Pourquoi les menaces des Houthis sur le transport en mer Rouge pourraient nuire davantage au marché pétrolier cette fois-ci
Le groupe terroriste soutenu par l'Iran a attaqué Israël et des navires en mer Rouge après le 7-Octobre ; aujourd'hui, il interdit les navires liés à Israël et a de nouveau tiré des missiles sur le pays
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Le groupe terroriste yéménite des Houthis, soutenu par l’Iran, a annoncé lundi vouloir interdire l’accès à la mer Rouge aux navires liés à Israël, au moment où les combats entre Jérusalem et Téhéran avaient repris. Une décision qui ravive les inquiétudes concernant le transport maritime mondial et l’approvisionnement en énergie.
Lundi également, le groupe terroriste a tiré deux missiles sur Israël, déclenchant les sirènes dans la région de Tel Aviv. L’un de ces missiles a été intercepté et l’autre n’a pas atteint le territoire israélien, a indiqué l’armée israélienne.
Les Houthis, dont le slogan proclame « Mort à l’Amérique, mort à Israël, [et] malédiction sur les Juifs », ont lancé leurs premières attaques contre Israël et le trafic maritime en novembre 2023, un mois après le pogrom perpétré par le Hamas le 7-Octobre. En représailles, Israël a attaqué les Houthis au Yémen, situé à quelque 1 800 kilomètres de là, à 19 reprises, par l’intermédiaire de l’armée de l’air et de la marine israéliennes.
Pendant les cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, entre janvier et mars 2025, puis depuis octobre 2025, les Houthis ont pour l’essentiel retenu leurs tirs.
Nous vous expliquons ici pourquoi l’interdiction annoncée par les Houthis est importante, et en quoi elle affecte la guerre avec l’Iran et la crise énergétique mondiale :
Dans quelle mesure les marchés énergétiques mondiaux sont-ils menacés ?
La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran depuis le début de la guerre américano-israélienne contre la République islamique, qui a débuté le 28 février, a paralysé la plupart des exportations de pétrole et d’autres ressources énergétiques en provenance du Golfe, provoquant une hausse des prix et un choc énergétique majeur.
L’Arabie saoudite, pour sa part, s’est adaptée en réacheminant plus de 70 % de ses exportations quotidiennes habituelles de pétrole brut vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge. Une solution vitale pour le marché de l’énergie, qui a permis de maintenir les cours mondiaux du pétrole à un niveau modéré.
Toute perturbation prolongée du trafic maritime en mer Rouge par les Houthis, et notamment des attaques potentielles contre les navires ou les ports, pourrait ainsi s’avérer très problématique.
Lorsque les Houthis ont attaqué le trafic maritime en mer Rouge en novembre 2023, après le pogrom du 7-Octobre, les exportations de pétrole du Golfe se poursuivaient librement. Les cargaisons étaient simplement déroutées pour éviter la mer Rouge, mais la circulation n’était pas interrompue. Cette fois-ci, en revanche, elles sont chargées sur place.
Une source proche des Houthis a déclaré à Reuters qu’empêcher les navires israéliens de transiter par la mer Rouge constituait une « première étape ». Si le conflit s’intensifiait, le groupe interdirait également le passage de tout navire à destination d’Israël, entre autres mesures.
Lorsque le groupe s’en est pris au trafic maritime pendant la guerre de Gaza, sa cible déclarée – les navires liés à Israël – désignait tout navire affrété par une compagnie utilisant des ports israéliens. Les attaques du groupe contre ces navires ont dissuadé la plupart des transporteurs maritimes d’emprunter cet itinéraire.
Qui sont les Houthis ?
Les Houthis sont apparus comme un mouvement militaire, politique et religieux dans le nord du Yémen dans les années 1990, combattant le gouvernement de Sanaa dans le cadre de guérillas.
Ils adhèrent à la secte zaïdite de l’islam chiite. Après le Printemps arabe de 2011, ils ont renforcé leurs liens avec l’Iran. Profitant de l’instabilité, ils ont pris le contrôle de la capitale en 2014, faisant échouer un plan de transition politique soutenu par les États du Golfe.
