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Ankara et Ryad s’accordent sur un projet de ligne ferroviaire régionale en contournant Israël

La Turquie salue cet accord qui permettrait de limiter l'influence de Jérusalem, alors que l'absence de normalisation des relations entre Israël et l'Arabie saoudite freine les progrès concernant un corridor commercial entre l'Inde et l'Europe via l'État hébreu

Une locomotive  exposée devant la gare historique du Hedjaz, à Damas, le 26 janvier 2025. (Crédit : Louai Beshara/AFP)
Une locomotive exposée devant la gare historique du Hedjaz, à Damas, le 26 janvier 2025. (Crédit : Louai Beshara/AFP)

La Turquie et l’Arabie saoudite ont signé mardi des accords historiques portant sur une nouvelle ligne ferroviaire qui reliera les deux pays via la Syrie et la Jordanie. L’objectif est de la prolonger à l’avenir jusqu’à Oman afin qu’elle serve de voie commerciale terrestre contournant le détroit d’Ormuz, une artère cruciale pour le commerce pétrolier actuellement bloquée par les États-Unis et l’Iran dans le cadre de leur conflit.

Ankara s’est félicitée du fait que ce projet réduirait l’influence régionale d’Israël, tandis que différents observateurs estiment que cette initiative met de côté les tentatives de l’État hébreu de mettre en place des routes commerciales ferroviaires reliant l’Asie de l’Est à l’Europe en passant par son territoire.

Alors qu’en 2023, Israël et les États-Unis avaient soutenu un plan ambitieux visant à relier l’Inde au Moyen-Orient, à Israël et à l’Europe, celui-ci dépendait de la signature d’un accord de normalisation entre Jérusalem et Ryad. Les efforts considérables déployés par les États-Unis pour négocier un tel accord ont échoué, les Saoudiens ayant exigé comme condition préalable des progrès irréversibles vers la création d’un État palestinien, ce que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté d’emblée.

Les deux protocoles d’accord distincts signés mardi par la Turquie et l’Arabie saoudite sont considérés comme une renaissance du chemin de fer du Hedjaz, qui reliait Médine à Istanbul au début du XXᵉ siècle, avec des embranchements au Liban et à Haïfa, en Palestine ottomane.

Selon divers médias régionaux, alors que le ministre turc des Transports et des Infrastructures, Abdulkadir Uraloğlu, se rendait à Ryad pour signer les accords, le ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, rencontrait le ministre syrien de l’Économie et de l’Industrie, Mohammad Nidal al-Shaar, à Gaziantep, près de la frontière entre les deux pays.

« La réduction de l’influence d’Israël dans la région, associée à une solidarité politique et économique accrue entre nous, apportera prospérité économique, paix et stabilité au Moyen-Orient, au Golfe et aux frontières sud de la Turquie », s’est réjoui Bolat.

Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane al-Saoud (à gauche) et le président américain Joe Biden (à droite) se serrant la main aux côtés du Premier ministre indien Narendra Modi lors du sommet du G20, à New Delhi, en Inde, le 9 septembre 2023. (Crédit : Evelyn Hockstein/AP)

Cette initiative a également été qualifiée de coup dur pour Israël par certains observateurs.

L’ancien diplomate américain Hady Amr a déclaré qu’elle « contourne délibérément Israël et les Émirats arabes unis ».

Une page Facebook comptant près de 900 000 abonnés, gérée par des partisans du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l’a présentée comme un « coup fatal porté à l’un des projets économiques les plus stratégiques d’Israël », en référence au Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC). Le message affirmait que « l’axe Israël-Inde-Émirats arabes unis avait été détruit ».

Alors que cette nouvelle initiative vise à établir une alternative terrestre majeure au détroit d’Ormuz, certaines entreprises israéliennes avaient déjà mis en place des itinéraires plus modestes via l’Arabie saoudite au début de la guerre régionale déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, afin de contourner l’étranglement imposé par le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, soutenu par la République islamique d’Iran, sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, dans la mer Rouge.

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