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Image principale : Une coupe en argent rare trouvée à Ain Samiya, près de Ramallah en Cisjordanie, datant d’environ 2 300 avant notre ère, exposée au Musée d’Israël à Jérusalem. (Crédit : Responsable archéologique de l’administration civile de Judée-Samarie – Ardon Bar Hama/Musée d’Israël, Jérusalem)
Image principale : Une coupe en argent rare trouvée à Ain Samiya, près de Ramallah en Cisjordanie, datant d’environ 2 300 avant notre ère, exposée au Musée d’Israël à Jérusalem. (Crédit : Responsable archéologique de l’administration civile de Judée-Samarie – Ardon Bar Hama/Musée d’Israël, Jérusalem)

Une coupe de 4 300 ans révèle la plus ancienne image de la Création et une « arche céleste »

Découverte en 1970 en Cisjordanie et exposée au Musée d’Israël, la coupe d’Ain Samiya montre une scène avant et après, avec un moyen céleste utilisé par le soleil et la lune pour traverser le ciel

Un gobelet en argent vieux de 4 300 ans, portant la plus ancienne représentation connue du récit de la Création dans la tradition du Proche-Orient, évoque la lutte entre le chaos et l’ordre telle que décrite dans le livre de la Genèse, selon une nouvelle étude publiée récemment.

S’écartant toutefois du récit biblique, il représente aussi une image céleste qualifiée de mystérieux « bateau de lumière ».

Cet artefact, connu sous le nom de gobelet d’Ain Samiya, présente deux scènes distinctes. Sur l’une, un torse humain tenant des feuilles de palmier est attaché aux corps de deux taureaux, planant au-dessus d’un petit soleil et confronté à un serpent monstrueux. Sur l’autre, deux personnages portent un objet semi-circulaire surmonté d’un soleil, avec le serpent à leurs pieds.

Selon les auteurs de l’article publié dans la revue à comité de lecture Journal of the Ancient Near Eastern Society ‘Ex Oriente Lux’, l’objet représente le « bateau de lumière », l’embarcation céleste utilisée par le soleil et la lune pour parcourir le ciel après la victoire de l’ordre sur le chaos.

Cette coupe exceptionnelle a été découverte en 1970 près du village palestinien d’Ain Samiya, en Cisjordanie, à proximité de Ramallah. Le site a révélé des centaines de tombes anciennes datant de plusieurs milliers d’années. La coupe a été trouvée dans une fosse funéraire datant d’environ 4 200 ans, d’après les poteries retrouvées dans la sépulture (aucune datation au radiocarbone n’a été effectuée pour dater indépendamment la tombe).

Les fouilles ont été menées sous les auspices de l’Administration civile en Cisjordanie, l’organisme militaire israélien chargé des affaires civiles dans la région. L’Administration conserve toujours le gobelet, prêté de manière permanente au Musée d’Israël où il est exposé.

Par le passé, certains spécialistes pensaient que ces images illustraient le mythe babylonien de la création connu sous le nom d’Enuma Elish, consigné sur des tablettes d’argile à la fin du 2e millénaire avant notre ère.

Le géoarchéologue suisse Eberhard Zangger tenant un rare gobelet en argent trouvé à Ain Samiya, près de Ramallah en Cisjordanie, datant d’environ 2 300 avant notre ère, actuellement exposé au Musée d’Israël à Jérusalem. (Crédit : Autorisation)

L’origine de ces scènes, explique le Dr Eberhard Zangger, président de la Luwian Studies Foundation et coauteur de l’étude, doit être recherchée bien plus tôt. Selon lui, elles renvoient au mythe fondateur, commun à plusieurs traditions du Proche-Orient, qui raconte comment le chaos a été séparé de l’ordre.

« C’est la seule œuvre d’art connue de cette région et de cette période. Il n’existe rien d’autre d’aussi ancien », a confié Zangger, géoarchéologue suisse, au Times of Israel dans une interview vidéo.

