La brute et l’intrigant
Trump et Netanyahu se méritent peut-être, mais nous méritons mieux face à la République islamique d’Iran et pour préserver un Israël démocratique et à majorité juive
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Lorsqu’il a perdu l’élection face à Joe Biden, le président américain Donald Trump s’en est pris à l’un de ses plus proches alliés, le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Interrogé par le journaliste israélien Barak Ravid quelques mois après sa défaite de novembre 2020, Trump avait violemment reproché, à tort, à Netanyahu d’avoir été le premier dirigeant mondial à féliciter Biden pour une victoire que Trump n’a jamais cessé de contester.
« La première personne à avoir félicité [Biden] était Bibi Netanyahu, l’homme pour lequel j’ai fait plus que pour n’importe quelle autre personne avec qui j’ai eu affaire », s’était emporté Trump.
« Je ne lui ai pas parlé depuis. Qu’il aille se faire foutre. »
Aujourd’hui, l’histoire se répète.
Trump n’a pas cessé de parler à Netanyahu. Bien au contraire. Les deux hommes sont constamment au téléphone. Et le président n’a pas utilisé le mot commençant par « f » pour signifier au Premier ministre que leur partenariat était terminé et qu’il pouvait aller au diable.
Mais il a confirmé avoir traité Netanyahu de « fucking crazy » lors d’un récent appel téléphonique au sujet des efforts d’Israël pour mettre fin aux attaques incessantes de roquettes et de drones lancées par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, contre le nord d’Israël.
Il a publiquement rabaissé Netanyahu à plusieurs reprises, déclarant que le Premier ministre israélien « fera tout ce que je veux qu’il fasse » dans la lutte contre la République islamique d’Iran et ses mandataires terroristes.
Et mardi, il a porté un nouveau coup au Premier ministre en laissant entendre que Netanyahu pourrait ne pas se présenter aux élections nationales prévues dans trois ou quatre mois. « Je ne sais pas, il a eu une carrière extraordinaire. Veut-il continuer ? », s’est-il interrogé auprès de Jonathan Karl, de la chaîne ABC. « Parce que, vous savez, c’est un Premier ministre en temps de guerre. »
La plupart des Israéliens, 61 % selon un sondage d’opinion publié plus tôt mardi, ne souhaitent pas non plus que Netanyahu se représente.
Premier ministre pendant plus de 15 des 17 dernières années, il est largement tenu pour responsable de ne pas avoir empêché l’invasion et le massacre perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, journée la plus meurtrière pour les Juifs depuis la Shoah.
Beaucoup lui reprochent également d’avoir refusé de démissionner après ces événements. Il est, en outre, critiqué par une majorité d’Israéliens pour son refus d’approuver la création d’une commission d’enquête nationale, seul organe habilité à assigner des témoins à comparaître et à enquêter sur les défaillances ayant conduit au 7-Octobre. Il sait en effet qu’une telle commission recommanderait presque certainement son retrait de la vie publique.
Netanyahu n’a toutefois donné aucun signe public indiquant qu’il pourrait quitter la scène politique de son plein gré. Il a notamment refusé de répondre à la tentative du président Isaac Herzog d’engager ses avocats dans de véritables négociations en vue d’un accord de peine qui mettrait fin à son interminable procès pour corruption, un tel accord impliquant probablement son départ du pouvoir. (Le Likud du Premier ministre a déclaré mercredi que Netanyahu se présenterait bel et bien à sa réélection.)
Survie politique
Il intensifie actuellement ses efforts pour renforcer ses chances électorales, au grand dam d’une partie de l’électorat et pour le plus grand plaisir d’une autre.
Il tente de renouer avec les deux partis ultra-orthodoxes en faisant adopter en urgence à la Knesset une législation visant à accorder des avantages financiers à leurs électeurs, après avoir échoué de peu à obtenir la majorité parlementaire nécessaire pour inscrire dans la loi l’exemption controversée du service militaire accordée aux hommes ultra-orthodoxes.
Lui et son ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, un voyou ultra-nationaliste d’extrême droite, n’ont pas réussi à enrayer la multiplication des manifestations ultra-orthodoxes contre les efforts sporadiques de Tsahal pour arrêter les réfractaires à la conscription.
Ces manifestations ont franchi un seuil dangereux la semaine dernière lorsqu’un groupe organisé de plusieurs dizaines d’extrémistes ultra-orthodoxes a attaqué le domicile du vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, brisant des vitres et vandalisant l’entrée de sa maison alors que le juge et son épouse se trouvaient à l’intérieur.
Sohlberg est un juge orthodoxe et conservateur, qui vit dans une implantation de Cisjordanie, mais qui a l’audace d’ordonner l’application de sanctions contre les réfractaires ultra-orthodoxes.
