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Les start-ups israéliennes lèvent 8,6 Mds $, malgré la guerre, mais le shekel les freine

Les levées de fonds ont bondi de 45 %, mais profitent à moins d’entreprises, surtout cyber et IA ; l’appréciation du shekel augmente les coûts et pousse à recruter à l’étranger

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Les bureaux de la société d’investissement technologique Jerusalem Venture Partners à Jérusalem, le 18 février 2019. Illustration (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Les bureaux de la société d’investissement technologique Jerusalem Venture Partners à Jérusalem, le 18 février 2019. Illustration (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les investissements dans les start-ups israéliennes ont bondi d’environ 45 % cette année, malgré la guerre et une nouvelle vague de combats contre la République islamique d’Iran, alors que la vigueur persistante du shekel confronte le secteur local à un défi d’une autre nature, selon un nouveau rapport de Poalim Tech et Dealigence.

Les start-ups israéliennes ont levé environ 8,6 milliards de dollars au cours des cinq premiers mois de 2026, contre près de 6 milliards de dollars sur la même période l’année dernière. La majeure partie des financements est allée aux entreprises de cybersécurité et aux start-ups spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA), selon les données compilées dans le rapport.

« Les données montrent que, même si le conflit se poursuit, les financements augmentent, y compris en mars, mois durant lequel Israël a connu une guerre ouverte avec l’Iran et où les financements ont continué d’affluer vers Israël [à hauteur de 2,1 milliards de dollars] », a confié Elad Har Zahav, responsable du développement commercial chez Poalim Tech, au Times of Israel. « Ce semestre est le meilleur depuis 2021 et, si la tendance se poursuit jusqu’à la fin de l’année, il sera le plus solide depuis les années records de 2020 et 2021. »

Le rapport Poalim Tech-Dealigence sur les tendances financières et l’emploi dans le secteur high-tech israélien s’appuie sur une base de données regroupant 1 685 start-ups ayant une activité importante en Israël et employant 161 730 personnes.

Les conclusions du rapport montrent toutefois que cette dynamique ne profite pas à tout le monde, les investisseurs devenant de plus en plus sélectifs. Le nombre de tours de financement a reculé d’environ 35 % sur un an, ce qui indique que, malgré une hausse des capitaux levés, ceux-ci se concentrent sur un nombre plus réduit d’entreprises technologiques. Les start-ups spécialisées dans la cybersécurité et l’IA ont par ailleurs capté la majeure partie des financements cette année.

Le rapport montre également une préférence croissante des investisseurs pour les start-ups dirigées par des entrepreneurs en série expérimentés ayant déjà fait leurs preuves. La part des tours de financement réalisés par des fondateurs récidivistes est passée de 34 % en 2025 à 39 % au cours des cinq premiers mois de 2026.

Elad Har Zahav, responsable du développement commercial chez Poalim Tech. (Crédit : Poalim Tech)

Les entrepreneurs et fondateurs du secteur technologique, rappelés comme réservistes lors de la guerre de 40 jours lancée conjointement avec les États-Unis le 28 février, ont continué à gérer leurs entreprises au quotidien malgré leur mobilisation.

Depuis plus de deux ans et demi d’hostilités sur plusieurs fronts déclenchées par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, de nombreuses start-ups israéliennes sont parvenues à poursuivre leurs activités malgré les difficultés de financement. Elles ont maintenu leurs opérations alors que leurs équipes devaient se mettre à l’abri des tirs de roquettes et que nombre de leurs dirigeants et employés étaient régulièrement rappelés comme réservistes.

Si l’incertitude géopolitique ne semble pas avoir découragé les investisseurs ces derniers mois, les fonds levés en dollars par les entrepreneurs et fondateurs de start-ups israéliennes valent désormais jusqu’à 20 % de moins qu’il y a un an une fois convertis en shekels. Cette érosion pèse directement sur les finances des start-ups locales, qui génèrent leurs revenus et lèvent des capitaux en dollars, tandis qu’une grande partie de leurs dépenses, notamment les salaires, est libellée en shekels.

