Dans le désert de Judée, la grotte de l’Horreur livre ses merveilles
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Dans le désert de Judée, la grotte de l’Horreur livre ses merveilles

Des fragments de rouleaux des livres de Nahum et de Zacharie, le plus vieux panier du monde et un enfant momifié ont été notamment retrouvés lors d'une opération audacieuse

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Les archéologues Hagay Hamer et Oriah Amichai à l'entrée de la Grotte des Horreurs. (Crédit : Eitan Klein, Autorité israélienne des antiquités)
    Les archéologues Hagay Hamer et Oriah Amichai à l'entrée de la Grotte des Horreurs. (Crédit : Eitan Klein, Autorité israélienne des antiquités)
  • La montée en rappel vers la Grotte des crânes. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
    La montée en rappel vers la Grotte des crânes. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
  • Des fouilles à Qumran. (Crédit : Shai Halevi, Autorité israélienne des antiquités)
    Des fouilles à Qumran. (Crédit : Shai Halevi, Autorité israélienne des antiquités)
  • La découverte d'un panier vieux de 10 500 ans par des élèves de programmes préparatoires. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
    La découverte d'un panier vieux de 10 500 ans par des élèves de programmes préparatoires. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
  • Des dizaines de jeunes d'académies prémilitaires ont pris part aux fouilles. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
    Des dizaines de jeunes d'académies prémilitaires ont pris part aux fouilles. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)
  • Des fouilles dans la grotte de Murabaat. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
    Des fouilles dans la grotte de Murabaat. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
  • Le panier retrouvé dans la Grotte de  Murabaat. (Crédit : Autorité israélienne des antiquités)
    Le panier retrouvé dans la Grotte de Murabaat. (Crédit : Autorité israélienne des antiquités)
  • L'archéologue Hagay Hamer tient une pièce de Bar Kokhba découverte dans le désert. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
    L'archéologue Hagay Hamer tient une pièce de Bar Kokhba découverte dans le désert. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
  • Des pointes de flèche découvertes dans l'opération menée dans le désert de Judée. (Crédit : Dafna Gazit, Autorité israélienne des antiquités)
    Des pointes de flèche découvertes dans l'opération menée dans le désert de Judée. (Crédit : Dafna Gazit, Autorité israélienne des antiquités)
  • Les fouilles dans les grottes se sont réalisées dans des conditions difficiles. (Crédit : Yaniv Berman/IAA)
    Les fouilles dans les grottes se sont réalisées dans des conditions difficiles. (Crédit : Yaniv Berman/IAA)

C’est une découverte étonnamment rare : environ deux dizaines de fragments de rouleaux bibliques vieux de 2 000 ans ont été retrouvés dans des grottes du désert de Judée, pendant une opération de fouilles audacieuse. Ces nouveaux fragments sont des traductions en grec des livres de Zacharie et de Nahum, extraits du Livre des douze petits prophètes, et ces traductions ont été écrites par deux scribes différents. Seul le nom de Dieu est écrit en hébreu dans ces textes.

Cette vingtaine de fragments a été trouvée dans une grotte surnommée « la Grotte de l’horreur », qui se situe au Nahal Hever, à environ 80 mètres du sommet d’une falaise. Selon un communiqué de presse qui a été émis par l’Autorité israélienne des antiquités, la grotte a été baptisée comme ça parce qu’elle est « bordée de ravins et qu’il n’est possible d’y accéder qu’en rappel, en descendant prudemment la falaise à pic ».

En plus de ces « nouveaux » extraits de rouleaux bibliques issus du Livre des petits prophète, l’équipe a trouvé un panier tissé en excellent état, 10 500 ans après sa fabrication – ce qui en fait le panier le plus ancien du monde dans cet état de conservation – ainsi que le squelette momifié d’un enfant, décédé il y a six mille ans, et enveloppé dans une toile pour son sommeil éternel.

Depuis 2017, l’Autorité des antiquités israéliennes (IAA) a pris la tête d’une opération de secours sans précédent d’artéfacts antiques dans les grottes de tout le désert de Judée, pour lutter contre les pillages endémiques qui ont lieu dans le secteur depuis la trouvaille très vantée – et lucrative – des rouleaux de la mer Morte par des bergers bédouins, il y a environ 70 ans. Mardi matin, c’est un échantillon de ces découvertes impressionnante qui a été dévoilé pour la première fois.

« L’équipe, dans le désert, a affiché un courage, une dévotion et un dévouement exceptionnels pour atteindre son objectif, descendant dans des grottes situées entre le ciel et la terre, creusant, criblant tout en subissant les effets d’une poussière épaisse et suffocante, et revenant enfin avec un trésor d’une valeur inestimable pour l’Humanité toute entière », a commenté Israel Hasson, directeur de l’Autorité israélienne des antiquités, qui a lancé cette vaste opération de sauvetage, dans un communiqué émis par l’IAA.

