Des soldats accusés d’encourager les violences des résidents d’implantations contre des Palestiniens
Des activistes israéliens dénoncent une pratique récurrente : l’armée, au mieux, fermerait les yeux - quand elle ne participe pas aux violences, intimidations et autres vols en Cisjordanie
Par une matinée ensoleillée d’octobre, une dizaine de soldats sont arrivés à bord de plusieurs jeeps militaires. Ils se sont présentés devant la maison de la famille Issa, dans le village de Sanur, au nord de la Cisjordanie.
Les soldats ont bondi hors des véhicules avant de saisir Tayir Issa et son fils Jamal sans fournir la moindre explication. Ils leur ont passé les menottes, ils leur ont bandé les yeux, puis ils les ont frappés à coups de pied et bousculés jusqu’à les faire tomber au sol, leur maintenant la tête dans la poussière tout en les abreuvant d’insultes.
Ils ont ensuite été rejoints par d’autres soldats arrivés à bord d’un camion civil.
Sur des images filmées par un témoin de la scène, on aperçoit les soldats, en tenue de combat, faisant monter les têtes de bétail de la famille dans le camion à l’aide d’une rampe de fortune qu’ils ont eux-mêmes installée.
Malgré les demandes répétées de Tayir et Jamal Issa, qui réclamaient de pouvoir parler à un officier supérieur ou de pouvoir consulter un document officiel autorisant la saisie des 14 vaches, aucun document de ce type ne leur a été présenté.
Les animaux ont été emmenés par les militaires.
La famille n’a jamais récupéré son troupeau, qui constituait sa principale source de revenus, et elle ne le récupérera vraisemblablement jamais.
Les vaches ont été emmenées, a ensuite reconnu Tsahal, à la suite d’une demande qui avaient été formulée par deux militants du mouvement pro-implantations qui géraient des avant-postes illégaux dans la vallée du Jourdain. Ils avaient faussement affirmé être les propriétaires des animaux.
Cet incident aura été l’un des nombreux cas dans lesquels des soldats de Tsahal ont aidé des résidents d’implantations à s’emparer d’animaux qui appartenaient à des Palestiniens, ou qui se sont unis à des extrémistes israéliens impliqués dans des infractions plus graves encore.
Partout en Cisjordanie, selon plusieurs observateurs, un militantisme radical issu du mouvement pro-implantations se développe actuellement sous la protection, avec la coopération et parfois même avec la participation active de soldats de Tsahal de différents grades.
De plus en plus fréquemment, selon ces mêmes observateurs, Tsahal aide les extrémistes qui établissent des avant-postes illégaux. L’armée y déploie des soldats lors des épisodes de violence, ou de « frictions » – c’est le terme consacré qui est employé par les militaires. Des « frictions » qui, comme le reconnaît au moins un responsable d’avant-poste, sont un moyen délibéré de pousser des communautés palestiniennes à quitter les lieux.
Il en résulte une situation dans laquelle des soldats de Tsahal se retrouvent étroitement mêlés aux actes quotidiens de harcèlement commis par des résidents d’implantations extrémistes – fermant souvent les yeux sur ces incidents ou intervenant en faveur de leurs auteurs.
Dans les cas les plus graves, il est arrivé que des soldats de Tsahal participent directement aux actes de violence, en particulier ceux qui servent au sein des unités de défense régionale, ou Hagmar, qui sont composées de réservistes résidant dans des implantations et chargés d’intervenir dans les zones proches de leur domicile.
Dans plusieurs affaires, ces soldats étaient eux-mêmes des militants extrémistes issus du mouvement pro-implantations et ils ont utilisé les armes fournies par Tsahal pour ouvrir le feu sur des Palestiniens.
Dans une réponse écrite, Tsahal a déclaré qu’elle « condamne fermement les violences et les actes criminels et qu’elle est chargée de maintenir la sécurité et l’ordre public en Judée-Samarie et dans la vallée du Jourdain », en référence à la Cisjordanie.
« Son rôle est de protéger l’ensemble de la population de Judée-Samarie et de la vallée du Jourdain, tout en mettant en œuvre les décisions des dirigeants politiques, dans le respect de la loi, du droit international et des ordres militaires », a poursuivi le communiqué.
« Tous les membres de Tsahal, qu’ils soient d’active ou de réserve, sont pleinement engagés dans cette mission. »
L’armée a qualifié les cas de violences et de vols « d’incidents isolés », assurant qu’ils ont fait « l’objet d’enquêtes approfondies » et qu’ils « ont été traités conformément à leurs conclusions ».
Les détracteurs de cette politique affirment toutefois que, si l’armée ouvre régulièrement des enquêtes sur des allégations de comportements répréhensibles, celles-ci débouchent rarement sur des poursuites ou sur des condamnations.
Dans l’affaire de la famille Issa, les images de l’incident ont permis d’établir le rôle joué par Tsahal dans cette saisie, même si la justice n’a toujours pas été rendue.
À la suite d’une requête déposée en novembre 2025 devant la Haute Cour de justice par l’Association for Civil Rights in Israel (ACRI), l’armée a reconnu dans un mémoire déposé devant la Cour en décembre que l’officier ayant ordonné la saisie du bétail avait agi « sans autorité » et que cette saisie était donc « illégale ».
Images vidéo montrant des soldats de Tsahal emportant illégalement du bétail de la ferme de la famille Issa, dans le village palestinien de Sanur, en Cisjordanie, le 10 octobre 2025. (Crédit : Autorisation)
Tsahal a affirmé avoir emmené le bétail « en croyant sincèrement » qu’il appartenait aux résidents d’implantations, ajoutant que, s’il s’agissait effectivement d’un vol, l’affaire relevait de la police et non de l’armée.
