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Un rosé de Nana Estate Winery dans l'improbable terroir désertique de ce vignoble du Neguev. (Crédit : Nana Winery)
Un rosé de Nana Estate Winery dans l'improbable terroir désertique de ce vignoble du Neguev. (Crédit : Nana Winery)

Une nouvelle génération de viticulteurs fait fleurir le désert du Neguev

Le terroir aride produisant un vin « fruité mais pas confituré », les vignobles du Neguev se regroupent dans l’espoir d’obtenir une appellation officielle

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Un rosé de Nana Estate Winery dans l'improbable terroir désertique de ce vignoble du Neguev. (Crédit : Nana Winery)

Il ne pleut pas beaucoup dans le désert du Neguev, avec moins de 300 millimètres de précipitations par an en moyenne. Et pourtant, ce manque d’eau produit un raisin fruité, relativement peu vinaigré, léger en tanins et facile à boire.

Qui le savait ?

Les anciens Nabatéens apparemment. Les nomades arabes auraient été les premiers à cultiver la vigne sur des terrasses agricoles le long des lits de rivière asséchés, et à fabriquer du vin à partir de leurs récoltes.

Aujourd’hui, ce même sol sec et sablonneux du Neguev, ce même emplacement des lits de rivière et ces faibles précipitations qui ont contribué à créer ce qui pourrait bien être la région viticole la plus déterminée par son terroir en Israël.

« Comme il fait très, très sec dans le Neguev, cela donne des raisins qui sont très différents de ceux que l’on trouve ailleurs », explique Guy Haran, guide viticole et sommelier. « Ils ne sont pas seulement différents de ceux d’Israël, ils sont différents de ceux du reste du monde. Cela leur donne un caractère unique ».

Si cela fait quelques décennies que les Israéliens produisent du vin, leurs produits ne peuvent pas rivaliser avec ceux fabriqués en France, en Italie ou en Californie en termes de qualité, ni avec les prix des vins sud-américains, sud-africains et australiens.

Vue du vignoble vert de Nana Estate Winery sur le désert aride et brun du Neguev, un phénomène agricole qui a inspiré la Fondation Merage à soutenir la création d’une appellation de vin du Neguev. (Crédit : Autorisation Nana Winery)

« La seule manière pour nous d’être vraiment compétitifs est de créer notre propre style, de proposer quelque chose que personne d’autre ne peut offrir, quelque chose d’unique », a déclaré M. Haran, qui a créé Vinspiration, une entreprise israélienne de tourisme viticole.

Les vignobles du Neguev se sont unis pour obtenir l’appellation Neguev, qui permettrait de reconnaître officiellement le Neguev comme une région viticole distincte d’Israël. En août 2020, l’appellation Judea, première région viticole en Israël, a été déclarée.

Leur guide dans ce processus est M. Haran, qui travaille avec la Merage Foundation Israel, un organisme philanthropique familial basé aux États-Unis qui soutient les efforts visant à exploiter pleinement le potentiel touristique du Neguev – une région qui reste peu peuplée et dont le développement a souvent pris du retard par rapport au centre du pays.

Si le centre de la viticulture israélienne se situe depuis toujours dans le nord verdoyant, de plus en plus de vignobles et de vignerons ont fait leur apparition dans le Neguev ces dernières années, tirant parti du terroir unique et de l’air sec de la région.

Les touristes n’arrivent pas à croire que nous produisons ce genre de vin. Dans ce désert perdu ? !

Il y a maintenant plus de 30 vignobles dans le désert du Neguev, plus encore que dans les hauteurs du Golan, riches en eau, avec plus de 100 hectares de vignobles plantés, a déclaré M. Haran. Nombre d’entre eux sont de petits établissements qui vendent les raisins qu’ils cultivent à des établissements vinicoles industriels plus importants, ou qui produisent leur propre petite cuvée. Il estime que dix autres établissements vinicoles devraient voir le jour dans le Neguev dans le courant de l’année prochaine.

« Ce qui rend cet endroit unique, c’est la qualité. Pas la quantité », a déclaré le viniculteur Eran Raz, dont le vignoble, Nana Winery est situé en plein désert. Nana, l’un des plus grands établissements vinicoles du Neguev, produit 45 000 bouteilles par an, et prévoit d’augmenter sa production à 80 000 bouteilles cette année.

