Les nouvelles technologies et le futur campus de Tsahal préparent « l’âge d’or » de Beer Sheva
Immobilier à prix bas, nouvelles infrastructures et militaires sont porteurs de changement — mais de profonds problèmes sociaux et de planification demeurent
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Depuis le pont de l’ADN, dans le parc high-tech de Gav Yam, à Beer Sheva, l’avenir de cette ville du désert semble on ne peut plus ouvert.
Sorti de terre il y a de cela une petite dizaine d’années dans une ville longtemps connue pour ses chameaux et non pour ses licornes, le centre de haute technologie de Gav Yam est aujourd’hui un centre de recherche et de développement des plus florissants pour les entreprises les plus en vue du secteur de la Tech, comme par exemple Microsoft, Dell, Wix ou encore Rafael Advanced Defense Systems. Ses quatre bâtiments réunissent pas moins de 3 000 employés et la construction de nouveaux bâtiments va permettre d’en tripler le nombre dans les prochaines années.
À droite, de l’autre côté de ce pont dont le design futuriste en forme de double hélice lui a valu des éloges du monde entier, se trouve l’université Ben Gurion et ses 30 000 étudiants. Et à gauche de l’université, on trouve le centre hospitalier Soroka, le plus grand hôpital du sud Neguev. Et encore plus à gauche, on distingue l’endroit qui porte tous les espoirs de la ville pour l’avenir.
Début 2026, l’armée israélienne devrait en effet commencer à déménager à Beer Sheva, à quelques kilomètres seulement du centre technologique, la plupart de ses opérations de technologie de l’information et de communication qui seront abritées dans un tout nouveau campus d’une surface de 150 000 mètres carrés.
Ce sera, à ce jour, la phase la plus importante de l’ambitieux programme pluriannuel de Tsahal visant à relocaliser une grande partie de ses bases de renseignement, de formation et d’opérations dans le Neguev. Un moment dont la ville entend bien tirer parti pour passer au niveau supérieur, ou, comme le dit son maire, Ruvik Danilovitch, pour entrer dans « l’âge d’or de Beer Sheva ».
Danilovich et les membres de la communauté locale travaillent en coulisses depuis des années pour connecter les mondes de la technologie, de la médecine et de l’université dans le but de créer un environnement propice aux interactions et à la croissance, explique Omri Dai, PDG de Tech7, un accélérateur de haute technologie pour les entreprises de Beer Sheva et du Neguev.
« Je n’aime pas utiliser le mot écosystème, car c’est cliché, mais je pense que nous avons créé un véritable écosystème pour faire de la ville une métropole de haute technologie capable d’être le point focal économique de la croissance de tout le Neguev », poursuit-il.
« Je pense que quelque chose de très spécial est en train de se passer ici en ce moment », ajoute-t-il. « Une Beer Sheva forte est la clé pour renforcer l’ensemble du Neguev. »
Des débuts humbles
Pour certains, les rêves de high-tech de Beer Sheva sont en décalage avec la réalité actuelle. En effet, cette ville de 220 000 habitants est l’une des métropoles les plus pauvres d’Israël, régulièrement reléguée dans le dernier quart du classement annuel de la qualité de vie en Israël.
Ville en développement qui a rapidement absorbé des réfugiés venus d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Europe de l’Est dans les années 1950 et 1960, Beer Sheva présente aujourd’hui l’un des taux de criminalité les plus élevés d’Israël et son climat brûlant, auquel s’ajoute le sable du désert, peut s’avérer difficilement supportable. Pour certains, la ville se sent un peu délaissée.
La population bédouine de la ville augmente ä un rythme rapide et les perspectives de changement, dans cet environnement chroniquement mal desservi, s’accompagnent de défis à relever. Les urbanistes évoquent de nouvelles opportunités d’emploi pour la communauté bédouine, mais Danilovich souligne que le Neguev risque de ne plus être à majorité juive.
De nombreux problèmes fondamentaux liés à la planification doivent être résolus, estime Nurit Alfasi, qui dirige le programme d’urbanisme au Département des sciences de l’environnement, de la géo-informatique et de l’urbanisme de l’Université Ben Gurion du Neguev.
« La ville est dépourvue d’un vrai centre et il se passe peu de choses au niveau culturel », ajoute-t-elle. « La ville est très étendue, avec une très faible densité de population et des quartiers qui ne sont pas reliés les uns aux autres. »
Par ailleurs, poursuit-elle, les espaces publics sont mal entretenus et peu ombragés, ce qui les rend peu agréables.
Il est rare que les étudiants de l’université Ben Gurion restent vivre sur place une fois leurs études terminées car il y a à la fois peu d’emplois et peu de choses à faire, souligne Alfasi, qui vit à Tel Aviv mais travaille à Beer Sheva. La rareté des transports publics, à l’intérieur comme à l’extérieur de la ville, font que ses habitants sont isolés du reste du pays, ajoute-t-elle.
« Il était prévu que la ville compte 500 000 habitants, soit plus du double de sa taille actuelle, mais de nombreux logements sont inoccupés », regrette-t-elle. « La ville doit changer de stratégie et revoir sa planification. »
Tout le monde ne partage pas le pessimisme d’Alfasi.