Ayant indiqué au tribunal qu’elle n’était pas compétente pour statuer sur des litiges relatifs à la propriété, l’armée a expliqué ne pas être en mesure de donner suite à la demande des requérants concernant la restitution du troupeau à la famille Issa et avoir, en conséquence, transmis le dossier à la police.
À ce jour, la police n’a toujours ni retrouvé les animaux ni permis leur restitution à la famille Issa.
L’armée a également indiqué poursuivre l’examen des accusations de violences formulées par Tayir Issa et son fils.
Le harcèlement des communautés palestiniennes rurales
L’objectif affiché par les résidents d’implantations extrémistes qui établissent des avant-postes illégaux et qui se livrent à des violences contre les Palestiniens vivant dans les zones rurales est de les pousser à quitter les terres qu’ils possèdent, qu’ils cultivent ou qu’ils exploitent, dans le cadre d’un projet plus large visant à renforcer le contrôle juif sur l’ensemble de la Cisjordanie.
Les communautés bédouines palestiniennes sont devenues une cible privilégiée de ces pressions, dans la mesure où leurs troupeaux occupent de vastes étendues de terrain et où leurs localités se trouvent souvent sur le tracé d’un réseau d’implantations et d’avant-postes illégaux en constante expansion.
Ces communautés sont également particulièrement vulnérables, car bon nombre de leurs hameaux et habitations ne disposent ni des permis de construire ni des plans d’aménagement exigés par les autorités israéliennes chargées de l’administration de la zone C de la Cisjordanie et qu’ils sont, de ce fait, considérés comme illégaux.
Cette situation facilite les actes d’intimidation et de harcèlement commis à leur encontre et rend souvent leur retour impossible une fois qu’elles ont quitté les lieux.
Au cours des trois dernières années, de nombreux incidents ont montré que des soldats de Tsahal avaient fermé les yeux sur les violences et sur les actes d’intimidation commis par des résidents d’implantations extrémistes à l’encontre de ces communautés – ou qu’ils leur avaient apporté un soutien actif.
En vertu des Conventions de Genève et d’autres traités internationaux, Tsahal, en tant que puissance occupante, est tenue de protéger la population locale, notamment en assurant le maintien de l’ordre public et la protection des biens privés. Ces efforts de transfert forcé de population sont également interdits, à moins qu’ils ne répondent à des impératifs sécuritaires temporaires.
Ras Ein al-Auja était une communauté bédouine située dans le sud de la vallée du Jourdain. Des années de pressions, d’intimidations et de violences attribuées à des extrémistes ayant établi des avant-postes illégaux à proximité ont finalement conduit l’ensemble de ses habitants à quitter les lieux au mois de janvier de cette année.
Lors d’un incident tristement célèbre qui était survenu en mars 2025, des dizaines de résidents d’implantations avaient pénétré dans le hameau et ils s’étaient emparés de quelque 1 500 moutons et chèvres qui appartenaient à la communauté – l’un des plus importants vols de bétail recensés en Cisjordanie ces dernières années.
Des images diffusées par l’organisation Looking the Occupation in the Eye, qui documente les violences commises par des résidents d’implantations contre des Palestiniens, avaient montré un homme vêtu d’un uniforme de Tsahal et muni d’un fusil d’assaut fourni par l’armée, présent sur les lieux au moment des faits.
Dans la séquence, des activistes demandaient en vain à des soldats qui se trouvaient à bord d’un véhicule blindé de Tsahal d’intervenir pour mettre un terme au vol.
protective presence activists encounter an unprecedented event in a Palestinian shepherd community? They bravely film and talk to everyone they can to achieve justice. They couldn't stop the settlers from stealing 1,000 sheep – but they documented it. pic.twitter.com/qcXlXMxYt4
— מסתכלים לכיבוש בעיניים (@Mistaclim) March 11, 2025
Ras Ein al-Auja était la dernière communauté bédouine encore présente dans le sud de la vallée du Jourdain.
Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem, 59 communautés palestiniennes regroupant plus de 4 000 habitants ont été déplacées à la suite des violences et des actes de harcèlement attribués à des résidents d’implantations dans les zones B et C de la Cisjordanie. Environ 500 Palestiniens supplémentaires ont été chassés de leurs domiciles dans seize autres communautés de Cisjordanie partiellement dépeuplées.
Le type de harcèlement et de vol observé à Ras Ein al-Auja a pu se reproduire à travers toute la Cisjordanie, dans l’indifférence des soldats présents sur place – ils ont également parfois participé directement à ces actes, ou fait preuve de complicité active.
Lors d’un autre vol de bétail attribué à des habitants d’implantations et auquel l’armée avait, semble-t-il, apporté son concours, des soldats de Tsahal avaient été filmés par des caméras de surveillance accompagnant des résidents d’implantations alors que ceux-ci repartaient avec un troupeau de 150 moutons appartenant au hameau de Khirbet al-Halawa, dans le sud de la Cisjordanie, au cours d’une nuit de janvier dernier.
Tsahal avait répondu que les soldats avaient été alertés par des Palestiniens du vol de bétail dont avait été apparemment victime un berger juif.
Mais, comme l’armée l’avait elle-même reconnu dans l’affaire de la famille Issa, les interventions relevant du maintien de l’ordre, tel que la récupération de biens volés, ne relevaient pas de ses compétences, en particulier en l’absence d’une décision judiciaire ou d’un ordre légal – ce qui était précisément le cas lors de l’incident de Khirbet al-Halawa.
En réponse aux questions du Times of Israel, Tsahal a indiqué que les incidents au cours desquels des soldats ont « outrepassé leurs pouvoirs » ont fait l’objet d’un examen et que « des mesures ont été prises afin d’éviter que des incidents similaires ne se reproduisent ».
