L’Arabie saoudite ferme un oléoduc stratégique frappé par des drones en provenance d’Irak
Le Royaume déclare qu'il attendra avant de réagir pour laisser à Bagdad « la possibilité de prendre les mesures nécessaires » ; l'Irak ferme son poste-frontière avec l'Iran, sur fond de traque des auteurs de l'attaque
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L’Arabie saoudite a annoncé vendredi avoir fermé un oléoduc majeur un jour après que celui-ci a été pris pour cible par des drones, tandis que les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont pris le contrôle d’une île stratégique à l’entrée sud de la mer Rouge, ont indiqué deux responsables, ouvrant ainsi un nouveau front dans la guerre contre l’Iran.
Les Houthis ont enregistré leurs avancées territoriales les plus importantes depuis des années dans le détroit de Bab el-Mandeb – l’une des principales voies maritimes mondiales. Une évolution qui pourrait favoriser la stratégie de l’Iran qui consiste à faire grimper les cours mondiaux du pétrole et du gaz afin de faire pression sur les États-Unis.
L’Arabie saoudite a déclaré avoir fermé l’oléoduc Est-Ouest après l’attaque dont il a été victime la veille. Le ministère de l’Énergie a présenté cette décision comme « une mesure de précaution ».
Le ministère saoudien des Affaires étrangères a imputé cette attaque à plusieurs drones lancés depuis l’Irak, qui, a-t-il ajouté, « ont fait des blessés et causé des dégâts matériels » . Dans un communiqué relayé par l’agence de presse officielle saoudienne (SPA), le royaume a fait savoir qu’il ne riposterait pas afin de laisser au gouvernement irakien « la possibilité de prendre les mesures nécessaires ». Il a toutefois souligné que l’Arabie saoudite « se réserve le droit de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour protéger sa souveraineté, sa sécurité, ses installations » et ses habitants.
Le gouvernement irakien a quant à lui condamné l’attaque. Le cabinet du Premier ministre a annoncé la destitution d’un commandant militaire après que des enquêtes ont confirmé que les frappes provenaient bien d’Irak. Deux sources irakiennes ont par la suite confié à Reuters que l’Irak avait ordonné la fermeture du poste-frontière avec l’Iran de Shalamcheh à titre de mesure de précaution, avant d’ajouter qu’une opération de grande envergure était en cours pour traquer les auteurs de l’attaque.
En juillet, l’Arabie saoudite et les États-Unis ont bombardé des milices soutenues par l’Iran en Irak, après les avoir accusées d’être à l’origine d’attaques de drones dirigées contre des installations pétrolières saoudiennes, lesquelles avaient été revendiquées par les Houthis.
Un oléoduc construit dans les années 1980
Construit dans les années 1980, l’oléoduc Est-Ouest a joué un rôle essentiel dans la capacité de l’Arabie saoudite à exporter du pétrole suite à la crise du détroit d’Ormuz pendant la guerre avec l’Iran. Début juin, l’Arabie saoudite avait plus que doublé ses exportations de pétrole depuis son port de la mer Rouge, situé à l’extrémité de l’oléoduc, atteignant plus de 5 millions de barils par jour, selon l’Agence internationale de l’énergie.
La prise par les Houthis de la minuscule île volcanique aride de Mayun – également appelée Perim -, à l’intérieur du détroit, a été confirmée à la fois par un haut responsable militaire du gouvernement yéménite internationalement reconnu et par un responsable houthi. Tous deux se sont exprimés sous couvert d’anonymat, faute d’autorisation de s’adresser à la presse.
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, dépend de plus en plus de la mer Rouge pour acheminer son brut vers les marchés, préférant cette voie au détroit d’Ormuz, où l’Iran s’en prend aux navires. Les tentatives des Houthis de fermer le canal de Bab el-Mandeb, large de 28 kilomètres, ont toutefois rendu cette option plus compliquée.
Dans un communiqué publié vendredi, les forces armées des Houthis se sont vantées de leurs avancées sur la côte sans mentionner ni l’île, ni Mokha, ni le détroit de Bab el-Mandeb. Elles ont promis « une escalade pour chaque escalade » dans le conflit avec l’Arabie saoudite, avant de déclarer que « la navigation est sûre pour toutes les compagnies, exception faite des navires saoudiens ».
Les marchés restent néanmoins inquiets ; les experts estiment que les Houthis sont extrêmement imprévisibles. Cette semaine, les cours du brut ont de nouveau dépassé les 100 dollars le baril, ce qui confère à Téhéran un poids supplémentaire dans d’éventuelles négociations.
