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L'archéologue Thomas Levy avec son nouveau livre de mémoires « The Boomer Archaeologist », à Jérusalem, en septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)
L'archéologue Thomas Levy avec son nouveau livre de mémoires « The Boomer Archaeologist », à Jérusalem, en septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)
Interview

Une autobiographie illustrée retrace l’évolution de l’archéologie et du monde universitaire US sur 50 ans

Dans « The Boomer Archaeologist », Thomas Levy, Pr. à l’Université de Californie à San Diego, raconte son rêve américain, sa passion pour la recherche et son amour pour Israël, au fil de ses fouilles à travers le monde

Lorsque la Guerre de Kippour a éclaté en Israël, le 6 octobre 1973, Thomas Levy, citoyen américain, se trouvait à Athènes, où il étudiait le grec, après avoir travaillé sur un petit site préhistorique dans le nord du pays.

Âgé de vingt ans, il s’est alors rendu en Israël pour apporter son aide et a passé deux mois à traire des vaches au kibboutz Eilot, dans la vallée de l’Arava, avant de retourner dans l’Arizona pour poursuivre ses études universitaires.

Aujourd’hui archéologue de renom, Levy raconte ce récit dans son autobiographie récemment publiée, The Boomer Archaeologist – A Graphic Memoir of Tribes, Identity and the Holy Land (« L’archéologue baby-boomer – Mémoires illustrées sur les tribus, l’identité et la Terre Sainte »), illustrée par sa nièce Lily Almeida. Ces mémoires ont été conçus par Bhaveshkumar Suru et publiés par l’éditeur universitaire britannique Equinox.

Le livre retrace le parcours de Levy, de la Californie du Sud où il est né de parents juifs dont les familles avaient fui l’Europe à la fin du XIXe siècle, jusqu’en Israël, puis de nouveau en Californie. Il évoque sa propre version du rêve américain, ses travaux archéologiques sur quatre continents — notamment plusieurs découvertes révolutionnaires datant de l’époque du roi David — et explique comment, à 72 ans, il aime plaisanter en disant qu’il ne sait faire que deux choses : l’archéologie et traire les vaches.

« Ce livre, c’est mon histoire, une sorte de récit personnel sur le passage à l’âge adulte, mais c’est aussi l’histoire de l’évolution de l’archéologie, depuis l’époque où l’on effectuait des relevés à l’aide de cartes papier et d’une boussole, jusqu’au monde extraordinaire de la cyberarchéologie d’aujourd’hui », a récemment déclaré Levy au Times of Israel, lors d’un entretien dans un café de Jérusalem.

« C’est aussi, en même temps, l’histoire de l’évolution du monde universitaire américain au fil des ans », a-t-il ajouté.

Illustration tirée du livre « The Boomer Archaeologist – A Graphic Memoir of Tribes, Identity and the Holy Land », de Thomas E. Levy. (Crédit : Illustration de Lily Almeida/Autorisation de Thomas E. Levy)

Le rêve américain

Le père de Levy, après avoir servi dans l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre de Corée, en 1950, a choisi de travailler comme charpentier.

« Aux États-Unis, pour les Juifs, il était assez inhabituel d’accepter de faire partie de la classe ouvrière, mais cela lui convenait », se souvient Levy.

Ce n’est que des décennies plus tard que l’archéologue en a appris davantage sur le passé de son père. Des découvertes qui ont jeté un éclairage différent sur ses choix de vie, ainsi qu’il le raconte dans un émouvant chapitre de son livre.

« Deux semaines avant sa mort [en 1978], nous sommes allés déjeuner ensemble. Il m’a confié quelque chose qu’il n’avait jamais dit à personne », raconte Levy.

Son père lui a révélé qu’il avait participé à la libération du camp de concentration de Dachau. Il avait alors reçu pour instruction d’appliquer une « justice immédiate » à tous les nazis que lui et ses camarades trouveraient. Ce qu’il a fait.

« Durant la guerre, il avait participé à plusieurs batailles majeures, notamment au débarquement, et il avait obtenu six étoiles. Mais il n’en avait jamais parlé », a indiqué Levy.

