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Carmei Gat, de l’aubaine immobilière au nouveau pôle anglophone d’Israël

Logements neufs, prix plus bas qu’à Modiin ou Beit Shemesh, ce quartier nationaliste-religieux de Kiryat Gat séduit un nombre croissant d’immigrants anglophones

Lorsque Joel et sa famille ont quitté New York pour s’installer en Israël en 2021, ils ont choisi un nouveau quartier à la périphérie de Kiryat Gat, ancienne ville de développement à dominante ouvrière, à la lisière nord du désert du Néguev, alors peu connue pour sa population d’immigrants anglophones.

Carmei Gat commençait alors à susciter l’intérêt de jeunes familles, dont beaucoup d’anglophones, mais restait encore relativement méconnu. Joel, qui a demandé que son nom de famille ne soit pas publié, et sa famille y ont trouvé un confortable appartement-terrasse pour seulement 1,9 million de shekels, une véritable aubaine par rapport à des biens similaires dans des villes particulièrement prisées des immigrants comme Modiin ou Beit Shemesh.

Acheter dans un quartier dont peu de leurs amis avaient même entendu parler n’était pas sans risque, se souvient Joel. « Cela a suscité beaucoup de scepticisme », a-t-il déclaré. « Mais nous avons rapidement compris que nous avions fait le bon choix et nous sommes tombés sous le charme du quartier. »

Créé en 2017 sur d’anciennes terres agricoles, de l’autre côté de la Route 35 par rapport au centre de Kiryat Gat, Carmei Gat compte aujourd’hui plus de 30 000 habitants, selon les données municipales. Il est devenu l’une des destinations qui se développent le plus rapidement en Israël auprès des familles nationalistes-religieuses à la recherche de logements abordables.

Le quartier exerce un attrait particulier sur les anglophones : quelque 300 familles d’immigrants y vivent désormais, selon des agents immobiliers. D’après Nefesh BeNefesh, plus de 100 familles anglophones s’y sont installées au cours de la seule année écoulée, et d’autres devraient les rejoindre prochainement, à mesure que de nouveaux programmes immobiliers approchent de leur achèvement.

« Nous sommes désormais un peu le ‘Buchman’ du Neguev », a déclaré Deborah Michael, agente immobilière spécialisée dans Carmei Gat, en référence à ce quartier haut de gamme de Modiin devenu un véritable pôle d’attraction pour les immigrants anglophones.

« Pour moins cher qu’à Beit Shemesh ou Modiin, on peut acheter un appartement beaucoup plus spacieux dans une communauté où vivent déjà des Anglos [immigrants], avec des synagogues, des écoles, des centres commerciaux et des professionnels qui parlent anglais », a-t-elle expliqué.

« On a l’impression de vivre dans un yishuv, une communauté très soudée, tout en bénéficiant de toutes les commodités d’une ville. »

Deborah Michael, agente immobilière à Carmei Gat, le 28 juillet 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Pour les premiers acheteurs comme Joel et sa famille, le choix s’est également révélé être un investissement judicieux. La famille s’étant agrandie, Joel a décidé l’année dernière de vendre son appartement pour emménager dans une maison plus spacieuse à proximité. La demande avait progressé si rapidement qu’il a pu le revendre près du double du prix payé à peine quatre ans auparavant, a-t-il expliqué.

« Dans notre quartier, on ne trouve pas meilleur rapport qualité-prix », a déclaré Joel.

Un quartier sorti de terre

Il n’en a pas toujours été ainsi à Kiryat Gat. À sa fondation, en 1954, la ville n’était encore qu’une localité isolée aux portes du désert, confrontée à la pauvreté et à un chômage élevé, qui accueillait de nombreux Juifs originaires d’Afrique du Nord. Au fil des décennies, la construction de nouvelles routes et d’usines, notamment une immense usine de semi-conducteurs Intel employant des milliers de personnes, puis l’arrivée d’une vague d’immigrants russes dans les années 1990, l’ont progressivement transformée en une ville ouvrière en pleine expansion.

Mais la création de Carmei Gat, vaste extension au nord de la ville, a ouvert un tout nouveau chapitre dans l’histoire de Kiryat Gat.

En 2013, Carmei Gat a été le premier quartier du pays conçu selon un modèle « d’accord-cadre » global, prévoyant une planification intégrée des logements, des commerces, des écoles, des transports et des espaces verts. Destiné à garantir que les infrastructures nécessaires soient en place dès l’arrivée des habitants, ce modèle a depuis été reproduit dans plus de 30 communes. Les responsables gouvernementaux ont salué le quartier comme un « grand succès ».