Ridiculisant leur prétendue stricte observance du judaïsme, d’autres groupes ultra-orthodoxes sont descendus dans la rue pendant Shabbat pour tenter de forcer l’entrée des commissariats où certains des individus arrêtés après l’attaque contre le domicile de Sohlberg avaient d’abord été conduits.
Cédant à l’extrême droite, comme il le fait depuis son retour au pouvoir fin 2022, Netanyahu n’a pas non plus réussi à endiguer la vague croissante d’attaques de résidents d’implantations contre des Palestiniens, qui comprend désormais régulièrement des incursions violentes dans des zones palestiniennes pendant Shabbat.
Lui et ses alliés au sein de la coalition font avancer une législation visant à restreindre et à contrôler les médias israéliens, avec des dispositions bénéficiant directement à sa chaîne préférée, la toxique Quatorzième chaîne, favorable au gouvernement.
La semaine dernière, il a orchestré l’élection de son propre avocat personnel, Michael Rabello, qui l’a aidé lors de négociations politiques et l’a représenté, ainsi que son épouse, dans diverses affaires judiciaires, au poste de contrôleur de l’État. Il s’agit d’une fonction indépendante, placée sous l’autorité de la Knesset, chargée de superviser le travail du Premier ministre et du gouvernement, ainsi que de contrôler le financement des campagnes électorales.
Lorsque le candidat adverse, un ancien juge conservateur de la Cour suprême, a échoué à une voix près de battre Rabello lors du scrutin secret imposé par la loi aux députés de la Knesset, Netanyahu a demandé aux membres de sa coalition de filmer leur vote lors du second tour afin d’identifier ceux qui ne l’avaient pas soutenu. La victoire de Rabello a finalement été obtenue tardivement et dans des conditions controversées.
Son soutien à l’exemption de service militaire accordée aux ultra-orthodoxes, ainsi que l’augmentation des financements destinés à cette communauté par son gouvernement, sont rejetés par une grande partie de l’électorat. Il en va de même pour sa tolérance envers les violences de l’extrême droite en Cisjordanie.
Netanyahu conserve pourtant une chance de remporter les élections, prévues en septembre ou octobre. Cela tient en partie à la démographie israélienne, la communauté ultra-orthodoxe étant celle qui connaît la croissance la plus rapide en Israël et se rendant systématiquement aux urnes, ainsi qu’aux divisions persistantes du camp sioniste d’opposition.
Netanyahu mise également sur le fait que, trois ans après le pogrom du Hamas, le temps aura estompé le souvenir de cet horrible massacre dans la mémoire collective. Et si ce n’est pas le cas, il pourra au moins se prévaloir des succès remportés lors des guerres qui ont suivi contre le Hamas, contre le Hezbollah et contre la République islamique d’Iran, qui soutient ces derniers, afin d’affirmer de manière crédible que la situation s’est inversée et qu’Israël, sous sa direction infatigable, a remporté ce qu’il insiste pour que le pays appelle officiellement « la Guerre de la Renaissance ».
Cependant, le Hamas s’est relevé, et, comme on pouvait s’y attendre, a refusé de déposer les armes ; il attend désormais patiemment le moment opportun pour frapper Israël à nouveau.
Le Hezbollah, affaibli en 2024, s’est reconstitué sous les yeux d’Israël ; depuis son entrée en guerre aux côtés de l’Iran le 2 mars, il a tué 30 soldats israéliens et trois civils, et tiré plus de 8 000 roquettes sur le nord d’Israël et sur les troupes de Tsahal dans le sud du Liban.
Quant au régime iranien lui-même, que Trump et Netanyahu avaient entrepris de déstabiliser radicalement le 28 février, il a survécu malgré l’élimination initiale d’un grand nombre de ses dirigeants, a tenu tête aux États-Unis, a pris le contrôle du détroit d’Ormuz et a laissé Trump manifestement pressé de conclure un accord pour mettre fin à la guerre, sans qu’aucun de ses principaux objectifs n’ait été atteint.
Menaces, fanfaronnades, capitulation
Ce qui nous ramène aux nouvelles critiques de Trump à l’encontre de Netanyahu.
Comme n’importe quelle brute dans une cour de récréation, le président américain s’en prend à ceux qu’il perçoit comme des cibles faibles et vulnérables, tout en se montrant obséquieux envers ceux qu’il considère comme des adversaires plus dangereux.
Alors qu’il affirme publiquement que Netanyahu fera ce qu’on lui dit, il ne cesse de couvrir d’éloges les dirigeants iraniens, responsables de massacres, les qualifiant de raisonnables, rationnels et « très intelligents ». Il a même salué dimanche le nouveau dirigeant, Mojtaba Khamenei, pour son « courage », celui-ci étant apparemment parvenu à continuer de diriger son pays malgré une « blessure assez grave » subie lors des premières frappes aériennes israéliennes de la guerre.
