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Le consul général d'Israël à New York, Asaf Zamir, s'exprime lors d'un événement organisé par JNF-USA le 28 octobre 2021. (Crédit : Shahar Azran)
Le consul général d'Israël à New York, Asaf Zamir, s'exprime lors d'un événement organisé par JNF-USA le 28 octobre 2021. (Crédit : Shahar Azran)
Interview

Entre critique justifiée et antisémite, le consul général d’Israël à New York alerte

Asaf Zamir insiste sur la nécessité d’expliquer la complexité du conflit israélio-palestinien de façon plus honnête aux jeunes Américains

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le consul général d'Israël à New York, Asaf Zamir, s'exprime lors d'un événement organisé par JNF-USA le 28 octobre 2021. (Crédit : Shahar Azran)

HOLLYWOOD BEACH, Floride – Le nouveau consul général d’Israël à New York a atterri aux États-Unis il y a trois mois avec du pain sur la planche.

« J’ai dit à mes prédécesseurs que je recevais un New York beaucoup plus difficile que celui qu’ils ont connu », a déclaré Asaf Zamir dans une interview le mois dernier.

« Pendant leurs mandats, Israël n’était qu’un terme à la mode, à la connotation positive », a-t-il ajouté, affirmant que les manifestations de Black Lives Matter en 2020 et l’opération Gardien des murs l’année suivante ont intensifié la proéminence du cadre d’intersectionnalité parmi les progressistes qui associent désormais la lutte palestinienne « à toutes les autres questions. »

Bien que Asaf Zamir ait précisé que le soutien à Israël qu’il a rencontré ces derniers mois au sein et au-delà de la communauté juive locale a été « écrasant », désormais, aux États-Unis, « des politiciens de tous bords se permettent de commenter de manière extrême [le conflit israélo-palestinien] – certaines critiques sont légitimes, d’autres relèvent de l’antisémitisme à mes yeux ».

Dans cette nouvelle atmosphère, Zamir craint que les jeunes Juifs qui arrivent sur les campus universitaires soient particulièrement pris pour cibles.

Lors d’une longue discussion en marge de la conférence annuelle de l’Israeli American Council en Floride, Zamir a révélé que l’un de ses principaux objectifs en tant que consul général est de fournir à ces étudiants les outils nécessaires pour défendre leur identité sioniste sur un terrain parfois hostile.

Asaf Zamir s’exprime lors d’un événement à New York avec les Fédérations juives d’Amérique du Nord, le 27 septembre 2021. (Shahar Azran)

Les efforts de sensibilisation des gouvernements précédents ont peut-être été motivés de la même manière, mais le nouveau diplomate a indiqué que le message n’a pas encore trouvé d’écho. Avec la coalition la plus inédite de l’histoire d’Israël qui a prêté serment en juin dernier, Zamir a cependant fait valoir que Jérusalem était particulièrement bien placée pour percer auprès de la prochaine génération d’Américains.

Il a admis que les politiques du nouveau gouvernement ne satisferont toujours pas les nombreux sceptiques qu’il rencontrera à New York, dans le New Jersey, en Pennsylvanie, dans l’Ohio et dans le Delaware.

« Parce que la vie est complexe, et le conflit israélo-palestinien est complexe », a-t-il déclaré.

Il s’agit peut-être de la même phrase employée par les diplomates israéliens avant lui, mais Zamir a insisté sur le fait que « ceux qui ont dit cela jusqu’à aujourd’hui étaient mal préparés, avaient mal choisi leurs mots et avaient une mauvaise énergie en général ».

« Si vous abordez la question avec un sentiment d’autosatisfaction, si vous n’étiez pas prêt à écouter réellement jusqu’à présent et si vous êtes inattentif aux critiques, vous créez un environnement dans lequel seuls ceux qui soutiennent aveuglément Israël accepteront ce que vous avez à dire, tandis que tous les autres sont considérés comme des ennemis », a-t-il déclaré.

