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Des touristes visitant le site archéologique de Tel Shiloh, en Cisjordanie, le 12 mars 2019. (Crédit : Sebastian Scheiner/AP)
Des touristes visitant le site archéologique de Tel Shiloh, en Cisjordanie, le 12 mars 2019. (Crédit : Sebastian Scheiner/AP)

Les archéologues s’opposent à une loi visant à renforcer l’emprise sur la Cisjordanie

Les efforts pour transférer la supervision des fouilles à une autorité civile fait craindre une annexion rampante, des experts redoutent d’être les premiers touchés par les répercussions

Pendant des siècles, les ruines d’une forteresse située sur une petite colline du désert de Judée, connue sous le nom de Talat ed Damm, étaient restées pratiquement intactes. Toutefois, des archéologues ont récemment commencé à fouiller le site afin d’en percer tous les secrets.

Un jour, au début de l’année, alors que des nuages orageux flottaient dans le ciel, un groupe de passionnés d’archéologie s’est rendu à la forteresse, désireux de pouvoir admirer les premières découvertes qui y avaient été faites.

Située sur l’ancienne route reliant Jérusalem à Jéricho, en Cisjordanie, la forteresse se fond dans un paysage serein qui semble n’avoir guère changé depuis la rédaction de la Bible hébraïque et l’écriture des Évangiles, il y a des millénaires. Avant les fouilles, le site était connu pour ses vestiges de la période des Croisades, qui s’étendit de 1099 à 1260. Il avait ensuite accueilli une auberge ouverte aux voyageurs au cours des siècles suivants.

Mais, sous les yeux du groupe venu jusqu’à la bâtisse antique, l’archéologue qui servait de guide a retiré deux sacs de sable du sol, révélant ainsi une surprise que son équipe avait découverte de manière inattendue. Il s’agissait d’une mosaïque.

« Les mosaïques n’étaient pas courantes à l’époque des Croisades », a-t-il expliqué.

« Ce qui signifie probablement que cette forteresse des Croisés avait été construite sur une structure byzantine [datant du 4ᵉ au 7ᵉ siècle de l’ère commune]. »

Un visiteur se tenant à côté d’une forteresse croisée sur un site connu sous le nom de Talat ed Damm, près de Kfar Adumin, en Cisjordanie, en février 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

L’archéologue n’appartenait pas à l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), qui est chargée de superviser la majorité des fouilles entreprises en Israël. Il était placé sous l’autorité de l’Unité archéologique de l’Administration civile au sein du ministère de la Défense, l’organe israélien qui régit les affaires civiles en Cisjordanie, une région disputée et riche en antiquités.

Berceau du monothéisme qui a également vu naître son lot de rois, d’armées, de rebelles et de prophètes, la Cisjordanie est un véritable trésor historique. On y trouve des milliers de sites archéologiques qui couvrent toute la période allant de la préhistoire jusqu’aux siècles de la domination ottomane, un empire qui a pris fin avec la Première Guerre mondiale.

Mais elle abrite également environ trois millions de Palestiniens et une occupation militaire israélienne profondément ancrée – un contrôle qui prend de plus en plus des caractéristiques civiles. La politique, la religion et l’histoire s’entremêlent, créant un environnement où la découverte, l’examen, la préservation et l’étude des antiquités — la majorité sont d’une importance capitale pour des centaines de millions de personnes dans le monde — peuvent être à la fois difficiles et complexes.

Ces dernières années, Israël a lancé plusieurs nouvelles fouilles dans la région, avec notamment une mission de grande envergure visant à rechercher d’autres documents datant de l’époque des manuscrits de la mer Morte, attirant ainsi l’attention du public sur l’état négligé de nombreux sites.

Toutefois, comprendre l’étendue de la responsabilité — et des droits — d’Israël en matière d’antiquités dans la région est une question complexe et hautement politisée qui touche au cœur même de l’ensemble des relations entre Israël et la Cisjordanie.

Les Accords d’Oslo, signés au milieu des années 1990, ont divisé la Cisjordanie en trois zones : dans la zone A, l’Autorité palestinienne (AP) est censée exercer un contrôle total ; dans la zone B, l’AP gère les affaires civiles, mais Israël est responsable de la sécurité ; dans la zone C (qui comprend plus de 60 % de la Cisjordanie et toutes les implantations israéliennes), c’est l’armée israélienne qui exerce un contrôle total, y compris sur les civils palestiniens.

En vertu de cette délimitation, les archéologues du ministère de la Défense sont autorisés à s’occuper des antiquités dans la zone C uniquement, tandis que les zones B et A sont chargées de procéder à des fouilles ou d’accorder des permis à cette fin. Étant donné que le contrôle de la Cisjordanie par Israël relève de la sphère militaire, les organismes civils, tels que l’IAA, sont censés rester totalement à l’écart du territoire.

Mais cela pourrait bien changer.

Un projet de loi présenté l’an dernier propose ainsi de transférer la responsabilité des antiquités en Cisjordanie du Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (COGAT) à l’IAA – un texte qui vient en réponse à des accusations généralisées de négligence de sites historiques de premier plan.

Si les experts admettent qu’il y a de sérieux problèmes dans la gestion de l’archéologie en Cisjordanie, les archéologues et d’autres acteurs s’opposent presque unanimement à cette mesure, accusant le gouvernement de chercher à utiliser les antiquités comme prétexte pour approfondir l’annexion de facto du territoire.

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En février 2023, le gouvernement a présenté un projet de loi visant à transférer la responsabilité des antiquités en Cisjordanie à l’IAA, officiellement pour protéger l’archéologie sur ce territoire.