L’armée a également affirmé que, dans certains cas impliquant des saisies de bétail auxquelles elle avait été amenée à participer, les opérations avaient été « effectuées par la police conformément à la loi et sous escorte de Tsahal », sans toutefois préciser à quels incidents elle faisait référence.
Doron Meinrath, activiste de longue date au sein de l’organisation Looking the Occupation in the Eye et membre depuis plusieurs années d’une brigade dite de « présence protectrice » dans la vallée du Jourdain, affirme avoir été témoin à de nombreuses reprises de la participation de soldats de Tsahal aux actes de harcèlement visant les communautés rurales palestiniennes.
Ces unités de « présence protectrice », mises en place par plusieurs organisations de gauche, sont déployées dans différentes régions de Cisjordanie afin de tenter de protéger les Palestiniens contre les violences commises par des Israéliens.
Meinrath raconte avoir observé, en juin 2024, un incident à Ras Ein al-Auja, lorsque des troupes de Tsahal et de la police avaient mené une opération dans le hameau après que Zohar Sabah a accusé des bergers locaux de lui avoir volé des moutons.
Sabah, une figure connue du mouvement pro-implantations extrémiste, a été mise en examen pour l’agression d’activistes israéliens des droits humains et il a fait l’objet de sanctions imposées par le Royaume-Uni ainsi que par plusieurs autres pays.
Selon Meinrath, la police et les soldats de Tsahal avaient commencé par saccager les enclos à moutons et par saisir du bétail sur la base des accusations formulées par Sabah. Le lendemain, un officier de Tsahal et trois soldats étaient revenus sur place en compagnie de Sabah afin de procéder à de nouvelles fouilles. Peu après, ils auraient tiré plusieurs salves de gaz lacrymogène en direction du hameau sans raison apparente, selon une vidéo filmée par Meinrath.
Des soldats de Tsahal tirent des gaz lacrymogènes en direction du village palestinien de Ras al-Ein Auja, en Cisjordanie, le 22 juin 2024 (Crédit : Looking the Occupation in the Eye)
Des soldats, des soldats, partout
L’implication croissante de soldats de Tsahal dans des incidents de harcèlement ou de violence commis par des résidents d’implantations contre des Palestiniens semble s’expliquer, au moins en partie, par la multiplication des différentes structures sécuritaires israéliennes aujourd’hui présentes en Cisjordanie.
Dans un récent rapport consacré aux violences impliquant des soldats israéliens, l’organisation de défense des droits humains Yesh Din souligne qu’il est souvent difficile, voire impossible, de distinguer un soldat appartenant à une unité de défense régionale, un membre d’une équipe d’intervention d’urgence et un résident d’implantation ayant revêtu un uniforme de sa propre initiative, ou encore de déterminer si la personne concernée est effectivement en service.
Les équipes d’intervention d’urgence sont composées de civils volontaires chargés de contribuer à la défense de l’implantation où ils résident et dont les activités sont autorisées en vertu d’un ordre militaire classifié.
Jusqu’en octobre 2023, leurs membres n’étaient pas autorisés à porter l’uniforme militaire, mais cette interdiction avait été levée après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7-Octobre. L’étendue exacte de leurs prérogatives n’est pas connue, celles-ci étant définies par cet ordre militaire classifié. Selon plusieurs observateurs, ces équipes semblent toutefois intervenir parfois bien au-delà du périmètre des implantations qu’elles sont censées protéger.
Certains résidents d’implantations appartiennent à la fois à une équipe d’intervention d’urgence et à une unité de défense régionale Hagmar, ce qui entretient encore davantage la confusion quant à leurs compétences et à leurs prérogatives.
« Israël favorise systématiquement, et par principe, le brouillage délibéré des frontières entre les résidents d’implantations et l’armée, et encourage les actions violentes contre les civils palestiniens en Cisjordanie de la part des milices qui se sont mises au service des intérêts des implantations », a affirmé Yesh Din dans un rapport récent.
Selon Meinrath, les soldats, quel que soit leur grade, n’agissent pas comme des arbitres neutres lorsque des affrontements éclatent entre des extrémistes et des Palestiniens – ils témoignent au contraire d’une proximité particulière avec les résidents d’implantations, ce qui influence leur manière d’intervenir, indépendamment des circonstances ou de l’origine des violences.
« Il ne fait aucun doute que ces soldats se sentent plus à l’aise avec les résidents d’implantations qu’avec les activistes israéliens des droits humains ou les Palestiniens », a déclaré Meinrath au Times of Israel.
« Ils discutent avec eux, ils prennent un café avec eux ; les soldats se rendent dans les avant-postes agricoles et ils montent sur l’âne d’un résident d’implantation. »
Il souligne que les soldats nouvellement déployés dans un secteur sont souvent briefés par les coordinateurs de sécurité des implantations voisines, qui façonnent ainsi leur compréhension du terrain et de ses acteurs.
Ces coordinateurs, chargés de la sécurité des implantations contre les menaces, sont placés sous l’autorité des militaires et ils armés par Tsahal.
« Les soldats de Tsahal arrivent dans un secteur, ils y restent quelques mois, ils e connaissent pas la région et ils vont naturellement se tourner vers le coordinateur de sécurité local, parce qu’il connaît le terrain mieux qu’eux », a expliqué Meinrath.
הטרור היהודי בשטחים הוא לא נערי גבעות סוררים. הוא נעשה בשיתוף פעולה עם הצבא.