Zamir cherche donc à créer un nouvel environnement, un environnement qui accepte la complexité et qui n’a pas peur des critiques. Il fixe une limite à ceux qui s’opposent au « droit du peuple juif à l’autodétermination dans un État juif et démocratique en terre d’Israël », mais au-delà, il affirme que pour s’engager auprès des électeurs américains en 2022, il faut « élargir la tente de la critique légitime d’Israël ».

Servir, avec classe

Zamir, 41 ans, est sans doute le plus qualifié pour occuper le poste de consul général à New York. Un an avant sa nomination, il était ministre du Tourisme au sein du gouvernement d’union dirigé par le leader du Likud Benjamin Netanyahu et le président de Kakhol lavan Benny Gantz. Cette coalition s’est effondrée après moins d’un an, et Zamir n’est pas resté jusqu’aux derniers jours, démissionnant en octobre 2020 en invoquant sa méfiance envers Netanyahu. Avant d’être affecté au cabinet, il a occupé pendant dix ans le poste de maire adjoint de Tel-Aviv.

Ce diplomate débutant est désormais à la tête de la mission israélienne qui dessert la plus grande circonscription du monde, dont 50 % des Juifs américains.

Zamir parle couramment l’anglais, qu’il a appris de sa mère, originaire de Chicago. Sa famille a vécu à Sarasota, en Floride, pendant quatre ans, lorsqu’il était à l’école primaire. C’est à cette époque que Zamir a développé un penchant pour les restaurants américains, mais pas les plus chics.

« Ce que je préférais quand j’étais enfant, c’était les hamburgers et les pommes de terre rissolées qu’ils servaient juste après les avoir sortis du congélateur », raconte Zamir.  » Je reconnais que c’est dégoûtant, mais quand vous avez cet âge, vous ne savez pas vraiment ce qui est bon. »

« Alors quand je visite une ville maintenant, je dois y faire un passage pour que j’arrête d’y penser. »

C’est ce qui l’a poussé à traîner son équipe jusqu’au iHop d’Union Square à 4 heures du matin lors de son atterrissage à New York en octobre dernier, et c’est pourquoi il a sauté le petit-déjeuner du Diplomat Hotel pour un Denny’s le matin de l’interview.

Il était un participant très demandé à la conférence de l’IAC, et l’interview d’une heure au café du centre de conférence a été interrompue cinq fois par des fans demandant un selfie. La plupart d’entre eux étaient plus intéressés par les allées et venues de Maya Wertheimer, actrice et mannequin israélienne et épouse d’Asaf Zamir.

Le consul général a salué chaleureusement chacun des curieux. Il a admis que sa capacité à sourire lors de telles interactions – qui se produisent assez fréquemment – dépendait en partie de la quantité de sommeil qu’il avait accumulée la nuit précédente. En même temps, Zamir dit qu’il apprécie l’excitation, étant donné que pour beaucoup d’Israéliens qu’il rencontre à l’étranger, il représente le seul point de contact qu’ils auront jamais avec leur gouvernement.

Combattre les extrêmes

Malgré son attitude détendue, M. Zamir n’a pas mâché ses mots concernant les défis qu’il devra relever dans ses nouvelles fonctions.

« Le bipartisme a été considérablement endommagé ces dernières années », a-t-il déclaré, en faisant référence à la façon dont les gouvernements précédents ont géré les relations entre les États-Unis et Israël.

Le consul général a évité d’être trop précis, mais a fait remarquer que son opinion sur l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu – que les critiques ont appelé avec dérision « le sénateur républicain de Jérusalem » – est bien documentée.

En effet, un rapide survol de la page Twitter personnelle de Zamir conduit les visiteurs à un message datant d’environ six mois, dans lequel Zamir s’émerveille du fait que Netanyahu soit désormais chef de l’opposition et non plus Premier ministre.

Mais au-delà de ce qu’il considère comme les dégâts causés par l’ex-Premier ministre, Zamir estime que la polarisation, aux États-Unis, est un facteur qui vient encore compliquer ce qui, dans le passé, était un travail plutôt facile au consulat de New York – voire « une bonne planque ».

