Israël en guerre - Jour 142

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Ce qui compte pour Micah Goodman : être aux côtés d’Israël lors de la riposte

L’influent auteur et intellectuel décrit le cocktail d’émotions qui s’est emparé de la nation après l’assaut du Hamas : « Le choc, le chagrin, la frustration, l’inspiration, la fierté »

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Israël est en guerre. Et alors même que nous nous battons sur notre frontière sud – et de plus en plus sur notre frontière nord – l’un de nos plus grands combats est à l’échelle du monde : c’est la guerre pour gagner les cœurs et les esprits de tous ceux qui pourraient apporter leur soutien à Israël en cette période, la période où nous en avons le plus besoin.

Parce que la bataille est internationale. Il ne s’agit pas seulement des Palestiniens contre les Israéliens. Non, les choses vont beaucoup plus loin.

« Le Hamas n’est que l’un des visages de l’Iran. C’est un monstre énorme, organique. Et nous n’avons donc pas été attaqués par des milices locales, mais nous avons été attaqués par l’empire perse », déclare le docteur Micah Goodman.

Goodman, auteur de livres de premier plan – citons « Catch-67 » – a déjà fait des apparitions dans ce podcast « Ce qui compte maintenant » dans le passé. Il s’était exprimé sur la politique et sur le plan de refonte du système judiciaire israélien.

Mais lors d’une matinée où nous avions tous les deux reçu la terrible nouvelle de la perte d’un être cher, nous avons eu une conservation brute, authentique. Goodman a profité de cette opportunité pour lancer un appel à l’aide.

Dans la semaine qui a suivi la terrible tragédie qui a secoué Israël, nous avons demandé au docteur Micah Goodman « Ce qui compte maintenant ».

La retranscription suivante a été légèrement révisée.

Times of Israel : Micah, merci beaucoup de m’avoir permis de vous rejoindre aujourd’hui. Et ce dont nous allons discuter est quelque chose de totalement différent de ce dont nous avons pu discuter auparavant. Alors, pour commencer, pouvez-vous simplement nous dire ce que vous ressentez – ce qu’un si grand nombre d’Israéliens ressentent aujourd’hui ?

Micah Goodman : Je vais partager avec vous tous mes sentiments non pas parce que je serais un être unique mais parce que je ne suis pas unique. Je suis un Israélien et je vis ici. Tout simplement. C’est ce que je ressens. Je suis en état de choc, je suis bouleversé, parce que ce qui est arrivé au cours de ce massacre, à Simhat Torah, est impensable. Nous sommes sous le choc.

Mais je ne suis pas seulement sous le choc. Je suis aussi rempli de chagrin, de tristesse, parce que des gens que j’aime – chaque Israélien – ont des gens qu’ils aiment qui se trouvent actuellement entre les mains du Hamas, et qu’ils avaient aussi des gens qu’ils aimaient qui ont été assassinés à Beeri, à Nahal Oz, à Kfar Aza, à Sderot, à Ofakim, à Hativat Golani.

Du sang sur le sol d’une chambre d’un habitant de Beeri, le 11 octobre 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Mais nous ne faisons pas que connaître le choc, le chagrin ; nous expérimentons également la frustration. La frustration parce que lorsque nous avons eu besoin de l’armée, elle n’était pas là. La frustration parce lorsque nous avons eu besoin des renseignements pour qu’ils nous informent de ce qui allait arriver, rien n’a fonctionné ; rien n’a fonctionné parce que l’establishment militaire et politique, depuis le sommet de la hiérarchie, nous a trahis. Et nous sommes donc terriblement frustrés.

Mais je ressens aussi de l’admiration – c’est une autre émotion. Parce que nous admirons l’esprit de notre peuple. Toutes ces histoires de bravoure absolue de la part de ces hommes et de ces femmes de Beeri, de Kfar Aza, de Nir Am qui se sont battus pour tuer des terroristes, pour sauver des vies, pour sauver leur famille, pour sauver d’autres familles. Ces histoires d’héroïsme de la part des Israéliens font de plus en plus surface et nous sommes remplis d’admiration à l’égard de l’esprit qui a été affiché par ces Israéliens étonnants.