Le gouvernement yéménite choqué par la lenteur de la réaction saoudienne
Les Houthis attaquent les navires saoudiens en mer Rouge depuis qu’ils ont décrété un blocus en juillet. Ils frappent également les infrastructures pétrolières à l’intérieur même du territoire saoudien. Les rebelles ont affirmé agir en représailles au blocus imposé depuis des années par le royaume sur les zones du Yémen contrôlées par les Houthis.
L’Arabie saoudite a pris pour cible l’aéroport de la ville portuaire de Mokha après que les Houthis s’en sont emparés jeudi, a rapporté une chaîne de télévision houthie. Aucun dégât ni aucune victime n’ont été signalés.
Le trafic maritime dans le détroit de Bab al-Mandeb avait déjà chuté de quelque 60 % depuis que les Houthis avaient décidé d’attaquer certains navires dans cette zone fin 2023, en signe de solidarité avec les Palestiniens de Gaza. Ce trafic avait repris cette année, l’Arabie saoudite ayant cherché des alternatives au détroit d’Ormuz, avant que de nouvelles menaces des Houthis ne viennent « freiner » cette activité, a rapporté Lloyd’s List Intelligence.
L’Arabie saoudite s’est donc vue contrainte de trouver une nouvelle alternative : acheminer son pétrole vers le nord, depuis la mer Rouge jusqu’à la Méditerranée, à travers le canal de Suez ou via un oléoduc traversant l’Égypte – un itinéraire bien plus long pour ses clients asiatiques. Les Houthis ont toutefois menacé cette voie également, en attaquant un navire saoudien au nord de la mer Rouge à la fin du mois d’août.
L’Iran appelle à la reprise des négociations entre l’Arabie saoudite et les Houthis
Plus tôt dans la journée de vendredi, le gouvernement iranien, en signe de soutien à son allié, a appelé à la levée du blocus imposé par l’Arabie saoudite aux zones contrôlées par les Houthis. Le ministère iranien des Affaires étrangères a également invité à une reprise des négociations entre l’Arabie saoudite et les Houthis.
Signe de l’importance des Houthis pour Téhéran, le porte-parole de la puissante Garde révolutionnaire iranienne a demandé mercredi que tout accord négocié avec les États-Unis inclue le Yémen, ce qui constitue la première référence explicite à ce front.
L’Arabie saoudite, qui a indiqué avoir toujours offert des « possibilités de négociation », a également rappelé son droit à se défendre. Les ministres des Affaires étrangères de l’Iran et de l’Arabie saoudite se sont entretenus jeudi au sujet des efforts diplomatiques déployés pour « rétablir la stabilité », a fait savoir le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, sur les réseaux sociaux.
Les combats font craindre un retour à la guerre civile au Yémen
Alors que les Houthis progressaient le long de la côte de la mer Rouge jusqu’au détroit de Bab el-Mandeb, le gouvernement yéménite soutenu par l’Arabie saoudite a lancé un appel à l’aide internationale.
Dans un communiqué qui a été publié vendredi à l’issue d’une réunion tenue la veille, son Conseil national de défense a expliqué être en première ligne pour défendre la liberté de navigation, et a condamné les nouvelles attaques perpétrées par les Houthis contre l’Arabie saoudite.
L’intensification des combats menace de faire voler en éclats une trêve fragile qui avait permis de mettre en grande partie un terme à la guerre civile au Yémen depuis 2022. Ce sont 40 millions de personnes vivant dans ce pays, le plus pauvre du monde arabe, qui pourraient être touchées.
Le conflit a fait 150 000 morts et a conduit de nombreuses autres personnes au bord de la famine.
La recrudescence des combats, la semaine dernière, a contraint plus de 46 000 personnes à fuir, a indiqué vendredi l’agence des Nations unies chargée des migrations.
Les personnes en quête de sécurité sont parties avec « tout ce qu’elles ont pu emporter », a déclaré vendredi Abdusattor Esoev, chef de mission au Yémen pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il a précisé que le nombre de personnes déplacées avait plus que doublé cette semaine, et qu’il pourrait encore augmenter fortement.
« On peut lire la peur dans leurs yeux. Les gens ont peur », a ajouté Esoev.
Parmi les personnes en fuite, des médecins et d’autres professionnels de santé. Lou Cormack, coordinateur de Médecins Sans Frontières (MSF) au Yémen, a indiqué vendredi que l’organisation humanitaire s’était donné pour priorité de maintenir ouvert l’hôpital de Mokha alors même que la majeure partie de son personnel avait quitté les lieux.
Les Houthis sont en guerre contre le gouvernement yéménite depuis 2014, année au cours de laquelle les rebelles se sont emparés d’une grande partie du nord et du centre du Yémen, ainsi que de la capitale, Sanaa. L’Arabie saoudite est intervenue dans le conflit l’année suivante aux côtés du gouvernement.
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