Depuis sa découverte, ce gobelet énigmatique, haut d’environ 8 centimètres, interroge les spécialistes, car il constitue l’unique objet de grande valeur trouvé dans la tombe. La fosse contenait également seize récipients en céramique, trois lampes à quatre becs, une pointe de flèche, un fût de lance et quelques perles d’ambre.

« Il est évident que l’objet n’a pas été produit localement. Il a donc dû voyager. La question est de savoir où il a été fabriqué et par qui », a commenté Zangger.

Selon lui, certains éléments de l’iconographie rappellent des motifs figurant sur des tablettes d’argile ou des reliefs de l’ancienne Babylone (dans l’Irak actuel) datant d’environ 2 300 avant notre ère, ce qui permet de dater le gobelet de la même époque.

« Nous ne parlons que de petits éléments, comme les feuilles de palmier, les hommes-taureaux et la tunique de l’un des personnages. Nous ne trouvons aucune scène composite de ce type dans les vestiges contemporains », a-t-il précisé.

Reconstitution des scènes figurant sur un gobelet en argent trouvé à Ain Samiya, près de Ramallah en Cisjordanie, datant d’environ 2 300 avant notre ère, illustrant l’émergence de l’ordre cosmique. (Crédit : Florika Weiner/Musée d’Israël, Jérusalem)

Zangger estime que l’écart entre la fabrication du gobelet et son enfouissement ne dépasse sans doute pas un siècle.

« La quantité de poteries dans la tombe suggère une datation autour de 2200 avant notre ère, alors que l’iconographie renvoie à 2 300. Le décalage entre la production et l’enfouissement ne doit donc pas excéder une centaine d’années », note-t-il.

L’expert ajoute que, même si l’iconographie est babylonienne, cela ne signifie pas nécessairement que le gobelet a été fabriqué en Babylonie.

« Il est possible que l’artisan ait reçu une formation de ce type, mais le gobelet pourrait tout aussi bien avoir été fabriqué dans le nord de la Syrie », a-t-il précisé.

« À l’époque, les mouvements de personnes et de marchandises étaient très importants dans tout le Proche-Orient, qui constituait alors une seule et même aire culturelle. »

Interrogé sur la possibilité de retracer la provenance de l’argent grâce à une analyse du métal, comme cela a été fait dans plusieurs études récentes, Zangger a répondu qu’il pensait la démarche possible, mais qu’à sa connaissance aucune analyse de ce type n’avait encore été réalisée.

Plus ancien qu’un mythe antique

Dans leur article, les auteurs expliquent que la première interprétation de l’iconographie du gobelet a été proposée par le célèbre archéologue israélien, et ancien chef d’état-major de Tsahal, Yigael Yadin, à qui l’artefact avait été présenté peu après sa découverte par Zeev Yeivin, l’un des archéologues ayant participé aux fouilles d’Ain Samiya.

« Yadin a immédiatement élaboré une hypothèse, qu’il a publiée dans une brève note pour lancer la discussion, estimant que la scène partageait des thèmes avec la mythologie mésopotamienne », écrivent-ils. « Selon Yadin, il s’agissait d’une représentation de la bataille cosmique entre l’ordre et le chaos décrite dans Enuma Elish. Dans la scène de gauche, le monstre du chaos, Tiamat, apparaît debout, prêt à affronter Marduk. Mais Marduk est préparé, tenant une plante destinée à neutraliser le venin du monstre. La scène de droite montre la victoire finale de Marduk sur Tiamat. »

Yigael Yadin, archéologue, officier militaire et homme politique israélien, photographié en 1963. (Crédit : Boris Carmi/Collection Meitar/Bibliothèque nationale d’Israël/Collection nationale de photographies de la famille Pritzker/CC BY 4.0)

Au fil des années, de nombreux chercheurs ont contesté l’interprétation de Yadin, en soulignant à la fois que l’iconographie ne correspond pas parfaitement au récit, et que les versions connues d’Enuma Elish ont été consignées plus de mille ans plus tard.

Zangger et ses collègues proposent une lecture différente.