Israel Hasson, directeur-général de l’Autorité israélienne des antiquités, pendant l’opération dans le désert. (Crédit : Autorité israélienne des antiquités)

« Ces fragments qui viennent tout juste d’être découverts sont un signal d’alarme adressé à l’État. Des ressources doivent être allouées pour terminer cette opération importante au niveau historique. Nous devons nous assurer que nous pourrons retrouver toutes les merveilles qui n’ont pas encore été découvertes dans les grottes avant que les voleurs ne s’en emparent. Certaines choses sont d’une valeur qui dépasse tout le reste », a noté Hasson.

Dans le cadre d’une initiative optimiste de prendre le pas sur les pilleurs, un projet national et interdépartemental avait vu le jour, en 2017, prévoyant de garder le contrôle sur les grottes du désert de Judée. Des grottes pleines de promesses avaient été alors fouillées sur des sites aux noms hétéroclites – notamment à la grotte des Crânes et à la grotte de l’Horreur. L’opération avait été entreprise par l’IAA, en coopération avec l’officier d’État-major au sein du département d’archéologie de l’administration civile en Judée et Samarie, et elle avait été financée par le ministère des Affaires et du patrimoine de Jérusalem. La grande majorité du désert de Judée – notamment le site initial où avaient été découverts les rouleaux de la mer Morte, à Qumran – se situe en Cisjordanie, au-delà de la Ligne verte.

« Cela fait des années que nous pourchassons les pilleurs d’antiquités. Nous avons finalement décidé d’anticiper les voleurs et de tenter de trouver les artéfacts avant qu’ils ne disparaissent du sol et des grottes », déclare Amir Ganor, qui est à la tête de l’Unité de prévention des vols au sein de l’Autorité.

Jusqu’à présent, ce sont 80 kilomètres qui ont été systématiquement inspectés par trois équipes dirigées par trois archéologues de l’IAA : Oriah Amichai, Hagay Hamer et Haim Cohen. En utilisant des drones et des équipements d’escalade et de descente en rappel hi-tech, les archéologues et une équipe de bénévoles issus d’académies prémilitaires ont pu accéder à ces grottes « inatteignables » – qui, pour certaines, n’avaient pas connu la présence d’un être humain depuis presque deux millénaires.

Les rouleaux bibliques, s’ils figurent parmi les plus impressionnants de ces artéfacts récemment retrouvés, ne sont d’aucune manière les seules trouvailles extraordinaires qui ont été effectuées lors de ces fouilles.

De « nouveaux » rouleaux bibliques

Travail sur un fragment de rouleau au sein du laboratoire de conservation de l’Autorité israélienne des antiquités. (Crédit : Shai Halevi, Autorité israélienne des antiquités)

Les pilleurs et les archéologues ratissent le désert de Judée depuis la découverte des rouleaux de la mer Morte, il y a environ 70 ans. En plus de deux rouleaux argentés arborant la bénédiction du prêtre (de la fin du 7è siècle jusqu’au début du 6è siècle avant l’ère commune) qui ont été découverts à Ketef Hinnom, à Jérusalem, les rouleaux de la mer Morte sont considérés comme les premières copies connues des livres bibliques et ils datent de l’an 400 à l’an 300 avant l’ère commune.

Ces dernières découvertes en date – soit deux dizaines de fragments de rouleaux bibliques, des extraits des livres de Zacharie et de Nahum – ont été trouvés amassés dans la grotte de l’Horreur. Le travail de préservation et d’étude des fragments a été fait par l’unité des rouleaux de la mer Morte de l’IAA sous la supervision de Tanya Bitler, du docteur Oren Ableman et de Beatriz Riestra.

L’équipe a pu reconstituer onze lignes de texte en grec qui avaient été traduites à partir du livre de Zacharie, 8:16–17, ainsi que des versets du livre de Nahum 1:5–6. Seul le nom de Dieu apparaît en hébreu, avec l’écriture en paléo-hébreu propre à la période du Premier temple et qui avait été utilisée aussi à l’époque de la révolte de Bar Kochba (de l’an 132 à l’an 136 de l’ère commune), notamment sur des pièces de monnaie, et par la communauté de Qumran.

Des sections du livre des douze prophètes découvertes lors de l’expédition dans le désert de Judée avant leur conservation. (Crédit : Shai Halevi, Autorité des Antiquités d’Israël)

Parmi les découvertes académiques faites lors du travail réalisé sur ces fragments, la certitude que ce « nouveau » texte est différent des textes masorétiques traditionnelles.

« Ces différences peuvent nous apprendre des choses concernant la transmission du texte biblique jusqu’à la période de la révolte de Bar Kochba, et nous en dire plus sur les changements survenus avec le temps jusqu’à la version actuelle que nous connaissons », a dit l’IAA.

Des sections du rouleau découvertes dans le désert de Judée après conservation. (Crédit : Shai Halevi, Autorité des Antiquités d’Israël)

Le plus ancien panier du monde

L’on gagnerait à se pencher sur la finesse de l’artisanat qui apparaît sur un panier tissé étonnant datant d’il y a environ 10 500 ans – environ 1 000 ans avant les premiers récipients en terre connus – une trouvaille qui, selon l’IAA, est « actuellement sans précédent dans le monde ».

