Alors que les violences des résidents d’implantations s’intensifient, certains se demandent si Israël ne peut, ou ne veut pas les réprimer
Des habitants et militants dénoncent des ordres "vagues", des pressions politiques et des défaillances qui conduisent les troupes à sanctionner les victimes palestiniennes
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QUSRA, Cisjordanie – Lorsque Luai Beiruti a commencé, en 2023, à construire une maison pour sa jeune famille à la périphérie du village palestinien de Qusra, il imaginait un endroit où ils pourraient vivre en sécurité et dans de bonnes conditions. Trois ans plus tard, la maison de cet homme de 29 ans est toujours inachevée.
Les travaux avaient d’abord été interrompus après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui avait plongé Israël et la région dans la guerre. Mais lorsque Beiruti a finalement tenté de reprendre le chantier, ce ne sont pas les combats aux frontières d’Israël qui l’en ont empêché. La menace était désormais à sa porte, sous la forme d’une recrudescence des violences commises par des résidents d’implantations israéliens.
Depuis le 7-Octobre, des résidents d’implantations extrémistes ont harcelé à plusieurs reprises les habitants de Qusra et, ces dernières semaines, ont même assiégé deux maisons, laissant les familles qui s’y trouvaient, dont de jeunes enfants, bloquées à l’intérieur.
À la fin du mois dernier, la maison en construction de Beiruti a été prise pour cible. Lui-même et plusieurs Palestiniens qui travaillaient sur place ont été agressés.
Quand Beiruti a appelé les autorités israéliennes à l’aide, c’est lui qui s’est retrouvé arrêté, et non ses agresseurs présumés. Ces derniers auraient profité de la situation pour saccager la maison inachevée, où il lui est désormais interdit de se rendre.
Ce qui est arrivé à Beiruti n’est qu’un épisode parmi d’autres d’une recrudescence bien plus large des violences commises par des résidents d’implantations. Selon des Palestiniens, des experts et des responsables militaires, ces incidents révèlent aussi des défaillances de plus en plus systémiques au sein des forces chargées de protéger la population et de mettre fin à ces violences.
Le jour de l’attaque, le 29 août, Beiruti a expliqué avoir fait venir sept ouvriers pour installer et renforcer les fenêtres afin d’empêcher les intrusions. La maison se trouve sur la même colline que les deux habitations qui avaient été assiégées, un épisode qui avait suscité une vive attention internationale et soulevé de sérieuses questions sur l’inaction de l’armée israélienne face aux violences commises par des résidents d’implantations.
« Je sais que les résidents d’implantations essaient d’entrer par [les fenêtres] et de voler des objets », a déclaré Beiruti au Times of Israel la semaine dernière, depuis le sommet d’une colline voisine surplombant le chantier.
Ils ne travaillaient que depuis quelques minutes lorsque cinq jeunes hommes, dont quatre masqués, sont apparus, venant apparemment d’un avant-poste israélien voisin. Selon Beiruti, ils ont commencé à jeter des pierres sur les Palestiniens, sont entrés dans la maison et ont provoqué une « violente confrontation », avant de se replier vers un chantier voisin.
Beiruti et les ouvriers sont restés à l’intérieur de la maison. Il a appelé la police israélienne et, dans un hébreu hésitant, a tenté de signaler l’attaque. Mais avant l’arrivée des secours, a-t-il raconté, les cinq agresseurs avaient été rejoints par des dizaines d’autres.
« En l’espace de 10 à 15 minutes, d’autres groupes sont arrivés, 30 ou 40 personnes », également masquées et lançant des pierres, se souvient-il. « Partout où l’on regardait, on voyait des résidents d’implantations. »
Environ 40 à 50 minutes après le début des violences, a raconté Beiruti, huit soldats de Tsahal sont arrivés à bord de deux jeeps. Il a tenté de leur expliquer la situation depuis une fenêtre, mais les soldats lui ont ordonné de rester à l’intérieur.
