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Un manifestant haredi anti-Israël aux États-Unis risque l’expulsion vers Israël

Membre de la secte des Satmar, Yehonatan Ovadia est détenu par l’ICE depuis août après le refus de prolonger son séjour, lié à une manifestation de 2023

Yehonatan Ovadia, à gauche, brandit un drapeau palestinien alors qu’il participe à une manifestation anti-Israël aux côtés d’autres juifs hassidiques antisionistes tenant des pancartes du groupe Neturei Karta, sur une photo non datée. (Crédit : Eric Lee/JTA)
Yehonatan Ovadia, à gauche, brandit un drapeau palestinien alors qu’il participe à une manifestation anti-Israël aux côtés d’autres juifs hassidiques antisionistes tenant des pancartes du groupe Neturei Karta, sur une photo non datée. (Crédit : Eric Lee/JTA)

New York Jewish Week (JTA) – Yehonatan Ovadia, un Juif orthodoxe issu du courant hassidique antisioniste Satmar, a participé à plusieurs manifestations contre Israël dans la région de New York et du New Jersey.

Il risque désormais d’être expulsé vers Israël.

Ovadia, 35 ans, est originaire d’Israël. Il s’est installé aux États-Unis en 2022 avec un visa temporaire de travailleur religieux, selon une requête en justice visant à obtenir sa libération.

Son statut légal aux États-Unis a été révoqué en début d’année en lien avec une manifestation à laquelle il avait participé en novembre 2023 et au cours de laquelle un drapeau israélien avait été décroché de la mairie de Ramapo, dans l’État de New York.

Ovadia a affirmé qu’il était présent sur les lieux, mais qu’il n’avait pas lui-même décroché le drapeau. Les accusations de crime de haine portées contre lui ont par la suite été abandonnées.

Une demande visant à prolonger son séjour aux États-Unis a néanmoins été rejetée en raison de cet épisode, selon des documents gouvernementaux transmis à la Jewish Telegraphic Agency (JTA). Ovadia a alors été placé en détention par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) en août et reste détenu à New York.

« En violation des lois de notre pays, il est resté aux États-Unis au-delà de la durée qui lui était autorisée et il a refusé de partir », a déclaré un porte-parole du département de la Sécurité intérieure à la JTA. « Il bénéficiera d’une procédure régulière et restera détenu par l’ICE dans l’attente de l’issue de sa procédure d’immigration. »

La communauté juive de la région n’a pas été épargnée par la multiplication des arrestations menées à l’échelle nationale par l’ICE en début d’année. Ari Ladino, propriétaire juif d’une boutique de robes de mariée à Teaneck, dans le New Jersey, a ainsi été placé en détention avec sa mère. Tous deux sont originaires de Bogotá, en Colombie.

Mahmoud Khalil, militant américain anti-Israël (au centre à droite), écoutant les interventions des autres participants lors d’une conférence de presse, à New York, le 14 juillet 2026. (Crédit : Seth Wenig/AP)

L’arrestation d’Ovadia par l’ICE intervient dans le contexte de la répression menée par l’administration du président américain Donald Trump contre le militantisme pro-palestinien et anti-Israël, une répression notamment marquée l’année dernière par la détention très médiatisée de Mahmoud Khalil, figure du mouvement de contestation anti-Israël à l’université Columbia.

L’administration a accusé Khalil, ainsi que d’autres militants pro-palestiniens et manifestants sur les campus universitaires, d’antisémitisme.

Une telle accusation serait particulièrement lourde de conséquences dans le cas d’Ovadia, qui est juif et défend des positions anti-Israël pour des raisons religieuses. Les membres de la communauté hassidique Satmar estiment qu’un État d’Israël ne peut être établi avant l’arrivée du Messie.

Dans un recours introduit en août en vue d’obtenir la libération d’Ovadia, ses avocats ont soutenu que l’administration Trump le sanctionnait pour des propos protégés par la liberté d’expression et motivés par ses convictions religieuses. Selon eux, le gouvernement a ainsi adopté « une position officielle » en privilégiant « une position religieuse au sein du judaïsme et [en sanctionnant] l’adepte d’une autre ».