En vertu de la loi de 1989 régissant l’IAA, cette autorité est chargée de superviser l’archéologie et les sites archéologiques sur le territoire souverain d’Israël, y compris à Jérusalem-Est et sur le plateau du Golan, deux secteurs annexés de facto par l’État juif dans les années 1980.

L’IAA est une autorité statutaire, c’est-à-dire un organisme créé par la loi, qui fonctionne de manière indépendante, mais sous le contrôle du gouvernement. Son budget provient principalement du gouvernement.

Le conseil d’administration de l’IAA, qui nomme également son directeur, est composé de seize membres, dont des responsables de divers ministères et des experts sélectionnés en consultation avec les ministères.

En vertu de la loi, la fonction principale de l’IAA est de « prendre en charge toutes les affaires relatives aux antiquités en Israël ».

Des Palestiniens assistant aux prières de l’Aïd al-Adha devant le Tombeau des Patriarches, connu des musulmans sous le nom de mosquée Ibrahimi, dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 28 juin 2023. (Crédit: Wisam Hashlamoun/Flash90)

Dans sa version originale, le projet de loi prévoyait d’ajouter les termes « et la région » après « en Israël » – la « région » étant explicitement décrite comme étant « la Judée-Samarie », qui est le nom biblique de la Cisjordanie et qui est le terme standard qui reste utilisé dans la majorité des discours prononcés en hébreu.

Ce petit changement textuel représenterait un bouleversement majeur, retirant la responsabilité des antiquités en Cisjordanie à l’Administration civile du ministère de la Défense pour la placer directement entre les mains de l’IAA.

Sur le plan organisationnel, l’Administration civile gère les affaires civiles en Cisjordanie par l’intermédiaire de plusieurs officiers de l’état-major qui, dans divers domaines, sont chargés de mettre en œuvre des politiques analogues à celles de leurs homologues civils de l’autre côté de la Ligne verte. Ces officiers sont recrutés et financés par des instances civiles au sein de l’État souverain d’Israël, même s’ils dépendent tous du ministère de la Défense.

Quelques jours avant l’introduction de la loi, le gouvernement a voté le transfert de l’officier militaire chargé de l’archéologie, qui dépendait jusqu’alors du ministère de la Culture, au ministère du Patrimoine, qui est actuellement dirigé par Amichaï Eliyahu, figure de proue et membre du parti de droite radicale, Otzma Yehudit.

Dans un communiqué de presse annonçant ce changement, le gouvernement a indiqué que cette mesure « renforcerait les activités visant à contrer et à prévenir la destruction des antiquités ».

« Je compte mettre un accent particulier sur la sauvegarde et la prévention des destructions sur les sites patrimoniaux de Judée-Samarie pour les générations futures », a alors précisé Eliyahu dans le communiqué.

Tous les experts interrogés par le Times of Israel reconnaissent que les sites antiques de Cisjordanie subissent d’importants dommages. La majorité des experts pointent du doigt la population palestinienne locale, mais certains accusent également les partisans du mouvement pro-implantations.

Ce projet de loi a toutefois été largement critiqué, l’IAA elle-même rejetant catégoriquement l’idée de prendre en charge l’archéologie en Cisjordanie.

Le député du Likud Amit Halevi assistant à une réunion de la commission de la Sécurité nationale de la Knesset, le 15 octobre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Les antiquités en Judée-Samarie sont dans un état déplorable depuis des décennies », a déclaré le député Amit Halevi (Likud), qui a présenté le projet de loi, lors d’un entretien téléphonique avec le Times of Israel.

« C’est, à mon avis, le lieu le plus important au monde, celui où la nation juive est née », a-t-il ajouté.

« Abraham s’est tenu ici il y a environ 3 700 ans, notre peuple est revenu d’Égypte il y a 3 200 ans, et notre Histoire s’est déroulée ici pendant des siècles ».

C’est à mon avis le lieu le plus important au monde, celui où la nation juive est née. Abraham s’est tenu ici il y a environ 3 700 ans, notre peuple est revenu d’Égypte il y a 3 200 ans, et notre Histoire s’est déroulée ici pendant des siècles

Selon le site internet de l’Unité archéologique de l’Administration civile, il existe plus de 2 600 sites archéologiques en Cisjordanie.

Parmi les sites bibliques notables répertoriés sur cette page web, on trouve la capitale du royaume d’Israël, Sébaste, le tombeau des Patriarches à Hébron et Tel Shiloh, où, selon la Bible, le tabernacle juif aurait été gardé à l’abri pendant environ 400 ans. Plusieurs forteresses hasmonéennes, le palais du roi Hérode, roi juif-romain du 1ᵉʳ siècle de l’ère commune, et les grottes de Qumran, où la majorité des manuscrits de la mer Morte ont été découverts, se trouvent également en Cisjordanie.

Si le territoire est également riche en sites chrétiens et musulmans, aucun n’est mentionné par l’unité sur son site internet.

Pour Israël comme pour les Palestiniens, l’archéologie en Cisjordanie ne concerne pas seulement le passé, mais aussi l’avenir. De nombreux Israéliens qui soutiennent l’idée de conserver la Cisjordanie le font non seulement pour des raisons de sécurité, mais aussi parce qu’ils considèrent que ce territoire représente le cœur de l’ancienne Terre promise.

Graffitis tagués par des inconnus sur le site archéologique antique de Sébaste, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le 30 novembre 2024. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Pour eux, l’archéologie est un moyen de renforcer l’argument selon lequel leur ancrage sur cette terre est inscrit dans les profondeurs de l’Histoire, explique Tal Mimran, expert en droit international et professeur associé au Zefat Academic College.