« Les résidents d’implantations jetaient des pierres sous les yeux des soldats et, au début, ceux-ci ne faisaient rien », a déclaré Beiruti, ajoutant que plusieurs ouvriers et lui-même avaient été touchés.
Les soldats ont ensuite tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser la foule. Lorsque le gaz a envahi la maison inachevée, Beiruti et ses ouvriers se sont réfugiés sur le toit pour échapper aux émanations. En contrebas, certains résidents d’implantations sont entrés dans la maison par les fenêtres encore ouvertes.
Depuis le toit, Beiruti dit avoir vu des soldats discuter avec certains résidents d’implantations. Les soldats ont ensuite ordonné aux Palestiniens de descendre.
Images de l’attaque menée par des résidents d’implantations contre la maison de Luai Beiruti, dans le village de Qusra, en Cisjordanie, le 29 août 2026. (Crédit : Autorisation)
« Les soldats nous ont menottés, ont confisqué nos téléphones et nous ont bandé les yeux à tous », a-t-il déclaré. « Je leur ai dit que j’étais le propriétaire de la maison et que je travaillais chez moi. Ils nous ont ordonné de nous taire et ont dit que personne ne devait parler. »
Ce renversement de situation, où des Palestiniens ayant appelé les autorités à l’aide se retrouvent eux-mêmes placés en garde à vue, est devenu de plus en plus fréquent lors d’attaques de résidents d’implantations en Cisjordanie, selon des Palestiniens et des militants.
Les forces israéliennes dépêchées pour rétablir l’ordre finissent souvent, affirment-ils, par restreindre les déplacements des Palestiniens, les disperser ou les placer en détention, même lorsque les résidents d’implantations sont accusés d’avoir déclenché les violences.
Pendant près de deux heures, a raconté Beiruti, les hommes ont été conduits d’une pièce à l’autre à l’intérieur de sa propre maison inachevée, « toujours menottés et sans pouvoir rien voir ».
Finalement, un soldat a crié : « Qui est Luai ? »
Beiruti s’est fait connaître.
« Tu n’as pas le droit de venir dans cette maison », lui a dit le soldat.
Beiruti a protesté, expliquant qu’il s’agissait de sa propre maison, qu’il était lui-même en train de construire.
« L’armée est responsable de cette zone et tu n’as pas le droit de venir chez toi », a rétorqué le soldat, le menaçant d’arrestation et de destruction de sa maison s’il revenait, selon Beiruti.
Une demi-heure s’est encore écoulée avant que les soldats ne fassent monter les Palestiniens dans des véhicules militaires et ne les conduisent à environ sept kilomètres de là, près du village de Duma, où ils les ont déposés.
« Ils nous ont dit : ‘Comptez jusqu’à 60, puis vous pourrez vous libérer’ », a raconté Beiruti.
Les hommes ont attendu, se sont détachés, puis ont réussi à arrêter un véhicule de passage qui les a ramenés chez eux.
Beiruti ignore quelles mesures, le cas échéant, l’armée a prises pour disperser les résidents d’implantations pendant l’incident. Des témoins lui ont ensuite raconté que certains étaient entrés dans sa maison pendant qu’il était détenu par Tsahal et avaient volé des provisions et du matériel.
L’armée n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Depuis, Beiruti n’est plus retourné chez lui, craignant une nouvelle attaque de résidents d’implantations et en raison de l’avertissement du soldat.
Beiruti était loin d’être le seul habitant de Qusra pris pour cible ce jour-là. Des dizaines de résidents d’implantations ont saccagé le village et ses environs, agressé des habitants et pris possession d’une autre maison alors qu’une famille se trouvait encore à l’intérieur.
Beiruti a photographié certains de ses agresseurs dont le visage n’était pas dissimulé et en a reconnu plusieurs à la suite de précédents affrontements. Il a remis ces éléments à la police.