À chaque récolte, dit Raz, les vins ont des goûts et des tonalités différents. Il a essayé de nouvelles variétés de raisins pour le Chardonnay de Nana, le Chenin Blanc, un rosé fait à partir de raisins Grenache, et un mélange appelé « Tethys » avec des arômes de baies et de pin.

« Nous sommes encore en phase d’apprentissage des vins du désert », a déclaré M. Haran. Il les décrit comme « fruités mais pas confiturés ».

Alors que les connaisseurs ont vanté le développement de régions viticoles dans des zones autrefois trop froides pour la culture de la vigne comme une conséquence positive du changement climatique, Nana Raz a découvert que des zones autrefois considérées comme trop chaudes pour la culture de la vigne pouvaient aussi produire d’excellents vins.

Nana Raz (à droite) de Nana Winery, avec son vigneron, Dana Beny, dans les vignobles de Nana, dans le désert du Neguev. (Crédit: Autorisation Nana Winery)

« Les touristes viennent ici et boivent notre vin et n’arrivent pas à croire qu’ici, dans le désert, nous produisons ce genre de vin », a déclaré Raz. « Dans ce désert paumé ?! »

La rareté présente des avantages.

Dans le Golan, les raisins se contentent souvent de l’eau que le ciel leur fournit. Dans le Neguev, en revanche, Raz peut contrôler étroitement la quantité d’eau distribuée. Il a ainsi découvert qu’en gardant les vignes assoiffées, il pouvait créer un raisin plus savoureux qui conservait sa couleur vive.

« L’année dernière, je n’ai pas eu beaucoup de raisins de cabernet, mais ce que j’avais était excellent », a-t-il dit. « C’est ça qui m’intéresse ».

Non loin de là, Carmey Avdat ne produit que 6 000 bouteilles par an provenant de 2,5 hectares de vignobles dans le Neguev. L’établissement produit un cabernet sauvignon et un merlot, ainsi qu’un jeune rosé et un vin rouge léger appelé Somek.

Parmi les clients qui ont séjourné dans les cabanes pittoresques en forme de tonneaux de Carmey Avdat, il y a eu des visiteurs français venus de Bordeaux, qui ont été fortement impressionnés par le cabernet et le merlot locaux, raconte Eyal Izrael, propriétaire et viticulteur de Carmey Avdat.

« Ils étaient étonnés parce que c’est tellement différent de ce qu’ils connaissent chez eux », a-t-il dit.

Izrael produit aussi des vins blancs, une nouveauté sur la scène viticole israélienne, qui devraient se révéler particulièrement rafraîchissants pendant les longues chaleurs de l’été, lorsqu’une boisson rafraîchissante s’impose.

« C’est très extrême ici, mais si vous êtes prudent et méticuleux, vous obtenez de bons résultats », a déclaré Izrael.

Eyal et Hannah Izrael de la Carmey Avdat Winery dans la région du Neguev en Israël, où ils ont été parmi les premiers pionniers du désert à cultiver des raisins et à faire du vin (et à recevoir des invités dans leurs tzimmers en forme de tonneau). (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Un autre viticulteur du quartier, Tsur Shezaf, produit 5 000 bouteilles de vins naturels – Chardonnay, Chenin Blanc et Syrah – qui ne sont pas officiellement considérés comme biologiques bien qu’ils soient « plus que biologiques », dit-il.

Ses raisins sont considérés comme les meilleurs de la région, s’enorgueillit Shezaf, viticulteur autodidacte, écrivain de voyage, activiste et auteur de fiction, qui a quitté Jaffa pour s’installer dans le Neguev. Il refuse d’utiliser des pesticides pour ses raisins, qu’il nourrit avec du compost et irrigue avec l’eau de pluie et les crues du désert.

« Mon histoire est différente de celle des autres », dit Shezaf, en faisant référence à ses plus proches voisins. « Peu de gens ici font les choses comme je les fais. Certaines personnes ont mis du temps à me comprendre ; ils pensaient que j’étais cinglé. »

Tsur Shezaf du vignoble Shezaf dans la région du Neguev en Israël, un iconoclaste parmi les iconoclastes. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Il existe probablement quatre ou cinq régions viticoles distinctes dans le Neguev, explique M. Haran. L’une d’elles est constituée par les hauts plateaux à l’ouest de Mitzpe Ramon, où se trouvent Shezaf et Nana. L’altitude dans cette région signifie qu’il peut parfois neiger, ce dont Haran se souvient bien car il a suivi une formation d’officier militaire dans cette région.

