Baharav-Miara ne se présente pas à l’audience concernant son limogeage

Des manifestations ont eu lieu à Tel Aviv et Jérusalem pour protester contre le renvoi de la procureure générale, qui dénonce les 'considérations corrompues' du panel ministériel

La procureure générale Gali Baharav-Miara assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 27 avril 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La procureure générale Gali Baharav-Miara n’était pas présente lors de la réunion d’une commission ministérielle controversée, convoquée au bureau du Premier ministre à Jérusalem, et qui avait pour objectif de tenir une audience en vue de son licenciement, lundi après-midi.

Dans une lettre adressée avant l’audience, Baharav-Miara a averti que cette procédure ouvrait la voie à son renvoi, ou à celui de tout futur procureur général, sur la base de « considérations non pertinentes et corrompues ».

« Il s’agit d’une audience factice dont l’issue est prédéterminée », a-t-elle écrit.

« Cela porte gravement atteinte à l’État de droit et à la démocratie israélienne. »

Des centaines de manifestants se sont rassemblés à Tel Aviv et à Jérusalem pour protester contre cette audience. Des dizaines d’entre eux ont été expulsés de force du ministère de la Justice à Jérusalem après être entrés dans le bâtiment.

Selon Baharav-Miara, cette audience fait suite à des décisions qu’elle a prises dans le cadre de ses fonctions légales : bloquer des actions illégales du gouvernement, ordonner des enquêtes ou des poursuites contre des membres de la coalition, et refuser de suspendre des procédures pénales en cours impliquant un ministre en exercice. Elle a également fait part de ses inquiétudes quant au fait que, dans le cadre du nouveau panel ministériel, les procédures à son encontre et à l’encontre des futurs procureurs généraux seraient guidées par des « accords politiques ».

Un panneau d’affichage sponsorisé par Otzma Yehudit attaquant la procureure générale Gali Baharav-Miara, l’accusant d’être « une couturière juridique du gouvernement », laissant entendre qu’elle crée des cas sur mesure pour évincer des politiciens de haut rang, à Tel Aviv, le 5 décembre 2024. (Crédit : Otzma Yehudit)

Avant l’audience de destitution, le président Isaac Herzog a fait l’éloge de la procureure générale et mis en garde contre un « chaos » national.

Herzog a déclaré que les mesures prises par Baharav-Miara pendant la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza avaient contribué à protéger Israël contre les critiques internationales.

La coalition et Baharav-Miara sont en conflit depuis l’investiture du gouvernement, à la fin de l’année 2022. Les ministres accusent la procureure générale, nommée par le gouvernement précédent, de contrecarrer systématiquement leurs politiques, tandis qu’elle les accuse d’agir de manière illégale et de faire avancer une législation anticonstitutionnelle.

En mars, le gouvernement a engagé la procédure de destitution de la procureure générale en vertu d’un système mis en place en 2000.

Cependant, en juin, après avoir échoué à réunir le quorum requis au sein de la commission statutaire désignée en vertu de ce système, le cabinet a adopté une résolution créant une nouvelle commission ministérielle de cinq membres chargée de déclencher la procédure et présidée par le ministre des Affaires de la Diaspora Amichaï Chikli. Cette commission est également composée du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, de la ministre des Sciences et de la Technologie, Gila Gamliel, et du ministre des Affaires religieuses, Michael Malkieli.

Lors de la réunion de la commission, lundi, Chikli a présenté un document de 84 points résumant, selon lui, des centaines de pages d’accusations contre Baharav-Miara, préparées par le ministre de la Justice, Yariv Levin.

Alors que la commission se réunissait, des dizaines de manifestants ont organisé un sit-in devant le bâtiment du ministère de la Justice, où se trouve le bureau de Baharav-Miara, avant d’être expulsés. Les manifestants sont restés juste devant le bâtiment, où ils ont scandé des slogans en faveur de la procureure générale, selon Haaretz.

Une autre manifestation a eu lieu devant le tribunal de Tel Aviv, où devaient prendre la parole certains des plus éminents juristes israéliens, dont le président de l’Association du barreau israélien (IBA), Amit Bechar, et le président de l’université de Tel Aviv, Ariel Porat.

La session de lundi s’est tenue au lendemain du rejet par le juge de la Haute Cour, Noam Sohlberg, d’un recours déposé par des militants anti-gouvernement et des groupes de la société civile visant à empêcher la commission ministérielle de se réunir pour l’audience de révocation. Baharav-Miara avait exprimé son soutien à ce recours dans un avis déposé devant le tribunal la semaine dernière.

Sohlberg a rejeté le recours pour des raisons de procédure, estimant que la commission ministérielle n’avait pas encore rendu d’avis sur la destitution de Baharav-Miara et qu’il n’y avait donc rien à juger pour l’instant. Les requérants peuvent donc déposer à nouveau leurs objections devant la Cour si la commission recommande effectivement la destitution de Baharav-Miara.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

read more:
comments