« Il souffrait probablement de stress post-traumatique. Cela explique peut-être pourquoi, par la suite, il voulait simplement travailler de ses mains. »

Thomas Levy a passé les dernières semaines avec son père avant son décès en 1978, comme l’illustre le livre « The Boomer Archaeologist – A Graphic Memoir of Tribes, Identity and the Holy Land », de Thomas E. Levy. (Crédit : Illustration de Lily Almeida/Avec l’aimable autorisation de Thomas E. Levy)

Son père, a souligné Levy, lui avait toujours enseigné à respecter toute personne qui travaillait dur, indépendamment de son origine, de sa religion ou de son sexe. Une approche qui a laissé une empreinte profonde sur sa façon de penser.

En grandissant, le jeune Tom, comme l’appellent ses amis et sa famille, a été fortement influencé par le Dr Council Samuel Taylor. C’est à cet anthropologue renommé, qui s’était lié d’amitié avec ses parents, qu’il doit son intérêt précoce pour la recherche archéologique.

Après avoir bénévolement pris part à des fouilles dans le quartier de Pacific Palisades, à Los Angeles, à l’âge de 13 ans, Levy, quatre ans plus tard, s’est organisé pour participer à des fouilles en Israël. Il a passé quelques semaines sur le site biblique de Tel Gezer, suivies de six mois au kibboutz Ashdot Yaakov Meuhad, où il a appris à traire les vaches. Il est ensuite retourné aux États-Unis, où il est entré à l’université.

Après avoir obtenu son diplôme à l’université de l’Arizona, et avoir séjourné en Grèce ainsi qu’en Israël en 1973, Levy s’est lancé dans un voyage qui l’a conduit à l’étranger pendant 16 ans. Après un doctorat à l’université de Sheffield, il s’est installé en Israël, où il a vécu pendant environ 15 ans avec sa compagne Alina, qui est rapidement devenue sa femme, et avec laquelle il a adopté deux enfants israéliens.

Thomas Levy à l’intérieur des silos de stockage souterrains de Shiqmim, dans le désert du Néguev, en 1989. (Crédit : Thomas E. Levy)

En Israël, Levy a conduit différentes études et fouilles, principalement dans le désert du Néguev. Il a ensuite travaillé pour deux grandes institutions archéologiques à Jérusalem, l’Institut Albright et la Nelson Glueck School of Biblical Archaeology (NGSBA), en plus de son service dans l’armée.

« À Shiqmin, un village de la période chalcolithique [environ 4500-3500 avant notre ère], nous avons commencé à documenter les débuts des inégalités sociales en Terre Sainte », a déclaré Levy.

« Nous pouvions les deviner en observant l’organisation de l’habitat, qui reflétait ce que les anthropologues appellent une chefferie. L’une de mes principales réalisations dans le domaine de l’archéologie en Israël a été de documenter ces chefferies. »

Les fouilles à Shiqmin, comme la plupart des projets lancés par Levy ou auxquels il a participé, d’Israël à l’Inde et de la Grèce à la Jordanie, sont documentées par de courts reportages photographiques et des explications scientifiques supplémentaires à la fin du livre.

Archéologie (biblique) de la paix

En 1992, la famille est revenue en Californie, Levy s’étant vu proposer un poste permanent à l’université de Californie à San Diego, où il est rapidement devenu titulaire de la chaire Norma Kershaw en archéologie de l’Israël antique et des terres voisines.

Au cours des années suivantes, il a néanmoins continué à mener régulièrement des fouilles au Levant, profitant des opportunités inattendues que lui offraient les développements géopolitiques

En 1997, Levy est devenu le premier archéologue ouvertement juif à codiriger un projet majeur en Jordanie après la signature, trois ans plus tôt, du traité de paix avec Israël. Dans ce cadre, il a effectué des fouilles à Faynan, sur les anciens sites de production de cuivre, avec son partenaire de recherche jordanien Mohammad Najjar.

« Travailler en Jordanie m’a permis de réunir tant de choses qui comptaient dans ma vie », écrit l’archéologue dans le prologue du livre.