Le président américain Joe Biden reçoit une ovation debout des républicains et des démocrates alors qu’il entame son premier discours le 28 avril 2021 à Washington, DC. (PISCINE / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / Getty Images via AFP)

Collaborer avec les élus des deux partis est maintenant plus difficile, tandis que les positionnements politiques sur le conflit israélo-palestinien reflètent de plus en plus l’affiliation partisane dans les villes divisées d’Albany et de Washington.

« Quand les réactions sont tellement extrêmes de chaque côté… [les élus] ont le sentiment qu’ils doivent être les plus ‘pro-‘ ou les plus ‘anti-‘ possibles parce que ceux qui tentent de rester dans la modération sont cancelled par les deux parties », dit Zamir.

Il présume néanmoins que l’environnement politique actuel pourrait entraîner un retour de bâton de la part des politiciens fatigués d’une telle approche en noir et blanc : « Leur révolte provoquera un retour vers un juste milieu », explique Zamir, dont l’apparition fugitive de trois ans dans la politique israélienne s’est faite sous l’étiquette de la formation centriste Kakhol lavan.

Il a évoqué un voyage récent en Israël du représentant de New York Jamaal Bowman. Si cette visite a été organisée par J Street, organisation de lobby sur la question du Moyen-Orient et fervente critique des gouvernements israéliens successifs, et alors que Bowman avait utilisé cette occasion pour dénoncer le traitement par Israël des Palestiniens, ce membre du Congrès a également essuyé les critiques des progressistes indignés par sa manière de « normaliser » les liens avec l’État juif.

« Cela mène les gens à avoir le sentiment qu’ils ne sont plus libres de dire ce qu’ils veulent dire et cela pourrait entraîner un retour de bâton », dit Zamir.

Des liens difficiles à établir

Et les contacts avec les jeunes juifs américains, dont la relation avec Israël s’est détériorée avec le temps, ne sont pas plus faciles que la collaboration avec les politiciens, explique Zamir.

Le consul-général indique qu’il commence tout juste à élaborer une stratégie de communication destinée à la jeunesse, « une stratégie qui saura expliquer la complexité ».

Le sionisme, c’est la lutte pour les droits indigènes des Juifs. C’est en soi un combat progressiste. Mais c’est un combat qui a réussi là où d’autres ont échoué

« Ce qui est très difficile dans le monde binaire d’aujourd’hui – où une conversation toute entière dure trois secondes, parce que le monde est analysé en noir et blanc et que soit on est pour, soit on est contre », continue Zamir.

« Dans ce contexte, mon objectif est d’essayer de placer une terminologie dans le discours de manière à ce que lorsqu’un étudiant juif arrive sur un campus, il soit en mesure, en tant que progressiste et que sioniste, d’expliquer ces deux identités ».

Pro-Palestinian and pro-Israel demonstrators at an Apartheid Week event at the University of California, Berkeley, in February 2012 (photo credit: CC-BY James Buck, Flickr)
Des manifestants pro-Palestiniens et pro-Israël lors de la Semaine de l’Apartheid organisée à l’Université de Californie, Berkeley, en février 2012 (Crédit : CC-BY James Buck, Flickr)

Zamir affirme qu’il n’y a pas de contradiction entre les deux idéologies. « Le sionisme, c’est la lutte pour les droits indigènes des Juifs. C’est en soi un combat progressiste. Mais c’est un combat qui a réussi là où d’autres ont échoué. »

Mais il déplore une réalité, à savoir, que les « jeunes Américains n’ont pas les outils en main pour se défendre en disant qu’ils peuvent être à la fois sioniste et progressiste sur les campus des universités ».

Il dit espérer que « la boîte à outils » qu’il est en train de créer soit utilisée par les émissaires américains au nord-est et au-delà, précisant qu’il recrute des professionnels, des bénévoles et de jeunes influenceurs pour qu’ils prennent part à cette initiative.

Interrogé sur la manière dont il envisage l’utilisation de cette « boîte à outils », Zamir a mentionné un entretien, au mois d’octobre, entre le site d’information Axios et les fondateurs de Ben & Jerry’s, Ben Cohen et Jerry Greenfield, au sujet de la décision prise par le géant des glaces de cesser ses ventes dans les implantations de Cisjordanie.