« Je suis très enthousiaste à propos de Beer Sheva, mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle se transforme en Tel Aviv du jour au lendemain », déclare Dan Blumberg, vice-président du développement industriel et régional de l’Université Ben Gurion.
« L’immobilier est beaucoup moins cher que dans le centre du pays, et il y a beaucoup de chantiers de construction. Nous avons 3 000 ingénieurs dans un parc de haute technologie qui n’existait pas il y a de cela 12 ans, et le nouveau centre de Tsahal va créer de nombreux emplois. Nombre de ces employés vont venir vivre ici, mais cela va prendre du temps. Le maire travaille sur plusieurs initiatives économiques. »
Danilovich, qui est maire de Beer Sheva depuis 2008, est extrêmement populaire auprès de ses concitoyens : il a d’ailleurs remporté plus de 90 % des voix lors des trois scrutins organisés depuis son premier mandat.
Sa vision, faite d’innovation et de collaboration, est appréciée de nombreux habitants qui lui sont reconnaissants d’avoir amélioré l’image et l’économie de la ville.
« Il s’agit d’une communauté dynamique où il se passe beaucoup de choses », ajoute Avichai Buchnik, un agent immobilier chevronné chez Eretz Ir Realty. « La qualité de l’éducation est très bonne à Beer Sheva, et les prix des logements sont bas. »
Buchnik explique que les logements neufs se vendent entre 1,1 million et 1,8 million de shekels, en fonction de la surface, et les biens d’occasion entre 700 000 et 1 million de shekels. Dans le centre et à Jérusalem, les prix sont souvent trois à quatre fois plus élevés.
Il y a beaucoup de choses à faire à Beer Sheva, même si la ville n’a ni les musées ni les institutions culturelles des grandes villes, explique Nurit Maatok Borschel, une habitante installée depuis longtemps à Beer Sheva. Mais, s’empresse-t-elle d’ajouter, les récentes améliorations apportées à la ville ont entraîné un afflux de nouveaux habitants, qui rendent la ville à la fois plus animée et plus touristique.
Il y a un autre avantage à vivre à Beer Sheva, note Buchnik : « En étant présent dans le Neguev, particulièrement en ce moment, on participe au rêve sioniste. »
Des priorités nationales
Beer Sheva est souvent considérée comme la capitale du Neguev, la région sud d’Israël qui représente près de 55 % de la superficie totale du pays, mais la ville a vu son prestige diminuer, au plan national, ces dernières années.
Un temps quatrième plus grande ville d’Israël, elle se classe aujourd’hui au neuvième rang, derrière Rishon Lezion, Petah Tikva, Netanya, Ashdod ou Bnei Brak, toutes situées plus près du centre du pays. (Son importante métropole, qui comprend Ofakim, Rahat, Lehavim et Omer, occupe toujours la quatrième position, avec près de 400 000 habitants.)
À Beer Sheva, certains estiment que, ces dernières années, le gouvernement israélien n’a pas fait du développement de la ville une priorité nationale, comme en témoignent selon eux l’augmentation des investissements dans le Neguev occidental et dans le nord d’Israël suite aux dommages causés par les combats, suite à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
La ville estime que l’exonération d’impôt foncier accordée aux villes voisines est dissuasive pour Beer Sheva. Les villes voisines en question, que ce soit Ofakim, Dimona, Yeruham ou encore Netivot, relèvent de « zones de développement prioritaires », ce qui donne à leurs habitants des avantages fiscaux substantiels allant jusqu’à 18 % sur les salaires annuels supérieurs à 234 000 shekels.
En vivant à Ofakim donc, à 10 minutes en voiture de Beer Sheva, on économise plus de 3 500 shekels par mois, selon les information du site Internet du gouvernement – ce qui n’est pas le cas à Beer Sheva.
« Ces avantages fiscaux sont décisifs au moment de choisir où s’installer », affirme Danilovitch.
Il a un temps été envisagé de faire bénéficier Beer Sheva de cet allégement fiscal, mais cela a été mis entre parenthèses suite aux atrocités commises par le Hamas le 7 octobre dans les communautés voisines de l’enveloppe de Gaza, dont la remise en état et le repeuplement sont devenus des priorités nationales. En théorie, la question est toujours sur la table, mais il est peu probable qu’elle se concrétise rapidement.
Malgré cela, le gouvernement a d’ambitieux projets de développement pour Beer Sheva, dont il souhaite consolider le statut de point focal économique du Neguev.
Un programme budgétaire quinquennal validé l’an dernier vise à renforcer la croissance de Beer Sheva en investissant dans les infrastructures essentielles, le logement, l’emploi et le développement économique, et en menant à bien deux projets cruciaux pour résoudre les problèmes de transport.
Le développement d’un tramway doté d’un réseau de 25 kilomètres pour desservir toute la région métropolitaine de Beer Sheva est en cours, façon d’offrir des solutions de transport entre la ville, sa banlieue et les installations militaires hors de la ville. Ce projet, qui fait l’objet de discussions depuis plusieurs dizaines d’années, sera, si tout va bien, achevé en 2033.