Seuls quatre suspects ont été arrêtés après les attaques du 29 août à Qusra. Rien ne permet toutefois de savoir si l’un d’eux faisait partie de ceux qui s’en sont pris à la maison de Beiruti. Plusieurs véhicules qui auraient été utilisés par les résidents d’implantations ont également été saisis.
« L’équipe d’enquête conjointe de la police et du Shin Bet poursuit ses efforts pour recueillir des preuves et des témoignages afin de retrouver et d’arrêter toutes les personnes ayant pris part à ce grave incident », a déclaré mardi la police.
Les violences des résidents d’implantations s’intensifient et gagnent du terrain
Les violences commises par des résidents d’implantations sont bien antérieures au 7-Octobre, mais les attaques se sont multipliées depuis le début de la guerre. Palestiniens et militants affirment que les troupes de Tsahal chargées d’assurer la sécurité en Cisjordanie interviennent de moins en moins souvent et semblent parfois même prendre le parti des assaillants.
Le nombre d’attaques perpétrées par des résidents d’implantations contre des Palestiniens et des membres des services de sécurité israéliens en Cisjordanie a augmenté de 27 % en 2025 par rapport à 2024, selon les données de Tsahal et du Shin Bet.
Cette recrudescence des violences s’est accompagnée d’une expansion sans précédent des implantations en Cisjordanie, avec la création de centaines d’avant-postes et de fermes illégales à travers le territoire. Certains bénéficient du soutien des autorités israéliennes locales et de l’assentiment tacite de l’armée.
Au cours du seul premier semestre de 2026, les incidents graves de « criminalité nationaliste » commis par des résidents d’implantations, juifs extrémistes ont bondi de 63 % par rapport à la même période de l’année précédente, selon les chiffres des services de sécurité israéliens.
Des responsables du Commandement du centre de Tsahal, chargé de la Cisjordanie et de la vallée du Jourdain, ont reconnu leur échec à endiguer cette montée des violences.
Celles-ci gagnent aussi de plus en plus les zones placées sous contrôle palestinien, où les incursions de résidents d’implantations étaient autrefois beaucoup plus rares. Par le passé, l’activité liée aux implantations israéliennes se concentrait dans la zone C, où Israël exerce un contrôle militaire et civil en vertu des accords d’Oslo.
Selon Beiruti, les incursions de résidents d’implantations à Qusra et dans d’autres secteurs de la zone B, placée sous le contrôle civil de l’Autorité palestinienne (AP), se sont multipliées depuis le début de la guerre.
« Avant le 7-Octobre, ils n’étaient pas dans la zone B ; ils étaient dans la zone C », a-t-il déclaré.
Les données recueillies par l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme Yesh Din montrent que le phénomène ne se limite pas à Qusra. L’organisation, qui recense les violences commises par des résidents d’implantations, a indiqué le mois dernier que 62,6 % des attaques contre des Palestiniens enregistrées en 2026 avaient eu lieu dans la zone A, placée sous le contrôle civil et sécuritaire complet de l’Autorité palestinienne, ou dans la zone B.
Les responsables israéliens de la sécurité attribuent une grande partie de ces violences à un groupe relativement restreint d’extrémistes, dont beaucoup vivent dans des avant-postes illégaux disséminés en Cisjordanie.
L’armée et le Shin Bet estiment qu’environ 300 extrémistes juifs, dont beaucoup sont de jeunes délinquants, participent à des attaques contre des Palestiniens et les services de sécurité israéliens. Parmi eux, 70 sont considérés comme des fanatiques « purs et durs », responsables des violences les plus graves.
Selon des responsables de l’armée israélienne, la plupart de ces 300 personnes vivent dans des avant-postes illégaux en Cisjordanie, même si près de la moitié sont officiellement enregistrées comme résidant dans des villes situées en Israël proprement dit.