צפו בסרטון הזה בו נערי גבעות מציתים רכב בכפר הפלסטיני דיר דבוואן כשחיילי צה"ל עומדים יחד איתם ולא עושים דבר. אם הפלסטיני היה יוצא להגן על רכושו, מה נראה לכם החיילים היו עושים?pic.twitter.com/9jcBNU95M3
— דוב מורל???? (@DovMorell) March 28, 2026
Selon lui, lorsqu’un activiste israélien appelle Tsahal pour signaler des violences ou des actes de harcèlement commis par des résidents d’implantations, il n’est pas rare qu’un coordinateur de sécurité local soit le premier à arriver sur place avant d’assurer aux soldats que la situation est sous contrôle, malgré les violences en cours.
À d’autres occasions, poursuit-il, l’unité de Tsahal dépêchée sur les lieux ne met pas fin aux violences, elle n’interpelle pas les résidents d’implantations impliqués – elle procède même parfois à l’arrestation des Palestiniens, y compris lorsque ce sont les résidents d’implantations qui ont déclenché l’incident, parfois à l’intérieur même d’habitations palestiniennes.
Harcèlement militaire des communautés palestiniennes rurales
Au-delà des violences commises par des résidents d’implantations avec, selon plusieurs témoignages, l’appui de l’armée, des éleveurs et agriculteurs palestiniens de la zone C ont également été arrêtés – ou ils ont été soumis à diverses formes de harcèlement -par des soldats de Tsahal à la suite d’accusations formulées par des résidents d’implantations ou par des habitants d’avant-postes illégaux, comme dans le cas de la famille Issa.
Iris Gur, 61 ans, activiste au sein de l’organisation de gauche Combatants for Peace depuis huit ans, intervient régulièrement en Cisjordanie, notamment dans le nord de la vallée du Jourdain.
Elle a notamment évoqué un incident survenu en mars, au cours duquel Ahmad Abu Muhsin, un berger bédouin palestinien du hameau d’al-Farisiyah, avait été interpellé par des soldats de Tsahal alors qu’il faisait paître son troupeau sur une parcelle palestinienne privée qu’il loue, tandis qu’un habitant d’un avant-poste illégal voisin était autorisé à continuer à faire paître ses animaux sur ce même terrain.
Tsahal a refusé de préciser officiellement les raisons de l’interpellation d’Abu Muhsin.
Selon Gur, Abu Muhsin avait été à plusieurs reprises la cible d’actes de harcèlement commis par des résidents d’implantations extrémistes, avec la complicité de soldats de Tsahal, en raison de l’emplacement stratégique d’al-Farisiyah, que les résidents d’implantations chercheraient, selon elle, à vider de ses habitants.
En mai, l’armée avait saisi plusieurs véhicules appartenant à Abu Muhsin, au motif qu’ils avaient été utilisés à l’intérieur de zones de tir de Tsahal. Dans une requête déposée devant la Haute Cour au nom d’Abu Muhsin et d’autres habitants de la région, l’ACRI a toutefois souligné que ces restrictions n’étaient pas appliquées aux extrémistes du mouvement pro-implantations qui avaient établi des avant-postes et qui faisaient paître leurs troupeaux dans ces mêmes zones.
En réponse à cette requête, Tsahal avait indiqué que les saisies concernaient des biens utilisés illégalement à l’intérieur de la zone de tir 901 et qu’ils pourraient être restitués à leurs propriétaires moyennant le paiement de 26 000 shekels au titre des frais de saisie.
L’armée n’avait en revanche pas répondu aux accusations d’application discriminatoire des restrictions liées aux zones de tir.
Tsahal recourt également fréquemment aux ordonnances de zone militaire fermée, des bouclages temporaires imposés à des villages palestiniens entiers qui, selon les activistes israéliens, entravent leurs efforts visant à protéger les Palestiniens contre les violences commises par des résidents d’implantations, en contradiction apparente avec une récente décision qui a été rendue par la Haute Cour.
Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, ces ordonnances facilitent souvent les violences commises par des résidents d’implantations, Tsahal procédant régulièrement à l’interpellation d’activistes israéliens des droits humains qui bravent ces restrictions pour venir en aide aux Palestiniens, sans pour autant procéder à l’arrestation des résidents d’implantations qui les enfreignent, eux aussi.
Gur explique avoir constaté que cette pratique était devenue courante pendant la récolte des olives de 2024, lorsque des soldats de Tsahal avaient commencé à empêcher les agriculteurs palestiniens et les bénévoles israéliens de participer aux récoltes « dès notre arrivée sur place ».
Avant la guerre qui a éclaté à la suite de l’invasion et du pogrom perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023, les activistes n’avaient besoin d’assurer leur présence protectrice qu’auprès des bergers qui conduisaient leurs troupeaux au pâturage, explique-t-elle. Depuis, les bénévoles sont également appelés à protéger les habitations palestiniennes.
« Après le 7-Octobre, le niveau de violence des soldats et des résidents d’implantations est très rapidement devenu extrême », a déclaré Gur.
« Depuis lors, la liberté d’action dont bénéficient les soldats et les résidents d’implantations a transformé cette violence en un phénomène quotidien, de jour comme de nuit, une violence extrême qui est dirigée non seulement contre les Palestiniens, mais également contre les activistes israéliens et internationaux. »
Tsahal a répondu qu’elle recourait aux ordonnances de zone militaire fermée « conformément à la loi et aux décisions de la Haute Cour, et uniquement dans des situations où il y a une préoccupation concrète pour la sécurité régionale ou pour l’ordre public ». Les militaires ont ajouté que toute affirmation laissant entendre que ces ordonnances seraient utilisées à d’autres fins était « sans fondement ».
L’armée a également indiqué que la récolte des olives en Cisjordanie s’était déroulée sans restriction sur « 95 % du territoire ».
Elle a noté que lorsque des oliveraies se trouvent à proximité d’implantations israéliennes, la récolte doit être coordonnée « dans l’intérêt de la sécurité des parties concernées », précisant que des dispositions similaires s’appliquent également pendant la saison des labours.