Ce soi-disant grand négociateur semble être complètement dépassé par les négociations avec Téhéran, suivant une absence de stratégie qui pourrait se résumer à un mélange de menaces, de fanfaronnades et de capitulation. Il cherche à obtenir l’assurance que le régime ne cherchera pas à acquérir l’arme nucléaire, comme si de telles promesses avaient la moindre valeur, renonçant à l’exigence d’un arrêt complet et permanent de l’enrichissement d’uranium par la République islamique d’Iran, et affirmant récemment que l’élimination des stocks iraniens d’uranium de qualité quasi militaire n’était pas vraiment nécessaire puisqu’ils étaient « enfouis ».
Tout cela alors qu’il presse Téhéran d’accepter un premier accord-cadre sur la réouverture du détroit d’Ormuz, tout en repoussant les questions liées aux armes nucléaires à de futures négociations – dans lesquelles il n’aura guère de moyens de pression puisqu’il aura déjà signé un accord l’engageant à mettre définitivement fin à la guerre.
Israël affaibli
Ces développements pourraient être désastreux pour Israël, laissant un régime iranien enhardi avec une voie ouverte vers la bombe et une motivation accrue pour s’y engager. Ces derniers jours, les exigences et les déclarations de Trump ont, en outre, déjà considérablement affaibli Israël.
Il s’en est pris à Israël pour avoir pris pour cible le Hezbollah à Beyrouth dimanche, alors qu’il s’agissait d’une réponse extrêmement limitée de Tsahal à l’intensification des tirs du Hezbollah.
Et lorsque le régime de Téhéran a affirmé sa tutelle sur le Liban en tirant des missiles sur Israël plus tard dans la journée, Trump a déclaré qu’il allait téléphoner à Netanyahu « immédiatement » pour dire au Premier ministre de ne pas riposter contre l’Iran, cherchant ainsi essentiellement à lier les mains d’Israël après une attaque de missiles menée contre son territoire par un État ennemi qu’Israël n’avait pas attaqué.
Le Premier ministre a partiellement défié cette pression de Trump en menant deux vagues de frappes militaires relativement limitées lundi. Mais il a annulé une troisième attaque, plus puissante, Trump lui ayant apparemment lancé : « Tu ferais mieux d’être prudent, sinon tu te retrouveras très vite tout seul », alors que le conflit avec Téhéran risquait de s’intensifier. (Le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, a confirmé mardi aux troupes que Tsahal s’était préparé à « un coup beaucoup plus significatif et sévère » contre l’Iran, et qu’elle le ferait si l’occasion se présentait.)
Le fait que le président des États-Unis cherche publiquement à retenir un allié clé qui vient d’être attaqué par leur ennemi commun a certainement réjoui le régime de Téhéran, impatient et vorace. L’acceptation à contrecœur par Netanyahu de la demande de Trump de ne pas mener la riposte plus puissante que les responsables militaires et sécuritaires israéliens jugeaient nécessaire affaiblit gravement la capacité de dissuasion d’Israël face au régime, si puissante après la guerre de l’année dernière et durant les premières phases de celle-ci. Cela a également envoyé un message démoralisant aux alliés et alliés potentiels d’Israël dans la région.
Dans un discours bref et insipide, de trois minutes, adressé à la nation lundi soir, Netanyahu a affirmé que « l’Iran et le Hezbollah sont plus faibles que jamais, et nous sommes plus forts que jamais ».
Ce n’est certainement pas vrai dans le cas du Hezbollah. La République islamique d’Iran est peut-être actuellement plus faible militairement qu’elle ne l’était le 28 février, mais elle est confiante, reconstruit son programme de missiles et est déterminée à exploiter son influence sur Trump pour préserver son programme d’armement nucléaire. Et Israël, malgré sa puissance militaire, voit sa marge de manœuvre publiquement limitée par son allié le plus important.
Le même sondage publié lundi, qui montrait qu’une majorité d’Israéliens pensent qu’il est temps pour Netanyahu de partir, a également révélé que la plupart des Israéliens, jusqu’ici largement favorables et reconnaissants envers Trump, ne croient plus que la sécurité d’Israël soit une considération centrale pour le président américain. Et ce sondage a été réalisé avant que l’Iran ne tire sur Israël et que Trump ne tente d’empêcher une riposte israélienne.
Trump, qui malmène Israël tout en cherchant à ménager l’Iran, et Netanyahu, qui se dérobe à ses responsabilités et fait tout ce qu’il peut pour assurer sa survie politique, nuisent actuellement aux intérêts de leurs deux pays, alors même que leurs relations personnelles se détériorent à nouveau.
Nous méritons mieux, et nous avons besoin de mieux.
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