En Allemagne, l’AfD cherche à transformer sa victoire en Saxe-Anhalt en dynamique nationale
Le parti d'extrême droite est mis à l'épreuve à Berlin et ailleurs alors qu'il tente de faire de sa percée dans l'Est une tendance plus générale, mais les résultats devraient être moins bons à l'Ouest
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JTA — L’extrême droite allemande, en pleine ascension après avoir remporté un Land de l’Est, cherche désormais à confirmer ses résultats dans les différents scrutins à venir – à commencer par les élections municipales qui se tiendront ce week-end, auxquelles s’ajouteront deux grands rendez-vous régionaux, tous suivis de près par l’opinion publique.
Le premier test pour le parti « Alternative pour l’Allemagne » (AfD) aura lieu dimanche dans le cadre des élections municipales du Land de Basse-Saxe, à l’Ouest du pays. Une semaine plus tard, l’AfD se tournera vers les élections régionales à Berlin, la capitale, et dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, sur la côte baltique.
Le 6 septembre, l’AfD a devancé les autres partis en Saxe-Anhalt, avec 43,8 % des voix et 39 sièges sur les 83 que compte le parlement régional, manquant de peu la majorité et signant ainsi la plus grande victoire de l’extrême droite allemande dans une élection régionale depuis la Seconde Guerre mondiale.
« Les élections précédentes nous ont montré que l’AfD est aujourd’hui capable de mobiliser la quasi-totalité de son électorat actuel et potentiel, contrairement à ses concurrents issus de mouvements démocratiques, qui rencontrent bien plus de difficultés », a déclaré Gideon Botsch, directeur de l’unité de recherche Emil Julius Gumbel sur l’antisémitisme et l’extrémisme de droite à l’université de Potsdam.
Si les sondages ne permettent pas de prédire l’issue des prochaines élections régionales, les résultats semblent toutefois faire écho à la victoire historique remportée en Saxe-Anhalt. L’AfD devance actuellement les autres partis en Mecklembourg-Poméranie occidentale avec environ 35 % des voix. À Berlin, bastion de longue date de la gauche politique allemande, l’AfD se dispute la première place avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU), de centre-droit, et le parti de gauche Die Linke. Les trois formations recueillent chacune environ 20 % des intentions de vote.
L’AfD, un parti nationaliste et anti-immigration dont les dirigeants ont proposé de mettre fin au « complexe de culpabilité » de l’Allemagne face à la Shoah, arrive régulièrement en tête des sondages nationaux depuis un an. Dans les enquêtes d’opinion visant à connaître le parti que choisiraient les Allemands si des élections fédérales avaient lieu « ce dimanche », l’AfD obtient souvent les meilleurs résultats, a fait savoir Botsch à la Jewish Telegraphic Agency.
« L’AfD s’est constitué une base d’électeurs fidèles, qui ne cesse de croître », a expliqué Botsch. Sa popularité témoigne d’un sentiment de frustration à l’égard des partis traditionnels au pouvoir, en particulier la CDU, le parti du chancelier Friedrich Merz, dans un contexte économique morose. L’AfD est particulièrement populaire en Allemagne de l’Est, une région plus pauvre dans laquelle les électeurs sont durement touchés par la flambée des prix de l’énergie, encore aggravée par les guerres en Iran et en Ukraine.
Les résultats de l’AfD devraient toutefois s’avérer plus modestes à l’Ouest, notamment en Basse-Saxe où des élections municipales auront lieu dimanche. D’une part, le parti exerce une influence plus forte à l’Est, et d’autre part, les élections municipales allemandes reposent davantage sur la notoriété des figures de proue des partis établis, a commenté Roger Stöcker, politologue à l’université Otto von Guericke de Magdebourg. Toutefois, même si l’AfD ne parvient pas à modifier la composition des gouvernements, Stöcker estime que le fait de gagner du terrain pour s’implanter davantage en Basse-Saxe représenterait « un succès stratégique significatif ».
