Jonatan Urich inculpé pour fuite d’informations classifiées sensibles
Le parquet accuse le conseiller de Netanyahu d’avoir transmis une note du Hamas au Bild en 2024, après l’exécution de six otages et d’avoir détruit des preuves
Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Le parquet a déposé jeudi un acte d’accusation contre Jonatan Urich, conseiller principal en communication du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pour transmission d’informations classifiées dans l’intention de nuire à la sécurité de l’État, en raison de son rôle présumé dans la fuite de documents classifiés dans la presse.
Les procureurs ont demandé au tribunal de district de Tel Aviv d’interdire à Urich l’accès au bureau du Premier ministre, aux installations de sécurité et à tout lieu susceptible d’abriter des documents classifiés, ainsi que de lui interdire tout contact avec les personnes impliquées dans l’affaire jusqu’à la fin de la procédure judiciaire engagée contre lui.
Le tribunal de Tel Aviv a rejeté la demande du parquet visant à interdire immédiatement à Urich l’accès au bureau du Premier ministre.
Le juge Ala Masarwa a décidé que la demande de mesures restrictives serait examinée lors d’une audience le 5 juillet, a rapporté Kan.
Les accusations portent sur le rôle présumé d’Urich dans la fuite au journal allemand Bild, en septembre 2024, d’un document classifié provenant du renseignement militaire de Tsahal. Cette divulgation aurait eu pour objectif d’appuyer l’affirmation de Netanyahu selon laquelle c’était le groupe terroriste palestinien du Hamas, et non le Premier ministre, qui bloquait un accord sur la libération des otages détenus à Gaza.
La fuite est survenue quelques jours après l’exécution de six otages par le Hamas, alors que des soldats israéliens s’étaient approchés, sans le savoir, de l’endroit où ils étaient détenus, dans le sud de la ville de Rafah, dans la bande de Gaza.
Le document – une note interne du Hamas obtenue par le renseignement militaire de Tsahal, qui semblait suggérer que le groupe terroriste n’était pas intéressé par un accord sur les otages – aurait été transmis au quotidien allemand Bild afin de contourner la censure militaire israélienne.
La note avait été rédigée environ neuf mois avant sa divulgation et, selon certains médias, Bild aurait présenté son contenu d’une manière servant les intérêts du gouvernement Netanyahu.
L’acte d’accusation rendu public jeudi affirme qu’Urich, en collaboration avec l’ancien porte-parole de Netanyahu pour les affaires militaires, Eli Feldstein, a divulgué le document qu’ils avaient obtenu auprès d’Ari Rosenfeld, sous-officier du renseignement militaire de Tsahal, tout en sachant qu’il était classifié et que la censure militaire en avait interdit la publication en Israël, « tout en prenant le risque réel que des intérêts sécuritaires essentiels soient compromis » par cette fuite.
L’acte d’accusation ajoute que Feldstein, également mis en examen dans cette affaire, a transmis les informations classifiées à d’autres personnes non autorisées, en coordination avec Urich.
Urich a également été inculpé de destruction de preuves après avoir changé de téléphone un jour après l’arrestation de Feldstein et Rosenfeld.
« Les agissements d’Urich, Rosenfeld et Feldstein ont conduit à la révélation de l’existence d’une source secrète, de ses capacités et des méthodes utilisées pour l’exploiter », a déclaré le bureau du procureur général dans un communiqué.
« La divulgation publique de ces informations secrètes pourrait porter gravement atteinte aux intérêts sécuritaires de l’État d’Israël, principalement dans le domaine de la collecte de renseignements et de la protection des sources de renseignement, qui permettent de sauver des vies humaines, car [la fuite] pourrait révéler des missions, des capacités, des modes opératoires et des méthodes classifiées employées par la communauté du renseignement dans différents domaines », a ajouté le bureau du procureur général.
Selon Feldstein, Urich avait été informé de son projet de divulguer le document et l’avait approuvé. Lorsque les médias israéliens ont indiqué ne pas pouvoir le publier en raison des restrictions imposées par la censure militaire, Feldstein affirme qu’Urich l’a aidé à trouver un média étranger pour le diffuser, avec le concours du conseiller du Likud Yisrael Einhorn.
L’ancien chef de cabinet de Netanyahu, Tzachi Braverman, devrait également être inculpé, sous réserve d’une audience préalable, pour entrave à la justice, fraude et abus de confiance, à la suite d’une réunion qu’il aurait eue avec Feldstein, au cours de laquelle il l’aurait informé de l’existence de l’enquête et affirmé pouvoir y mettre fin.
Feldstein, Urich et Einhorn sont également suspects dans l’affaire dite du « Qatargate », dans laquelle les trois hommes sont accusés d’avoir reçu de l’argent pour mener une campagne de relations publiques destinée à améliorer l’image du Qatar pendant plus d’un an après le pogrom perpétré par le Hamas du 7 octobre 2023, alors que cet État du Golfe hébergeait le groupe terroriste.
Les affaires Bild et Qatargate sont devenues des embarras politiques majeurs pour Netanyahu, alimentant les accusations de ses détracteurs concernant de possibles conflits d’intérêts et des soupçons de corruption parmi ses plus proches conseillers.
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.