Le panier retrouvé dans la Grotte de Murabaat. (Crédit : Autorité israélienne des antiquités)

Ce panier d’une contenance importante, de 90 à cent litres, a été trouvé par des jeunes bénévoles de l’académie prémilitaire Nofei Prat. Cette découverte excitante a eu lieu dans l’une des grottes de Murabaat qui avaient dissimulé, dans le passé, des documents de l’ère romaine et des vestiges de la révolte de Bar Kochba.

Le panier est aujourd’hui examiné par la docteure Naama Sukenik et par son collègue, Inanir Milevski, et sa datation a été rendue possible par le carbone 14 – une analyse qui a été réalisée par la professeure Elisabetta Boaretto, de l’unité archéologique de l’Institut Weizmann des Sciences.

Les archéologues Chaim Cohen et Naama Sukenik avec le plus ancien panier du monde, qui a été découvert dans les grottes de Murabaat. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)

En raison du climat aride de la région, ce panier énorme du Néolithique pré-poterie, tissé avec un style unique à partir de végétaux, a été préservé dans son intégralité. « De ce que nous savons, c’est le plus vieux panier dans le monde à avoir été retrouvé complètement intact et son importance est donc immense », a commenté l’IAA.

Malheureusement, il a été découvert vide. « Seules des recherches ultérieures menées sur une petite quantité de terre qui se trouve à l’intérieur nous aideront à déterminer ce pour quoi il était utilisé et ce qui se trouvait à l’intérieur », a précisé l’IAA.

Des travaux de conservation sur le panier dans les laboratoires de l’Autorité israélienne des antiquités. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité israélienne des antiquités)

Un enfant momifié

Il y a environ 6 000 ans, un parent avait enveloppé son enfant dans une toile pour son sommeil éternel. Le squelette complet est actuellement examiné par Ronit Lupu, de l’IAA, et la docteure Hila May, de la faculté de médecine de l’université de Tel Aviv qui ont estimé que le défunt était âgé de 6 à 12 ans au moment de sa mort sur la base d’une analyse par scanner.

Le squelette, vieux de 6 000 ans, d’un enfant enterré dans un tissu. (Crédit : Emil Aladjem, Autorité israélienne des antiquités)

L’enfant dignement enveloppé a été découvert dans la grotte de l’Horreur. Selon Lupu, spécialiste de la préhistoire, l’équipe a remarqué qu’un trou superficiel avait été intentionnellement creusé dans le sol après avoir déplacé deux pierres plates. Dans ce trou se trouvait le squelette de l’enfant, placé en position fœtale et recouvert d’une toile autour de la tête et du buste.

Ronit Lupu, spécialiste de la préhistoire, dans le désert de Judée. (Crédit : Autorité israélienne des antiquités)

« Il est évident que la personne qui a inhumé cet enfant l’a enveloppé et a repoussé les extrémités de la toile en-dessous de lui, comme un parent recouvre son enfant d’une couverture. L’enfant serrait dans ses mains une petite partie de la toile », commente-t-elle. En raison de l’aridité de la grotte, l’enfant s’est naturellement momifié. La toile et les autres matériaux organiques, notamment les cheveux, mais même la peau et les tendons, ont été préservés de la même façon.

La planque et les pièces de Bar Kochba

Une pièce rare de la période de Bar Kochba. (Crédit : Dafna Gazit, Autorité israélienne des antiquités)

Plusieurs grottes ont permis des découvertes hasardeuses d’objets abandonnés par les rebelles juifs qui s’étaient enfuis dans les grottes à la fin de la Révolte de Bar Kochba, et notamment des pièces de monnaie frappées de symboles juifs, comme des dattiers, mais aussi des pointes de flèche et des fers de lance, des morceaux de tissu, des sandales et des peignes à poux – illustrant les objets du quotidien apportés par les Juifs qui fuyaient.

Ofer Sion, chef du département des études de l’IAA, déclare que « ces hautes falaises de 300 à 400 mètres, avec ces ravins énigmatiques que personne ne pouvait atteindre, étaient le refuge ultime. A une période de l’Histoire humaine, des familles ont fui vers les grottes du désert de Judée, et nous n’en savons pas vraiment davantage ».

Des découvertes faites dans les grottes : Des fragments de jarres de Qumran et des pointes de flèche de l’ère préhistorique et de l’ère romaine. (Crédit : Dafna Gazit, Autorité israélienne des antiquités)

L’archéologue Oriah Amichai explique que les familles avaient clairement déterminé ce qu’elles apporteraient de chez elles, « ce qu’un jour, quand la guerre serait finie, ils pourraient utiliser pour construire une nouvelle vie. Nous sommes venus là et nous reconstruisons les existences de ceux qui n’ont finalement pas survécu », dit-elle.

L’opération qui est encore en cours vise à continuer à chercher les vestiges du passé qui se lient à tous les citoyens israéliens, indépendamment des croyances. Comme le souligne Avi Cohen, directeur-général du musée des Affaires de Jérusalem et du patrimoine, « ces découvertes ne sont pas simplement importantes pour notre propre héritage culturel mais aussi pour celui du monde entier ».

L’archéologue Oriah Amichai tient un morceau d’ancien tapis trouvé dans le désert. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
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