Avec l’affaiblissement du dollar et l’appréciation récente du shekel, qui a atteint son plus haut niveau face au dollar depuis 33 ans, la durée de trésorerie disponible des start-ups s’est raccourcie, ce qui signifie qu’elles risquent d’épuiser leurs fonds plus rapidement que prévu. Elles devront donc renforcer leurs réserves de liquidités et réduire leurs dépenses afin de soutenir leur croissance et d’assurer la continuité de leurs activités, prévient le rapport.

« Les start-ups israéliennes qui ont élaboré leur plan d’affaires il y a un an disposent aujourd’hui de moins de ressources en raison de l’évolution des taux de change », a déclaré Har Zahav. « Comme elles disposent désormais de moins de shekels, elles devront rencontrer des investisseurs pour leur prochain tour de financement plus tôt que prévu afin de lever des capitaux, ou devront accélérer leur rythme de croissance. »

La vigueur persistante de la monnaie locale au cours de l’année écoulée contraint les start-ups à prendre des décisions difficiles en matière de réduction des coûts et de recrutement à l’étranger, suscitant des inquiétudes quant à la croissance économique future. Le secteur high-tech a contribué à environ la moitié de la croissance économique en 2025, et sa part du produit intérieur brut (PIB) a atteint un niveau record de 18,3 %, consolidant son rôle de pilier majeur de l’économie israélienne, selon les données de l’Autorité israélienne de l’Innovation.

En mai, Wix, Rapyd et Amdocs ont été les dernières entreprises technologiques israéliennes à rejoindre une vague de licenciements destinée à rationaliser leurs opérations, réduire leurs coûts et réorganiser leurs effectifs, sous l’effet de la pression exercée par la vigueur du shekel et des ajustements liés à la nouvelle ère de l’automatisation.

« Avec le dollar, on en a moins pour son argent lorsqu’il s’agit de couvrir les coûts de personnel ou les dépenses opérationnelles », a déclaré Adam Lazovski, cofondateur et PDG de Dealigence.

Lazovski a ajouté que le rapport soulignait l’apparition de tendances divergentes sur le marché du travail du secteur high-tech.

Un pôle de développement high-tech à Herzliya, le 30 octobre 2020. Illustration (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Alors que les entreprises cotées en Bourse, comme Wix, et les multinationales technologiques ont poursuivi leurs vagues de licenciements et leurs mesures de réduction des coûts sur fond d’incertitude, de gains d’efficacité permis par l’IA et d’affaiblissement du dollar, les jeunes start-ups israéliennes ont maintenu des effectifs relativement stables.

Au cours des cinq premiers mois de 2026, l’emploi au sein des start-ups ayant levé au moins 1 million de dollars au cours des cinq dernières années a progressé d’environ 2 %, soit 5 000 employés supplémentaires, selon le rapport. Cependant, parmi ces 5 000 nouvelles recrues, environ 3 700 n’étaient pas basées en Israël. Le département ayant enregistré la plus forte croissance des effectifs est celui des ventes, a précisé Lazovski.

L’une des raisons avancées par le rapport est que « les jeunes entreprises fonctionnent généralement dès le départ avec des structures plus légères et plus efficaces, laissant moins de marge à de nouvelles optimisations ».

« L’un des enseignements les plus intéressants du rapport est que les grandes tendances macroéconomiques n’ont pas changé une réalité : les jeunes entreprises ont toujours besoin de talents pour se développer », a déclaré Lazovski. « Alors que certaines grandes entreprises technologiques cherchent à rationaliser leurs opérations et à réduire leurs effectifs, les start-ups israéliennes continuent d’embaucher. »

« Cela s’explique par le fait que la plupart d’entre elles fonctionnent dès le premier jour avec de petites équipes très spécialisées », a ajouté Lazovski.

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