Une autre émotion dont je fais l’expérience, une émotion très puissante, c’est l’inspiration, c’est ce que m’inspire la solidarité israélienne. Amanda, savez-vous que 150 % des Israéliens se sont présentés pour leur devoir ? On a fait appel aux réservistes et on se demandait combien de réservistes allaient se présenter : 70 % ? 80 % ?… Je sais que mathématiquement, c’est impossible, mais 150 % se sont présentés. Des gens qui se trouvaient en Thaïlande, des gens qui se trouvaient en Inde, des gens qui sont à Londres font tout ce qui est en leur pouvoir pour… Vous savez à quel point les Israéliens ne savent pas se mettre en rang. Eh bien, habituellement, nous ne nous mettons pas en rang. Et là, tous les Israéliens font tout ce qu’ils peuvent pour se mettre en rang, pour monter dans un avion, pour revenir, pour se battre pour ce pays, pour cette nation. Et l’unité israélienne nous inspire profondément, la solidarité israélienne nous remplit d’admiration. Nous avons tenté d’aller donner notre sang l’autre jour, et on nous a dit de retourner chez nous parce que nous avions été trop nombreux à le faire. Nous devrons revenir dans quelques jours.

Mais nous expérimentons aussi la rage. Une rage que nous n’avions jamais connue auparavant. La rage à l’encontre des monstres du Hamas. Cette rage va s’exprimer à voix très, très forte dans les semaines et dans les mois à venir.

Oh, et Amanda, je vais, en fait, peut-être résumer ce que je ressens, ce que chaque Israélien ressent, ce cocktail d’émotions : le choc, le chagrin, la frustration, l’inspiration, la rage, la solidarité, l’admiration. Et peut-être au-dessus de tout le reste, dans ce cocktail d’émotions, je ressens de la fierté. Jamais, dans toute ma vie, je ne me suis senti aussi fier d’être israélien.

Tout ça, c’est moi. C’est nous. Nous sommes un cocktail d’émotions. C’est ce que nous sommes. C’est ce que nous transportons avec nous. C’est ce que nous transporterons avec nous quand nous nous rassemblerons pour riposter et pour l’emporter.

Des volontaires préparent des colis d’aide et des fournitures pour les soldats israéliens et les résidents évacués, à Tel Aviv, le 12 octobre 2023. (Crédit : GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Tout est tellement à vif. Vous êtes un historien et vous êtes un intellectuel, un analyste. Pouvez-vous, d’une manière ou d’une autre, comparer ce qui arrive maintenant avec ce qui était arrivé il y a 50 ans, avec la guerre de Yom Kippour ?

C’est très, très intéressant. En 1973, Israël avait été pris par surprise. Mais il n’y avait pas eu qu’une seule surprise. Il y avait eu trois surprises, deux mauvaises surprises et une bonne. Laissez-moi juste réfléchir à ça. La guerre, comme le disait Napoléon, est le royaume de l’incertitude. C’est l’aimant qui attire les cygnes noirs. Comme ces surprises stratégiques qui surviennent en permanence pendant la guerre. Pendant la guerre de Yom Kippour, il y a très exactement 50 ans, il y avait eu trois mauvaises surprises. Mais aussi une bonne. Il y a eu aussi une bonne surprise. Et la bonne surprise a plus que compensé les trois mauvaises.

Eh bien, voilà les trois, citons-les : les trois mauvaises surprises. La première, nous avons été attaqués par surprise. Cela avait été une surprise. Les services de renseignements étaient supposés émettre un avertissement quelques semaines ou quelques jours avant que la guerre n’éclate. Ils avaient échoué. Ils ne l’avaient pas fait. Cela avait été l’une des mauvaises surprises. La deuxième mauvaise surprise, c’est que les forces de l’armée de l’air devaient impérativement se montrer hautement fonctionnelles dans les premières quarante-huit heures de la guerre mais pour de nombreuses raisons, l’armée de l’air israélienne, au cours des deux premiers jours de la guerre de Yom Kippour, avait été dysfonctionnelle. Troisième mauvaise surprise, le Commandement du sud d’Israël, qui était doté d’une armée mais sans réserve disponible, était censé placer tous ses soldats à des postes situés aux environs du Sinaï, et ce pour différentes raisons. Il ne l’avait pas fait. Voilà les trois mauvaises surprises : l’armée n’était pas prête, les forces aériennes étaient dysfonctionnelles et la communauté des renseignements n’avait pas émis de mise en garde stratégique. Voilà les trois mauvaises surprises.

