Face à la baisse des investissements, un centre veut relancer la biotech en Israël
15 universités et hôpitaux ont créé une structure avec 500 M$ pour transformer les découvertes médicales en startups et commercialiser des traitements vitaux
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

En Israël, institutions universitaires et organisations de santé sont depuis longtemps reconnues pour être des viviers de talents et de recherches scientifiques biomédicales. Pourtant, malgré leur côté prometteur, nombre de ces technologies potentiellement vitales issues des laboratoires de recherche croupissent dans les universités, faute de trouver le moyen de passer au stade de la startup de biotechnologie viable, capable de rendre service aux patients.
La toute nouvelle initiative lancée dimanche, en partenariat avec 15 universités, institutions de santé et centres hospitaliers de tout premier plan de tout le pays, vise à faire d’Israël un pôle biotechnologique compétitif en rapprochant les découvertes universitaires des sources de financement mais aussi des applications cliniques et la viabilité commerciale de nouveaux médicaments.
Conçu comme une organisation à but non lucratif, le Centre national d’innovation biotechnologique d’Israël (INBI) a pour objet de faire progresser et commercialiser les recherches biomédicales à l’arrêt, afin de développer de nouvelles thérapies et remèdes pour la santé humaine.
« Du point de vue de la recherche universitaire en sciences de la vie, Israël est un acteur mondial particulièrement fort, au même niveau que les grands pôles mondiaux en Allemagne, au Royaume-Uni et certaines grandes métropoles américaines — pas en quantité, mais en qualité », explique au Times of Israel le président de l’INBI, Samuel Moed.
« Mais de grandes recherches croupissent dans les laboratoires car Israël a parfois du mal à traduire le potentiel de ses institutions universitaires en un flux régulier d’entreprises biotechnologiques de classe mondiale susceptibles d’attirer des investissements. »
« Si on compare Israël à d’autres hubs, on voit que le pays produit près de 50 % de la valeur entre l’université et la création de jeunes pousses biotechnologiques », souligne M. Moed.
Les découvertes médicales peuvent être très lucratives, mais il demeure que le développement de nouvelles thérapies peut s’avérer risqué, coûteux et prendre des années de plus que d’autres technologies pour atteindre le niveau du marché. Ce qui rend les entreprises biomédicales particulièrement sélectives quant à leurs investissements, quitte à laisser de côté de potentiels médicaments vitaux.
Selon M. Moed, l’INBI est en train de lever 500 millions de dollars auprès d’organisations philanthropiques en Israël et à l’étranger pour un programme décennal destiné à financer chaque année la promotion d’une dizaine de projets biotechnologiques en phase précoce.
La cohorte de programmes israéliens de recherche biomédicale préclinique sera sélectionnée parmi les 15 partenaires, parmi lesquels on compte l’université Bar-Ilan, l’université Ben-Gurion du Neguev, l’université hébraïque de Jérusalem, le Technion – Institut de technologie d’Israël, l’université de Tel-Aviv, l’université de Haïfa et l’Institut des sciences Weizmann.
Sont également partenaires de l’initiative les organismes de santé Maccabi et Clalit, ainsi que le campus de santé Rambam et les centres hospitaliers Shaare Zedek, Sheba, Beilinson — Rabin, Hadassah et Sourasky, à Tel-Aviv (Ichilov).
En plus de M. Moed, ex-directeur de la stratégie d’entreprise chez le fabricant de médicaments américain Bristol Myers Squibb, l’INBI sera dirigé par la Dre Anat Cohen-Dayag, présidente de la société israélienne de découverte de médicaments Compugen.
Avant cela, la Dr Cohen-Dayag a été pendant 15 ans présidente-directrice générale de Compugen, cotée au Nasdaq, où elle a mené la transformation de la société d’un fournisseur de services en biologie computationnelle vers une entreprise de découverte et de développement de médicaments au stade clinique dans le domaine de l’immunothérapie du cancer.
« Israël peut se targuer de posséder une recherche universitaire de niveau mondial, et pourtant seule une fraction de ce potentiel donne lieu à une production de valeur économique à grande échelle, avec un impact pour les patients », explique la Dre Cohen-Dayag. « Notre modèle est fait pour modifier fondamentalement cette dynamique. »
« En construisant un moteur de transfert centralisé, nous fournirons les outils, infrastructures, savoir-faire, expertise et capitaux nécessaires pour transformer des découvertes disruptives en thérapies mondiales potentiellement vitales », ajoute-t-elle.
M. Moed précise que la structure de l’INBI est inspirée de modèles développés par des hubs biotechnologiques mondiaux créés pour exploiter et faire progresser la recherche universitaire et publique dans d’autres régions, comme le Broad Institute de Cambridge (Massachusetts), un centre de recherche biomédicale à but non lucratif géré en partenariat avec le MIT, l’université Harvard et des hôpitaux affiliés.