« Elle est très utile dans la bataille des récits, mais aussi comme argument juridique pour revendiquer les droits sur le territoire. »

Cependant, en vertu du droit international, Israël ne peut mener des travaux archéologiques en Cisjordanie que si un site est menacé et doit être préservé. Actuellement, ces travaux ne peuvent être effectués que par l’unité archéologique de l’Administration civile, une unité de taille relativement modeste.

Halevi affirme que ce projet de loi est nécessaire, car « les Palestiniens ont pillé et détruit tous les sites archéologiques ».

Un incendie se propageant près du site archéologique des ruines de l’église Saint-Georges, dans la ville de Taybeh en Cisjordanie, le 9 juillet 2025. (Crédit : Station de radio en ligne Nabd ElHaya)

Ni le porte-parole de l’armée, ni l’officier responsable de l’unité archéologique, ni le porte-parole du ministère du Patrimoine n’ont toutefois fourni au Times of Israel de données sur les sites endommagés ou sur les auteurs de ces actes.

Si les autorités se targuent des efforts qu’elles disent fournir pour lutter contre le pillage des sites archéologiques par les Palestiniens, elles restent largement silencieuses sur les dommages causés par les partisans radicaux du mouvement pro-implantations. En juillet, par exemple, des Israéliens extrémistes ont mis le feu aux abords des ruines de l’église Saint-Georges, vieille de 1 500 ans.

Cette attaque commise à proximité étroite d’un site chrétien de premier plan, situé dans la ville palestinienne de Taybeh, avait suscité la condamnation internationale. Aucune mise en accusation n’a pourtant suivi.

Le COGAT et le ministère du Patrimoine ont refusé de répondre aux questions concernant les activités illicites ou criminelles des partisans du mouvement pro-implantations.

Une vue aérienne de la forteresse d’Hérodion, avec le site du tombeau du roi Hérode et le théâtre qu’il a fait construire entre 23 et 15 avant notre ère, dans le désert de Judée, au sud-est de Bethléem, le 24 novembre 2020. (Crédit : Menahen Kahana/AFP)

En 2020, l’organisation de droite Preserving the Eternal, liée à ce mouvement, avait diffusé une enquête faisant état de dommages généralisés parmi les 365 sites archéologiques qu’elle avait examinés en Cisjordanie.

Le rapport révélait que 80 % des sites étudiés avaient subi des dommages, dont 41 % de manière modérée et 39 % de manière grave. Il avait qualifié les sites sélectionnés de « sites de la plus grande importance pour le patrimoine culturel national et mondial ».

Si le groupe a affirmé que le rapport avait été rédigé par « des archéologues chevronnés et des explorateurs de terrain expérimentés », les noms des archéologues n’ont pas été mentionnés et l’étude n’a pas été publiée dans une revue scientifique.

Une autre enquête, menée en 2024 par un groupe d’archéologues palestiniens, avait révélé que 309 des 440 sites de Cisjordanie avaient été pillés, selon Salah al-Houdalieh, professeur d’archéologie à l’université al-Qods.

Selon Houdalieh, les actions militaires israéliennes et les politiques restreignant les déplacements sont responsables de l’augmentation des pillages. Il l’expliquait dans un article paru en janvier dans le magazine d’anthropologie Sapiens.

« Les couvre-feux et les postes de contrôle ont considérablement entravé les efforts fournis par les archéologues palestiniens, les organisations patrimoniales et le personnel de sécurité en Cisjordanie pour surveiller et protéger ces sites vulnérables », avait-il écrit.

« Le pillage a toujours été un problème mais la récente escalade des hostilités lancées par Israël à l’encontre des Palestiniens a entraîné une augmentation de ces pillages d’antiquités, alors que des dizaines de milliers de chômeurs luttent pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires. »

De son côté, le fondateur de Preserving the Eternal, Moshe Gutman, appelle à la protection de tous les sites antiques susceptibles de présenter un intérêt, indépendamment de l’appartenance culturelle et de l’identité des auteurs des pillages. Il a reconnu que des Israéliens figuraient également parmi ces derniers.

Gutman, qui n’a aucune formation officielle en archéologie, dit s’être intéressé au sujet après avoir remarqué des pilleurs en train de creuser la terre alors qu’il se promenait à vélo en Cisjordanie. Il a créé le groupe en 2016.

« Nous avons commencé à recevoir des témoignages de dommages provenant de nombreux sites archéologiques ou touristiques », a-t-il expliqué au Times of Israel par téléphone.

« C’est ainsi que Preserving the Eternal a été créé. »

Gutman a indiqué que des dizaines d’archéologues collaboraient avec Preserving the Eternal, mais qu’ils souhaitaient garder l’anonymat par crainte de représailles.

Le Tombeau des Patriarches, à Hébron, en Cisjordanie, le 3 juillet 2024. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Nous devons mettre de l’ordre dans la législation, fixer les règles qui encadrent notre action et préciser nos domaines d’intervention », a-t-il déclaré au sujet du nouveau projet de loi.

« Une loi ne résout pas tout, mais elle fait partie de la solution. »

Litige civil

Un porte-parole de l’IAA a refusé de commenter cette initiative législative pour le Times of Israel, renvoyant toutefois à une objection écrite adressée à la commission de l’Éducation, de la Culture et des Sports de la Knesset avant une discussion prévue en février.

Dans ce document, l’IAA avertit que « le projet de loi, dans sa version actuelle, risque de porter un préjudice considérable aux relations académiques de l’IAA et de l’État d’Israël avec les institutions internationales, et de nuire à leur réputation professionnelle ».

Dans sa forme actuelle, le projet pourrait gravement compromettre les relations académiques de l’IAA et de l’État d’Israël avec les entités internationales et ternir leur réputation professionnelle

« Le conseil de l’IAA estime qu’il faut renforcer la supervision et l’application de la loi en matière de dommages causés aux antiquités en Judée-Samarie, mais uniquement par d’autres moyens », ajoute le texte.