Mais il y avait eu ensuite une bonne surprise. La bonne surprise, c’est que les réservistes israéliens s’étaient manifestés beaucoup plus rapidement qu’on le pensait. Les premiers réservistes devaient se présenter avec tout leur équipement, prêts au combat, dans les 48 heures. Ils ont été là dans les douze heures, Amanda. Ils s’étaient montrés dans les sept heures et dans les douze heures, ils étaient prêts à se battre. Nous supposions que tous les réservistes seraient prêts à combattre après cinq ou six jours. Mais la surprise, ça a été que les réservistes, en 1973, ont été là avec tous leurs équipements, dans toutes les divisions, dans les 48 heures qui ont suivi. Ils n’ont laissé derrière eux que leurs châles de prière, ils sont partis d’où ils étaient, d’université dans le monde entier, ils sont partis d’où ils étaient pour venir se battre et pour protéger notre pays. Cette bonne surprise a plus que compensé les trois mauvaises surprises.

Un soldat de la marine de l’armée israélienne épousant sa petite amie dans sa base, avant la Guerre du Kippour, en octobre 1973. (Crédit : Archives de l’État)

Maintenant, regardons les choses : les trois mauvaises surprises sont venues du sommet de la hiérarchie, elles sont venues du système, avec l’establishment , au sommet, qui n’a pas fonctionné pendant les premiers jours de la guerre. Mais la bonne surprise est venue de l’état d’esprit du peuple. Cette bonne surprise, elle est venue d’en bas. Elle est venue de l’esprit de notre nation. C’est là le récit israélien : en haut, les choses se gâtent. En bas, elles inspirent. C’était l’esprit de notre peuple, en bas de la hiérarchie, qui nous a sauvés des dysfonctionnements du système, en haut. C’est ça, l’histoire de 1973. Et Amanda, c’est là aussi l’histoire de 2023.

Ajoutons encore un élément à votre analogie et c’est, bien sûr, une question de contexte – le fait que la dernière fois que nous nous sommes entretenus ensemble, nous avons parlé d’un peuple horriblement désuni en raison du projet de refonte judiciaire avancé par le gouvernement.

Exactement. Tout comme nous avons été horrifiés et surpris par la cruauté du Hamas, qui a massacré des hommes, des femmes et des enfants à Beeri, et à Nahal Oz, et à Kfar Aza et à Sderot. Tout comme nous sommes choqués, surpris, par la cruauté du Hamas, nous sommes aussi choqués et surpris par la solidarité qui s’est installée entre les Israéliens, par leur unité. Il y a un mois seulement, nous parlions de guerre civile, d’Israéliens qui ne se supportaient plus les uns les autres, qui se haïssaient les uns les autres. Et – je le pense – c’est la raison pour laquelle nos ennemis, à Téhéran, ont fait un mauvais calcul. Ils ont pensé qu’ils pouvaient nous attaquer parce que nous étions divisés, et ils ont fait un mauvais calcul. Ils ont encore fait un mauvais calcul parce que nous sommes également choqués et surpris par la solidarité, par l’unité. Il n’y a pas un seul Israélien qui se réveille le matin en se posant une seule question, une question répétée à chaque minute de la journée : comment puis-je apporter mon aide ?

L’altruisme est la nouvelle norme aujourd’hui dans toutes les rues de toutes les communautés en Israël. Mes filles hier m’ont posé la question : « Que peut-on faire ? » Elles ont parfaitement compris. Sur WhatsApp, il y a une famille dont le mari est allé en milouyim, dans les réserves, et qui a besoin d’aide. Et mes filles ont donc préparé des gâteaux, et elles sont allées à l’appartement, là-bas, pour voir si elles pouvaient aider – et elles sont revenues frustrées parce que chez cette famille, tout l’appartement était rempli de gâteaux, de tout. Elles sont revenues frustrées. « On ne peut rien faire pour aider », m’ont-elles dit.

