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En frappant Kandahar, le Pakistan envoie un avertissement au gouvernement taliban

Depuis octobre 2025 et jusqu'en juin 2026, au moins 499 civils ont été tués et 1 216 blessés côté afghan

Illustration : Un drone américain MQ-9 Reaper survolant la ville de Kandahar, le 27 septembre 2023. (Crédit : Massoud Hossaini/AFP)
Illustration : Un drone américain MQ-9 Reaper survolant la ville de Kandahar, le 27 septembre 2023. (Crédit : Massoud Hossaini/AFP)

En bombardant Kandahar, fief du chef suprême des talibans afghans, le Pakistan a lancé jeudi un avertissement aux dirigeants afghans pour qu’ils luttent davantage contre les groupes armés, estiment des experts. Toutefois, la fin du conflit passera par des discussions sur une frontière contestée.

La ville de Kandahar (sud) est « symboliquement importante et cela envoie un message puissant sur le fait que le Pakistan peut répondre en visant les plus hauts dirigeants », relève auprès de l’AFP Farzana Shaikh, chercheuse associée au centre de réflexion Chatham House à Londres.

Islamabad a affirmé avoir mené des frappes aériennes contre dix sites en Afghanistan, utilisés selon lui pour lancer ou fabriquer des drones qui ont « violé la souveraineté et l’intégrité territoriale » du Pakistan la veille.

Quelques jours plus tôt, il avait également accusé l’Afghanistan d’être responsable de l’attaque d’un centre de police ayant fait 31 morts au Pakistan.

Le gouvernement afghan a confirmé que Kandahar avait été bombardée pour la première fois depuis mars, lorsque le conflit entre l’Afghanistan et le Pakistan avait dégénéré en « guerre ouverte ».

Le gouvernement pakistanais accuse les autorités talibanes afghanes d’abriter et de soutenir le mouvement djihadiste Tehreek-i-Taliban Pakistan (TTP), créé en 2005 et responsable d’attaques meurtrières sur le sol pakistanais depuis vingt ans, ce que les talibans afghans démentent.

« Prêts à une escalade »

« Le Pakistan estime que l’Afghanistan ne fait pas assez et veut forcer les talibans à des actions plus décisives », relève Shaikh.

Un avis partagé par Antonio Giustozzi, chercheur au centre de réflexion RUSI : « Les Pakistanais veulent signaler qu’ils sont prêts à une escalade du conflit. La frappe sur Kandahar est une manière de rappeler aux talibans [afghans] : ‘Nous pouvons vous rattraper.’ »

Les autorités talibanes ont bien tenté « de faire monter la pression sur le TTP et de restreindre ses actions violentes », estime Giustozzi, citant notamment l’arrestation d’activistes et la tentative de déplacement de familles du mouvement vers d’autres régions. Mais le TTP n’est pas un mouvement homogène et comprend des factions aux intérêts divergents.

Les responsables talibans afghans craignent qu’en agissant trop violemment contre les combattants du TTP, qui les avaient aidés à reconquérir le pouvoir en 2021, « ces derniers se mettent à graviter au sein du groupe djihadiste État islamique », rival et menace pour eux, juge Shaikh.

Le gouvernement afghan dément lui tout lien avec le TTP et estime que les attaques au Pakistan sont un problème pakistanais.

Comment sortir de l’impasse dans un conflit qui a connu une intensification nette depuis octobre 2025 ? Depuis cette date et jusqu’en juin 2026, au moins 499 civils ont été tués et 1 216 blessés côté afghan, selon le dernier rapport de la Mission de l’ONU en Afghanistan.

« Urgence à dialoguer »

La vie de milliers de Pakistanais est également impactée, souligne Shaikh, qui insiste sur « l’urgence à dialoguer ».

Mais la guerre entre l’Iran et les États-Unis détourne l’attention. Dans le passé, la Turquie, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Chine ont tous tenté de négocier des cessez-le-feu et des accords.

Mais le problème ne se règlera que si une solution est trouvée pour « l’éléphant dans le salon », comme l’appelle Georges Lefeuvre, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales et stratégiques (IRIS), en désignant le conflit historique autour de la frontière contestée entre les deux pays.

Tracée à l’époque coloniale britannique, la ligne dite « Durand » est reconnue comme frontière par le Pakistan, mais pas par l’Afghanistan qui déplore, bien avant l’arrivée au pouvoir des talibans, qu’elle coupe les communautés pachtounes en deux et le prive de certaines de ses terres.

« C’est une situation invivable. Parfois, des gens ont une bergerie d’un côté et leur maison de l’autre », raconte Lefeuvre.

Or, le soutien au TTP est souvent fort dans les zones frontalières.

Si la cession de territoires par le Pakistan n’est pas envisageable, les groupes tribaux des deux côtés de la frontière voudraient « une libre circulation », juge Lefeuvre.

« Il faudrait cesser les hostilités, se mettre à réfléchir, consulter les populations et trouver un système de souveraineté partagée. »

Cela demande du temps, reconnaît-il, « mais la guerre autour de la ligne Durand dure depuis tellement longtemps qu’il faudrait prendre ce temps-là ».

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