Symbiose entre Tsahal et les avant-postes de résidents d’implantations
Yehudah Shaul, codirecteur de l’organisation OFEK, qui étudie la politique israélienne en Cisjordanie, estime que Tsahal consacre depuis plusieurs années une part croissante de ses ressources à la protection des résidents d’implantations et des avant-postes illégaux.
Bien qu’il n’existe pas de données précises sur la question, les budgets alloués ces dernières années, notamment aux équipements de sécurité, témoigneraient d’une augmentation significative du soutien accordé tant aux implantations qu’aux avant-postes illégaux.
Shaul souligne que de nombreux avant-postes illégaux sont désormais protégés par des soldats de Tsahal, souvent issus des unités de défense régionale qui sont composées de résidents d’implantations locaux – ces unités qui avaient été mises en place après le 7-Octobre.
Les habitants de nombreux avant-postes disposent également d’une ligne de communication directe avec l’unité locale de Tsahal chargée du secteur afin d’assurer leur protection, ajoute-t-il.
Dans de nombreux cas, les soldats qui servent au sein des unités de défense régionale sont eux-mêmes des habitants d’avant-postes illégaux ou proviennent d’implantations voisines.
Or, ces avant-postes servent fréquemment de bases arrière à des extrémistes qui s’en prennent ensuite aux communautés palestiniennes voisines.
Lors d’un incident filmé en octobre 2025, Ariel Dahari, un habitant de l’avant-poste illégal d’Oz Yaïr, dans le centre de la Cisjordanie, avait frappé à la tête avec un gourdin Afaf Abu Olia, 52 ans, alors qu’elle récoltait des olives sur un terrain situé à l’extérieur de Turmus Ayya, où elle résidait.
Abu Olia avait perdu connaissance et elle avait eu un grave traumatisme crânien à la suite de cette agression ; elle avait été hospitalisée pendant une semaine.
Dahari avait été inculpé pour actes terroristes en lien avec cette attaque.
Shaul a également évoqué un récent article qui a rapporté les critiques formulées par le chef du Commandement du centre de Tsahal, le général de division Avi Bluth, contre la multiplication d’avant-postes agricoles qui ont été établis sans coordination avec l’armée ou avec les autorités civiles.
Ses propos laissaient toutefois entendre que d’autres avant-postes agricoles, également illégaux au regard du droit israélien, étaient en revanche établis en coordination avec Tsahal et les autorités locales.
Toute implantation nécessite l’approbation du Conseil des ministres, et toute implantation, tout avant-poste ou toute exploitation agricole n’ayant jamais reçu une telle autorisation est considéré comme illégal au regard du droit israélien.
Une enquête publiée en décembre par la chaîne publique Kan avait cité les propos tenus par un lieutenant-colonel qui avait servi pendant plusieurs années au sein du Commandement du centre de Tsahal, selon lequel l’armée avait commencé à coopérer à la création d’avant-postes illégaux dès la nomination de Bluth à ce poste, en juillet 2024.
« À partir de juillet 2024, un mécanisme organisé a commencé à se mettre en place afin d’établir des avant-postes agricoles en coordination avec le Commandement du centre. Il existe des ordres concrets autorisant leur implantation sur le terrain : il s’agit d’un processus structuré et organisé », a déclaré à Kan cet officier, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat.
Le service de presse de Tsahal n’a pas contesté ces affirmations, mais il a indiqué qu’Avi Bluth « agit conformément à la loi et dans le cadre des prérogatives liées à ses fonctions, et que chaque décision concernant l’évacuation ou l’approbation d’implantations est prise conformément aux réglementations en vigueur, en coordination avec l’échelon politique ou avec son accord ».
Tsahal et l’Administration civile du ministère de la Défense procèdent effectivement à la démolition de certains avant-postes établis sans coordination avec les autorités municipales des implantations de Cisjordanie ou d’autres organismes publics. Mais sur les 185 avant-postes illégaux qui ont été créés au cours des trois dernières années et demie, l’organisation La Paix maintenant estime que pas moins de 160 ont été établis avec le soutien ou la coopération d’autorités nationales ou locales. Ils n’ont, de ce fait, jamais été démantelés.
Au-delà de son rôle présumé dans la création d’avant-postes coordonnés avec les autorités, le Commandement du centre de Tsahal travaille également avec le ministère de la Défense et les autorités municipales des implantations afin de déterminer quels avant-postes agricoles illégaux peuvent bénéficier d’équipements de sécurité et d’infrastructures financés par l’État – véhicules tout-terrain, projecteurs, lunettes de vision nocturne, drones, moyens de communication, postes d’observation, réservoirs d’eau et générateurs.
Une lettre rédigée par le conseiller juridique du ministère des Implantations et des Missions nationales en novembre 2024 avait confirmé que le Commandement du centre de Tsahal participait à la sélection des avant-postes illégaux autorisés à recevoir ce type d’équipements sécuritaires.
Du matériel d’une valeur de plusieurs dizaines de millions de shekels a ainsi été distribué aux avant-postes par le ministère des Implantations et des Missions nationales sous l’actuel gouvernement.
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui a été l’un des principaux artisans de l’expansion des implantations en Cisjordanie sous le gouvernement actuel, avait salué le rôle des avant-postes agricoles dans leur capacité à « s’emparer de vastes territoires » lors d’une cérémonie de distribution de ce matériel.
Lors d’un autre événement similaire, il avait expliqué que ces équipements étaient destinés à aider les responsables et les habitants des avant-postes à « renforcer notre emprise sur la Terre d’Israël ».