De la nourriture, des vêtements et d’autres objets à Tel Aviv dans le cadre d’une campagne de don organisée par le groupe Brothers and Sisters in Arms, le 8 octobre 2023. (Autorisation)

Elles étaient frustrées et j’ai été inspiré parce que c’est comme si nous avions vu le visage du Mal et que nous voyons maintenant le visage de la solidarité, de l’amour, de la bonté, de l’unité. Maintenant, cette formidable surprise compensera toutes les surprises horribles de Simhat Torah, en 2023. Nous sommes en 1973. L’esprit du peuple compensera le dysfonctionnement de l’establishment, au sommet de l’échelle. Et c’est pour ça que nous allons gagner.

Ce ne sont pas seulement les gens ici, en Israël, qui se demandent à chaque instant comment ils vont pouvoir apporter leur aide. Il y a aussi les gens à l’étranger, dans le monde entier. Je reçois des messages en permanence. Où puis-je donner mon argent ? A qui puis-je faire un don ? Qu’est-ce que je peux envoyer ? Comment puis-je aider ? Et je pense qu’une partie de ce que nous avons besoin de creuser, de discuter aujourd’hui, c’est de ce qui est si nécessaire, ce qui est si désespérément nécessaire, et pourtant, nous avons besoin également de discuter d’un Israël différent que nous allons voir émerger.

Il y avait le mythe de la dissuasion, bien sûr. Nous avions un mythe dans la tête : Israël, la startup nation high-tech, avec ces moyens high-tech de défense de la frontière – mais tout s’est avéré un leurre, ça s’est avéré être une légende, un mythe.

Savez-vous, Amanda, qu’il y a des gens tellement déboussolés au niveau social qu’ils n’ont aucune idée de ce que les gens ressentent à leur égard, de ce que les gens pensent d’eux ? Ce sont ces personnes qui ne sont pas drôles et qui pensent l’être. Certaines personnes ne sont pas intelligentes et elles pensent l’être. Je pense que nous étions collectivement comme ça : Nous pensions que nous faisions peur. Nous pensions que nos voisins, dans ce voisinage difficile, avaient peur de nous. Parce que la seule chose qui devait réellement protéger Nahal Oz, Kfar Aza, Ofakim, Sderot, ce n’était pas cette clôture qui a été détruite à l’aide d’un tracteur. C’était le fait que jamais ils n’oseraient faire des histoires, c’était le fait que s’ils touchaient la clôture, l’enfer s’abattrait sur eux.

Mais ce que nous avons appris, c’est que nous étions déboussolés. Tout comme la personne qui pense être drôle mais qui ne l’est pas. Israël pensait faire peur, mais ce n’était pas le cas. Voici ma pensée à cet instant : quand nous parlons relations internationales, il y a deux émotions auxquelles nous pensons : l’amour et la peur. Nous voulons de l’amour. Nous voulons être aimés par la civilisation occidentale. Nous voulons que Bono chante des chansons à notre sujet. Nous voulons que Madonna partage des stories sur Instagram, qu’elle dise combien elle nous admire, combien elle nous aime. C’est ce que nous voulons. En Occident, nous voulons être aimés.

Les soldats israéliens travaillent sur un tank près de la frontière avec la bande de Gaza, dans le sud d’Israël, le 20 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Au Moyen-Orient, nous ne voulons pas être aimés. Nous voulons être redoutés. C’est une émotion différente. Nous voulons que le Hezbollah soit pris d’une attaque de panique lorsqu’il pense à l’armée israélienne. Nous voulons que l’Iran tremble en pensant à la possibilité d’une interaction militaire avec Israël. Nous voulons que le Moyen-Orient ressente la crainte face à nous.

Nous voulons deux choses. Nous voulons de l’amour et nous voulons de la crainte. Nous voulons de l’amour de la part de l’Occident. Nous voulons de la crainte de la part du Moyen-Orient. Mais voilà le problème, Amanda. Il n’y a rien à gagner de ces émotions parce que les choses se déroulent de cette manière : Tout ce que nous allons faire pour faire renaître la crainte va éroder l’amour. Tout ce que nous allons faire pour garantir que le Moyen-Orient a peur des Israéliens, de ces fous d’Israéliens, de ces Israéliens imprévisibles, tout ce que nous feront pour reconstruire ce mythe entraînera le désamour dans le monde occidental, pas l’amour.