Les extrêmes du désert se ressentent souvent de manière aiguë dans le goût des raisins. Alors que le Chenin Blanc de Nana n’est pas du tout affecté par la chaleur, le Cabernet, considéré comme le plus costaud par Raz, devient plus audacieux, plus fruité et plus alcoolisé lorsque le mercure grimpe.

« Je ne peux pas lutter contre [la température], donc si je veux du vin rouge, je dois faire avec ce que j’ai », dit-il.

Il a vraiment dû se battre.

Shachar et Nana Raz de Nana Estate Winery dans la région du Neguev en Israël ; il est le viniculteur, elle s’occupe du tourisme et du marketing de l’établissement. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Nana Estate Winery, situé à environ 25 kilomètres de la frontière égyptienne, a été choisi par Raz et son époux et partenaire commercial, Shachar Raz, pour son emplacement, à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer – le point le plus élevé de la région. Des murets de pierre parsèment le paysage, souvenirs visibles des fermes et des terrasses agricoles exploitées ici il y a quelque 2 000 ans.

« Il n’y avait rien ici. Nous avons démarré à partir de rien, sans eau, sans lignes téléphoniques », a déclaré Raz.

La sécurité s’est également avérée problématique. Le vignoble est situé le long d’une route empruntée par les Bédouins locaux pour le trafic de drogue depuis la frontière. De plus, des gangs de criminels venaient parfois arracher ses plants la nuit, selon Raz.

Il a persévéré, dormant souvent dans son vignoble, tandis que sa femme et ses enfants – ils en ont maintenant six – restaient à la maison à Mitzpe Ramon, non loin de là. Les premières années ont été difficiles, mais ils se sont maintenus à flot grâce à des activités annexes de consultation auprès d’autres vignobles émergents de la région qui faisaient appel à Raz pour son expertise agricole.

Les vignes de la Carmey Avdat Winery, dans la région du Neguev, où on avait dit aux propriétaires Eyal et Hanna Izrael qu’ils ne réussiraient jamais. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Aujourd’hui, Nana possède l’une des plus grandes exploitations viticoles du Neguev, avec seize hectares de vignobles. La Ramat Neguev Winery, à Kadesh Barnea, posséderait les plus grands vignobles du Néguev.

Certains élargissent leurs activités avec l’agritourisme, comme par exemple le bed-and-breakfast rustique de Carmey Avdat.

Guy Haran, expert et consultant en vin de Vinspiration, travaille actuellement avec des vignobles et des établissements vinicoles du Neguev pour créer une appellation du Neguev. (Crédit : Autorisation d’Ella Barak)

« Le vin et les vignobles sont une passerelle vers tout ce qui est lié au tourisme », a déclaré Nicole Hod Stroh, directrice générale de la Fondation Merage, basée en Israël.  » On voit le désert, le désert, le désert et puis, tout d’un coup, un vignoble vert. »

M. Haran et Mme Hod Stroh ont fait découvrir aux viticulteurs les concours et les expositions de vins, voyageant avec certains d’entre eux pour leur faire connaître les régions viticoles italiennes (bien que de nombreux viticulteurs locaux considèrent que l’Australie et la Nouvelle-Zélande se rapprochent davantage de leurs vignobles du désert), et pour ainsi préparer le terrain pour l’appellation Neguev, qui en fera une région viticole légalement protégée, au même titre que la Bourgogne ou Napa.

Ce groupe de viticulteurs du Neguev est ouvert à l’idée de se joindre aux efforts de Merage et d’en bénéficier, mais en fin de compte, il s’agit d’une équipe idiosyncratique. Nombreux sont les membres de cette communauté d’agriculteurs et de viticulteurs isolés qui ne s’étaient jamais rencontrés avant que M. Haran ne les réunisse pour définir les modalités de la production de vin dans les plaines désertiques sauvages du Neguev.

Avant même l’arrivée de Haran, la concurrence n’était pas des plus féroces. Raz, qui a d’abord été embauché comme consultant par certains des autres établissements vinicoles de la région, et d’autres viticulteurs restent en contact avec eux par WhatsApp, pour savoir qui commande des engrais ou si quelqu’un se rend à Beer Sheva, la grande ville la plus proche.

