25 ans après le 11-Septembre, Al-Qaïda fait son retour dans l’Afghanistan des talibans
Profitant d'un « contexte favorable », le groupe terroriste et ses affiliés ont établi au moins huit bases depuis le retour au pouvoir des talibans, rapporte le Washington Post
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Un quart de siècle après les attentats du 11-Septembre, les membres d’Al-Qaïda et d’autres groupes terroristes se seraient regroupés en Afghanistan, suite au retrait des États-Unis et à la reprise du pouvoir par les talibans en 2021, a rapporté samedi le Washington Post, qui cite des responsables de la sécurité américains et occidentaux ainsi qu’une organisation des Nations unies.
Depuis trois ans, Al-Qaïda et ses ramifications ont établi au moins huit bases en Afghanistan. L’État islamique, le principal rival d’Al-Qaïda, a également ouvert des centres d’entraînement dans ce pays ces dernières années, a précisé le Post.
Selon le journal, ces groupes sont parvenus à s’implanter dans au moins 14 des 34 provinces que compte le pays.
Un rapport de l’ONU cité par le Post indique que les talibans ont rétabli « un contexte favorable » qui a permis à Al-Qaïda « de se consolider, grâce à la présence de lieux de refuge et de camps d’entraînement dans tout l’Afghanistan ».
Les groupes terroristes qui prennent pied en Afghanistan semblent néanmoins se concentrer davantage sur les conflits régionaux que sur le djihad mondial. Ils paraissent en outre limités par la réticence des talibans à provoquer une nouvelle intervention internationale dans le pays, comme l’ont indiqué des responsables et des experts du contre-terrorisme cités par le Post.
Les camps d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan ont joué un rôle central dans la préparation des attentats du 11 septembre 2001. Selon la Commission américaine sur le 11-Septembre, l’idée de détourner des avions a été lancée dans un complexe d’Al-Qaïda à Tora Bora en 1996 ; le chef de l’époque, Oussama Ben Laden, a par la suite approuvé le scénario du 11-Septembre sur un site près de Kandahar.
Par ailleurs, les 19 pirates de l’air avaient tous séjourné dans des camps ou des cachettes d’Al-Qaïda en Afghanistan avant les attentats.
Selon l’article, des responsables de l’ONU et d’autres services de sécurité ont récemment enquêté sur des allégations selon lesquelles Al-Qaïda chercherait à se réimplanter à Tarnak Farms, un ancien quartier général de Ben Laden situé près de l’aéroport de Kandahar. Une analyse des images satellites réalisée par le Washington Post n’a toutefois révélé aucun signe visible d’une reprise d’activité.
Les responsables ont indiqué que ces nouveaux camps dispensaient une formation à l’utilisation des armes, des explosifs et des tactiques de guérilla, et qu’ils enseignaient aussi des technologies plus récentes telles que le chiffrement, l’intelligence artificielle et les drones. Colin Smith, qui coordonne une équipe de l’ONU chargée de surveiller les groupes terroristes, a estimé que le noyau dur d’Al-Qaïda ne comptait pas plus d’une centaine de militants en Afghanistan.
Smith a expliqué au Post qu’Al-Qaïda jouait désormais davantage un rôle de « consultant » auprès d’autres organisations terroristes, notamment le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), « en leur fournissant des conseils et des formations sur divers sujets, parmi lesquels les opérations clandestines et la sécurité de l’information ».
Un rapport de l’ONU en date de 2024 mentionné par le Post affirmait que des membres d’Al-Qaïda en Afghanistan « dispensaient une formation aux attentats-suicides au profit du TTP ».
Par ailleurs, l’État islamique-Khorasan, une branche de l’EI active dans la région afghane du Khorasan, utilise le nord du pays comme « centre névralgique » pour la formation et la planification de ses opérations. Le groupe aurait ainsi recruté quelque 2 000 membres, a fait savoir le Post, citant des responsables et des rapports de l’ONU.
Al-Qaïda et l’État islamique continuent de se livrer une lutte acharnée pour la domination du mouvement djihadiste, ont indiqué des responsables. Cependant, contrairement aux milliers de combattants étrangers qu’Al-Qaïda attirait depuis l’Arabie saoudite et d’autres pays du Moyen-Orient dans les années 1990, les deux groupes recrutent désormais principalement en Afghanistan et dans les pays avoisinants.
La surveillance de ces nouveaux camps a également souffert de la perte de capacités de renseignement suite au retrait américain d’Afghanistan en 2021 et à la réaffectation des ressources vers l’Iran et d’autres priorités, ont expliqué des responsables américains et d’autres acteurs de la sécurité. Néanmoins, la frappe au drone de 2022 qui a tué le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, à Kaboul, a bien démontré que Washington disposait toujours de capacités de renseignement et d’attaque.
Al-Qaïda est désormais dirigée par l’Égyptien Saif al-Adel, un vétéran de ses camps d’entraînement afghans, qui se cacherait en Iran, ont ajouté des responsables.
Par ailleurs, la surveillance des déplacements mise en place après le 11-Septembre et d’autres mesures ont rendu plus risqué l’envoi de recrues vers les camps afghans, ce qui a poussé Al-Qaïda et l’État islamique à augmenter leurs recrutements en ligne et à encourager les sympathisants occidentaux à mener des attaques de « loups solitaires » sur leur propre territoire.
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