« La biotechnologie est encore un secteur relativement immature en Israël, et très peu d’entreprises de ce domaine ont été financées à l’échelle mondiale et transformées en succès », rappelle M. Moed. « Il existe un niveau d’expertise assez limité à ce stade critique du passage de l’université à la création d’entreprise. »
Ce tout nouveau centre prévoit d’accueillir des laboratoires et un groupe d’experts locaux et internationaux qui apporteront leur savoir-faire en matière de financement, de validation scientifique, ainsi que de conception et de développement de médicaments.
Le financement de la recherche biomédicale en Israël montre des signes d’épuisement. Selon les chiffres de l’Association israélienne des industries de technologies avancées, de l’Autorité israélienne de l’innovation et de PwC Israel, les investissements dans les startups israéliennes de la santé et de la biotechnologie ont chuté l’an dernier à leur plus bas niveau depuis cinq ans, après une légère reprise en 2024. Bien que les investissements dans les entreprises des technologies de la santé aient diminué, l’investissement global dans les startups et entreprises technologiques israéliennes a augmenté en 2025, selon les chiffres de Startup Nation Central.
Les technologies de la santé (qui recouvrent la santé numérique, les dispositifs médicaux, la pharmacie et la biomédecine) constituent près de 20 % de l’écosystème technologique israélien et emploient quelque 81 000 personnes, selon Startup Nation Central et près de 30 % des entreprises de technologies de la santé en Israël se trouvent dans le secteur biomédical, qui compte pour plus de la moitié des 81 000 employés de ce secteur.
En 2025, 67 entreprises de technologies de la santé ont été créées en Israël, le chiffre le plus bas depuis 2023.
La nature de l’industrie des technologies de la santé, soumise à des réglementations et des normes rigoureuses, en fait un environnement particulièrement difficile pour les chercheurs désireux de commercialiser ce qui semble être des découvertes prometteuses.
Les complexités scientifiques, ajoutées à des phases de développement et de tests qui s’étalent sur une dizaine d’années et des règles strictes en matière de commercialisation et de normes de qualité, impliquent des financements considérables, sans compter le risque que de potentiels traitements s’avèrent in fine insuffisamment efficaces et soient abandonnés.
« Par définition, les technologies qui sortent de l’université sont à un stade très précoce. Il n’y a pas pire secteur que les biotechnologies pour trouver les premiers fonds pour créer une entreprise ou continuer les recherches et le développement des produits, car les montants généralement nécessaires pour porter un médicament thérapeutique sur le marché sont considérables », explique Josh Peleg, PDG de BGN Technologies, la société de transfert de technologie de l’université Ben-Gurion.
De nombreuses universités disposent de sociétés de transfert de technologie pour gérer la propriété intellectuelle des chercheurs et commercialiser leurs travaux, mais elles rencontrent également des difficultés dans le domaine biomédical.
« Dans les projets biopharmaceutiques, nous avons réalisé de très bonnes recherches et publié des articles de très haut niveau, mais traduire cela en entreprise est très difficile », souligne M. Peleg. « Dans la biotechnologie, il y a eu ces dernières années une baisse des financements et du nombre de startups ayant réussi à s’imposer, malgré l’immense quantité de talents et de recherches consacrés à ce secteur. »
M. Peleg ajoute que les investisseurs en capital-risque ont eu tendance à se détourner des technologies à un stade très précoce, perçues comme des investissements à haut risque, pour placer leurs fonds dans des entreprises plus solides, à un stade plus avancé.
« À l’échelle nationale, la politique gouvernementale s’est orientée vers le développement de la cybersécurité, un formidable moteur de croissance pour l’économie. Mais en biotechnologie, l’effort doit aussi être mené au niveau national pour créer des laboratoires et permettre des investissements suffisants », estime M. Peleg.
« Il n’y a pas eu pour la biotechnologie de programmes gouvernementaux équivalents à ceux déployés dans d’autres domaines comme la cybersécurité, plus faciles à soutenir en termes de délai de commercialisation et de retour sur investissement. »
« Si le gouvernement ne fait pas, il faut que le secteur privé prenne le relais, comme par exemple avec ce genre d’initiatives », affirme-t-il.
Ces dix dernières années, la recherche universitaire a permis de faire émerger des entreprises comme Alpha Tau Medical Ltd., cotée au Nasdaq et développeur de radiothérapie, avec une technologie mise au point par les professeurs Itzhak Kelson et Yona Keisari, de l’université de Tel-Aviv.
On citera également la vente au géant japonais Mitsubishi Tanabe Pharma, en 2017, de la société israélienne NeuroDerm pour 1,1 milliard de dollars, la plus importante acquisition jamais réalisée à l’époque pour une entreprise biotechnologique israélienne. NeuroDerm était née de recherches menées à l’université Ben-Gurion sous la direction du professeur Eli Heldman, l’un des fondateurs de la firme.
« Ces dernières années, il y a une baisse substantielle du nombre de startups créées sur la base de la propriété intellectuelle universitaire », souligne M. Peleg, qui est également co-président de l’Israel Tech Transfer Organization (ITTN), l’organisation faîtière des sociétés de transfert de technologie des principales institutions de recherche en Israël.
« Depuis [NeuroDerm], nous voyons qu’il est de plus en plus difficile d’amener une entreprise au stade où une telle sortie peut être envisagée. »
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