Chantier de construction à Kiryat Gat, dans le sud d’Israël, le 27 octobre 2025. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

En raison de son éloignement des principaux centres urbains d’Israël, Carmei Gat se trouvant à environ 45 kilomètres au nord de Beer Sheva et à 45 kilomètres au sud de Tel Aviv, les terrains y ont été cédés à bas prix à des promoteurs immobiliers prêts à prendre le risque. Mais le potentiel de croissance était manifeste dès le départ, selon Michael.

« Très tôt, un noyau de jeunes anglophones avisés a saisi l’occasion et commencé à acheter des logements dans le centre », a-t-elle expliqué. « Ils ont rencontré le maire et obtenu de la municipalité un terrain destiné à la construction d’une synagogue ashkénaze, ce qui a contribué à enraciner la communauté. »

Cette synagogue, Carmei Tzion, est rapidement devenue un point de ralliement pour de nombreuses familles d’immigrants, comme dans d’autres communautés du pays qui se sont structurées autour de lieux de culte anglophones. Comme beaucoup d’autres groupes d’immigrants, les anglophones ont tendance à rechercher la proximité de personnes avec lesquelles ils partagent une langue et un héritage culturel, ce qui facilite leur intégration.

La synagogue Carmei Tzion à Carmei Gat, le 28 juillet 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« Une communauté se construit autour de la synagogue. Le reste suit », a déclaré Michael, soulignant que plusieurs autres congrégations se sont depuis établies à proximité. « On en est arrivé au point où, à prix égal, les gens préfèrent des appartements plus petits près de Carmei Tzion à des logements plus grands, mais plus éloignés. »

Des organisations destinées aux immigrants nord-américains, telles que Nefesh BeNefesh et l’Orthodox Union, proposent également des programmes et des ressources au sein de la communauté. De nombreux groupes WhatsApp et Facebook en anglais permettent par ailleurs aux habitants d’échanger et de rester en contact.

« Les anglophones apprécient cet endroit parce qu’ils y sont très présents, sans pour autant avoir l’impression de vivre uniquement entre Américains », explique Bracha Miriam Geller, agente immobilière dans le quartier. « Il faut 20 minutes à pied pour aller d’un bout à l’autre du quartier, et tout le monde se côtoie. »

Aujourd’hui, presque tous les habitants de Carmei Gat se définissent comme nationaliste-religieux, précise Michael, avec des degrés très divers de pratique religieuse. Autrefois essentiellement peuplé de jeunes familles, le quartier a également évolué avec ses premiers habitants, qui ont vieilli, tandis que des membres plus âgés de leurs familles sont venus les rejoindre.

« Quand nous avons emménagé ici, on avait l’impression que tout le monde avait la vingtaine », raconte Michael. « Aujourd’hui, la plupart des habitants ont entre la fin de la vingtaine et la fin de la trentaine, et de plus en plus de parents et de grands-parents viennent à leur tour s’installer ici pour se rapprocher de leurs enfants. »

Certains membres du kibboutz Nir Oz y vivraient également encore, près de trois ans après avoir été évacués de chez eux à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Une maison à Carmei Gat, le 28 juillet 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Les prix de l’immobilier à Carmei Gat restent relativement bas par rapport à ceux pratiqués dans des communautés d’immigrants comparables, a indiqué Geller. Un appartement de trois chambres sur le marché de l’ancien coûte en moyenne environ 2,2 millions de shekels. Les prix peuvent toutefois atteindre 3 millions de shekels pour un grand appartement de cinq chambres et 3,5 millions de shekels pour un appartement avec jardin, a-t-elle précisé.

Ces prix sont inférieurs de 20 à 40 % à ceux de logements comparables à Beit Shemesh et Modiin, et représentent nettement moins de la moitié de ceux pratiqués dans les quartiers de Jérusalem prisés des immigrants, comme Katamon et Rehavia.

La plupart des logements sont des appartements situés dans des immeubles de grande hauteur, mais l’offre comprend également de nombreuses autres possibilités, notamment des duplex et des triplex. Les grandes maisons individuelles de Carmei Gat, dont certaines n’ont rien à envier aux imposantes villas d’Herzliya Pituah, se vendent généralement autour de 7 millions de shekels, a ajouté Michael.

Un quartier aux allures de ville

L’accord-cadre ayant prévu dès l’origine le développement commercial et culturel de Carmei Gat, le quartier dispose déjà de nombreuses infrastructures et de nombreux services que l’on trouve généralement dans des villes bien plus importantes.

La rue Lachish, principale artère commerciale, est bordée de grands centres commerciaux, de supermarchés, de restaurants, de bureaux et de centres de santé, entre autres services. BIG Fashion, un centre commercial à ciel ouvert et l’un des trois que compte le quartier, abrite un supermarché Rami Levy, deux étages de boutiques et de cafés, ainsi qu’une fontaine où les enfants peuvent jouer.

