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La glycémie est plus basse lorsque l’on mange avec un être cher – étude israélienne

Des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem et de l’hôpital Sheba montrent que les liens humains influencent des fonctions clés et pourraient aider à traiter le diabète

Illustration des effets du fait de manger en compagnie. (Crédit : Shir Atzil/AI Assisted)
Illustration des effets du fait de manger en compagnie. (Crédit : Shir Atzil/AI Assisted)

Manger avec un être cher peut-il réellement modifier la façon dont notre organisme assimile les aliments ? Oui, selon une étude majeure menée par des chercheurs de l’Université hébraïque de Jérusalem et de l’hôpital Sheba.

L’équipe a étudié l’influence des interactions sociales sur la glycémie, la régulation de la température corporelle et le stress chez 339 adultes.

Cette étude, évaluée par des pairs, a montré que les personnes qui mangeaient avec leur partenaire présentaient des pics de glycémie moins importants et revenaient plus rapidement à des niveaux normaux que celles qui mangeaient seules.

Les résultats démontrent un principe scientifique que la chercheuse principale, la professeure Shir Atzil, du département de psychologie de l’Université hébraïque, a baptisé « physiologie sociale ». Selon elle, les principaux mécanismes métaboliques et régulateurs de l’organisme fonctionnent plus efficacement en présence de personnes avec lesquelles nous entretenons des liens étroits.

« Le rôle que jouent les autres dans nos vies ne se limite pas à nous réconforter ou à nous rassurer lorsque nous souffrons », a déclaré Atzil au Times of Israel lors d’un entretien en visioconférence. « En réalité, nous nous soutenons mutuellement dans des processus physiologiques fondamentaux qui ne sont généralement pas considérés comme pouvant être influencés par les interactions sociales. »

L’étude, publiée mardi dans Science Advances, a été menée par la première auteure, Monia Masalha, en collaboration avec le Dr Shai Fuchs de l’hôpital Sheba et d’autres chercheurs israéliens.

Les scientifiques ont constaté qu’après un repas, les participants présentaient des pics de glycémie moins prononcés et revenaient plus rapidement à leur niveau de base lorsqu’ils étaient avec leur partenaire que lorsqu’ils étaient seuls.

Ils ont observé un phénomène similaire lorsqu’ils ont exposé des couples au froid : la baisse de la température corporelle était moins importante et le retour à la normale plus rapide, tant sur le plan de la régulation thermique que du stress physiologique.

Selon Atzil, ces résultats pourraient contribuer à expliquer pourquoi les êtres humains sont si fortement enclins à nouer des liens étroits.

L’hyperglycémie constitue aujourd’hui un problème de santé majeur à l’échelle mondiale, a-t-elle souligné.

« Identifier un facteur jusqu’alors méconnu qui contribue à réguler la glycémie pourrait ouvrir une nouvelle voie à la recherche en santé et favoriser des applications concrètes dans le traitement du diabète, de l’obésité et d’autres troubles métaboliques », a-t-elle ajouté.

La professeure Shir Atzil, à gauche, et Monia Masalha, doctorante à l’Université hébraïque de Jérusalem. (Crédits : Yaniv Vaknin & Monia Masalha)

Dépendre des autres jusque dans notre métabolisme

Atzil a expliqué qu’elle étudiait depuis de nombreuses années les fondements biologiques et neuronaux des liens sociaux.

« J’ai peu à peu compris que la sociabilité n’est pas seulement une stratégie comportementale de survie », a-t-elle déclaré. « C’est aussi un mécanisme biologique élémentaire. »

« En tant qu’êtres humains, nous dépendons profondément de ceux qui prennent soin de nous », a expliqué Atzil. « Ces personnes deviennent essentielles parce qu’elles sont synonymes de survie, de bien-être, d’énergie, de réconfort et de régulation. »

Il y a une dizaine d’années, elle a commencé à formuler l’hypothèse selon laquelle les êtres humains dépendent les uns des autres non seulement pour le réconfort ou la sécurité, mais aussi pour « l’homéostasie elle-même, c’est-à-dire la régulation de nos processus physiologiques les plus fondamentaux ».

Elle a toutefois précisé que son hypothèse concernant le glucose avait d’abord été accueillie avec scepticisme.

Lorsque nous consommons des glucides, le système digestif les transforme en glucose, un sucre qui passe dans le sang et constitue l’une des principales sources d’énergie de l’organisme. Lorsque ce mécanisme fonctionne correctement, la glycémie augmente progressivement après un repas avant de revenir rapidement à un niveau de base stable.

Mais beaucoup se demandaient comment une personne pouvait influencer le taux de glucose d’une autre, a-t-elle expliqué.

Cette hypothèse était « assez audacieuse, mais solide », a déclaré Atzil. « Lorsque nous avons obtenu une bourse de démarrage du Conseil européen de la recherche, nous avons pu la mettre à l’épreuve. »

Avec Masalha et d’autres scientifiques, elle a ensuite mis en place un dispositif de recherche destiné à tester leur théorie de la physiologie sociale, en se concentrant sur trois paramètres physiologiques précis : la glycémie après les repas, la régulation de la température corporelle et le stress physiologique.

Un festin druze à la Little Kitchen de Safa Ibrahim dans les hauteurs du Golan, le 1ᵉʳ juin 2025. Illustration (Jessica Steinberg/Times of Israel)

Réalisation des expériences

Les scientifiques ont recruté, par le biais des réseaux sociaux et de la plateforme d’expérimentation en ligne de l’Université hébraïque, des couples hétérosexuels monogames ensemble depuis au moins neuf mois. Ont été exclues les personnes présentant des problèmes de santé sous-jacents ou une glycémie anormale.

