Rachel Rabin, la sœur du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, s’est éteinte à l’âge de 101 ans
Rabin, qui a vécu pendant des décennies au kibboutz Manara, était très proche de son frère avant son assassinat en 1995 : "Jusqu’à son dernier jour, j’avais le sentiment qu’il me protégeait, même de loin"
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Rachel Rabin Yaakov, la sœur du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, membre fondatrice et secrétaire du kibboutz Manara, situé à la frontière nord d’Israël, s’est éteinte vendredi à l’âge de 101 ans.
Rabin avait partie des pionniers du kibboutz Manara, situé à la frontière avec le Liban, en 1943. Elle y était restée jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de partir à la suite du déclenchement des combats avec le Liban, après le pogrom qui avait été perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.
Le président Isaac Herzog a rendu hommage à Rabin en déclarant : « J’ai été attristé d’apprendre son décès à un âge très avancé ; chère Rachel Rabin Yaakov, dont le long et impressionnant parcours de vie a été un modèle en matière d’éducation et de service public ».
Elle était née à Tel Aviv en 1925 dans le foyer de Nehemiah Rabin et de Rosa Cohen. Son père travaillait pour l’Israel Electric Corporation et sa mère, surnommée « Red Rosa », était employée dans une caisse d’épargne et de crédit. C’était une militante de premier plan qui avait occupé des postes à responsabilité au sein de la Haganah, l’organisation paramilitaire qui existait pendant la période du mandat britannique, ainsi qu’au sein de la Histadrut, la fédération du travail, et dans le système éducatif.
Dans une interview accordée en 2015 au podcast anglophone Israel Story, Rabin s’était souvenue de son enfance : « Nos parents étaient toujours très occupés, alors nous étions souvent seuls. Et d’une manière ou d’une autre, Yitzhak a toujours eu le sentiment d’être responsable de moi. Il a toujours eu le sentiment qu’il devait veiller sur moi. Qu’il devait me protéger. Et c’est ce que je ressentais. Jusqu’à son dernier jour, vraiment, j’avais l’impression qu’il me protégeait, même de loin ».
Sa mère était décédée quand elle-même était âgée de 12 ans.
Elle avait suivi un parcours très différent de celui de son frère Yitzhak, qui allait devenir Premier ministre à deux reprises – de 1974 à 1977, puis de 1992 jusqu’à son assassinat en 1995. Alors qu’il s’était engagé dans le Palmach — la force de défense qui avait précédé la création de l’État, qui devait ouvrir la voie à l’armée israélienne — et qu’il avait combattu pendant la guerre d’Indépendance de 1948, Rachel Rabin avait, quant à elle, fondé un kibboutz avec un groupe issu du mouvement de jeunesse Noar Haoved Vehalomed en 1943.
Rabin avait évoqué son expérience de pionnière du kibboutz dans une longue interview qui avait été publiée dans le journal Davar en 2021, indiquant en évoquant Manara : « J’étais là depuis le tout premier jour, au mois de janvier 1943. C’était une montagne de glace et de rochers, avec un froid qui vous transperçait jusqu’aux os. Nous vivions sous des tentes ».
« Mon groupe d’origine, au sein du Hanoar HaOved, est parti fonder le kibboutz Revivim [dans le Néguev]. J’ai rejoint un autre groupe, et nous sommes allés à la ferme de formation de Kfar Giladi, dans le nord », avait-elle raconté. « Un jour, on nous a dit que le Fonds national juif avait acquis des terres sur le mont Menara et qu’il cherchait des gens pour s’y implanter. Nous avons répondu : ‘Nous ! Nous sommes déjà là et nous attendions justement qu’on nous envoie nous installer quelque part. »
Toutefois, la vie à Manara avait été difficile au début, sans routes goudronnées. Rabin avait expliqué qu’il fallait apporter de l’eau dans des tonneaux depuis les villages libanais voisins.
L’eau que les membres du kibboutz transportaient était « juste suffisante pour cuisiner. Une fois par semaine, nous allions prendre une douche à Kfar Giladi. Le retour prenait deux heures à pied, c’était poussiéreux et on transpirait. On revenait de la douche plus sales qu’au moment du départ. Il a fallu dix ans pour que les canalisations d’eau nous parviennent, et ce n’est qu’une fois qu’elles ont été installées que nous avons pu planter de véritables vergers », avait-elle rappelé dans son entretien accordé à Davar.
Rabin avait travaillé dans l’enseignement pendant des décennies. Elle avait instruit la première promotion d’enfants nés au kibboutz de Manara et elle avait aidé à construire l’école régionale Har Vagai au kibboutz de Dafna, en Haute Galilée. Elle avait été professeure de biologie au lycée jusqu’à ce qu’elle prenne sa retraite et elle avait également occupé le poste de coordinatrice au sein du département de l’éducation rurale du ministère de l’Éducation.
Elle avait reçu en 2009 le prestigieux prix Samuel Rothberg en éducation juive décerné par l’Université hébraïque.
Elle avait rencontré son mari, Rafi Yaakov, un immigrant allemand issu d’un autre mouvement de jeunesse, en 1945. Elle avait raconté qu’elle l’avait épousé trois jours avant le mariage de son frère Yitzhak.
« Il y a d’abord eu mon mariage avec Rafi, en présence des parents de Rafi et de mon père ; Yitzhak n’avait pas pu venir. Trois jours plus tard, cela avait été le mariage et la fête d’Yitzhak et de Leah », avait-elle raconté à Davar.
Sa relation étroite avec Yitzhak est bien documentée. Dans le podcast, elle avait évoqué ses souvenirs d’un frère aimant.
« Un jour, je m’en souviens, nous sommes allés voir un film. C’était tout un événement à l’époque. Et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Yitzhak m’a alors dit : ‘Je ne t’emmènerai plus jamais au cinéma. Le film vient à peine de commencer et tu es déjà en larmes. Même si ce n’est pas triste !’ Je lui ai donc répondu : ‘D’accord, je te promets de ne plus pleurer au cinéma’. »
« Nous avions une connexion télépathique », avait confié Rabin. « Une fois, il a été blessé dans un accident de moto [au mois de décembre 1945]. J’étais déjà à Manara. Le courrier arrivait à Kfar Giladi et quelqu’un descendait tous les jours avec une mule pour l’apporter ».
Yitzhak Rabin avait invité sa sœur à la cérémonie du prix Nobel de la paix à Oslo, en Norvège, après avoir remporté ce prix en 1994, aux côtés de Shimon Peres et du président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat.
Elle avait narré ce moment : « Je l’ai regardé – gênée, fière et rougissante – et je me suis dit à quel point nos parents auraient été fiers s’ils avaient su que leur fils en arriverait là. Je me suis approchée de lui et je l’ai remercié sincèrement de m’avoir invitée. Je lui ai dit que ce n’était pas quelque chose qui allait de soi, et il m’a répondu : ‘Tu es ma sœur, Rachel. Pour moi, c’est évident’. »
La fille aînée de Rabin, Tirzah, était née en 1950 et, quatre ans plus tard, elle et Rafi avaient adopté Binia Jadidi, un petit garçon persan de six ans qui avait fait son alya avec sa famille et dont le père était décédé. Ils avaient eu deux autres fils, Yiftach et Gadi.
Rabin laisse derrière elle ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. Son mari, Rafi, est décédé en 2012.
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