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À presque 90 ans, un rabbin écrit un ouvrage de référence sur le vieillissement – avec gratitude

Arnold Gilberg, psychiatre ordonné rabbin à la veille de ses 80 ans, s’appuie sur la science et sur son propre parcours pour plaider en faveur du maintien de l'engagement de soi, des liens sociaux et de la curiosité

"The Myth of Aging", écrit par le docteur Arnold Gilberg. (Crédit : Autorisation)
"The Myth of Aging", écrit par le docteur Arnold Gilberg. (Crédit : Autorisation)

Arrivé à un moment de sa vie où de nombreux Américains de son âge envisageaient plutôt de lever le pied, réticents à l’idée de se lancer dans de nouvelles activités, Arnold Gilberg, médecin de carrière, a pris la décision de devenir rabbin. Gilberg avait alors près de 80 ans et cela faisait des décennies qu’il exerçait en tant que psychiatre, à Beverly Hills. Il est parvenu à atteindre son nouvel objectif.

Aujourd’hui, à 89 ans, il exerce toujours ces deux métiers. Infatiguable travailleur, il a ajouté une nouvelle corde à son arc : il est devenu auteur. Et dans un nouvel ouvrage intitulé « The Myth of Aging: A Prescription for Emotional and Physical Well-Being », qu’il a coécrit avec Jon Land et qui est paru cette année chez Post Hill Press, Gilberg aide ses compatriotes américains – et les autres – à comprendre comment tirer le meilleur parti du troisième âge.

Gilberg explique au Times of Israel qu’il a souhaité, en choisissant ce titre, montrer « qu’on peut vieillir et ne pas être parfait, mais qu’on reste toutefois en capacité d’être créatif, utile et important pour les autres ».

Au fil de 43 chapitres – chacun a été inspiré par les questions qui lui ont été posées par divers patients au fil des ans, dit-il – le livre conseille les lecteurs sur la manière de tirer le meilleur parti du vieillissement. Pour apporter des réponses à cette problématique, l’auteur confie avoir tiré son inspiration d’un mentor de longue date.

Gilberg estime être le dernier élève encore en vie de Franz Alexander, un psychanalyste juif hongro-américain qui était lui-même un ami de Sigmund Freud. Ses études auprès d’Alexander l’ont profondément marqué.

« Il y a plus de six décennies, Franz Alexander évoquait déjà le lien entre le corps et l’esprit », note Gilberg, « des choses vraiment importantes que ses contemporains – même les spécialistes de la santé mentale – ne comprenaient pas ou qu’ils ne prenaient pas en compte ».

« Il a également démystifié l’idée selon laquelle, dans le cadre d’une thérapie, on ne va s’occuper que de vos problèmes psychologiques dans la mesure où votre esprit et votre corps sont liés. C’est ce que j’ai mis en pratique toute ma vie, et c’est aussi ainsi que je vis », ajoute-t-il.

Gilberg fait remarquer en ce début d’entretien, qui a lieu un mardi après-midi, qu’il vient tout juste de terminer un entraînement de 25 minutes de vélo couché dans une salle de sport de Los Angeles.

« Je pense que notre état mental – surtout au fur et à mesure de notre vieillissement – est étroitement lié à notre corps », déclare-t-il. « Nous devons essayer de trouver des moyens de prendre soin de notre corps, quel que soit notre âge. Cela favorise notre stimulation et notre bien-être mental. »

Il continue : « Toutes les recherches indiquent que les personnes qui restent mentalement alertes bénéficient non seulement d’une meilleure stimulation mentale, mais aussi d’une meilleure stimulation physique, qu’elle provienne de l’exercice ou de l’accomplissement d’activités importantes pour leur bien-être physique ».

C’est ainsi que Gilberg aborde chaque chapitre, en combinant la recherche scientifique avec des exemples tirés de sa propre vie, aboutissant ensuite à des conclusions qui invitent à la réflexion.

Illustration : Ann Kashiwa, 91 ans, à droite, utilise une bande élastique d’exercice lors d’un cours pour seniors au Dale Turner Family YMCA à Shoreline, dans l’État de Washington, le 30 avril 2026. (Crédit: AP Photo/Lindsey Wasson)

« Je ne suis pas tout à fait sûr de savoir ce que c’est que la retraite », s’amuse Gilberg, abordant l’un des thèmes les plus universels de l’ouvrage. « Pour certaines personnes, c’est la fin d’une carrière dans un domaine donné, mais elles sont capables de s’orienter vers d’autres choix professionnels ».

« En ce qui concerne la longévité », poursuit-il, « notre corps peut vieillir — ou devenir plus âgé — mais mentalement, nous devons rester vigilants. Je trouve que le cerveau a besoin d’être stimulé. C’est un organe du corps. Je pense qu’il a absolument besoin d’une certaine stimulation, qu’il s’agisse de continuer à travailler, de trouver un passe-temps, de s’engager pour une cause ou de faire du bénévolat ».