Tous les tests ont été menés dans un laboratoire confortable, aménagé comme un salon, avec lumière naturelle, canapé et tapis. Les participants ont effectué chacune des épreuves deux fois dans la même journée : une fois seuls, l’autre en présence de leur partenaire.

Lors de l’expérience sur le glucose, les participants ont consommé une portion standardisée de 50 grammes de glucides, soit l’équivalent d’une pomme de terre ou d’une tasse de riz.

Pour le test de température, ils sont entrés dans une chambre froide maintenue à 12 °C, vêtus de vêtements légers.

Enfin, lors de l’expérience consacrée au stress, les participants ont été soumis à une légère stimulation électrique afin de mesurer la réaction de leur système nerveux.

Un jeune couple en Europe. Illustration (Crédit : PixelsEffect sur iStock par Getty Images)

Au cours de ces trois tests, les chercheurs ont soigneusement observé dans quelle mesure la présence d’un être cher aidait l’organisme à s’adapter puis à revenir à la normale.

« L’épreuve de stress était la plus simple, car on sait que les gens se réconfortent mutuellement », a-t-elle déclaré. « Mais, en réalité, nous soutenons aussi les processus homéostatiques de l’autre dans les deux autres systèmes physiologiques. »

Atzil a indiqué que les chercheurs avaient été « surpris » par la constance des effets observés.

« Nous avons été fascinés de constater que, quels que soient le lieu de l’expérience, le système étudié, la tranche d’âge ou le type d’expérience, l’effet de physiologie sociale restait très constant », a déclaré Atzil. « La réponse physiologique était systématiquement plus efficace lorsque les personnes étaient ensemble que lorsqu’elles étaient seules. »

José Ribes Muñoz, habitué à vivre seul depuis que sa femme l’a quitté, regarde la télévision en prenant son dîner du réveillon de Noël au lit, chez lui à Barcelone, en Espagne, le 24 décembre 2020. Illustration. (Crédit : Emilio Morenatti/AP)

Atzil a indiqué que ces expériences soulevaient de nouvelles questions sur les raisons pour lesquelles certaines personnes recherchent davantage la proximité que d’autres.

« L’une des hypothèses que nous testons actuellement est que les bénéfices physiologiques tirés de la proximité sociale varient d’un individu à l’autre », a-t-elle déclaré.

La proximité sociale joue-t-elle un rôle dans le contrôle de la glycémie ?

Atzil a indiqué que ces recherches pourraient modifier la manière dont les cliniciens réalisent certains tests diagnostiques.

« Lors d’un test de glycémie en clinique, le fait qu’une personne se présente seule, ou accompagnée d’un proche, peut influencer sa réponse physiologique », a déclaré Atzil. « Le contexte social ne fait actuellement pas partie des protocoles de test standard, mais nos résultats suggèrent qu’il pourrait constituer une source importante de variation. »

Salomon Israel, professeur associé au département de psychologie de l’Université hébraïque de Jérusalem (Crédit : Autorisation)

« Il existe un facteur qui influe sur nos processus homéostatiques fondamentaux, au point que notre métabolisme du glucose fonctionne plus efficacement lorsque nous sommes en compagnie de proches », a-t-elle déclaré. « Cette idée ouvre de nouvelles pistes de recherche pour déterminer si le contexte social peut être mis à profit afin de favoriser la santé métabolique. »

Cette étude suggère que « notre besoin des autres est ancré dans les mécanismes biologiques fondamentaux qui assurent le bon fonctionnement de notre organisme », a déclaré Salomon Israel, professeur associé au département de psychologie de l’Université hébraïque, au Times of Israel.

Israel n’a pas participé à l’étude.

« Une prochaine étape importante consistera à comprendre les différences individuelles », a-t-il déclaré. « Pourquoi certaines personnes tirent-elles beaucoup plus de bénéfices de cette proximité que d’autres ? Et pourquoi, chez certaines, semble-t-elle ne produire aucun effet ? »

« La science nous donne de l’espoir »

Atzil a indiqué que la première réunion consacrée à cette étude s’était tenue le 6 octobre 2023, la veille du 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes, menés par le groupe terroriste palestinien du Hamas, ont envahi le sud d’Israël, assassinant plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en enlevant 251 autres pour les emmener dans la bande de Gaza.

« C’est grâce à la science que nous avons pu traverser cette période et y faire face », a déclaré Atzil. « Cette recherche a été menée en Israël au cours d’années particulièrement difficiles. »

« Nous vivons ici ensemble, nous travaillons ensemble et nous entretenons des liens très étroits », a-t-elle ajouté. « Poursuivre nos travaux scientifiques nous apporte du réconfort, mais aussi de l’espoir. »

Atzil a précisé que Masalha, la première auteure, qui a grandi à Kafr Qara, près de Haïfa, s’identifie comme Palestinienne, tandis qu’elle-même se décrit comme une Juive israélienne.

« Mener des recherches ambitieuses et relever des défis scientifiques au cœur d’une réalité géopolitique complexe n’a pas été facile », a déclaré Masalha au Times of Israel dans un communiqué. « J’espère que cet article contribuera à faire émerger de nouvelles questions sur la profondeur des liens entre nos relations sociales et notre biologie. Parvenir à ce stade représente donc bien plus que les seuls résultats finaux : cela témoigne de la résilience, de la collaboration et d’une conviction commune quant à la valeur de la science. »

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