Trump et Netanyahu affichent une position unifiée sur Gaza. Quid du Hamas ?
Cherchant à dissiper les rumeurs de tensions, le Premier ministre et le président ont tenu une réunion amicale à Mar-a-Lago, afin de faciliter la lutte contre les menaces persistantes, sans toutefois garantir le succès
Alors que le cessez-le-feu dans la bande de Gaza se poursuit, de plus en plus d’informations font état de tensions croissantes entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
La semaine dernière, Axios indiquait que les principaux conseillers de Trump estimaient que Netanyahu sabotait le processus de cessez-le-feu.
Selon cet article, l’équipe de Trump est convaincue que le Premier ministre retarde la mise en œuvre de la deuxième phase du plan du président pour Gaza et qu’il pourrait finalement reprendre la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas. De son côté, Trump souhaiterait dévoiler un nouveau gouvernement technocratique pour Gaza, soutenu par une force internationale de maintien de la paix, et convoquer le « Conseil de Paix ».
Des désaccords concernant la Syrie ont également été rapportés.
Selon la chaîne publique Kan, Netanyahu a demandé à Trump de maintenir certaines sanctions américaines contre la Syrie, alors que le président s’apprêtait à les lever la semaine dernière. Il espérait ainsi pouvoir les utiliser comme monnaie d’échange lors de futures négociations, mais sa demande a été refusée.
Au cœur de cette tension supposée se trouve un désaccord fondamental sur la manière d’instaurer une paix durable à Gaza et d’ouvrir la voie à la vision de Trump pour le Moyen-Orient. Le président souhaite aller de l’avant et mettre fin au règne du Hamas sans s’attarder sur des détails épineux, tels que le désarmement, sous peine de voir l’enclave rester une zone de conflit et les Saoudiens refuser de normaliser leurs relations avec Israël.
Netanyahu estime quant à lui qu’aucun cessez-le-feu avec un groupe terroriste comme le Hamas ou le Hezbollah chiite libanais ne peut tenir, et qu’ils ne désarmeront pas à moins qu’il n’y ait une menace crédible d’une attaque israélienne majeure.
Avec la réunion à Mar-a-Lago, Trump et Netanyahu ont cherché à montrer que les informations faisant état de tensions croissantes étaient exagérées.
« Un héros »
Un haut responsable israélien présent à la réunion a indiqué au Times of Israel qu’il s’agissait de la « meilleure » des six réunions organisées depuis le retour de Trump au pouvoir en janvier.
« Excellente réunion », a déclaré le responsable.
Cette satisfaction transparaissait clairement chez les deux dirigeants avant même qu’ils n’entrent à Mar-a-Lago pour discuter.
Trump, qui semblait clairement ravi d’accueillir Netanyahu, a couvert son invité d’éloges, le qualifiant de « héros ». Trump a déclaré aux journalistes que Netanyahu « a accompli un travail phénoménal… Israël n’existerait peut-être plus aujourd’hui avec un autre dirigeant ».
Le Premier ministre, qui devra affronter une campagne électorale difficile l’année prochaine, a savouré ces compliments tout en restant sur ses gardes au vu de l’imprévisibilité de son hôte.
Netanyahu était sans doute ravi que la personnalité la plus puissante au monde, qui jouit d’une grande popularité en Israël auprès de tous les courants politiques, renforce son appel à être gracié des accusations de corruption.
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« Comment ne pas le faire ? », a déclaré Trump.
« C’est un Premier ministre en temps de guerre, c’est un héros. Comment ne pas lui accorder la grâce ? »
Trump a même affirmé que le président Isaac Herzog lui avait assuré qu’une grâce était pour bientôt, bien que cela ait été très presque aussitôt démenti par le bureau de Herzog.
Plus important encore, Trump a clairement indiqué qu’il soutiendrait une attaque israélienne contre l’Iran si Téhéran tentait de reconstruire ce qui avait été détruit lors des frappes israéliennes et américaines en juin.
« Si [l’Iran] continue avec les missiles, oui. [Et s’ils continuent avec] la [production de] capacités nucléaires, rapidement. L’une sera oui, absolument. L’autre, nous le ferons immédiatement », a déclaré Trump.
Consensus
Les deux hommes ont également donné de nombreuses indications laissant entendre que la réunion s’était bien déroulée, lorsqu’ils se sont adressés à la presse à l’issue de celle-ci.