Même sans cette législation, l’IAA coopère déjà avec l’unité archéologique de l’administration civile, notamment dans le cadre d’un vaste programme lancé en 2017 pour examiner quelque 500 grottes du désert de Judée.

Pour atteindre ces sites, les archéologues doivent descendre en rappel le long de falaises abruptes et établir des camps de travail sur des corniches escarpées, car ces grottes pourraient renfermer des trésors liés aux manuscrits de la mer Morte.

Cette opération inédite est menée conjointement par l’IAA et l’unité archéologique du COGAT, sous la direction de Benny Har Even, officier supérieur du département. Le projet est financé à parts égales par les deux organismes, avec le soutien du ministère des Affaires de Jérusalem et du Patrimoine.

Des ouvriers participant à des fouilles archéologiques menées par l’Autorité israélienne des Antiquités dans le désert de Judée, à cheval sur Israël et la Cisjordanie, en 2022. (Crédit : Eitan Klein/Autorité israélienne des Antiquités)

La coopération entre services est jugée essentielle à la réussite de l’opération : environ la moitié du désert de Judée, y compris Qumran, site originel de la plupart des manuscrits de la mer Morte, se trouve en Cisjordanie, au-delà de la Ligne verte, où l’IAA n’a pas de compétence. Toutefois, les archéologues du COGAT ont été pleinement intégrés aux équipes, avait précisé Amir Ganor, chef de l’unité anti-vol de l’IAA, lors d’une conférence de presse en 2021, ce qui permet de travailler sur l’ensemble du désert.

Au bas du texte

Prenant note de la position de l’IAA, Halevi a proposé la création d’un nouvel organisme doté des mêmes pouvoirs que l’IAA et d’un budget dédié. Une nouvelle version du projet de loi a été discutée, mais n’a pas encore été officiellement présentée.

« Jusqu’à présent, c’était Tsahal qui avait la responsabilité des antiquités en Judée-Samarie, sans avoir ni les compétences ni les moyens nécessaires, et c’est ce qui explique la situation actuelle », a déclaré Halevi, soulignant que l’armée ne peut pas faire de la protection des antiquités une priorité face à d’autres enjeux de sécurité.

Ce que nous proposons, c’est de travailler dans le cadre de l’accord juridique actuel et d’investir davantage de moyens

Selon lui, l’IAA, forte de son expertise et de ses moyens, serait la mieux placée pour assumer cette mission. Toutefois, tant que la responsabilité relève d’une entité civile spécialisée plutôt que de l’armée, les objectifs du projet de loi seront atteints.

Les opposants à la loi estiment que la véritable cause de la négligence des sites archéologiques en Cisjordanie réside dans le manque de ressources. Ils plaident pour le renforcement de l’unité archéologique de l’Administration civile, plutôt que pour le transfert des responsabilités à un organisme civil distinct.

Le COGAT n’a pas communiqué d’informations sur les effectifs de l’unité, mais le Times of Israel a appris, d’une source proche du dossier, qu’elle comptait 39 personnes au début de l’année 2025. Selon Halevi, la plupart de ces employés sont temporaires ; seuls Har Even et son adjoint occupent des postes permanents.

À titre de comparaison, l’IAA emploie environ 800 personnes, selon son site officiel.

« [La Cisjordanie] est au cœur de l’histoire de la Terre Sainte, mais nous proposons d’agir dans le cadre juridique actuel et d’investir davantage de ressources afin de permettre à l’unité archéologique de recruter plus de personnel qualifié et d’archéologues professionnels pour faire respecter la loi », a déclaré le professeur Guy Stiebel, de l’université de Tel Aviv, qui préside le Conseil archéologique israélien. Cet organisme conseille le gouvernement et différentes entités publiques, dont l’IAA, sur les questions liées aux antiquités.

Le conseil est composé de 23 membres issus de toutes les institutions universitaires et organisations actives dans ce domaine.

De nombreux archéologues estiment que la situation des antiquités en Cisjordanie s’est nettement améliorée depuis que l’unité archéologique a été placée sous la tutelle du ministère du Patrimoine – et a vraisemblablement bénéficié d’un budget accru – avec Har Even à sa tête.

« Il a fait de cette question une priorité et traite ce dossier avec sérieux. Il a donc investi beaucoup d’efforts pour protéger les antiquités, et un changement majeur s’est produit », a affirmé Yonatan Adler, professeur associé d’archéologie à l’université Ariel, la première université israélienne en Cisjordanie.

Des suspects liés à un réseau présumé de vol d’antiquités après leur arrestation près de Khirbat Umm er-Rus, dans le désert de Judée, en octobre 2013. (Crédit : Autorité israélienne des Antiquités)

L’armée, le ministère du Patrimoine et le bureau de Har Even n’ont pas communiqué au Times of Israel de données sur le budget de l’unité archéologique.

Le budget global du ministère a toutefois fortement augmenté depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de droite, religieux et d’extrême droite dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, fin 2022. Selon les chiffres compilés par Aviad Houminer-Rosenblum de la Fondation Berl Katznelson à partir de documents publics, il est passé de 48 millions de shekels en 2021 à 104 millions en 2023, avant de redescendre à 77 millions l’an dernier.

Je demande à Halevi d’être honnête et d’admettre simplement qu’il s’agit d’une question de souveraineté

Selon Stiebel, le projet de loi pourrait en réalité affaiblir les efforts de protection des antiquités en Cisjordanie, en soumettant les procédures à des règles civiles plus contraignantes pour la répression du pillage, conformément aux lois civiles.