Contrairement à de nombreux membres de la communauté hassidique Satmar, qui s’opposent à Israël mais qui sont peu présents dans les milieux militants pro-palestiniens, Ovadia a participé à plusieurs manifestations contre Israël, notamment aux côtés de membres du groupe hassidique anti-Israël Neturei Karta.

Son avocat, Eric Lee, a relayé mercredi un message d’Ovadia, quelques heures après la révélation de sa détention par le New York Times. « Du peuple juif à nos frères et sœurs palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et de toute la Palestine occupée ! Nous ne vous avons pas oubliés ! Nous suivons votre sort et nous savons que vous êtes confrontés à un génocide ! Restez forts et continuez à croire ! », y déclarait Ovadia.

« Nous savons que la machine de guerre criminelle sioniste vous torture chaque jour et qu’elle veut vous réduire au silence ! », a déclaré Ovadia dans son communiqué. « MAIS nous serons votre voix ! Nous CRIERONS ET MANIFESTERONS pour vous depuis New York, Washington, le Canada, Londres et partout dans le monde où nous pouvons être libres ! »

Chris Godshall-Bennet, un autre avocat d’Ovadia, a déclaré à la JTA que la date d’une éventuelle expulsion restait incertaine. Il a toutefois précisé que, lors d’une audience mercredi matin, le gouvernement avait désigné Israël comme « la destination vers laquelle ils tenteraient de l’expulser ».

Ovadia était l’un des deux hommes hassidiques arrêtés en 2023 à la suite d’une manifestation organisée devant la mairie de Ramapo, où un drapeau israélien avait été hissé un mois plus tôt, peu après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7-Octobre.

Selon la notification de rejet adressée à Ovadia par les services américains de la citoyenneté et de l’immigration, des images de vidéosurveillance montraient au moins quatre hommes retirant le drapeau, puis le découpant avec des ciseaux. Ovadia a assuré n’avoir pris aucune part à l’incident et ne pas avoir su que ses compagnons s’apprêtaient à décrocher le drapeau.

Des agents de l’ICE procèdent à une arrestation lors d’une opération menée tôt le matin à Park Ridge, dans l’Illinois, le 19 septembre 2025. Illustration (Crédit : Erin Hooley/AP)

Ovadia a été arrêté et inculpé de dégradation volontaire, de vol mineur et de complot, des infractions toutes assorties de la qualification de crime de haine. Les chefs d’accusation liés aux crimes de haine ont toutefois été abandonnés et, en février 2024, il a plaidé coupable de trouble à l’ordre public, selon sa plainte. Il a été condamné à une amende de 200 dollars, assortie de 125 dollars de frais.

« Je me suis dit : ‘Je n’ai aucun pouvoir, je n’ai plus d’argent, je n’ai pas le temps. Je suis enseignant, je dois donner cours tous les jours, donc autant régler l’affaire en plaidant coupable de trouble à l’ordre public’ », a-t-il déclaré au Times.

Son visa de travailleur religieux devant expirer en novembre 2025, Ovadia a déposé en septembre une demande de renouvellement, parrainée par la congrégation Bnai Yoel du comté d’Orange, dans l’État de New York, selon un avis de refus de l’USCIS.

L’USCIS n’a pas rejeté sa demande de visa de travail. L’agence a notamment estimé qu’Ovadia ne pouvait être considéré comme « inadmissible » en raison d’une « condamnation ou [de la] commission d’un crime impliquant une turpitude morale ».

Elle n’a toutefois pas non plus approuvé sa demande. Invoquant la manifestation de 2023, l’USCIS lui a refusé, « à titre discrétionnaire », une « prolongation de séjour » aux États-Unis. Faute de cette prolongation, Ovadia s’est retrouvé sans statut légal dans le pays lorsque son visa a expiré en novembre.

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a déclaré que « l’obtention d’un visa ou d’une carte verte pour vivre aux États-Unis d’Amérique est un privilège ».

« L’administration Trump a agi dans le plein respect de ses pouvoirs légaux et constitutionnels, comme elle le fait à l’égard de tout étranger qui prône la violence, glorifie et soutient des terroristes, harcèle des Juifs et commet des vols », a écrit le DHS.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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