Une protection défaillante
Lors de la récente attaque de Qusra, comme dans de nombreux épisodes de violences commises par des résidents d’implantations, des troupes israéliennes ont été dépêchées sur place pour rétablir l’ordre.
Un responsable militaire a indiqué que des soldats de Tsahal et des agents de la Police des frontières étaient désormais « stationnés en permanence jusqu’à nouvel ordre » à Qusra et dans le village voisin de Jalud.
Les Palestiniens de la région affirment pourtant que la présence des troupes israéliennes ne contribue guère à leur protection. Selon eux, les soldats prennent souvent le parti des résidents d’implantations, quelle que soit l’origine des violences.
« L’armée vient pour protéger les résidents d’implantations », a déclaré Beiruti. « L’armée a déclaré la zone militaire fermée, mais elle ne l’est que pour les propriétaires [palestiniens], pas pour les résidents d’implantations qui… viennent ici. Ils passent en voiture devant les soldats, alors que nous n’avons pas le droit [d’y accéder]. »
Le Times of Israel a sollicité à plusieurs reprises le service de presse de l’armée afin d’obtenir sa version des faits, mais n’a reçu aucune réponse officielle.
Selon Roni Pelli, responsable du service juridique de Yesh Din, cette différence de traitement tient probablement à l’absence, au sein de la chaîne de commandement de Tsahal, de consignes claires destinées aux soldats sur le terrain. Ceux-ci auraient tendance à agir selon l’idée profondément ancrée que les Palestiniens constituent avant tout une menace pour les Israéliens.
Les troupes ont officiellement pour mission de maintenir « l’ordre public », une formulation que Pelli juge « vague ».
« La mission principale des soldats… lorsqu’ils se trouvent en Cisjordanie est de protéger les résidents juifs et de prévenir les attentats terroristes », a-t-elle déclaré.
Or, en vertu du droit international, comme selon la Cour suprême d’Israël, les Palestiniens de Cisjordanie ont pourtant droit à la protection de Tsahal. En tant que puissance occupante, Israël est tenu de protéger la population civile placée sous son contrôle et de veiller à ses besoins.
Selon David Kretzmer, professeur émérite de droit international à l’Université hébraïque de Jérusalem, le Règlement de La Haye comme la Quatrième Convention de Genève imposent à une puissance occupante de protéger la vie, les biens et les droits de la population vivant dans une zone placée sous son contrôle. Le Règlement de La Haye exige en particulier du commandement militaire qu’il assure l’ordre public et la sécurité, tandis que la Convention de Genève impose à la puissance occupante de protéger les civils contre les actes ou les menaces de violence.
« La situation juridique est claire à 100 %, et personne ne l’a jamais véritablement contestée », a déclaré Kretzmer. « Rien ne justifie juridiquement que l’armée et la police ne fassent pas respecter l’ordre. »
Les soldats sont légalement habilités, et dans certains cas tenus, à intervenir pour empêcher des attaques violentes, quelle que soit la nationalité de leurs auteurs.
Dans les faits, l’armée a toutefois reconnu ne pas réagir de la même manière aux violences commises par des Israéliens et par des Palestiniens. Le chef du Commandement du centre, le général de division Avi Bluth, aurait déclaré en mai que Tsahal appliquait des règles d’intervention différentes selon que les lanceurs de pierres étaient israéliens ou palestiniens en Cisjordanie. Les jets de pierres palestiniens sont considérés comme des actes terroristes. Bluth s’était opposé à l’usage de la force létale contre des lanceurs de pierres juifs.
L’armée préfère, en règle générale, ne pas intervenir elle-même contre des Israéliens et laisse cette tâche à la police. Dans les faits, toutefois, celle-ci dispose rarement des effectifs nécessaires pour intervenir lors d’incidents en Cisjordanie, surtout au moment où ils se produisent.
