Allemagne: Une responsable juive menacée de mort après la victoire de l’AfD
"L’AfD a gagné, maintenant on va pendre Knobloch" : ce message a été retrouvé sur un banc orné d’une étoile de David
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Les autorités allemandes ont fait savoir, dans la journée de vendredi, que Charlotte Knobloch, figure de proue de la communauté juive de Munich qui a appelé, dans le passé, à une possible interdiction du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), avait été visée par des menaces de mort en lien avec la récente victoire de cette formation d’extrême droite lors des élections régionales.
Les médias allemands ont rapporté que le message « L’AfD a gagné, maintenant on va pendre Knobloch » avait été écrit sur un banc et sur une poubelle, dans un parc de la ville.
Andreas Franck, le responsable chargé de la lutte contre l’antisémitisme au sein du parquet, a confié à la DPA qu’une étoile de David avait été dessinée à côté des menaces.
Le parquet a indiqué à la DPA qu’une enquête avait été ouverte pour incitation présumée à la haine, menaces et dégradation de biens.
Knobloch, survivante de la Shoah, âgée de 93 ans, est à la tête de la communauté juive de Munich et de Haute-Bavière.
Elle a annulé sa participation qui était programmée dans le cadre d’un un événement qui devait se dérouler jeudi dans la soirée dans le sillage de ces menaces, a précisé la DPA.
L’AfD a remporté les élections dans la région de Saxe-Anhalt, à l’Est du pays, la semaine dernière, et le parti cherche désormais à former le premier gouvernement régional d’extrême droite en Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale.
« Des jours comme ceux que nous sommes en train de vivre, j’ai du mal à reconnaître mon pays », a expliqué Knobloch au lendemain de la victoire. « Et je le dis très ouvertement : ça me fait peur ».
« Je n’aurais jamais pu imaginer, même dans mes pires cauchemars, que des extrémistes de droite remporteraient à nouveau des élections de cette manière en Allemagne », a-t-elle affirmé, ajoutant que ce résultat était « le signe que l’intégrité structurelle de la démocratie dans notre pays ne fonctionne plus ».
Les électeurs qui ont voté pour l’AfD ont « également rejeté les principes qui nous ont permis, à nous, la communauté juive, de considérer à nouveau l’Allemagne comme notre patrie », a-t-elle noté.
Au mois d’août, Knobloch avait appelé à examiner la possibilité d’interdire l’AfD.
« J’entends sans cesse des arguments qui nous expliquent pourquoi il ne devrait pas être possible d’interdire ce parti. Mais il serait tout aussi important de comprendre pourquoi cela pourrait s’avérer nécessaire », a-t-elle déclaré.
« Au vu d’une grande partie des propos qui peuvent être tenus par les responsables politiques de l’AfD, je me demande : où est la justice ? Pourquoi est-il admissible aujourd’hui d’inciter à la haine contre des personnes en toute impunité ? Nous devons nous-mêmes recourir à des mesures radicales pour lutter contre ces radicaux. Sinon, nous n’y parviendrons pas », avait-elle continué.
Le parti nazi d’Adolf Hitler avait, lui aussi, « connu des débuts modestes et testé les limites du possible », a fait remarquer Knobloch.
« C’est exactement ce qui se passe avec l’AfD : ses responsables politiques testent les limites de ce qui est considéré comme acceptable. Et nous constatons qu’ils gagnent en influence à mesure qu’ils se radicalisent », avait-elle poursuivi.
Les habitants de Saxe-Anhalt attendent de voir les répercussions de la victoire électorale de l’AfD. Ne disposant pas d’une majorité absolue, le parti a besoin de partenaires pour former une coalition.
Son programme nationaliste prévoit notamment de réduire l’enseignement qui est actuellement consacré au chef nazi Adolf Hitler dans les écoles, d’interdire les drapeaux des Fiertés dans les bâtiments publics et d’exiger des artistes et des organisations culturelles qu’ils signent une déclaration s’engageant à ne pas « dénigrer l’Allemagne et sa culture » s’ils souhaitent bénéficier d’un financement public.
La montée en puissance de l’AfD a déstabilisé de nombreuses personnes qui estiment que l’Allemagne a la responsabilité d’assumer son passé nazi, et les appels se multiplient pour que les partis traditionnels cherchent à faire interdire ce groupe.
Mais les obstacles à une interdiction officielle sont importants en Allemagne, et le chancelier Friedrich Merz, du parti de la CDU, au centre-droit, a fait part de son scepticisme s’agissant d’une telle approche.
Samedi, environ 150 000 manifestants sont descendus dans les rues d’une vingtaine de villes à travers le pays, notamment à Berlin, Hambourg et Munich, lors de manifestations qui ont été organisées par Pruef, une association qui milite en faveur de l’interdiction de l’AfD, ont indiqué les organisateurs.
L’AfD a organisé une contre-manifestation dans la capitale – un mouvement de protestation auquel a participé Kristin Brinker, sa tête de liste pour les élections régionales qui se tiendront le week-end prochain à Berlin.
Le premier test permettant de déterminer si l’AfD sera effectivement en mesure transformer sa victoire en un succès plus large aura lieu dimanche lors des élections municipales dans le Land occidental de Basse-Saxe. Une semaine plus tard, l’AfD se concentrera sur les élections régionales dans la capitale, Berlin, et dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale.
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