié aux victimes du nazisme devrait voir le jour d’ici à la fin de 2027 sur la terrasse du Casino de Berne. Le projet retenu, intitulé « Unfolded Minute », prévoit notamment un mur sonore diffusant trois fois par heure une composition d’une minute consacrée à une victime, ainsi qu’un pavillon lumineux et des bornes présentant le contexte historique et des destins individuels. Présenté le 8 septembre, le projet bénéficie d’un financement fédéral de 2,5 millions de francs. « Le passé nous aide à reconnaître les signes qui doivent nous alerter aujourd’hui. Et ces signes sont là : les derniers survivants disparaissent, tandis que le racisme, l’antisémitisme et les discriminations progressent », a déclaré le conseiller fédéral aux Affaires étrangères, Ignazio Cassis.
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