De l’autre côté, si nous nous efforçons de faire en sorte que l’Occident continue à nous aimer, qu’il continue à écrire des chansons pour nous, nous ne restaurerons pas la crainte. C’est un jeu que nous ne pouvons jamais gagner. Si les gens posent des questions sur ce qu’ils peuvent faire pour nous aider, voilà ce que vous pouvez faire : mettez fin à ce jeu que nous ne pouvons jamais gagner.

Micah, je pense qu’il y a de nombreux autres mythes qui ont éclaté pendant cette guerre, pendant l’infiltration en elle-même. Et l’un des mythes qu’avaient, je pense, les Israéliens, c’était que le Hamas n’était que « terroriste », avec la capacité de mener ces actes hétéroclites de terrorisme. Et qu’est-ce que c’est, des terroristes, de toute façon ?… Ils étaient là avec leurs armes à feu, jetant des pierres ou des cocktails Molotov, de simples roquettes, ce genre d’armement artisanal. Mais ce n’est pas le cas en réalité. Ce que nous avons vu, c’était une attaque préparée, coordonnée. C’est, à mes yeux, l’un des éléments les plus choquants de l’échec de nos services de renseignement, bien sûr. Mais le fait est que ce Hamas, dont nous avons toujours eu le sentiment que nous étions bien plus forts que lui – possède une armée. Possède une armée de l’air. Possède une marine. Il possède les mêmes armées que celles que nous avons également. Est-ce que vous avez l’impression que ce mythe explose également dans la société israélienne ?

Peut-être le mythe état-il tel que nous le pensions, nous ne sommes pas unis, et nous réalisons tout à coup que ce que nous pensions, que c’était « juste » le Hamas, mais ce n’est pas le cas. Ils sont unis. Le Hamas n’est que la vitrine de l’Iran. C’est un seul monstre. Un seul.

Le corps d’un terroriste gisant le 11 octobre 2023 au milieu des décombres d’une fusillade qui a éclaté entre des terroristes du Hamas et des soldats israéliens à Beeri, en Israël, le 7 octobre. (Crédit : Canaan Lidor/The Times of Israel)

Nous n’avons pas été attaqués par une milice locale. Nous avons été attaqués par l’empire perse. Nous avons été attaqués par l’Iran. Tout comme nous sommes en train de réaliser que nous sommes tous liés les uns avec les autres bien davantage que ce que nous avions pu imaginer, que nous avons réalisé que nous étions liés les uns aux autres. Nous devons réaliser qu’eux aussi, ils sont unis. Ils forment également un axe du mal. Alors si vous pensez que c’est seulement nous versus le Hamas, que c’est « juste » le Hamas. Ce n’est pas le Hamas, c’est un réseau large, puissant, sophistiqué de forces militaires qui s’entraînent, et qui ont été créées pour abattre Israël.

Mais ils ont fait une erreur de calcul. Ils ont fait une erreur de calcul parce que je pense qu’ils observaient Israël depuis huit mois, et qu’ils ont vu deux choses. Ils ont vu l’Amérique prendre ses distances face à Israël et ils ont vu Israël s’effondrer de l’intérieur. Ils ont pensé : « Hé, si nous les attaquions ?… Ils ne sont pas unis, ils n’ont pas l’Amérique derrière eux. »

Mais comme nous l’avons vu la nuit dernière –

Comme nous le voyons, le président Biden, le Winston Churchill de cette génération, a établi très clairement, à voix haute, qu’ils avaient fait une erreur de calcul. L’Amérique se tient aux côtés d’Israël et Israël est uni plus que jamais, à l’écoute. Nous avions pensé qu’ils étaient faibles. Nous avons mal calculé les choses. Ils ont pensé que nous étions seuls. Et aujourd’hui, c’est eux qui ont fait une erreur de calcul. Et le prix qu’ils vont payer pour cette erreur de calcul va être un prix si élevé, si clair, que jamais personne, au Moyen-Orient, ne souhaitera le payer à son tour.