« Les lois appliquées en Cisjordanie sont plus strictes que la législation israélienne », a-t-il expliqué. Le droit israélien offre en effet aux accusés des protections que le droit militaire en Cisjordanie ne leur accorde pas et il impose une charge de la preuve plus lourde.

Har Even a exprimé des inquiétudes similaires lors d’une réunion de la commission en février, en soulignant qu’il disposait actuellement d’une autonomie d’action.

« Je crains que nous ne nous tirions une balle dans le pied », a-t-il déclaré.

« Si je suis tenu de me conformer à la loi israélienne, je devrai demander un mandat judiciaire pour chaque fouille d’antiquités [que j’effectue]. »

Le site de la tombe du roi Hérode à Hérodium, en Cisjordanie, au sud-est de Jérusalem, le 4 août 2025. (Crédit : Times of Israel)

Adler a confirmé que de nombreux experts redoutaient un effet contre-productif.

« Nous pensons tous que cela nuira à notre capacité à protéger les antiquités », a-t-il affirmé.

Il a accusé les parlementaires de masquer l’objectif réel du texte, lié selon lui à une volonté d’annexion de la Cisjordanie.

« Je demande à Halevi d’être honnête et de reconnaître qu’il s’agit d’une question de souveraineté, même limitée au domaine de l’archéologie », a-t-il déclaré.

Stiebel a ajouté qu’avant de présenter son projet de loi, Halevi n’avait consulté ni le conseil ni aucun autre organisme professionnel.

« Nous comptons des membres de droite comme de gauche, et nous sommes unanimes à dire que cette solution est mauvaise », a-t-il indiqué au Times of Israel par téléphone.

« Elle n’améliorera pas l’état des antiquités en Cisjordanie et nous placera tous dans une situation difficile. »

Les archéologues israéliens sont des professionnels reconnus, à la pointe de leur domaine, a plaidé Stiebel. Selon lui, l’adoption de ce projet de loi fournirait des arguments aux partisans du boycott académique.

« Cette initiative pourrait servir la cause du BDS », a-t-il déclaré, en référence au mouvement anti-Israël Boycott, désinvestissement et sanctions.

« Je pense que cette loi est guidée par des considérations politiques et idéologiques, plutôt que par un véritable souci de préserver le patrimoine antique. »

Une archéologie sans frontières ?

Adler s’est entretenu avec le Times of Israel en février, en marge de la première conférence internationale consacrée à l’archéologie de la Cisjordanie.

Ce sont des gens qui représentent une puissance colonialiste, assis dans leur bureau à Londres et qui viennent critiquer des Juifs parce qu’ils mènent des fouilles dans certaines zones

Intitulée « Archéologie et conservation des sites de Judée-Samarie », cette conférence de quatre jours s’est tenue au luxueux hôtel Dan de Jérusalem, financé par le ministère du Patrimoine.

Organisée sous l’égide de l’université Ariel et de l’université Bar Ilan, la conférence était dirigée par un comité académique réunissant également des chercheurs issus d’autres grandes universités israéliennes.

Malgré le sérieux du sujet, l’atmosphère était presque festive, avec des dizaines de chercheurs venus présenter leurs travaux devant un public nombreux.

Parmi les participants figuraient également des universitaires étrangers, notamment de l’Académie autrichienne des sciences et de l’université Cornell, membre de l’Ivy League, à New York.

Benny Har Even, officier supérieur de l’unité archéologique, lors de la conférence « Archéologie et conservation des sites de Judée-Samarie », à Jérusalem, le 13 février 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

« Il semble y avoir un consensus sur le fait que la science est la science, et qu’il n’y a pas de frontières à la science », a déclaré Adler, membre du comité organisateur de la conférence.

« Nous ne faisons aucune distinction entre les races, les genres, les sexes ou les nationalités. Ce qui nous intéresse, c’est ce qui sort de terre, et c’est le sujet de cette conférence. »

Comme on pouvait s’y attendre, l’événement a suscité des critiques.

Avant son ouverture, l’organisation de gauche Emek Shaveh, dont la mission est de « protéger les sites anciens en tant que patrimoine commun appartenant à tous les membres des communautés, confessions et peuples », a accusé les organisateurs de « blanchir » les activités archéologiques israéliennes en Cisjordanie.

Israël et les résidents d’implantations auxquels vous vous êtes associés ont transformé l’archéologie en une arme à Jérusalem et en Cisjordanie, l’utilisant comme levier pour déposséder les Palestiniens

Israël et les résidents d’implantations auxquels vous vous êtes associés ont transformé l’archéologie en une arme à Jérusalem et en Cisjordanie, l’utilisant comme levier pour déposséder les Palestiniens », a écrit le président d’Emek Shaveh, le professeur Rafi Greenberg de l’université de Tel-Aviv, dans une lettre ouverte adressée aux participants.

« Si l’objectif réel des organisateurs avait été la sauvegarde et la protection des sites, ils auraient mieux fait d’organiser une réunion professionnelle discrète », a ajouté Greenberg.

La conférence a également suscité des critiques sur la scène internationale.

« Cette conférence normalise des activités universitaires qui enfreignent le droit international », a dénoncé dans un communiqué le Palestine Exploration Fund (PEF), une organisation fondée à Londres en 1856 pour l’étude du Levant sud, accusant l’événement « d’effacer l’identité géographique de cette région, à savoir la Cisjordanie, partie des Territoires palestiniens occupés ».