« Les résidents d’implantations héroïques et pionniers qui vivent ici incarnent le sionisme ; ils ont besoin de sécurité, ils ont besoin d’équipements de sécurité et ils ne sont pas des citoyens de seconde zone. Nous sommes ici pour construire avec eux et pour peupler le territoire », avait-il déclaré.
Un incident survenu en mars dernier avait illustré de manière particulièrement claire les conséquences, sur les communautés palestiniennes rurales, de cette étroite coopération entre Tsahal, le gouvernement et des résidents d’implantations.
Une vidéo tournée dans le nord de la vallée du Jourdain avait montré un résident d’implantation armé d’un pistolet menaçant des bergers palestiniens et pointant directement son arme en leur direction.
לא הכרתי את הסרטון הזה האמת (זה מה שקורה בזמנים של אינפלציה), אז שתי הערות:
1. תגדילו את התמונה ותראו מי קנה את הריינג'ר שהוא הגיע איתו למקום.
2. התצ"א מראה איפה הארוע הזה מתרחש. הכל כמובן אדמות פרטיות טאבו של פלסטינים. הכי סביר שהמחבלון הצעיר הגיע ממאחז הטרור "שירת העשבים". https://t.co/gkjPCCbG5W pic.twitter.com/7QoZJZnDkA— Dror Etkes (@dror_etkes) March 18, 2026
Les images avaient également révélé que le quad qu’il utilisait portait encore une plaque indiquant qu’il avait été offert par le ministère des Implantations, ce qui laisse penser que ce véhicule lui avait été remis dans le cadre des distributions récentes de matériel.
Dror Etkes, activiste israélien opposé aux implantations et observateur de longue date du mouvement, avait indiqué que cet homme provenait probablement de l’avant-poste illégal voisin de Shirat Asavim.
« On pourrait penser que Tsahal est présente en Cisjordanie pour lutter contre le terrorisme, mais en réalité elle est là pour protéger les résidents d’implantations et pour faciliter l’accaparement des terres ; cela fait désormais partie de la mission de Tsahal », a déclaré Shaul, d’OFEK.
Le Conseil Yesha, organisation-cadre qui représente les conseils municipaux des implantations de Cisjordanie, a répondu que les habitants des avant-postes agricoles et autres, ainsi que ceux des implantations établies, étaient tous des « citoyens respectueux de la loi » qui étaient confrontés quotidiennement à des attaques terroristes – notamment à des attaques au cocktail Molotov, à des jets de pierres, à des incendies criminels et à des vols agricoles.
« La plupart de ces attaques sont des actes terroristes commandités par l’Autorité palestinienne et par l’Iran », a déclaré un porte-parole.
« Malgré ces attaques incessantes, la position du Conseil Yesha a toujours été claire et elle le demeure : la responsabilité de la lutte contre le terrorisme et du maintien de l’ordre incombe exclusivement à l’État et aux forces de sécurité. »
Le Conseil Yesha n’a pas répondu aux questions du Times of Israel qui lui a demandé s’il condamnait les violences commises par des résidents d’implantations et s’il entendait agir pour les prévenir, alors même que les conseils municipaux qu’il représente participent activement à la création d’avant-postes illégaux d’où émane, selon les critiques, une grande partie de ces violences.
Provoquer des tensions
Depuis leur création à la suite de la prise de la Cisjordanie par Israël lors de la guerre des Six Jours en 1967, les implantations et leurs habitants ont régulièrement été la cible d’attaques palestiniennes, notamment d’infiltrations meurtrières dans des habitations, essuyant aussi des tirs ou de jets de pierres qui prennent pour cible des véhicules israéliens circulant sur les routes de Cisjordanie.
La menace terroriste persistante a non seulement servi à justifier l’expansion des implantations et des avant-postes illégaux, mais elle a également créé une situation dans laquelle toute confrontation avec des Palestiniens entraîne l’intervention de Tsahal, avec pour conséquence que des Palestiniens se retrouvent parfois confrontés à des violences commises à la fois par des résidents d’implantations et par des soldats, ces derniers devenant alors, selon les critiques, les complices d’activités illégales menées par les premiers.
« Sur les sommets, nous disons que la première chose à faire est d’éloigner la ligne de contact avec l’ennemi », expliquait Elisha Yered, l’un des principaux organisateurs des avant-postes, dans le podcast en hébreu Al Hamashmaut en mars dernier.
« Il s’agit d’une ligne qui doit constamment avancer, sinon cela n’a aucun sens. »
« Les troupeaux [de bétail] sont le fer de lance », poursuivait-il, faisant référence à la pratique consistant, pour les avant-postes agricoles, à acquérir des moutons et des chèvres afin de les faire paître sur de vastes étendues de terrain dans le but d’y affirmer leur présence et de repousser cette ligne de contact.
Il expliquait ainsi que « plutôt que de rentrer chez moi chaque soir pour convoquer une réunion d’urgence afin de discuter des avancées [des Palestiniens] et de leurs tentatives d’attentats terroristes, ce sont eux qui rentrent désormais chez eux chaque soir pour tenir une réunion d’urgence et décider comment réagir face aux résidents d’implantations qui avancent et qui cherchent à prendre le contrôle de la colline sur laquelle ils se trouvent aujourd’hui ».
La période de plus forte expansion des avant-postes a coïncidé avec une période durant laquelle les attaques palestiniennes contre des Israéliens en Cisjordanie ont atteint leur niveau le plus bas depuis plusieurs années, alors même que les attaques commises par des résidents d’implantations contre des Palestiniens ont fortement augmenté au cours de la même période.
En 2025, l’armée avait recensé 1 015 attaques au cocktail Molotov ou aux jets de pierres menées par des Palestiniens – contre 1 230 l’année précédente et 3 256 en 2023. En 2021, ce chiffre s’élevait encore à 8 633 incidents. Les autres formes d’attaques sont elles aussi en recul.