Comment savons-nous que nous avons gagné ? A quoi ressemble la victoire ? Je vais vous le dire : quand les Israéliens voudront revenir à Beeri, à Nahal Oz, à Nir Oz, à Nir Am, qu’ils voudront revenir à Sderot, quand ces Israéliens stupéfiants retourneront vivre dans ces communautés, qu’ils élèveront leurs enfants dans ces communautés. Je connais de nombreux Israéliens qui disent actuellement : « Au lendemain de la guerre, on ira s’établir à Otef Aza, » le secteur qui entoure Gaza. Les gens voudront le faire et ils voudront y vivre seulement s’ils savent qu’il y a une barrière pour les protéger. La barrière, ce ne sont pas les caméras, ce n’est pas la clôture. C’est la barrière de la crainte. La crainte nourrie par le Hamas, la crainte de nos ennemis les dissuadant de lancer une fois encore un tel pogrom contre nous.

Une photographie prise après le pogrom de Chișinău en 1903 où 49 Juifs avaient été assassinés suite à une « diffamation du sang » contre la communauté juive. (Crédit : Domaine public)

Il y a eu d’autres royaumes d’Israël. Nous ne sommes pas le premier. Ils s’étaient effondrés en raison des divisions internes dans le pays. Aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être très unis. Avez-vous l’impression que les événements sont également une sorte de piqûre de rappel également ?

Oui. Les Israéliens que vous voyez aujourd’hui, et c’est important que tous les amoureux d’Israël en soient conscients, ne sont pas les mêmes Israéliens qu’avant le 7 octobre, avant Simhat Torah.

C’est ce qui nous est arrivé : pendant 12 heures, entre 6 heures 30 du matin et 18 heures 30 – approximativement douze heures – l’État d’Israël n’a plus existé dans la zone située entre Sderot et Alumim, dans la périphérie de Gaza. L’État d’Israël n’était plus là. Il n’était plus là pour protéger les civils qui ont été massacrés et assassinés dans leurs habitations. J’espère que les gens qui nous écoutent savent ce qui est arrivé à Beeri et que jamais, jamais, ils n’oublieront ce qui s’est passé à Beeri et à Nahal Oz, que jamais ils n’oublieront ce qui s’est passé là-bas. L’État d’Israël n’était pas là pour les protéger. Ils ont été massacrés, ils ont été massacrés.

J’ai envie de dire que ces 12 heures ont été un trou noir dans l’Histoire d’Israël. Officiellement, l’État d’Israël existe. Officiellement, tout ça est arrivé, ce pogrom est survenu sur la Terre où Israël, sur la Terre où les Juifs sont souverains – officiellement. Mais en fait et pendant douze heures, il y a eu un trou noir dans la souveraineté israélienne. Il y a eu un trou noir pendant 12 ans, plus d’État, plus personne pour nous protéger entre Alumim et Sderot, il n’y avait personne.

A long-terme, cela nous changera. Je vais vous dire pourquoi cela nous changera. Les mères et les pères fondateurs de l’État d’Israël savaient qu’Israël n’était jamais tenu pour acquis ; ils savaient que la souveraineté juive ne devait pas être banalisée. Ils savaient que ce n’était pas tenu pour acquis, car ils avaient évolué dans un monde où les Juifs n’avaient pas d’État. Ils étaient là quand les Juifs ont obtenu un État. Ils savaient qu’il ne fallait rien tenir pour acquis.

Le Premier ministre David Ben Gurion, le commandant du front sud Yigal Allon (à sa droite) et Yitzhak Rabin (entre eux) photographiés sur le front sud pendant la guerre d’indépendance de 1948. (IDF / Wikipedia)

Ce qui nous arrive, c’est qu’après un moment – et c’est vrai pour toutes les choses de la vie – les miracles deviennent une normalité et tout est tenu pour acquis. Ce qui nous arrive, c’est que la seconde génération est encore consciente qu’il y a eu un miracle et qu’on ne peut pas le gâcher. La troisième génération oublie et la quatrième génération finit par tout considérer comme acquis.

Nous venons tout juste de recevoir un texto de l’Histoire juive. L’Histoire juive se rappelle à notre bon souvenir. L’Histoire juive nous a montré à quoi ça ressemble, pendant ces douze heures, à quoi ça ressemble quand les Juifs n’ont pas d’État. Et nous avons vu à quoi ça ressemble : ça ressemble à Chisinau. Alors ici, l’Histoire juive s’est rappelée à nous et elle nous a administrés une piqûre de rappel.