Thomas Levy et son partenaire de recherche Mohammad Najjar on travaillé en Jordanie en 1997, comme l’illustre le livre « The Boomer Archaeologist – A Graphic Memoir of Tribes, Identity and the Holy Land », de Thomas E. Levy. (Crédit : Illustration de Lily Almeida/Avec l’aimable autorisation de Thomas E. Levy)

« Mon souhait de contribuer à la paix et à l’établissement de relations normales entre Juifs et Arabes ; mon amour pour la culture arabe et bédouine ; ma fierté de marcher sur les traces de l’archéologue juif américain Nelson Glueck, l’un des premiers explorateurs de la Jordanie ; et mon sentiment d’être vraiment chez moi au Moyen-Orient. »

Levy était toutefois très loin de se douter que, quelques années plus tard, les résultats de ces fouilles le placeraient au cœur de l’une des plus importantes controverses qui ont secoué le monde de l’archéologie biblique au siècle dernier : le débat sur l’historicité de la Bible concernant l’époque du roi David et de Salomon, ou le Xe siècle avant notre ère, ainsi qu’il le détaille dans le chapitre « Quest for Solomon’s Mines, 2002-2014 » (À la recherche des mines de Salomon, 2002-2014).

Thomas Levy prélevant des échantillons pour la datation au radiocarbone, à Khirbat en-Nahas, dans la région de Feynan, en Jordanie, au début des années 2000. (Crédit : Thomas E. Levy)

« Je suis un archéologue anthropologique, et non pas un archéologue biblique. Cependant, mon collègue Mohammed Najjar et moi-même avions étudié les couches néolithiques, chalcolithiques et de l’âge du bronze. Nous sommes arrivés à l’âge du fer [1200-586 avant notre ère] quand nous avons tous deux eu 50 ans », explique Levy.

L’un des principaux fils conducteurs de la carrière de Levy a été le développement de la cyberarchéologie, un domaine qui associe archéologie, informatique, sciences naturelles et autres -nombreuses – disciplines.

À Khirbat en-Nahas, l’un des sites de production de cuivre de la région de Faynan, l’équipe a prélevé plus de 100 échantillons dans le but de les dater au carbone 14.

« Grâce à la datation au carbone 14, nous avons découvert que la production industrielle de cuivre remontait au Xe siècle avant notre ère, à l’époque des premiers rois hébreux, une période où il n’était pas censé y avoir de sociétés complexes dans la région [selon de nombreux chercheurs] », a déclaré Levy. « Nos résultats sont venus contredire cette théorie. »

Se rafraîchir quand l’atmosphère s’échauffe

Levy, peu après la fin de sa mission en Jordanie, a décidé qu’après 40 ans d’archéologie dans le désert, il était temps pour lui de « se rafraîchir ». Il a donc mis à jour les compétences en plongée sous-marine qu’il avait acquises durant sa jeunesse en Californie afin de se consacrer à l’archéologie sous-marine, établissant un partenariat entre l’université de Californie à San Diego et l’université de Haïfa.

Le Pr. Thomas Levy de l’Université de Californie à San Diego (à droite) avec Duke Pigott, bénévole en archéologie marine et étudiant diplômé de l’Université Trinity Southwest au Nouveau-Mexique, tenant un drapeau de l’Explorers Club dans le cadre de l’expédition Phoenician Cargo Expedition, dans l lagune de Dor, au nord d’Israël. (Crédit : Amir Yurman/Université de Haïfa)

C’est en 2018 que les deux universités ont organisé leur première école de terrain commune en archéologie sous-marine à Tel Dor, dans le nord d’Israël, un site sur lequel Levy continue de mener régulièrement des fouilles avec son partenaire, le professeur Assaf Yasur-Landau, de Haïfa, et ses étudiants – même s’il a aujourd’hui pris sa retraite de l’enseignement actif.

Au même moment, à l’université de Californie à San Diego, comme dans de nombreuses autres universités américaines, l’atmosphère a commencé à radicalement changer.

« J’ai eu le privilège d’obtenir un poste dans l’une des meilleures universités de recherche des États-Unis. Ce qui m’a permis, en quelque sorte, de suivre la dégradation de cette élite », a confié Levy au Times of Israel.