Yered reconnaît que les résidents d’implantations qui créent et exploitent des avant-postes cherchent délibérément à provoquer des tensions et des violences afin d’encourager le départ des Palestiniens vivant dans la région.
« Nous provoquons sans ambiguïté des tensions ; nous en sommes d’ailleurs fiers », a déclaré Yered.
Les critiques de cette stratégie estiment que lorsque l’armée intervient lors de tels incidents, elle finit fréquemment par servir les objectifs des résidents d’implantations impliqués dans ces affrontements.
« Si l’objectif de Yered est, par exemple, de se rendre à Deir Dibwan afin d’y provoquer des tensions puis de bénéficier ensuite de la protection de Tsahal, et si la mission de Tsahal consiste effectivement à protéger ces groupes, alors, dans les faits, Tsahal facilite leur action », a affirmé Shaul.
Un exemple particulièrement frappant de cette dynamique s’était produit en février dernier dans le village palestinien de Mukhmas.
Des images filmées par des caméras de surveillance avaient montré des résidents d’implantations extrémistes provenant d’avant-postes voisins, parmi lesquels se trouvait apparemment Yered lui-même, pénétrer à la périphérie du village. Ils avaient forcé l’entrée des enclos où se trouvaient les moutons et après avoir libéré les 350 animaux, ils les avaient emmenés dans les avant-postes voisins.
Parmi eux avait figuré, selon des articles de presse et des témoins présents sur place, le coordinateur de la sécurité d’un avant-poste illégal voisin, qui était armé d’un fusil.
Lorsque des habitants palestiniens s’étaient précipités sur les lieux afin de tenter d’empêcher le vol, de violents affrontements avaient éclaté entre les deux groupes.
Les soldats de Tsahal arrivés sur place avaient alors dispersé les Palestiniens à l’aide de gaz lacrymogènes et ils avaient repoussé les villageois loin des bergeries, selon plusieurs témoins.
Une vidéo de l’incident publiée par Haaretz avait montré les résidents d’implantations et les soldats échangeant calmement pendant les événements, les premiers semblant à un moment donné orienter les soldats vers les habitants de Mukhmas qui tentaient de récupérer leurs moutons.
תיעוד: פלסטינים זורקים אבנים לפני הירי אתמול בשטחי מרעה ליד רמאללה שממנו נהרג נסראללה אבו סיאם, תושב הכפר מוחמאס. בצה״ל עורכים תחקיר של מפקד החטיבה ומפקד אוגדת איו״ש לגבי זהות היורה – חייל הגנה מרחבית או מתנחל@HGoldich pic.twitter.com/Ryxz7iLmE2
— כאן חדשות (@kann_news) February 19, 2026
Nasrallah Abu Siam, 19 ans, habitant de Mukhmas, avait été tué lors de l’incident et trois autres villageois avaient été blessés, apparemment par des tirs effectués par des résidents d’implantations alors qu’ils tentaient d’empêcher le vol des animaux.
Aed Abu Ali, dont la famille était propriétaire de plusieurs des bergeries où les vols avaient eu lieu, avait affirmé avoir été frappé par des soldats qui, selon lui, avaient contribué au vol des moutons.
Interrogée par le Times of Israel, Tsahal n’a pas commenté ces allégations. Une enquête conjointe de Tsahal et de la police est toujours en cours.
Des résidents d’implantations en uniforme
Les violences les plus graves commises par des soldats de Tsahal contre des civils palestiniens ont été attribuées aux unités de défense régionale Hagmar.
Ces unités avaient été créées à l’origine afin d’assurer la défense des communautés israéliennes situées le long des frontières et elles étaient composées d’habitants de ces localités.
Après le 7-Octobre, la majorité des soldats précédemment déployés en Cisjordanie avaient été redéployés vers Gaza et vers la frontière nord.
Pour combler ce vide, l’armée avait recruté des résidents d’implantations afin qu’ils servent comme réservistes au sein des unités Hagmar, les autorisant à mener des opérations dans et autour des implantations où ils vivent et leur fournissant uniformes, équipements, véhicules et fusils d’assaut.
D’après Yesh Din, l’ensemble du dispositif Hagmar compterait environ 7 000 soldats.
Depuis lors, le champ d’action de ces unités n’a cessé de s’élargir et il comprend désormais des patrouilles, l’installation de points de contrôle ainsi que des opérations menées à l’intérieur de villages palestiniens, notamment des recherches d’armes.
Comme ces unités sont composées de résidents d’implantations locaux, elles sont susceptibles de compter dans leurs rangs les mêmes extrémistes impliqués dans la création d’avant-postes illégaux ou dans des attaques contre des Palestiniens.
Bien qu’intégrées à la chaîne de commandement de Tsahal, les unités Hagmar sont accusées par leurs détracteurs d’agir comme une milice échappant en pratique au contrôle de l’État, opérant au bénéfice des résidents d’implantations tout en bénéficiant de l’autorité et des prérogatives conférées aux soldats de Tsahal.
Souvent premières sur les lieux lors des « frictions », selon la terminologie employée par l’armée, elles auraient à plusieurs reprises apporté un soutien armé à des résidents d’implantations impliqués dans des attaques.
En mars dernier, un réserviste de Tsahal servant apparemment au sein d’une unité de défense régionale avait abattu deux habitants du village de Qaryut, dans le centre de la Cisjordanie, lors d’un incident qualifié par l’armée de « friction ».
