Les frappes « aveugles » de Tsahal entravent le désarmement du Hezbollah, dit un officiel libanais au ToI
Lors d'un rare entretien avec un média israélien, un responsable, à Beyrouth, a affirmé que les destructions massives dans le Sud-Liban discréditaient les efforts de collaboration de son pays contre le groupe soutenu par l'Iran
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WASHINGTON — Les frappes de l’armée israélienne dans le sud du Liban s’étendent bien au-delà des infrastructures du Hezbollah et elles sapent, en conséquence, les efforts qui sont actuellement livrés par le gouvernement libanais dans ses tentatives de désarmer le groupe terroriste, a confié au Times of Israel, cette semaine, un haut responsable libanais.
« Plus Israël cible de manière excessive les villages du sud… plus ça entraîne un énorme tollé contre le président et contre les efforts que nous menons aux côtés d’Israël », a dit cet officiel lors d’une rare interview accordée à un média israélien – entretien qui a eu lieu sous couvert d’anonymat en raison d’une législation en vigueur à Beyrouth qui interdit de tels contacts.
Le responsable a mentionné une frappe survenue environ 24 heures avant notre conversation dans le village de Kfar Rumman, au sud du Liban. Le ministère libanais de la Santé a fait savoir qu’elle avait causé la mort de onze personnes, dont un secouriste, quatre femmes et deux enfants.
Pour sa part, Tsahal a affirmé avoir pris pour cible des membres du Hezbollah qui avaient été repérés en train de transporter des armes dans la localité. Les militaires ont ajouté qu’ils avaient ouvert une enquête sur les informations qui ont fait état de victimes civiles.
De manière générale, Jérusalem a justifié les destructions massives qui ont eu lieu dans le sud du Liban en disant que le Hezbollah avait truffé de nombreux villages situés le long de la frontière nord d’Israël de tunnels et d’autres infrastructures terroristes.
Mais les propos du ministre de la Défense, Israel Katz – qui s’était vanté d’avoir complètement rasé des dizaines de villages et qui s’était engagé à rester au sud-Liban pour une durée indéterminée – ont donné des arguments supplémentaires aux détracteurs de la collaboration qui a été établie entre le gouvernement libanais et Israël et qui affirment que Jérusalem nourrit des ambitions territoriales dans le pays.
Beyrouth a commencé des négociations avec l’État juif – des pourparlers qui se déroulent sous l’égide des États-Unis – au mois d’avril dernier. Objectif : Parvenir à mettre en place une collaboration dans le but de désarmer le Hezbollah, et ce dans le cadre d’un processus qui inclura le retrait des soldats israéliens du Liban – avec, à terme, la perspective d’un accord de paix entre les deux pays.
Les parties ont signé, au mois de juin, un accord-cadre prévoyant la création de plusieurs zones-pilotes au sud-Liban, où les hommes des Forces armées libanaises (FAL) ont remplacé les soldats de Tsahal. Toutefois, ces transferts de pouvoir ont marqué le pas, Israël estimant que les FAL ne prenaient pas suffisamment d’initiatives en vue du désarmement du Hezbollah.
L’officiel a expliqué que si Jérusalem n’était pas satisfaite des performances des Forces armées libanaises, l’État juif devait profiter des négociations pour présenter des mesures concrètes susceptibles de répondre aux inquiétudes nourries par les Israéliens.
Le Hezbollah avait entraîné le Liban dans le conflit avec l’Iran au mois de mars dernier, tirant des roquettes en direction d’Israël. Israël avait riposté en lançant une opération militaire de grande envergure à l’encontre du groupe terroriste – ce qui avait amené Tsahal à occuper le territoire du Sud-Liban jusqu’à une « Ligne jaune » qui venait d’être établie et qui s’enfonçait d’environ dix kilomètres dans les profondeurs du pays.
Le responsable libanais qui s’est exprimé auprès du Times of Israel a noté que la réticence d’Israël à se retirer et ses dénonciations de l’inefficacité présumée des FAL étaient la raison pour laquelle il s’avérait être essentiel de mettre en place un mécanisme de vérification du désarmement, tel qu’envisagé par l’accord-cadre.
Les parties négocient depuis des mois pour déterminer quels pays seront représentés au sein du comité de vérification. Ces derniers jours, Israël a opposé de nouveaux vetos à la participation de la France et du Royaume-Uni en raison de leurs annonces de sanctions à l’encontre des implantations de Cisjordanie, a confié un responsable occidental.
Le prochain cycle de pourparlers entre Israël et le Liban devait avoir lieu la semaine prochaine à Rome – il a été reporté au mois d’octobre. Le responsable occidental a reconnu qu’il ne pouvait y avoir, de toute façon, que des progrès limités jusqu’au lendemain des élections à la Knesset, le 27 octobre – le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu faisant preuve d’une volonté de compromis réduite à l’approche du scrutin.
Les deux pays ont toutefois une tâche difficile devant eux.
L’officiel libanais a indiqué que son gouvernement menait des pourparlers indirects avec le groupe terroriste, mais que ces derniers avançaient très lentement, le Hezbollah insistant sur le fait qu’il devait conserver ses armes « tant qu’Israël occupera des territoires au Liban ».
Le responsable libanais a insisté sur le fait qu’il y avait encore une rare occasion d’agir contre le Hezbollah, affirmant que la grande majorité du pays soutenait toujours le désarmement de ce groupe terroriste.
Ce qui a donné à Beyrouth la marge de manœuvre nécessaire pour poursuivre ses pourparlers avec Israël.
« Mais ce qui se passe dans le sud du Liban — avec ces attaques aveugles et toutes ces destructions — a également fourni davantage d’arguments à la communauté du Hezbollah et à la communauté chiite qui affirment que le gouvernement ne parvient pas à protéger le pays et que le Hezbollah reste nécessaire à cette fin », a déploré le responsable libanais.
« Le message que j’ai envie de transmettre aujourd’hui à nos homologues israéliens est le suivant : nous sommes tous d’accord pour dire que le Hezbollah doit partir ; vous devez donc donner un peu d’oxygène à l’État libanais en renforçant ses institutions », a-t-il déclaré.
Alors qu’il lui était demandé ce que cela signifiait concrètement, l’officiel libanais a fait valoir qu’il fallait, avant tout, des interventions plus ciblées de Tsahal dans le sud du Liban.
Il a indiqué que Beyrouth souhaitait que l’armée israélienne reprenne ses opérations telles qu’elles étaient après le cessez-le-feu qui avait été conclu au mois de novembre 2024.
Au cours des dix-huit mois qui avaient suivi, les militaires avaient procédé à des frappes régulières contre des cibles du Hezbollah, mais le responsable libanais a laissé entendre que ces dernières avaient été plus mesurées et qu’elles n’avaient pas consisté à détruire complètement des villages entiers.
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