Des archéologues de l’université hébraïque de Jérusalem, en coopération avec l’officier supérieur chargé de l’archéologie de Judée-Samarie, ont achevé leur deuxième saison de fouilles et mis au jour une mosaïque byzantine en médaillon volontairement défigurée avec un tambour de colonne datant de l’époque hérodienne, à la forteresse d’Hyrcania, dans le désert de Judée, en Cisjordanie, en janvier 2025. (Crédit : Oren Gutfeld/Université hébraïque de Jérusalem)

Le PEF conserve encore aujourd’hui une certaine influence, comme en témoigne le fait qu’au moins un universitaire étranger a confié, après la diffusion de cette lettre, craindre de perdre son poste si son université apprenait sa participation à la conférence.

Adler s’est insurgé contre la déclaration de l’organisation, soulignant que, contrairement à ce qu’elle affirmait, les archéologues palestiniens avaient bien été invités, mais avaient décliné l’invitation.

« Ce sont des gens qui représentent une puissance colonialiste, assis dans leur bureau à Londres, et qui viennent critiquer des Juifs parce qu’ils mènent des fouilles dans certaines zones », a-t-il déclaré.

Plusieurs archéologues palestiniens contactés par le Times of Israel ont refusé de commenter.

Le PEF affirme boycotter l’ensemble des activités archéologiques menées dans les « territoires occupés ». Sa politique éthique stipule en effet que l’organisation « ne collabore pas avec des institutions établies par une puissance occupante sur un territoire occupé, et ne soutiendra, n’encouragera, ne financera ni ne publiera les recherches d’aucun universitaire lié à ces institutions ».

Et ajoute qu’elle « ne s’associe pas aux fouilles menées illégalement dans les territoires palestiniens occupés, dans le Golan ou dans la République turque de Chypre du Nord ».

Plus récemment, Charlotte Whiting, rédactrice en chef de la revue académique du PEF Palestine Exploration Quarterly (PEQ), a déclaré à l’agence de presse israélienne TPS que les recherches menées en Cisjordanie ne pouvaient être prises en compte pour publication que si les archéologues avaient « coopéré avec les autorités palestiniennes compétentes », une condition pratiquement impossible à remplir pour les chercheurs israéliens.

D’autres revues universitaires ont également des directives décourageant la publication de travaux menés sous l’égide d’Israël en Cisjordanie, à Jérusalem-Est ou sur le plateau du Golan.

En 2016, le Congrès mondial d’archéologie a adopté une résolution appelant les éditeurs universitaires internationaux à refuser la publication d’articles rédigés par des chercheurs israéliens ou internationaux portant sur des fouilles archéologiques dans les territoires palestiniens occupés, dans le but de faire pression sur Israël.

Les chercheurs qui souhaitent fouiller en Israël doivent obtenir une autorisation de l’IAA, tandis que ceux qui travaillent en Cisjordanie doivent solliciter une licence auprès de l’Administration civile.

Les données sur les licences délivrées entre 1968 et 2007 montrent que presque toutes les fouilles menées en Cisjordanie qui n’ont pas été réalisées par l’Administration civile elle-même ont été menées par des institutions israéliennes, à l’exception d’une poignée de fouilles menées par des chercheurs évangéliques et d’une fouille menée en 1971 par un archéologue de l’université de Toronto.

De nombreux participants à la conférence ont été surpris par la discussion finale qui a abordé de front la question sensible de savoir si les universités israéliennes devraient mener des fouilles en Cisjordanie.

De gauche à droite : Le Dr. Yonatan Adler, de l’université Ariel ; le Pr. Aren Maeïr, de l’université Bar Ilan ; la Dr. Liora Horwitz, chercheuse indépendante ; et le Pr. Adi Erlich, de l’université de Haïfa, lors de la conférence « Archéologie et conservation des sites de Judée-Samarie », à Jérusalem, le 13 février 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

Le professeur Aren Maeïr, de l’université Bar Ilan et membre du panel, a répondu par la négative.

« Les activités archéologiques menées en Cisjordanie sont placées sous l’égide de l’Administration civile, afin qu’Israël respecte le droit international qui régit la manière dont nous devons agir dans une zone sous occupation israélienne », a déclaré Maeïr au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.

« Je pense que les officiers de l’état-major et toute autre personne travaillant en Cisjordanie ne devraient mener que des fouilles de sauvetage, c’est-à-dire fouiller uniquement lorsqu’un site est sur le point d’être détruit et qu’il n’y a pas d’autre choix », a-t-il ajouté.

« Israël, en tant que puissance occupante, ne devrait pas lancer de projets archéologiques en dehors de ce contexte. »

Les officiers d’état-major et toute autre personne travaillant en Cisjordanie ne devraient mener que des fouilles de sauvetage, c’est-à-dire fouiller uniquement lorsqu’un site est sur le point d’être détruit

Néanmoins, en sa qualité de directeur de l’Institut d’archéologie de l’université Bar Ilan, Maeïr a reconnu qu’il continuait d’autoriser ses collègues à mener des fouilles universitaires en Cisjordanie lorsqu’ils en faisaient la demande.

« L’interprétation de la loi en Israël n’est pas suffisamment claire pour que je puisse dire à l’un de mes collègues qu’il ou elle ne peut pas le faire », a-t-il noté.

Un statut juridique flou

Selon Mimran, également chercheur à l’université hébraïque, la manière dont la loi et les autorités israéliennes traitent le statut de la Cisjordanie est « confuse par nature ».

Tal Mimran, expert en droit international, professeur associé au Zefat Academic College et chercheur à l’université hébraïque. (Crédit : Autorisation)

« La Cisjordanie, ou Judée-Samarie, est ce que nous appelons en droit international un ‘territoire contesté’ : un espace sans souveraineté claire, mais avec plusieurs revendications concurrentes, en particulier celles d’Israël et du mouvement nationaliste palestinien, qui ont chacun un lien avec ce territoire », a-t-il expliqué au Times of Israel.