L’incident avait éclaté après que des résidents d’implantations ont fait pénétrer une pelleteuse dans une oliveraie appartenant à des habitants du village voisin. Des Palestiniens de la région s’étaient alors rendus sur place afin de tenter de bloquer l’engin et ils avaient lancé des pierres en sa direction, selon le communiqué publié par Tsahal.
D’après des témoignages recueillis par B’Tselem, dix à quinze résidents d’implantations avaient ensuite pénétré dans le village même de Qaryut, parmi lesquels figurait le réserviste armé d’un fusil d’assaut qui, selon Yesh Din, appartenait à une unité locale Hagmar.
Selon l’enquête menée par B’Tselem, plusieurs résidents d’implantations avaient alors commencé à lancer des pierres sur les habitations du village.
Lorsque des habitants palestiniens avaient riposté en jetant des pierres à leur tour, le réserviste avait ouvert le feu sur Muhammad Muammar, 52 ans, qui avait été touché à la tête, ainsi que sur son frère Fahim Muammar, 47 ans, atteint au bassin, alors qu’ils se tenaient devant le portail du domicile familial.
???? Happening now: Settler terrorists opened live fire, killing two brothers inside their home in Qaryut village near Nablus. Reports indicate the terrorists are still in the village while the IDF stands by. Iran? Lebanon? Nothing stops ethnic cleansing from moving forward. pic.twitter.com/sIw1mMGpLX
— Breaking the Silence (@BtSIsrael) March 2, 2026
Muhammad, père de six enfants, et Fahim, père de cinq enfants, avaient succombé à leurs blessures.
Un troisième frère avait également été atteint par les tirs du même soldat, mais il avait survécu, tandis qu’un adolescent de 15 ans avait été blessé par balle par un autre résident d’implantation.
Tsahal avait ouvert une enquête sur cet incident et avait saisi l’arme du réserviste.
Selon Yesh Din, sur les douze Palestiniens tués par des résidents d’implantations depuis le début de l’année, sept l’auraient été par des soldats servant au sein des unités Hagmar.
Ces unités auraient également été impliquées à plusieurs reprises dans des actes de harcèlement, de dégradation et de vandalisme visant des Palestiniens.
Lors d’un incident survenu en mars 2025, des habitants d’implantations extrémistes avaient attaqué le village de Jinba et ils avaient violemment frappé trois habitants, à la suite d’affrontements survenus plus tôt dans la journée entre des résidents d’implantations et des villageois.
Une unité de défense régionale arrivée sur place après l’attaque avait procédé à l’arrestation de 22 hommes et adolescents du village soupçonnés d’avoir participé aux affrontements précédents.
Les habitants interpellés avaient été menottés, les yeux bandés, puis transférés vers une base militaire voisine.
À l’époque, Tsahal avait refusé d’indiquer si l’un des résidents d’implantations impliqués dans l’attaque contre Jinba avait également été arrêté.
Après minuit, l’unité de défense régionale était revenue dans le village où elle avait saccagé une habitation, détruisant notamment des produits fabriqués par les habitants – yaourts, beurre ou huile d’olive.
Elle avait également vandalisé une école financée par l’Italie ainsi que la clinique de Jinba, où des infrastructures et du matériel médical avaient été endommagés.
À l’issue de l’enquête ouverte sur ces événements, Tsahal a sanctionné plusieurs officiers et soldats impliqués dans les dégradations commises lors de cet incident.
Meinrath affirme avoir été témoin à plusieurs reprises d’actes de harcèlement commis par des soldats Hagmar à l’encontre d’agriculteurs palestiniens, empêchés d’accéder à leurs terres ou de poursuivre leurs travaux agricoles.
Dans d’autres cas, ajoute-t-il, ces unités sont restées passives tandis que des extrémistes incendiaient des récoltes ou s’emparaient de produits agricoles, allant parfois jusqu’à assurer activement la protection des résidents d’implantations impliqués.
« En règle générale, les unités de défense régionale protègent les résidents d’implantations et elles leur permettent de faire tout ce qu’ils veulent », a déclaré l’activiste israélien.
Pour Gur, le problème dépasse toutefois largement les seules unités Hagmar, voire l’institution militaire elle-même.
Elle estime que les abus subis par les Palestiniens des zones rurales reflètent plus largement l’état de la société israélienne.
« Nous avions l’habitude de dire que l’armée est le visage de notre société et, malheureusement, cela reste vrai aujourd’hui », a-t-elle déclaré avec lassitude.
« Dire qu’il ne s’agit que d’un bataillon ou d’une division ? Non, non, non. C’est le visage de l’armée dans son ensemble, et c’est le visage de la société. »
Le Conseil Yesha a demandé que sa réponse complète, qui fait référence aux incidents survenus à Mukhmas, Jinba et Turmus Ayya, soit reproduite dans son intégralité :
« La tentative de tirer des conclusions générales à partir de trois incidents survenus sur une période de près d’un an et demi, sans même présenter l’ensemble du contexte factuel, ne reflète pas la réalité en Judée-Samarie.
La réalité sur le terrain est que les habitants des exploitations agricoles ainsi que ceux des communautés nouvelles et établies sont des citoyens respectueux de la loi. Chaque jour, ils sont confrontés à des attaques terroristes : jets de pierres, cocktails Molotov, incendies criminels et vols agricoles. La plupart de ces attaques sont commanditées par l’Autorité palestinienne et l’Iran.
Malgré ces attaques terroristes incessantes, la position du Conseil Yesha a toujours été claire et demeure inchangée : la responsabilité de la lutte contre le terrorisme et de l’application de la loi incombe exclusivement à l’État et aux forces de sécurité.
Le Conseil Yesha continuera à construire, à développer et à établir des implantations sur la terre de nos ancêtres, et aucune tentative visant à présenter une image déformée de la réalité en Judée-Samarie ne nous détournera de cette voie. »