Des échanges WhatsApp présumés de Jonatan Urich ont fuité sur Internet
Cette fuite intervient après la révélation que ce haut conseiller avait utilisé l’IA pour créer un outil de veille médiatique, dont le code publié en ligne comportait une faille de sécurité
Des échanges WhatsApp attribués à Jonatan Urich, conseiller principal du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sont apparus en ligne la semaine dernière. L’assistant aurait utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour développer un outil de suivi des médias, publié le code en ligne et provoqué ainsi une faille de sécurité.
Des captures d’écran divulguées montrent des messages qu’Urich aurait échangés avec plusieurs journalistes et stratèges politiques. La loi israélienne sur la protection de la vie privée interdit la publication du contenu de correspondances obtenues par des moyens illicites.
Réagissant à cette fuite présumée, Urich a déclaré qu’il poursuivrait en justice toute personne qui divulguerait ou partagerait des conversations privées provenant de son téléphone, menaçant ainsi les médias qui publieraient ces messages présumés.
Haaretz, qui affirme avoir vérifié l’authenticité de la fuite, a rapporté qu’elle contenait des informations sensibles, notamment une adresse de courriel et un mot de passe utilisés par le Likud, le parti de Benjamin Netanyahu.
Aucun organisme de sécurité n’enquête sur cette fuite car Urich est techniquement employé par le Likud et non par le gouvernement, a précisé le journal.
Le mois dernier, Haaretz avait rapporté qu’Urich avait utilisé le moteur Claude d’Anthropic pour créer un outil qui analysait environ 50 sources d’information toutes les 90 secondes et générait des résumés de déclarations concernant Netanyahu, son épouse Sara et le Likud.
Le journal avait indiqué à l’époque qu’après avoir contacté Urich pour obtenir ses commentaires, l’accès public à son compte GitHub avait été restreint et qu’une faille de sécurité présente dans le logiciel avait été corrigée.
Quelques jours plus tard, le journal Calcalist a rapporté qu’Urich, l’un des principaux suspects de l’affaire dite du « Qatargate », avait associé son compte WhatsApp à un service tiers basé aux Émirats arabes unis, Ultramsg.
Les conditions générales de ce service auraient accordé à l’émirat du Golfe un large accès à ses messages WhatsApp, conformément à la législation émiratie.
Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et principal candidat en lice pour détrôner Netanyahu lors des élections législatives du 27 octobre, a ironisé sur le réseau social X en affirmant que la faille de sécurité d’Urich suggérait qu’on ne pouvait pas faire confiance à Netanyahu pour empêcher le groupe terroriste palestinien du Hamas de détourner les livraisons entrant à Gaza.
« Si Netanyahu n’est pas capable de protéger le téléphone de la personne qui lui est la plus proche (et qui a également collaboré avec le Qatar en temps de guerre), comment protégera-t-il l’acheminement de carburant gratuit d’Israël vers le Hamas ? », a écrit Eisenkot sur X.
Il s’agissait d’une paraphrase de la boutade lancée par Netanyahu lui-même quelques jours avant les élections de mars 2019 – « S’il ne peut pas protéger son téléphone, comment protégera-t-il le pays ? » – à propos de son principal adversaire de l’époque, Benny Gantz, dont le téléphone aurait été piraté par les services de renseignement iraniens.
« Est-ce qu’on s’y prend bien ? », a demandé Eisenkot à Netanyahu sur X.
Plus tard dans la journée de dimanche, Urich a menacé de poursuivre en justice toute personne ayant divulgué ou partagé ses messages privés.
« Quiconque a piraté [mon] compte WhatsApp et publié des conversations privées tout en y ajoutant ou en modifiant des éléments en paiera le prix fort », a déclaré Urich dans un communiqué publié sur son compte X et attribué à ses avocats.
« Il en ira de même pour toute personne qui publie, diffuse ou partage ces messages. Quiconque agit ainsi commet une infraction pénale et fera l’objet de poursuites judiciaires à titre personnel », précise le communiqué.
Sur la chaîne N12, le correspondant politique en chef et analyste Amit Segal a défendu ses propres échanges avec Urich, divulgués dimanche, dans lesquels les deux hommes semblaient entretenir une relation amicale.
« Je vais faire un témoignage auto-incriminant : il n’est en aucun cas le seul », a déclaré Segal, faisant référence à ses conversations avec divers acteurs politiques.
« La question est très simple. Je sais que cela peut paraître étrange, mais je vais vous révéler un terrible secret : les journalistes ne reçoivent pas d’informations grâce à leur beaux yeux, et certainement pas grâce aux miens. »
« Ils obtiennent des informations dans le cadre d’un tango très délicat entre le journaliste et le sujet de son reportage… Cela peut inclure des échanges d’informations, mais aussi d’opinions », a expliqué Segal.
Il a ajouté : « De nombreuses personnes sur lesquelles j’ai écrit au fil des ans m’ont remis des brouillons de discours en me disant : ‘Voilà ce que sera notre campagne, qu’en pensez-vous ?’ »
Lorsqu’on lui a demandé si une limite n’avait pas été franchie, il a répondu : « Non. Et je pense que pirater le téléphone de quelqu’un et mettre sa vie à nu est une chose terrible, un acte criminel. Si mon téléphone était piraté et ma correspondance publiée, je poursuivrais tous ceux qui en seraient responsables. »
Urich, 37 ans, travaille pour Netanyahu depuis plus d’une dizaine d’années et fait partie des trois collaborateurs actuels ou anciens du Premier ministre accusés d’avoir agi en tant que lobbyistes pour l’émirat du Golfe soutenant le Hamas alors qu’ils travaillaient au cabinet du Premier ministre.
Urich est également accusé d’avoir divulgué des renseignements volés et triés au tabloïd allemand Bild en septembre 2024, après que le Hamas eut assassiné six otages en captivité, dans le but de contrer la colère de l’opinion publique face à l’échec de Netanyahu à conclure un accord concernant les otages.