Ou, dans le cas de Gilberg, de devenir rabbin. Il avait été ému par le parcours qui avait été celui de son grand-père paternel – un rabbin ordonné en Pologne qui avait dû changer de métier par nécessité économique après avoir immigré aux États-Unis en 1913, et qui s’était alors tourné vers le monde des affaires. Des décennies plus tard, Gilberg s’est inspiré de la première carrière de son grand-père et il a intégré l’école rabbinique de l’Academy of Jewish Religion.

« Je me suis identifié à [mon grand-père] à bien des égards », s’exclame Gilberg. « J’avais le sentiment que je devais absolument relever ce défi de devenir rabbin ».

Appartenir à une communauté, qu’elle soit confessionnelle ou laïque, peut apporter des bienfaits, selon le livre.

« Je pense que les gens s’en sortent beaucoup mieux quand ils font partie d’une communauté », note Gilberg. « Cette communauté peut être confessionnelle ou non. C’est vraiment essentiel. Ce n’est pas possible de compter uniquement sur sa famille pour préserver sa santé mentale et physique. C’est une responsabilité trop lourde pour vos proches ».

Concernant les communautés confessionnelles, il évoque les églises, les synagogues et les mosquées, ajoutant que « le cas échéant, il y a d’autres moyens de créer des liens. Il peut s’agir de centres de remise en forme pour seniors ou d’activités de groupe qui donnent l’occasion de se dépasser ».

Photo d’illustration : les survivants de la Shoah Walter Bingham, 101 ans, au centre, George Shefi, 94 ans, à droite, et Paul Alexander, 87 ans, après un entretien à la Grande Synagogue de Jérusalem, le 5 novembre 2025. (Crédit: AP Photo/Leo Correa)

« Indépendamment de l’âge – que vous ayez 30 ou 80 ans – on a tous besoin d’un endroit où aller », déclare-t-il.

L’auteur s’appuie également sur sa propre expérience pour aborder une question qui est restée longtemps taboue : celle de l’amour chez les seniors. Dans son cas, après un divorce, il a rencontré celle qui est devenue sa deuxième épouse à l’âge de 72 ans.

« Je crois sincèrement que nous avons tous les deux de la chance », indique Gilberg. « Nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre ».

« Ce genre de choses peut arriver », ajoute-t-il. « On peut tomber amoureux. C’est ce qui nous est arrivé. Nous avons des amis, des connaissances, qui ont vécu la même expérience : ils ont perdu leur conjoint, ils ont divorcé ou autre. Il y a toujours une nouvelle opportunité ».

Si Gilberg encourage les lecteurs à rechercher des opportunités au troisième âge, il reconnaît que cette période peut également être marquée par des pertes, au fur et à mesure que des êtres chers nous quittent.

« Le deuil est un processus naturel que nous devons tous traverser en vieillissant », fait-il remarquer. « Il peut s’agir de la perte de parents, de frères et sœurs, voire de son propre enfant. On perd aussi des amis. Quand on vieillit, il y a des pertes qui surviennent au fil du temps. J’en suis conscient ».

« Il est tout à fait naturel de ressentir le deuil face à ces pertes », affirme Gilberg, qui donne des conseils sur la manière de gérer cette épreuve difficile. « L’une de ces manières d’y faire face – dans un sens positif – consiste à être reconnaissant. Être reconnaissant implique de se dire : ‘Je suis tellement reconnaissant d’avoir eu cette personne dans ma vie pendant si longtemps, je dois chérir cette expérience’, plutôt que de sombrer dans la morosité ou de sombrer dans une profonde dépression, sans vouloir en sortir ».

Photo d’illustration : le cimetière de Mount Hebron, dans le Queens, à New York, abrite des tombes datant du début des années 1900. (Crédit : Cathryn J. Prince)

Il souligne que de nombreuses religions proposent des moyens de faire face au deuil, notamment le judaïsme – où ceux qui perdent un être aimé observent la shiva pendant sept jours après un décès, continuant à faire leur deuil pendant la période de 30 jours appelée shloshim, et récitant la prière du kaddish pendant 11 mois.

En réfléchissant à ces repères temporels et aux pratiques de deuil dans d’autres religions, Gilberg indique : « Tout cela signifie qu’au fil du temps, on nous demande de guérir, de reconnaître ce qu’était cette perte, ce qu’elle représente ». Et, ajoute-t-il,  » cela signifie aussi d’être reconnaissants pour la vie que cette personne a partagée avec nous ».

L’auteur prend également le temps de se tourner vers l’avenir et d’envisager ce dernier avec espoir — notamment grâce à ses arrière-petits-enfants.

« Il est important de s’impliquer auprès de nos enfants et de nos petits-enfants », s’exclame Gilberg. « Nous avons également sept arrière-petits-enfants. Nous avons beaucoup de chance ».

Toujours professionnel, il donne quelques conseils à ses pairs vieillissants : « Nous ne pouvons pas nous immiscer dans la vie de nos enfants, de nos petits-enfants, de nos arrière-petits-enfants… et assumer des responsabilités que nous ne sommes pas en mesure de porter. Le message est le suivant : essayez d’être utile à votre famille. En fin de compte, il s’agit de vous deux [pour un couple], ou simplement de vous-même ».

Revenant sur un conseil familier tiré du livre, Gilberg explique : « Prenez soin de vous. Le reste suivra tout naturellement ».

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