Aujourd’hui, nous avons la perspective qu’avaient les mères et les pères fondateurs d’Israël. Nous avons vu à quoi ça ressemble sans État. Nous savons à quoi ça ressemble sans État. Nous ne prendrons plus notre souveraineté pour acquise. En définitive, j’exagère – nous l’oublierons, dans une génération ou deux. Mais nous venons tout juste de gagner quelques années, quelques décennies peut-être, à savoir que nous n’avons pas le droit de gâcher les choses. Que nous ne pouvons pas nous permettre de faire ce que nous avons fait depuis huit mois – affaiblir ce projet important qui s’appelle le sionisme. Nous ne pouvons pas le faire. Nous avons eu un rappel de l’Histoire juive et nous savons dorénavant ce que savaient les mères et les pères fondateurs d’Israël, et nous avions oublié que l’alternative à Israël, c’était Chisinau. Et c’est pour ça qu’il n’y a pas d’autre alternative. Le président Biden a cité la Première ministre Golda Meir. Nous n’avons pas d’autre endroit où aller.

A gauche, le tout nouveau jeune sénateur démocrate du Delaware, Joe Biden, au Capitole de Washington, le 13 octobre 1972 – à droite, la Première ministre israélienne Golda Meir s’exprime devant les Nations unies le 22 d’octobre 1970. (Crédit : AP photos)

Le président Biden peut citer Golda Meir parce qu’il l’avait rencontrée. Il l’avait rencontrée en personne. La génération suivante de leaders, aux États-Unis, ne peuvent pas s’en prévaloir. Celui qui avait suivi ne l’avait pas rencontrée. Ils représentent – même ceux dont le parti politique a été traditionnellement du côté d’Israël, les démocrates, qui le sont aujourd’hui beaucoup, beaucoup moins – ils représentent la génération que nous tentons ici, vous et moi, d’atteindre par nos paroles aujourd’hui parce que comme vous l’avez dit, Israël ne peut pas aller à la guerre seul. Joe Biden a établi avec beaucoup de clarté que de son point de vue, nous ne sommes pas seuls. Mais alors que nous avons l’avantage pour le moment en termes de communication, que nous sommes le peuple à soutenir aujourd’hui, que nous sommes David, pas Goliath, que va-t-il arriver, Micah, quand inévitablement, Israël frappera d’une main de fer, comme jamais Israël n’a frappé auparavant ?

J’ai peur que ce que nous sommes actuellement, de ce qu’Israël est au lendemain du massacre de Simhat Torah – je veux dire que finalement, c’est comme ça que de nombreuses personnes dans le monde nous aiment, c’est ainsi que doivent se passer les choses pour que de nombreuses personnes dans le monde nous aiment, nous apprécient.

Mais c’est si contradictoire avec les nouveaux sionistes, avec les sionistes forts.

Exactement. Maintenant, un grand nombre de ces gens qui nous aiment parce que nous avons été attaqués ne nous aimeront plus quand nous riposterons. Je veux dire à tous les amoureux d’Israël, à tous les frères et sœurs juifs en Europe, aux États-Unis et partout dans le monde, et aussi aux non-Juifs qui aiment profondément Israël et qui comprennent qu’un voyage long et dur nous attend. Ce que vous ressentez à notre égard pour le moment, vous ne le ressentirez plus dans quelques semaines, dans quelques mois. Le Bouddha nous avait appris que rien n’est permanent et sûrement pas nos émotions. Mais les émotions apparaissent toujours avec l’illusion que « c’est le nouveau moi. L’émotion ne va plus me quitter. Je la ressentirai pour l’éternité ».

Mais les émotions sont éphémères. L’amour, l’amour voué à Israël, Bono qui chante des chansons, toutes ces choses, c’est éphémère. Cet amour, on nous le donne quand nous sommes attaqués. La plus grande partie de ces émotions s’évaporera après notre riposte forte.