Il est également prévu de construire un train rapide pour relier Beer Sheva à Tel Aviv et au centre du pays, grâce au déploiement d’un réseau ferroviaire à grande vitesse permettant des vitesses allant jusqu’à 250 kilomètres/heure. Ce train permettrait de réduire le temps de trajet entre Tel Aviv et Beer Sheva à 30-35 minutes, contre 75 minutes – voire plus – aujourd’hui.
Toutefois, cette ligne, dont le lancement est actuellement prévu en 2040, en est encore aux premières étapes de planification.
Pour l’heure, les solutions de transport entre Beer Sheva et le centre économique et culturel du pays sont limitées, surtout la nuit, ce qui « affaiblit la ville et l’isole du centre du pays », explique Alfasi.
Par ailleurs, un nouvel hôpital de 600 lits, le second de la ville après Soroka, devrait ouvrir ses portes en 2028 (mais la municipalité tente en priorité d’obtenir des fonds publics pour effectuer les travaux requis à Soroka, endommagé par des missiles iraniens lors des 12 jours de guerre contre l’Iran en juin dernier).
Et le mois dernier, le comité local de planification et de construction de Beer Sheva a validé le projet de construction d’un « village sioniste mondial » d’une superficie de 6,5 hectares pour un montant d’1,2 milliard de shekels, en collaboration avec le Fonds national juif des États-Unis. L’idée est de faire de ce village la vitrine touristique de l’information sur le sionisme.
Une nouvelle vie
Des changements sont d’ores et déjà à l’œuvre dans la ville.
En 2013, la ville a lancé le projet du parc de la rivière Beer Sheva, l’un des plus importants projets de parc urbain de tout le pays, pour faire du lit, aujourd’hui asséché, de la rivière Beer Sheva un centre récréatif et culturel vert. D’une superficie de 530 hectares, le parc compte aujourd’hui un lac artificiel, des installations sportives et un amphithéâtre de 12 000 places, de quoi attirer les riverains et les visiteurs.
Ils sont nombreux, parmi les habitants de Beer Sheva, à voir dans ce parc inauguré sensiblement en même temps que le parc de haute technologie, le symbole du renouveau d’une ville arrachée à l’oubli et au sable du désert, en passe de devenir un centre urbain moderne et agréable à vivre.
« C’est un signe de la croissance de la ville », assure Maatok Borschel. « Ce projet a fait entrer la nature dans la ville d’une manière originale et à une échelle que nous ne connaissions pas. »
Par ailleurs, le shuk municipal de Beer Sheva – le marché en plein air -, le plus grand de ce type en Israël, est en travaux avec un budget de 100 millions de shekels pour en moderniser les infrastructures et le rendre plus convivial, ajoutant un lieu pour accueillir des événements et de nouveaux endroits de restauration agréables.
Le marché, qui fait plus de deux fois la taille du Mahane Yehuda de Jérusalem, compte plus de 600 propriétaires de magasins juifs, arabes et bédouins qui vendent de tout, en allant du poisson et des légumes aux vêtements et aux bijoux.
Les travaux, qui ont commencé en novembre dernier, devraient se poursuivre jusqu’à fin 2026.
« Il se passe de bonnes choses ici », résume Tzion Elkayam, de la poissonnerie Pinat HaDayagem, en servant une assiette de ceviche de saumon frais.
Au Monument à la Brigade du Neguev, l’un des monuments les plus célèbres de la ville, un changement plus subtil a eu lieu. Cette énorme sculpture en béton, construite dans le plus pur style brutaliste en vogue dans les années 1960, est l’un des points de vue les plus pittoresques sur Beer Sheva. Mais ces dernières années, le regain de criminalité nocturne en avait éloigné les riverains.
L’année dernière, trois jeunes entrepreneurs ont ouvert un café au pied de la colline et les choses ont commencé à changer.
« Nous savions que cet endroit avait un énorme potentiel : avec l’aide de la municipalité, nous avons construit cet espace où les gens viennent écouter des concerts, prendre des cours de yoga et bien d’autres choses », explique au Times of Israël, autour d’un café, Eyal Shoshan, l’un des cofondateurs de Hadabeshet.
« Nous avons des partenariats avec l’université et de nombreux entrepreneurs, ce qui fait qu’aujourd’hui l’endroit est souvent plein et l’ambiance autour du monument a radicalement changé. C’est beaucoup mieux. »
Le directeur de l’accélérateur de haute technologie de Beer Sheva, Dai, estime que ce modèle de développement est essentiel, à la fois pour Beer Sheva et le Neguev dans son ensemble.
« Ce que nous faisons ici a un impact sur toutes les implantations satellites autour de nous », assure-t-il.
« Le développement de la haute technologie à Beer Sheva a un effet positif sur la haute technologie à Ofakim, Sderot, Omer et dans d’autres villes voisines, là où le fait d’investir ailleurs, à nos dépens, ne fait que cannibaliser la croissance à long terme de l’ensemble de la région. Si nous sommes vraiment la capitale du Neguev, alors notre réussite est celle de tous. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