Des soldats eux-mêmes résidents d’implantations
Si l’armée est en mesure de déployer des troupes pour faire face aux violences, les premières à arriver sur place sont souvent aussi les moins enclines à intervenir contre les résidents d’implantations.
Des responsables militaires soulignent que certains soldats en service actif en Cisjordanie vivent eux-mêmes dans des implantations, ce qui peut les rendre plus réticents à intervenir contre des résidents d’implantations violents.
Des liens étroits peuvent également se nouer entre les soldats et les communautés de résidents d’implantations qu’ils sont chargés de surveiller, selon ces responsables.
Tsahal s’appuie en outre sur des unités régionales de réserve chargées de la défense, connues sous l’acronyme hébreu « Hagmar », composées de résidents d’implantations de la région. Ceux-ci peuvent entretenir des liens personnels étroits avec les agresseurs, voire prendre eux-mêmes part aux attaques.
Des dizaines de soldats du Hagmar ont été renvoyés au cours de l’année écoulée pour diverses infractions, notamment des agressions contre des Palestiniens.
Cette réticence se retrouve à tous les niveaux de la chaîne de commandement, d’autant que le gouvernement s’oppose aux mesures coercitives visant des résidents d’implantations accusés de violences.
Des détracteurs de l’armée estiment que certains officiers supérieurs de Tsahal, soucieux de préserver leur carrière, hésitent à agir contre des agresseurs israéliens de peur de s’attirer les foudres de responsables politiques influents.
Début août, le ministre de la Défense, Israel Katz, a annoncé qu’il remplacerait Bluth, après des pressions exercées par des personnalités de droite qui reprochaient au général de s’être exprimé contre les violences commises par des résidents d’implantations et le terrorisme juif en Cisjordanie. Des personnalités d’extrême droite l’ont accusé de faire preuve de laxisme face au terrorisme palestinien tout en s’en prenant injustement aux résidents d’implantations.
Katz et d’autres hauts responsables du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu se sont ouvertement félicités des mesures prises pour alléger les restrictions et limiter les mesures coercitives visant les extrémistes juifs.
En juillet, le ministre de la Défense s’est vanté d’avoir cessé de signer des ordonnances de détention administrative visant des suspects juifs, tout en recourant beaucoup plus largement à cet outil draconien contre des suspects arabes. La détention administrative permet d’emprisonner un suspect sans inculpation.
« J’ai annulé de ma propre initiative toutes les ordonnances de détention administrative visant les résidents d’implantations de Cisjordanie », a déclaré Katz lors d’un meeting électoral du Likud dans l’implantation d’Ariel. « Pourquoi n’en ai-je pas signé contre les résidents d’implantations ? Parce qu’il ne s’agit pas d’actes terroristes. »
En novembre, le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, aurait déclaré qu’il était « fier » de la baisse du nombre d’arrestations de résidents d’implantations par la police, après un reportage de la chaîne N12 faisant état d’une chute spectaculaire du nombre d’enquêtes ouvertes à la suite d’incidents violents.
« Je suis fier que la police du district de Judée-Samarie ait cessé de harceler les ‘jeunes des collines’ », a déclaré Ben Gvir, selon N12, en référence aux jeunes résidents d’implantations extrémistes qui vivent pour la plupart dans des avant-postes illégaux de Cisjordanie.
Une chaîne d’alerte défaillante
Au-delà du manque de volonté d’intervenir, les difficultés de l’armée à répondre aux violences commises par des résidents d’implantations tiennent aussi à ses priorités plus générales en Cisjordanie, où Tsahal concentre ses efforts sur la lutte contre le terrorisme palestinien et la protection des implantations israéliennes. Les troupes israéliennes ne sont généralement pas déployées à l’entrée des villes et villages palestiniens pour les protéger contre des Israéliens violents.
Lorsqu’une ville palestinienne est attaquée par des résidents d’implantations, les troupes israéliennes peuvent donc mettre du temps à arriver. À leur arrivée, les assaillants ont souvent déjà quitté les lieux, laissant les soldats face aux habitants palestiniens.