Ce que je veux demander aux amoureux d’Israël et au peuple d’Israël : je vous en prie, souvenez-nous de vos sentiments en ce moment de clarté morale. Ce que vous ressentez actuellement, vous ne le ressentirez plus à l’avenir. Pas de problème, les émotions naturelles sont éphémères mais la loyauté ne l’est pas. Je vous demande de conserver votre loyauté à l’égard de ce moment et après, de rester loyal à ce que vous voyez maintenant, de rester loyal à ce que pensez maintenant, même si vous ne ressentez plus la même chose.

Souvenez-vous, Amanda, il y a quinze minutes, nous évoquions ce jeu où il n’y pas de gagnant, ce jeu entre l’amour et la peur ? Nous disions que le Moyen-Orient devait nous craindre, et que nous avions besoin que l’Occident nous aime. Mais qu’on ne s’en sortirait pas parce que tout ce que nous faisons pour faire renaître la peur au Moyen-Orient nuit à l’amour de l’Occident. Eh bien, c’est ce que nous demandons aux amoureux d’Israël. S’il vous plaît, brisez ce cercle infernal. Restez à nos côtés avec amour pendant que nous faisons renaître la peur. Parce que si vous le faites, le président Biden, l’administration, la force de l’Amérique ne nous quitteront pas. Et si la force de l’Amérique reste à nos côtés, alors nous allons gagner.

La gouverneure Kathy Hochul lors d’un rassemblement pro-israélien à New York City, le 10 octobre 2023. (Crédit : Luke Tress via JTA)

Pour la première fois dans l’Histoire d’Israël, la relation entre les Israéliens et les Juifs de la Diaspora est chamboulée. Elle est chamboulée. Je sais que c’est biaisé, temporaire, mais elle est chamboulée. L’État d’Israël avait été créé pour sauver le monde juif. Actuellement, nous avons besoin de l’aide du monde juif pour permettre à Israël de rester fort, nous avons besoin de leur aide.

Pour aider, conservez votre loyauté à l’égard d’Israël. Conservez votre loyauté, mais pas seulement à Israël. Conservez votre loyauté à l’égard de la clarté morale qui est en ce moment la vôtre concernant Israël. Parce que je vous le dis, à l’avenir, vous ne ressentirez plus ce que vous ressentez maintenant, mais restez loyal à ce que vous percevez maintenant. Dans la halakha, dans la loi juive, il y a cette idée de neder – un neder, c’est quand vous faites le vœu que les différentes versions de vous-même que vous deviendrez, à l’avenir, tiendront toujours compte de l’obligation induite par ce moment présent.

Je demande à tous ceux qui aiment Israël de faire un neder, maintenant, de faire un vœu, celui que dans les semaines à venir, que dans des mois, vous nous défendrez toujours. Vous resterez à nos côtés quand nous frapperons et pas seulement quand nous sommes frappés.

Alors c’est vous et moi, Amanda, ce sont les Israéliens qui font l’expérience de ce cocktail d’émotions et nous savons que dorénavant nous ne serons pas seuls. Mais nous gagnerons si aussi, à l’avenir, nous ne sommes pas seuls. Si vous nous aidez à briser ce cercle de la peur et de la crainte. Alors que nous restaurerons la crainte au Moyen-Orient, vous saurez protéger l’admiration et le soutien à Israël en Occident. Si nous pouvons le faire, si nous pouvons travailler ensemble, nous vaincrons et nous reconstruirons nos communautés à Nahal Oz et à Kfar Aza. Alors que nous vaincrons les forces de la mort, les Israéliens continueront à exprimer l’amour et la solidarité, à choisir la vie. C’est ensemble que nous devons le faire.

Et je vous demande d’aller voir vos rabbins, d’aller voir ensemble vos dirigeants avant que nous ripostions. Maintenant, alors que vous vivez ce que vous êtes en train de vivre, que vous voyez ce que vous êtes en train de voir, c’est le moment du neder. C’est le moment du vœu. Faites ce vœu : Nous soutiendrons Israël à travers toute la période où Israël se battra pour son existence.

Micah, merci de vous êtes joint à moi.

Merci, Amanda. Il y a deux mots que les Israéliens se disent les uns aux autres actuellement : b’yachad nenatzeakh — Ensemble, nous vaincrons.

Amen.

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