Quelques mois plus tard, l’Arabie saoudite et ses alliés arabes ont décidé d’intervenir militairement pour restaurer le gouvernement renversé et déloger un groupe qu’ils considéraient comme un proxy de l’Iran, le grand rival régional de Ryad.
Alors que la guerre civile au Yémen marquait le pas, les Houthis se sont attaqués aux installations pétrolières et à d’autres infrastructures en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis à l’aide de missiles et de drones.
Le cessez-le-feu conclu en 2022 entre les camps belligérants au Yémen s’est toutefois largement maintenu.
Quelles sont leurs relations avec l’Iran ?
L’Iran soutient les Houthis dans le cadre de son « Axe de la résistance » régional érigé contre Israël, qui comprend le groupe terroriste libanais Hezbollah et les milices chiites irakiennes. Mais ses liens avec le groupe terroriste yéménite sont moins clairement définis qu’avec ces autres organisations.
Contrairement au Hezbollah et aux groupes irakiens, les Houthis ne reconnaissent pas le Guide suprême iranien comme leur autorité religieuse supérieure. Les motivations des Houthis sont principalement d’ordre interne, malgré leur alignement idéologique sur l’Iran et les efforts constants qu’ils ont déployés pour attaquer Israël.
Selon les États-Unis, l’Iran aurait armé, financé et formé les Houthis avec l’aide du Hezbollah. Les Houthis, pour leur part, nient être un proxy de l’Iran et affirment développer leurs propres armes.
Que s’est-il passé lors des précédentes attaques des Houthis contre des navires en mer Rouge ?
Les attaques menées par les Houthis en mer Rouge après le 7-Octobre ont considérablement perturbé le transport maritime mondial, contraignant ainsi Maersk, Hapag-Lloyd et d’autres géants du secteur à contourner l’Afrique, un itinéraire bien plus long et coûteux.
Une mission dirigée par les États-Unis et visant à rétablir la liberté de navigation a mené de nombreuses frappes contre des cibles houthies, ainsi qu’une campagne défensive qui a permis d’abattre des centaines de drones et de missiles.
Certaines attaques houthies ont toutefois persisté jusqu’à l’été dernier, ne prenant fin qu’avec le cessez-le-feu à Gaza, en octobre.
Quel a été leur rôle lors de la dernière guerre avec l’Iran ?
Si le Hezbollah et les groupes irakiens se sont rapidement engagés dans le conflit, tirant des roquettes et des drones sur Israël et d’autres cibles, les Houthis sont quant à eux restés relativement discrets jusqu’à cette semaine, frappant Israël de manière sporadique.
Le chef du groupe, Abdul Malik al-Houthi, a déclaré le 5 mars : « Nos doigts sont sur la gâchette, prêts à tirer si l’évolution de la situation l’exige. »
Les chefs militaires iraniens ont averti à plusieurs reprises que les Houthis pourraient rejoindre le conflit. Le commandant de la Force al-Qods des Gardiens de la Révolution, Esmail Qaani, a notamment affirmé le 1er juin qu’ils pourraient bloquer la mer Rouge.
Avant cette semaine, l’implication du groupe se limitait à quelques attaques à la roquette et au drone contre Israël à la fin du mois de mars et au début du mois d’avril.
Les raisons de la relative retenue dont les Houthis ont fait preuve jusqu’à présent restent floues.
Ils ont peut-être souhaité, avec l’Iran, utiliser la menace d’une nouvelle fermeture d’une route énergétique stratégique pour dissuader Israël et les États-Unis de toute nouvelle escalade.
Les Houthis se sentent peut-être moins engagés envers la sécurité de l’Iran que ne le sont les autres alliés régionaux de Téhéran.
Et le groupe ne souhaite peut-être pas s’attirer l’hostilité de son riche et puissant voisin, l’Arabie saoudite, ni prendre le risque de raviver le conflit sur son propre territoire.
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