Selon Mimran, Israël défend une interprétation restrictive du droit international, selon laquelle les statuts et traités internationaux ne s’appliquent qu’à la réglementation des relations entre États, ce qui signifie qu’ils ne s’appliquent pas à la Cisjordanie.

« Ce territoire n’a jamais fait partie d’un État moderne », a-t-il fait remarquer.

« Il était soit dirigé par des puissances coloniales, soit par des puissances occupantes, à savoir Israël et, avant lui, la Jordanie. »

Une mosaïque retirée en 1976 des vestiges d’une synagogue du 6ᵉ siècle à Gaza par les autorités israéliennes et actuellement conservée au musée du Bon Samaritain, près de Maale Adumim, en Cisjordanie, en février 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

Bien qu’il rejette l’idée que sa présence en Cisjordanie constitue une occupation, Israël applique néanmoins la plupart des règles relatives à l’occupation belligérante, un ensemble de dispositions issues du règlement de La Haye de 1907, de la quatrième Convention de Genève de 1949 et du droit international humanitaire coutumier, a ajouté Mimran.

« Israël conteste l’application intégrale du droit de l’occupation, mais se dit prêt à suivre les normes humanitaires par bonne volonté », a précisé l’expert.

En ce qui concerne les sites archéologiques et le patrimoine culturel en Cisjordanie, aucun traité n’est plus important que la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, ainsi que ses deux protocoles additionnels, a souligné Me Shlomy Zachary.

Spécialiste de la protection du patrimoine en temps de guerre, Zachary représente plusieurs ONG israéliennes de défense des droits de l’Homme actives en Cisjordanie. Il a, par le passé, souvent défendu l’organisation de gauche Yesh Din.

« Ces lois définissent ce qui peut et ne peut pas se produire pendant un conflit – comme la situation actuelle à Gaza – ou dans le cadre d’une occupation, comme c’est le cas en Cisjordanie », a expliqué Zachary au Times of Israel.

Selon la Convention de La Haye, les sites historiques et archéologiques doivent être exclus des zones de combat et ne peuvent être désignés comme zones militaires. Les seules fouilles autorisées sont celles dites « de sauvetage ».

Ces lois définissent ce qui peut et ne peut pas se produire pendant un conflit

« Une approche stricte implique que seules les fouilles nécessaires à la préservation d’un site ou d’artefacts menacés de destruction soient autorisées », a expliqué Zachary.

La présence prolongée d’Israël en Cisjordanie inclut la construction de routes et d’autres infrastructures, des activités qui entraînent fréquemment des fouilles de sauvetage. Cependant, selon l’avocat, Israël a utilisé cet argument pour élargir le champ de ses interventions archéologiques.

Certains en Israël avancent toutefois une autre interprétation juridique, selon laquelle des fouilles régulières peuvent également être menées.

« En droit international, le commandant militaire d’un territoire occupé doit maintenir en vigueur la législation en vigueur avant l’occupation », a rappelé Zachary.

« Or, la loi jordanienne sur les antiquités autorisait les fouilles, et certains estiment donc que le commandant militaire peut en faire autant. »

Le chef de la police Kobi Shabtaï au tombeau de Joseph, à Naplouse, le 20 juillet 2023. (Crédit : Conseil régional de Samarie)

La plupart des juristes internationaux rejettent, toutefois, cette interprétation, contraire à la Convention de La Haye de 1954, a-t-il souligné.

Même les Accords d’Oslo, qui comprenaient une annexe reconnaissant l’importance de certains sites archéologiques pour la tradition juive et garantissant l’accès israélien, n’ont pas supplanté le droit international applicable à l’archéologie, a noté Zachary.

« Avec les Accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne a reconnu que le peuple juif avait des racines dans la région », a-t-il déclaré.

« Par exemple, Tsahal peut assurer l’accès au tombeau de Joseph, à Naplouse, situé en zone A. Cependant, il est important de souligner que même ces accords ne peuvent annuler ou invalider les dispositions du droit international humanitaire. »

Le son du shofar marquant la fin de la journée de travail sur le site archéologique de Shiloh, à l’été 2017. (Crédit : Autorisation)

L’avocat a également souligné qu’Israël avait jusqu’à présent reconnu la différence entre son territoire souverain et la Cisjordanie, même si cette distinction devient aujourd’hui moins nette.

« Le principal lieu de stockage des découvertes archéologiques en Cisjordanie se trouve par exemple à Maale Adumim, en Cisjordanie même, et non en Israël, même si un nombre croissant de découvertes sont aujourd’hui transférées hors de Cisjordanie par les autorités israéliennes », a-t-il expliqué, soulignant que le retrait d’antiquités d’un territoire occupé est illégal.

« Ces vingt dernières années, l’implication des universités et des chercheurs israéliens brouille de plus en plus les frontières », a ajouté Zachary.

Qu’est-ce qui est réellement protégé ?

Selon lui, il ne fait aucun doute que l’Administration civile est responsable de la protection des sites archéologiques et historiques, notamment contre le pillage et les dégradations. Cependant, il estime que des mesures efficaces pourraient consister à installer des clôtures et des caméras plutôt qu’à mener des fouilles actives.

« Comme il s’agit d’un territoire occupé, la plupart des experts estiment que toute action doit être interprétée de manière restrictive et dans l’intérêt de la population occupée, et non dans celui des chercheurs ou des militants politiques de la puissance occupante », a-t-il déclaré.

Zachary et Alon Arad, directeurs d’Emek Shaveh, ont tous deux affirmé que les prétentions d’Israël à protéger les antiquités paraissaient peu crédibles, compte tenu de l’application sélective de la loi lorsque des résidents d’implantations sont impliqués dans des destructions ou des pillages.