Palestiniens et militants affirment que des obstacles bureaucratiques peuvent retarder l’intervention avant même l’envoi de troupes sur place.
Selon Yesh Din, pour les Palestiniens de Cisjordanie, joindre les services israéliens compétents en cas d’attaque peut déjà relever du parcours du combattant.
Avant le 7-Octobre, Palestiniens, militants et travailleurs humanitaires pouvaient s’adresser à plusieurs services désignés de l’armée et de l’Administration civile pour obtenir une aide d’urgence en Cisjordanie. Selon Yesh Din, ce dispositif a de fait cessé de fonctionner avec le début de la guerre, laissant les Palestiniens sans interlocuteur officiel accessible 24 heures sur 24 en cas d’urgence.
Les Palestiniens « ne peuvent pas contacter l’armée ni lui transmettre des informations sur ce qui se passe sur le terrain », a déclaré Pelli.
Yesh Din a saisi la Haute Cour de justice en octobre afin d’exiger que l’armée mette en place un point de contact officiel, accessible 24 heures sur 24, pour les Palestiniens ayant besoin d’une intervention urgente, et qu’elle publie ses coordonnées en hébreu et en arabe.
Actuellement, en l’absence d’un point de contact militaire dédié aux urgences, les Palestiniens qui ont besoin d’une aide immédiate lors d’attaques de résidents d’implantations n’ont souvent d’autre choix que d’appeler la police israélienne.
Si la police est principalement chargée de faire respecter la loi à l’égard des civils israéliens en Cisjordanie, elle n’a pas pour mission d’assurer le maintien de l’ordre public ni la protection des Palestiniens.
Selon Yesh Din, la police transmet souvent les signalements d’attaques en cours aux troupes responsables du secteur. Cette étape supplémentaire entre l’appel à l’aide et le déploiement des soldats peut retarder encore leur arrivée sur place.
Les difficultés ne s’arrêtent pas nécessairement une fois l’attaque terminée. Pour les Palestiniens, déposer plainte contre leurs agresseurs peut constituer un obstacle supplémentaire.
« Tous les commissariats de Cisjordanie à l’exception de celui de Hébron… se trouvent à l’intérieur des implantations, ce qui signifie que les Palestiniens n’y ont pas accès », a expliqué Pelli. Ils doivent donc attendre une escorte policière pour y accéder, une procédure qui peut prendre plusieurs heures. Une fois au commissariat, encore faut-il trouver un policier parlant arabe, car, selon Pelli, « il n’y en a pratiquement pas ».
La police n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Même lorsque les Palestiniens parviennent à déposer plainte, les mises en examen restent rares.
Selon Yesh Din, 93,6 % des dossiers d’enquête qu’elle a suivis entre 2005 et 2025 ont été classés sans mise en examen, tandis que seuls 3 % ont abouti à une condamnation totale ou partielle.
Une situation explosive
De hauts responsables de la défense multiplient les mises en garde contre le risque que les violences commises par des résidents d’implantations ne provoquent une nouvelle flambée en Cisjordanie. Les responsables politiques ont toutefois parfois cherché à minimiser l’ampleur du phénomène.
Le chef d’état-major de Tsahal, le général de corps d’armée Eyal Zamir, a condamné ces violences, qu’il a qualifiées « d’actes inacceptables », et averti que l’incapacité d’Israël à les endiguer risquait de compliquer la tâche de Tsahal sur d’autres fronts.
À plusieurs reprises, l’armée a envoyé des renforts en Cisjordanie à la suite de flambées de violences commises par des résidents d’implantations, sans parvenir à enrayer le phénomène.
Bluth a lui aussi mis en garde contre les conséquences que ces violences pourraient avoir en Cisjordanie.