« Il y a très peu de différence entre ce que nous envisageons et ce que nous voulons atteindre, là où nous voulons aller », a souligné Trump, réfutant ainsi les informations précédentes.
Trump a expliqué que sa capacité à réaliser « des choses remarquables au Moyen-Orient » résulte de sa collaboration avec Netanyahu, qui a été son approche directrice au cours de l’année écoulée et semble être la manière dont il fonctionnera à l’avenir.
« Nous sommes avec vous, et nous continuerons à être avec vous », a promis Trump, une remarque qui a certainement réjoui le Premier ministre israélien, dont les relations avec l’administration du précédent président américain, Joe Biden, étaient souvent tendues.
Concernant d’éventuels désaccords au sujet du désarmement du Hamas, Trump a également cherché à les dissiper.
« Le Hamas disposera d’un délai très court pour se désarmer, sinon il en paiera le prix fort », a-t-il souligné.
Les deux hommes auraient convenu d’accorder au Hamas un délai de deux mois pour désarmer et auraient défini les critères à respecter pour ce désarmement.
Trump a également déclaré spontanément qu’il « ne se souciait pas de ce que fait Israël » concernant son plan de paix pour Gaza, remarque qui a sans doute surpris de nombreux observateurs. « Je me soucie de ce que font ou plutôt de ce que ne font pas les autres. »
« Israël a respecté le plan », a-t-il ajouté.
« Ils sont forts, ils sont solides. »
Le président n’a pas non plus écarté l’idée d’une émigration massive depuis Gaza. « Voyons si cette opportunité se présente », a-t-il déclaré, ajoutant que plus de la moitié de la population partirait « si on leur en donnait la possibilité ».
Malgré le large consensus entre Netanyahu et Trump, la réunion a mis en évidence plusieurs points de désaccord persistants, le président américain ayant fait l’éloge du président syrien Ahmed al-Sharaa et du président turc Recep Tayyip Erdogan. Il a également rejeté les préoccupations israéliennes concernant la vente de F-35 à la Turquie, l’un des plus fervents détracteurs d’Israël au monde. Au cours des deux dernières années, Erdogan a presque constamment accusé Israël de commettre un « génocide » tout en défendant publiquement les terroristes du Hamas.
Trump et son équipe ont également fait part de leurs inquiétudes concernant plusieurs politiques israéliennes en Cisjordanie, mais de manière constructive.
Plus sérieusement, même si Trump et Netanyahu partagent la même vision pour Gaza, rien ne garantit que le Hamas s’y conformera.
Les précédentes menaces de Trump, qui affirmait que le Hamas serait « complètement anéanti » s’il s’accrochait au pouvoir à Gaza, n’ont pas dissuadé le groupe terroriste de renforcer son emprise sur la partie de la bande de Gaza qu’il contrôle. Le Hamas a même déclaré sur son compte Telegram juste avant la rencontre entre Trump et Netanyahu qu’il ne désarmerait.
Le Hamas sait que les États-Unis n’enverront pas de troupes dans l’enclave. Il comprend qu’aucune force internationale n’a l’intention de risquer un combat contre ses terroristes pour qu’il dépose les armes, malgré les déclarations de Trump selon lesquelles 59 pays « veulent intervenir et éliminer le Hamas ».
Et si Gaza reste une plaie ouverte, les chances que l’Arabie saoudite normalise enfin ses relations avec Israël sont plus minces qu’elles ne le seraient si la reconstruction était en cours et le Hamas mis à l’écart.
De plus, l’intensification des frappes israéliennes contre le groupe terroriste chiite libanais Hezbollah et une nouvelle série d’attaques contre l’Iran, même avec le soutien ferme de Trump, ne permettront pas de résoudre ces problèmes de manière définitive. Tant que la République islamique sera au pouvoir à Téhéran, elle cherchera à trouver de nouveaux moyens de menacer Israël et l’alliance pro-américaine au Moyen-Orient.
Israël continuera à faire face à des menaces sécuritaires complexes l’année prochaine, et bien au-delà. Si Netanyahu et Trump parviennent à surmonter leurs divergences et à coordonner étroitement leurs actions, la capacité d’Israël à y faire face efficacement s’en trouvera considérablement améliorée.