« Des écoles, des parcs et des synagogues sont répartis dans tout le quartier », a fait remarquer Michael. L’immense parc Sportek, situé en son centre, avec ses terrains de sport, ses aires de jeux, son skatepark, son parcours ninja, ses murs d’escalade et ses autres équipements, est « l’équivalent de Central Park à New York pour Carmei Gat », a-t-elle ajouté.

Un centre commercial à Carmei Gat, le 28 juillet 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Des sentiers piétonniers et des pistes cyclables sillonnent le quartier, tandis que les immeubles résidentiels sont suffisamment espacés pour éviter toute sensation de promiscuité. Les câbles électriques sont enterrés et les rues, larges et bordées d’arbres, donnent une impression générale de propreté et d’entretien, selon Michael.

Bien qu’il fasse administrativement partie de Kiryat Gat, Carmei Gat, avec ses rues impeccables et ses immeubles flambant neufs, contraste fortement avec le reste de la ville, où les logements sont plus anciens et les centres commerciaux et autres équipements moins nombreux. Dans le reste de Kiryat Gat, les logements sont généralement 25 à 35 % moins chers qu’à Carmei Gat, selon les données publiques compilées par le site immobilier Madlan.

Carmei Gat affiche également un classement socio-économique supérieur à celui de la majeure partie de la ville, selon le Bureau central des statistiques (CBS), qui classe les quartiers en fonction notamment de la qualité de vie, des établissements scolaires et des niveaux de revenus.

Le quartier est séparé du reste de Kiryat Gat par la Route 35, un axe routier majeur, ainsi que par une bande d’espaces verts. Seules trois routes relient les deux secteurs, renforçant l’impression que Carmei Gat constitue une entité à part entière. Les annonces immobilières concernant le quartier ne mentionnent d’ailleurs souvent que « Carmei Gat », sans préciser Kiryat Gat, signe de la faible identification du quartier au reste de la ville.

Vue depuis la ville de Kiryat Gat, dans le sud d’Israël, le 27 octobre 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Avec autant de services disponibles sur place, les habitants de Carmei Gat ont rarement besoin de se rendre dans les quartiers plus anciens et moins modernes de Kiryat Gat, a expliqué Michael.

« Notre banque s’y trouve, ainsi que certains services municipaux, mais c’est à peu près tout », a-t-elle déclaré. « Culturellement, c’est un endroit à part. »

Compte tenu de l’éloignement de Carmei Gat des grands centres urbains que sont Jérusalem et Tel Aviv, la question de sa situation géographique est un sujet sensible pour les habitants. Michael souligne toutefois que le réseau routier et les transports en commun, prévus dès l’origine dans l’accord-cadre, facilitent considérablement les déplacements quotidiens.

« Rien n’est vraiment loin », a-t-elle déclaré. « Nous sommes à moins d’une heure de Tel Aviv, à une heure de Jérusalem, à environ 30 minutes de la plage d’Ashkelon et à 35 minutes en train de Beer Sheva. »

S’il n’existe pas de liaison ferroviaire directe avec Jérusalem, le train permet de rejoindre facilement depuis Kiryat Gat les grands bassins d’emploi de Tel Aviv et Beer Sheva, a souligné Michael. Une nouvelle gare est en construction dans le nord de la ville, ce qui devrait encore faciliter les déplacements quotidiens, a-t-elle ajouté.

Vue depuis la ville de Kiryat Gat, dans le sud d’Israël, le 27 octobre 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Les promoteurs immobiliers ont, par ailleurs, déjà entrepris la construction d’une nouvelle extension de Carmei Gat, plus au nord. Des terrains encore vierges au nord du quartier actuel sont en cours d’aménagement pour accueillir la prochaine phase de développement, qui prévoit la construction de quelque 6 000 nouveaux logements dans les années à venir.

Ces logements font déjà l’objet d’une commercialisation intensive. Michael, qui vit à Carmei Gat depuis quatre ans, met toutefois en garde les acheteurs contre l’idée que cette nouvelle extension offrira nécessairement la même vie communautaire que le quartier actuel.

« Peut-être connaîtra-t-elle un jour le même type de développement, mais il ne serait pas juste de promettre aux clients que ceux qui habiteront tout au nord se retrouveront au cœur de la communauté anglophone qui existe ici », a déclaré Michael.

Logements à Carmei Gat, 28 juillet 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

À plus long terme, l’Autorité foncière israélienne travaille déjà à des projets de nouveaux quartiers à l’est et à l’ouest, susceptibles d’ajouter jusqu’à 30 000 logements supplémentaires.

Pour l’heure, Carmei Gat s’impose comme l’une des principales communautés d’immigrants du Neguev. Parvenir à préserver cet esprit communautaire tout en poursuivant son expansion pourrait bien constituer le prochain défi de son développement rapide.

« Au départ, les gens sont venus ici pour les prix », a expliqué Michael. « Aujourd’hui, ils restent pour la communauté. »

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