« À Battir, des résidents d’implantations installés dans un avant-poste illégal ont détruit, à l’aide d’engins lourds, un site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco », a accusé Arad, en référence à ce village situé au sud-ouest de Jérusalem et célèbre pour ses collines en terrasses.

Vue de l’enceinte du tombeau de Joseph, à Naplouse, en Cisjordanie, le 10 avril 2022. (Crédit: Nasser Ishtayeh/Flash90)

« L’officier supérieur chargé de l’archéologie n’est pas intervenu pour l’empêcher. »

Arad a rappelé qu’Israël est l’un des rares pays modernes où le commerce des antiquités reste légal, en vertu d’une loi autorisant l’achat et la vente d’objets découverts avant 1978. Selon lui, cette exception constitue une incitation puissante pour les pilleurs.

Il a également reproché à l’officier supérieur un manque de transparence.

« Depuis 2017, ils refusent de divulguer la moindre information sur leurs activités, qu’il s’agisse de leur budget, des archéologues employés ou des licences délivrées », a-t-il déclaré.

Le fermier palestinien Elayan Shami, 62 ans, plantant des aubergines dans un labyrinthe afin de diriger l’eau d’irrigation vers le bas de la colline du village palestinien de Battir classé au patrimoine mondial de l’UNESCO comme site en péril, en Cisjordanie, en 2014. (Crédit : Sebastian Scheiner/AP)

L’organisme du ministère de la Défense n’a pas répondu à une demande de commentaire.

À l’instar des archéologues interrogés par le Times of Israel, Arad a suggéré que la bonne approche pour protéger les antiquités en Cisjordanie consisterait à examiner ce qui ne fonctionne pas dans le système actuel afin de trouver des solutions dans le cadre juridique existant.

Cependant, contrairement à d’autres voix, Emek Shaveh affirme clairement qu’Israël ne devrait pas adopter le projet de loi ni annexer la Cisjordanie, car cela serait moralement répréhensible, et non par crainte des boycotts.

Israël ne peut et ne doit pas utiliser l’archéologie pour justifier ses actions contre les Palestiniens.

Même si des pillages et des destructions ont lieu en Cisjordanie, cela ne donne pas à Israël le droit de passer outre le droit international et d’étendre son emprise sur le territoire, selon Arad.

« Israël ne peut et ne doit pas utiliser l’archéologie pour justifier ses actions contre les Palestiniens », a-t-il déclaré.

En vertu des Accords d’Oslo, l’implication d’Israël dans les antiquités de Cisjordanie ne devrait concerner que la zone C, soit 60 % de la Cisjordanie où il exerce un contrôle civil et militaire. Les zones A et B sont officiellement sous contrôle palestinien, mais la préservation des sites du patrimoine semble largement dépasser les moyens de l’AP, qui manque de fonds et de pouvoir.

« Même si certains archéologues palestiniens se soucient de ces questions, ils n’ont ni le pouvoir ni les ressources nécessaires pour empêcher cela », a déclaré Maeïr.

« Les Palestiniens doivent également se comporter en adultes responsables et prendre en charge la protection des antiquités dans les zones relevant de leur responsabilité. »

Des archéologues de l’université Bar Ilan, en collaboration avec l’officier d’état-major chargé de l’archéologie, fouillant le site de Sartaba/Alexandrium, dans la vallée du Jourdain, en février 2025. (Crédit : Yodan Flaytman, officier d’état-major chargé de l’archéologie en Judée-Samarie)

Mais selon Arad, même si l’AP disposait des ressources nécessaires, elle serait largement empêchée d’agir par Israël.

« L’organisme chargé de lutter contre le pillage dans la zone B est la police touristique palestinienne », a-t-il affirmé.

« Cependant, en tant qu’organe de sécurité, la police n’est pas autorisée à intervenir dans la zone B. La solution serait de lui permettre d’opérer, mais Israël ne le fait pas. »

Annexion et jubilation

Bien que son projet de loi soit en attente d’être présenté à nouveau, Halevi a déclaré au Times of Israel qu’il était convaincu qu’il finirait par être adopté, malgré l’opposition quasi unanime.

« Je pense que les archéologues sont motivés par la peur, car ils ont des amis européens qui s’opposent à notre souveraineté en Judée-Samarie, voire sur l’ensemble de la Terre d’Israël », a-t-il indiqué.

Quant à l’affirmation selon laquelle ce texte vise en réalité l’annexion de la Cisjordanie, son seul reproche concernait le mot « annexion ».

« Israël ne peut annexer un territoire qui lui appartient », a-t-il affirmé. Quel que soit le statut juridique de la Cisjordanie, Israël devrait la considérer comme faisant partie intégrante de son territoire souverain.

Un couple gravissant les marches menant à l’ancien palais d’Hérodion, construit par Hérode le Grand entre 23 et 15 avant notre ère, dans le désert de Judée, au sud-est de Bethléem, le 24 novembre 2020. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

« Je veux commencer [par les antiquités], car je pense que c’est le [domaine] le plus important, et personne ne peut prétendre que notre histoire devrait être soumise à la loi martiale », a-t-il déclaré.

« Cependant, je pense que toutes les questions civiles en Judée-Samarie devraient relever des autorités civiles israéliennes. »

Selon lui, les archéologues qui ont poussé des cris d’orfraie n’ont rien fait jusqu’à présent pour aider à préserver les antiquités en Cisjordanie et n’ont toujours pas présenté d’argument raisonnable contre le transfert de la responsabilité des antiquités de Cisjordanie à un organisme civil.

« Les archéologues craignent de perdre leurs financements », a-t-il poursuivi.

« Je leur ai dit qu’une nation devait rester fidèle à ses valeurs. »

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