« Les gens qui font du vin ne font pas de secrets », a déclaré Izrael de Carmey Avdat. « Vous apportez une bouteille de votre vin lorsque vous rendez visite à votre voisin – il n’y a pas de formule secrète. Il y a une ouverture à parler des choses ».

Où visiter ?

La route 171 serpente à l’est de la frontière avec l’Égypte vers Mitzpe Ramon. En descendant vers la ville, la route passe devant Nana et Shezaf, longe les vignobles de Ramon et se termine au verger d’Eshkolot, où la route rejoint la route 40, le principal axe routier de Mitzpe Ramon.

Là, Simcha Marom puise dans les anciennes traditions agricoles du désert, produisant chaque année une petite cuvée de 800 bouteilles de vin casher ainsi que de l’huile d’olive provenant du verger de sa propriété.

Simcha Marom goûte l’une de ses huiles d’olive cultivées et pressées dans le Neguev à la ferme Eshkolot, dans la région du Neguev en Israël, dans un nouvel effort visant à développer le tourisme dans la région. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Son mari, Roni Marom, est maintenant maire de Mitzpe Ramon, mais les dégustations d’huile d’olive et la ferme biblique sont la passion de Simcha Marom.

En collaboration avec Yaacov Oryah, un viticulteur basé à Arad, elle produit un vin biologique à partir de ses raisins Mishor, ainsi que plusieurs types d’huile d’olive extra vierge pressée à froid à partir de trois variétés d’olives – Syrian, Picual et Barnea – cultivées sur leur propriété.

Les visites du verger, où sont cultivées les sept espèces d’Israël, sont agrémentées de dégustations de fruits et s’arrêtent à une ancienne citerne et à d’autres ruines archéologiques parmi les arbres et les vignes. Visitez le site web de l’Eshkolot Orchard pour réserver une visite ou commander de l’huile d’olive.

Tzur Shezaf, le non-conformiste du groupe, aimerait bien recevoir des visiteurs, mais ne peut pas officiellement accueillir de touristes dans sa salle de dégustation, en raison d’un différend avec les autorités municipales. Néanmoins, il reçoit volontiers les visiteurs qui veulent acheter son vin (non casher) – environ 120 shekels la bouteille – en particulier pendant la période des vendanges.

Le Tiny House, ancien missile Patriot, transformé en cabane Airbnb de la Nana Winery, au fin fond du désert du Neguev. (Crédit : Autorisation Nana Estate Winery)

Nana Estate Winery est ouvert aux visiteurs les dimanches, lundis, mercredis, jeudis et vendredis, de 11 à 15 heures, de préférence sur réservation.

Cette cave casher propose une dégustation complète. La visite du vignoble coûte 90 shekels et comprend trois dégustations de vin. Le fromage et les crackers coûtent 45 shekels, et la plupart des bouteilles coûtent entre 100 et 130 shekels.

Le domaine vinicole comporte en outre une seule cabane Tiny House pour la nuit, construite à partir d’un ancien missile Patriot. Le missile a été offert par Shachar Raz à Eran pour son 50e anniversaire. Les réservations sont disponibles via Airbnb, pour 1 900 shekels la nuit.

Les visiteurs sont les bienvenus plus bas sur la route, au vignoble Ramon, où une visite peut inclure une visite agricole du vignoble, la cueillette des raisins en saison et la dégustation de vins fabriqués à partir des raisins Ramon.

Le centre d’accueil des visiteurs de Carmey Avdat est ouvert à toute heure de la journée et les visiteurs sont les bienvenus sans préavis. Les groupes qui souhaitent embouteiller leur propre bouteille de vin de Carmey Avdat (à partir de 16 ans uniquement) doivent réserver à l’avance.

Les vins de Carmey Avdat ne sont pas casher, bien que trois vins casher soient à la cave de Ramat Neguev dans le moshav voisin de Kadesh Barnea, et leurs vins ne sont vendus que dans leur oasis idyllique. Les vins sont vendus à partir de 120 shekels.

Les cabanes de Carmey Avdat sont destinées aux couples ou aux petits groupes d’amis, pas aux familles. Les prix varient de 880 shekels par personne pour les cabanes de jardin à 1 150 shekels par couple pour les cabanes isolées.

Il y a aussi un café pour les visiteurs ou toute autre personne de passage, où la fille chef pâtissière des Izrael complète le menu de pain et de fromage et les options de petit-déjeuner avec des pâtisseries délicieuses.

Le vin y est aussi servi.

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