« On peut imaginer que l’AfD remporte ici ou là une mairie ou une administration de canton, ou qu’elle renforce sa présence au sein des conseils municipaux, ce qui lui permettrait d’élargir sa base locale », a ajouté Stöcker.
Les trois échéances électorales à venir sont suivies de près afin de détecter d’éventuels indices d’une dynamique plus large de l’AfD, a déclaré Daniel Schuster, qui dirige le bureau européen du Centre Simon Wiesenthal.
« Prises dans leur ensemble, ces élections permettront de déterminer si le résultat obtenu en Saxe-Anhalt était exceptionnel ou s’il s’inscrit dans le cadre d’une expansion plus large, à l’échelle nationale, de la base électorale de l’AfD », a indiqué Schuster.
Selon Remko Leemhuis, directeur de l’Institut Lawrence et Lee Ramer pour les relations germano-juives de l’American Jewish Committee à Berlin, les citoyens ressentiront les conséquences du succès de l’AfD même si le parti ne parvient pas à répéter sa victoire en Saxe-Anhalt. Un « résultat très solide de l’AfD », même s’il ne permet pas au mouvement d’intégrer des coalitions gouvernementales, « pourrait susciter de sérieuses inquiétudes » chez les citoyens juifs quant à son influence, a souligné Leemhuis.
Les habitants de Saxe-Anhalt attendent désormais de voir quelles seront les répercussions de la victoire électorale de l’AfD. N’ayant pas obtenu la majorité absolue, le parti a besoin de partenaires pour former une coalition. Son programme nationaliste dans la région prévoit notamment de réduire l’enseignement consacré au dirigeant nazi Adolf Hitler auprès des enfants, d’interdire les drapeaux de la Pride LGBT dans les bâtiments publics, et d’exiger des artistes et des organisations culturelles qu’ils signent une déclaration dans laquelle ils s’engagent à ne pas « dénigrer l’Allemagne et sa culture » s’ils souhaitent bénéficier d’un financement public.
Les gouvernements régionaux contrôlent également les services de police et certaines branches du système judiciaire. L’AfD pourrait utiliser son pouvoir dans ces domaines pour « exercer une pression sur les minorités qu’elle rejette » , notamment les immigrés, les musulmans et les Juifs identifiés comme défenseurs de la mémoire de la Shoah, a expliqué Stöcker. Parallèlement, l’AfD pourrait détourner les efforts de la police et des services de renseignement de la lutte contre l’extrémisme de droite en Saxe-Anhalt, région qui a recensé l’année dernière le deuxième plus grand nombre de crimes d’extrême droite par habitant parmi les 16 Länder allemands, a indiqué Leemhuis.
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt a marqué un « tournant décisif » dans la politique allemande, selon Roland Abold, directeur général d’Infratest Dimap, un institut allemand de recherche spécialisé dans les élections. Abold a ajouté que ce résultat avait accru la pression sur Merz et le gouvernement fédéral, car « les appels à un changement d’orientation politique et à une réévaluation de la coopération avec l’AfD risquent de se multiplier ».
Pour l’instant, la CDU continue de soutenir Merz, devenu le chancelier le plus impopulaire de l’histoire moderne de l’Allemagne après 16 mois à la tête du pays. Mais si la CDU essuie d’autres défaites cuisantes lors des prochaines élections, les questions concernant le maintien de Merz à la tête du parti pourraient s’intensifier, a déclaré Stöcker.
L’AfD lorgne déjà sur son poste. Alice Weidel, la coprésidente nationale de l’AfD, a annoncé lundi qu’elle souhaitait que le parti remporte « au moins 40 % des voix » aux prochaines élections fédérales allemandes, qui devraient se dérouler en 2029.
Ulrich Siegmund, le candidat de l’AfD en Saxe-Anhalt qui espère devenir ministre-président de ce Land, a affirmé lors de cette même conférence de presse que son objectif était « très clair ».
« En tant que prochain ministre-président de Saxe-Anhalt, j’ai besoin d’une chancelière fédérale comme Alice Weidel à Berlin, pour que nous puissions écrire l’histoire côte à côte », a souligné Siegmund.
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