« L’ampleur du terrorisme [palestinien] a considérablement diminué au cours des deux dernières années, mais une étincelle peut tout embraser en un instant, la criminalité nationaliste », aurait-il déclaré il y a deux semaines au Premier ministre Benjamin Netanyahu et à d’autres hauts responsables, selon N12.
Netanyahu aurait alors demandé à Zamir comment l’armée réagirait si la Cisjordanie s’embrasait et quel plan elle avait prévu en cas de recrudescence du terrorisme palestinien. Il n’aurait toutefois pas répondu directement à la mise en garde de Bluth concernant l’extrémisme des résidents d’implantations.
Lorsque Netanyahu s’est exprimé publiquement sur les violences commises par des résidents d’implantations une semaine plus tard, il les a attribuées à une « poignée d’émeutiers » qui « portaient gravement préjudice aux résidents d’implantations respectueux de la loi, entravaient Tsahal dans l’accomplissement de ses missions et nuisaient à l’image d’Israël dans le monde ».
Ni le cabinet de Katz ni celui de Netanyahu n’ont répondu aux demandes de commentaires.
Malgré ses tentatives apparentes de minimiser le problème, Netanyahu semble avoir cédé cette semaine à la pression américaine en ordonnant le démantèlement de certains avant-postes illégaux en Cisjordanie.
אירוע חריג במהלך ביקורו של שגריר ארה"ב בתורמסעיא: האקבי תיעד הגעת מתנחלים סמוך לבית המשפחה הפלסטינית שבו ביקר.
נוכחים בביקור ל-N12: השגריר הבטיח לשלוח את הסרטון באופן אישי לטראמפ, כדי להציג בפניו את ניסיונות השיבוש של הביקור על ידי המתנחלים@mmagadli pic.twitter.com/I7z6PzN7ga
— החדשות – N12 (@N12News) September 5, 2026
La pression internationale a, elle aussi, continué de s’accentuer. Mardi, le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a annoncé une série de sanctions sévères, reprochant à Israël sa tolérance à l’égard des violences commises par des résidents d’implantations et durcissant la position de Londres sur les activités israéliennes en Cisjordanie.
« Le gouvernement britannique reconnaît qu’il y a un nettoyage ethnique des Palestiniens dans certaines zones de Cisjordanie, perpétré par des résidents d’implantations terroristes », a déclaré Miliband devant le Parlement. « Et bien trop souvent, le gouvernement israélien a fermé les yeux sur cette situation et, pire encore, certains de ses membres ont tenu des propos et pris des mesures visant à soutenir le déplacement forcé des Palestiniens. »
Deux jours plus tôt, la Haute Cour d’Israël avait sévèrement critiqué Tsahal, la police et Israel Katz pour leur incapacité à lutter contre ces violences.
« Il s’agit d’un phénomène tout à fait inacceptable qui va à l’encontre des valeurs fondamentales et des principes moraux de l’État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, et qui s’oppose aux principes de liberté, d’équité et de justice issus de l’héritage juif et des prophètes [bibliques] d’Israël », a déclaré la Cour dans une décision signée par le président de la Cour suprême, Isaac Amit, et les juges Alex Stein et Yechiel Kasher.
La Cour avait été saisie par les habitants de trois immeubles du village palestinien de Jalud, dont les logements avaient été occupés en juillet par des résidents d’implantations violents.
Les juges ont donné 14 jours à Tsahal et à la police pour permettre aux habitants de regagner leur domicile en toute sécurité et leur ont ordonné d’assurer leur protection lors de leur retour.
À environ un kilomètre de ces immeubles, la maison de Beiruti reste inachevée. De loin, il attend toujours le jour où il pourra, lui aussi, y revenir en toute sécurité et s’y installer avec sa famille.
« Pour l’instant, je vis chez mon père avec mon frère, mes parents, ma femme et mes enfants », a-t-il déclaré. « J’ai peur, mais je ne perds pas espoir. Si Dieu le veut, je terminerai la maison et j’y vivrai. »
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