« Auparavant, tout était fondé sur le mérite. Puis le système a évolué vers une politique axée sur l’identité raciale, plutôt délétère pour la recherche. »

Thomas Levy confronté au changement d’atmosphère dans le milieu universitaire en 2010, comme l’illustre le livre « The Boomer Archaeologist – A Graphic Memoir of Tribes, Identity and the Holy Land », de Thomas E. Levy. (Crédit : Illustration de Lily Almeida/Avec l’aimable autorisation de Thomas E. Levy)

Levy, dans son livre, se souvient qu’en 2010, il examinait, avec un groupe de cinq étudiants, des artefacts provenant de Jordanie. Après que Levy a salué leur travail comme « le meilleur de notre méritocratie », l’un des étudiants lui a répondu que « la méritocratie, c’est du racisme ».

Ces dernières années, explique Levy, il est devenu de plus en plus difficile, voire impossible, de travailler avec des étudiants et de les préparer à l’excellence dans leur domaine.

« Aujourd’hui, beaucoup d’étudiants américains de troisième cycle ne sont plus aussi investis dans l’aventure et l’enthousiasme de l’archéologie », a-t-il déploré.

« Autrefois, être étudiant de troisième cycle, c’était comme avoir une relation de mentor à mentoré avec le professeur. Aujourd’hui, les gens comptent les heures, tout est contrôlé. Cela n’a plus rien d’amusant. »

Des ouvriers enlevant les tentes et les débris d’un campement anti-Israël installé devant la bibliothèque Geisel de l’Université de Californie, à San Diego, le 6 mai 2024. La police a évacué le campement du campus tôt ce matin-là. (Crédit : Denis Poroy/AP)

Le climat politique pesant a également affecté Levy, en tant que Juif et personne ayant des liens étroits avec Israël. Son laboratoire était souvent pris pour cible par les militants du BDS. Après l’attaque dévastatrice du Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre 2023, les tensions se sont encore accentuées.

Levy avait déjà terminé son livre mais, après le pogrom perpétré par le Hamas, qui a fait plus de 1 200 morts, des milliers de blessés et 251 otages parmi les Israéliens, il a décidé d’ajouter un chapitre pour partager son expérience.

Le 6 octobre 2023, Levy s’était envolé pour Israël où il était attendu pour participer à une nouvelle saison de fouilles archéologiques marines à Tel Dor. Après avoir atterri dans l’après-midi du 7-Octobre, alors que l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël était toujours en cours, lui et Yasur-Landau ont rapidement compris qu’ils devaient reporter l’expédition. Le chercheur américain est donc retourné en Californie.

Levy, pourtant, n’était pas préparé à ce qu’il allait trouver à son retour à l’université. En effet, dès le 8 octobre, des manifestations pro-Hamas ont éclaté sur le campus. Durant les mois qui ont suivi, son laboratoire a été recouvert de ce qu’il décrit comme des tracts « diffamatoires », et un campement anti-Israël a été installé, « où des étudiants masqués et des agitateurs venus de l’extérieur effectuaient quotidiennement des prières islamiques, portaient des armes, perturbaient la libre circulation sur le campus, et intimidaient les étudiants et les professeurs juifs ».

Le jeune Thomas a fréquenté une école juive à Los Angeles, comme l’illustre le livre « The Boomer Archaeologist – A Graphic Memoir of Tribes, Identity and the Holy Land », de Thomas E. Levy. (Crédit : Illustration de Lily Almeida/Avec l’aimable autorisation de Thomas E. Levy)

« Même si je suis extrêmement critique envers le système, il y a encore beaucoup de gens formidables à l’université, et j’adore la recherche. C’est pour cela qu’il est important pour moi de m’exprimer », a-t-il expliqué.

Si Levy a dit avoir écrit « The Boomer Archaeologist » pour ses enfants et sa petite-fille, il espère néanmoins que son livre sera utilisé dans des cours d’introduction à l’archéologie et qu’il sera lu par d’autres personnes de sa génération.

« J’espère qu’ils retrouveront leur histoire dans la mienne », a-t-il déclaré.

« J’espère également que les jeunes Juifs liront mon livre, afin qu’ils comprennent ce que peut signifier aimer Israël en 2025, et comment cet amour a pu se développer », a-t-il ajouté.

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The Boomer Archaeologist: A Graphic Memoir of Tribes, Identity and the Holy Land par Thomas Evan Levy.

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