Selon lui, la clé de l’interprétation réside dans l’objet semi-circulaire.

« L’élément déterminant de l’iconographie est l’arche tenue par les deux personnages humains sur la droite », explique-t-il.

« Nous l’avons interprétée comme le bateau de lumière, le bateau céleste », poursuit-il. « C’est un symbole que l’on retrouve dans tout le Proche-Orient ancien, en Mésopotamie, en Égypte et aussi en Anatolie. »

Ce bateau apparaît également dans des bas-reliefs datés d’environ 1 200 avant l’ère commune sur le site de Yazılıkaya, sanctuaire rupestre hittite associé à Hattusa, la capitale hittite d’Anatolie centrale.

Bas-relief datant d’environ 1 200 avant notre ère sur le site de Yazılıkaya, en Anatolie, présentant une iconographie similaire à celle du gobelet en argent découvert à Ain Samiya, près de Ramallah en Cisjordanie, datant d’environ 2 300 avant notre ère et actuellement exposé au Musée d’Israël à Jérusalem. L’ensemble montre notamment des hommes-taureaux et un « bateau céleste ». (Crédit : Luwian Studies Foundation)

Zangger travaille sur le site depuis une dizaine d’années. Il s’est intéressé pour la première fois à la coupe lorsque l’un des co-auteurs de l’article, Daniel Sarlo, l’a contacté pour attirer son attention sur la parenté entre les iconographies.

« Le bateau a une fonction pratique : c’est un véhicule qui transporte les corps célestes à travers le ciel, généralement le soleil ou la lune, parfois les étoiles. C’était, à l’époque, l’explication du mouvement des astres », indique-t-il.

« Ce bateau de lumière garantit que les forces et les rythmes célestes fonctionnent comme ils le doivent, qu’il y ait le jour et la nuit, les saisons annuelles et les phases lunaires », ajoute-t-il.

Chaos et ordre

L’expert partage l’analyse selon laquelle la coupe représente une scène « avant » et une scène « après ».

« La scène de droite est l’après, et reflète le fonctionnement actuel du cosmos », précise-t-il en désignant les deux personnages tenant le bateau portant le soleil.

« La scène de gauche montre ce qui s’est produit avant la formation du monde, à savoir le chaos, un mélange d’animaux et d’humains, avec un soleil tout jeune, encore naissant », dit-il.

Cette séparation entre chaos et ordre, nuit et jour, dans le cadre de la création du monde, apparaît également dans les récits fondateurs de cultures voisines.

Selon Zangger, cette histoire ancienne s’est ensuite déclinée en plusieurs versions, notamment dans Enuma Elish et dans la Genèse.

« Nous avons des textes remontant à 2 600 avant notre ère, à l’époque sumérienne, qui évoquent déjà la séparation du ciel et de la terre. On en retrouve aussi dans des documents hittites et babyloniens de périodes ultérieures », explique-t-il. « Évidemment, plus les textes sont récents, plus ils fournissent de détails, y compris la Bible, où le chaos est désigné comme « tohou vavohou ».

Une coupe en argent rare trouvée à Ain Samiya, près de Ramallah en Cisjordanie, datant d’environ 2 300 avant notre ère et exposée au Musée d’Israël à Jérusalem. (Crédit : Responsable archéologique de l’administration civile de Judée-Samarie – Ardon Bar Hama/Musée d’Israël, Jérusalem)

« Lorsque Dieu commença à créer le ciel et la terre, la terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l’abîme et un vent de Dieu planait sur les eaux. Dieu dit alors : “Que la lumière soit”, et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres », lit-on dans les premiers versets de la Bible (Genèse 1, 1 à 4).

Zangger note que, bien que les plus anciennes traces écrites de ces concepts remontent très loin, il est rare de trouver des illustrations aussi anciennes de ce récit.

« Ce qui est remarquable avec cette coupe, c’est qu’elle nous offre une image très détaillée de ce que les gens de 2 300 avant notre ère imaginaient être l’aspect du cosmos avant la création », souligne-t-il.

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