Cisjordanie: de nouveaux quads offerts aux avant-postes illégaux
Pour le ministre des Finances, les avant-postes agricoles illégaux sont le "fer de lance de l'implantation sioniste" ; 29 quads, des drones, des lunettes de vision nocturne, des générateurs et d'autres équipements ont été fournis
Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Cette semaine, le gouvernement a remis à des avant-postes agricoles illégaux en Cisjordanie 29 quads ainsi que du matériel sécuritaire et de logistique, dans l’objectif avoué « de renforcer la résilience » de ces communautés illégales et « d’approfondir » le contrôle israélien sur le territoire.
Les quads et le matériel de sécurité ont été financés par le ministère des Implantations et des Missions nationales, puis transmis aux autorités municipales des implantations de Benjamin et du Gush Etzion, en Cisjordanie, par l’intermédiaire de la Division en charge des implantations de l’Organisation sioniste mondiale.
Tous ces équipements ont été remis solennellement dimanche et lundi, dans l’implantation agricole de Sde Ephraim, un avant-poste illégal légitimé par le gouvernement en juin dernier.
Les destinataires ont ainsi reçu des projecteurs, des lunettes de vision nocturne, des drones, du matériel de communication, des remorques d’extinction d’incendie, des remorques-citernes et des générateurs.
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, également en charge des affaires civiles en Cisjordanie au sein du ministère de la Défense, a déclaré lors de la cérémonie : « Les fermes agricoles et les jeunes avant-postes sont le fer de lance de l’établissement d’implantations sionistes en Judée-Samarie. »
« Aujourd’hui, nous offrons à ces pionniers les outils qui leur permettront de protéger leurs foyers, d’entretenir le territoire et de renforcer notre emprise sur la Terre d’Israël », a-t-il ajouté.
Le projet d’équipement des avant-postes illégaux est mené en coordination avec le commandement central de l’armée israélienne, qui désigne les avant-postes éligibles.
La ministre des Implantations Orit Strock, qui assistait également à la cérémonie, a décrit les avant-postes agricoles comme l’élément le plus important du mouvement d’établissement des nouvelles implantations « car ils modifient complètement la perception de la région, élargissent considérablement notre emprise sur celle-ci, et ils constituent en définitive la réponse la plus adaptée et la plus significative au projet de prise de contrôle de la région mené par l’Autorité palestinienne, ce complot qu’elle a ourdi ».
En avril, le gouvernement a accordé des aides similaires à 19 autres avant-postes agricoles illégaux dans la région des collines du sud d’Hébron. Yinon Levi, l’extrémiste pro-implantations qui a fondé l’avant-poste agricole de la ferme de Meitarim et qui est accusé d’avoir abattu lundi un militant palestinien lors d’un incident dans le hameau d’Umm al-Kheir, a ainsi bénéficié de ces dons.
Levi a déjà été filmé en train de pourchasser les troupeaux des bergers palestiniens à bord d’un quad, un phénomène que les militants des droits civiques qualifient de pratique courante chez les extrémistes pro-implantations pour harceler les communautés rurales palestiniennes.
Les organisations de défense des droits civiques ont souligné à maintes reprises le lien existant entre les avant-postes agricoles illégaux et les violences commises à l’encontre des Palestiniens locaux. Les résidents d’implantations qui gèrent ces avant-postes agricoles illégaux affirment explicitement, pour leur part, avoir pour objectif de prendre le contrôle de vastes étendues de terres et d’expulser les Palestiniens de la région.
L’organisation Yesh Din, qui surveille les violences commises par les résidents d’implantations, a rapporté mercredi qu’il existait une « relation étroite » entre Levi et la distribution par le gouvernement de « dispositifs de sécurité » aux extrémistes pro-implantations, ajoutant que la « vision messianique » des partis d’extrême droite de la coalition prenait vie sous les yeux du pays.
Le financement des quads provient de la section du budget de l’État consacrée aux fonds de coalition. Il s’agit de crédits affectés par les partis de la coalition Pau financement de leurs projets favoris.
En décembre 2023, les fonds de la coalition approuvés par le gouvernement ont ainsi alloué 75 millions de NIS aux « dispositifs pour la sécurité des jeunes implantations en Judée-Samarie » pour 2024. L’euphémisme « jeunes implantations » désigne en réalité les avant-postes illégaux.
Même si ces avant-postes agricoles ne sont pas autorisés par le gouvernement et sont par conséquent illégaux, le bureau de la Procureure générale a néanmoins approuvé le poste budgétaire destiné à leur fournir des dispositifs de sécurité et d’autres équipements.
Les « dispositifs de sécurité » pouvant être distribués dans le cadre des fonds de la coalition incluent les équipements qui ne sont pas fixés de manière permanente au sol, notamment les caméras de sécurité, les lampes torches, les jumelles, les drones, les remorques-citernes et les véhicules tout-terrain.
Les avant-postes illégaux éligibles à cette fourniture de matériel doivent être approuvés par le commandement central de l’armée israélienne en fonction du niveau de la menace sécuritaire à laquelle ils sont exposés, a indiqué le conseiller juridique du ministère des Implantations et des Missions nationales à l’avocat spécialisé dans les droits civils Michael Sfard en novembre dernier.