Lorsqu’on a demandé aux associés pourquoi ils continuaient à vendre des glaces dans l’État américain de Géorgie, qui a adopté une loi visant à restreindre l’accès au vote, et au Texas, qui a adopté une loi restreignant l’accès à l’avortement, tous deux ont gardé le silence pendant quelques secondes avant que Ben Cohen réponde : « Je ne sais pas. C’est une bonne question… Je pense que je devrais m’asseoir et y réfléchir un peu. »

« Ce que cela a montré, c’est qu’il n’y a pas toujours une bonne réponse lorsque vous posez des questions difficiles », a déclaré Zamir. « Le conflit est complexe. Ce n’est pas une histoire unilatérale, et ce n’est pas qu’il n’y a pas de paix à cause d’un seul côté, mais les gens ne savent pas comment parler de tout cela. »

Mais pour vendre cet argument aux jeunes juifs américains, le consul général en est persuadé : Jérusalem doit mieux répondre aux critiques.

« Nous sommes prêts à accepter des critiques en Israël mais ici, nous ne sommes pas prêts à les écouter. Ce n’est pas correct, et quand les gens voient cela, ils se détachent », a déclaré M. Zamir. « Ces dernières années, Israël a causé beaucoup de dégâts en repoussant non seulement les politiciens qui étaient initialement favorables à Israël, mais aussi les jeunes. »

Sommé de donner un exemple, le consul général a souligné les liens d’Israël avec les mouvements religieux réformés et conservateurs aux États-Unis, que les membres haredi des gouvernements précédents sont allés jusqu’à dépeindre comme non juifs.

Les chefs des huit partis composant le nouveau gouvernement potentiel se réunissent à la Knesset le 13 juin 2021. De gauche à droite : le chef de Ra’am Mansour Abbas, la chef travailliste Merav Michaeli, le chef de Kakhol lavan Benny Gantz, le chef de Yesh Atid Yair Lapid, le chef de Yamina Naftali Bennett, le chef de Tikva Hadasha Gideon Sa’ar, le chef d’Yisrael Beytenu Avigdor Liberman et le chef du Meretz Nitzan Horowitz. (Crédit : Ariel Zandberg)

Si les membres du nouveau gouvernement ont souligné l’importance de réparer ces liens, la décision du Premier ministre Naftali Bennett de suspendre la mise en œuvre d’un accord longtemps gelé visant à officialiser un espace de prière égalitaire au mur Occidental a suscité une vive réaction des mouvements non orthodoxes aux États-Unis.

« Ce sont des communautés très solidaires qui ont besoin de sentir qu’Israël leur appartient autant qu’à tout autre Juif. Et vous ne pouvez pas espérer le soutien le plus élémentaire si vous ne jouez pas votre rôle dans cet accord », a déclaré M. Zamir.

Faire la paix avec le passé

Le nouveau gouvernement est peut-être dirigé par un Premier ministre qui s’oppose à la création d’un État palestinien et un ministre des Affaires étrangères partisan de la solution à deux États, mais M. Zamir l’affirme : cela ne l’empêche pas de diffuser la position de Jérusalem sur le conflit à ceux qu’il engage à New York.

« Si la question est : « Ce gouvernement a-t-il fait la paix avec le passé ? », la réponse est non. Mais l’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas ne sont pas non plus capables de faire la paix avec le passé. Dans ce cadre, nous prenons des mesures pour améliorer la réalité sur le terrain », a-t-il dit, évoquant le nombre record de permis de travail approuvés pour les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ainsi que les rares rencontres entre des ministres israéliens de premier plan et le président de l’AP, Mahmoud Abbas.

Interrogé sur la façon dont le nouveau gouvernement envisage la fin du conflit, M. Zamir a répondu que Jérusalem est encore en train d’élaborer sa politique en la matière, mais « il est certain qu’il a fait plus dans ce domaine que le gouvernement précédent ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, rencontre les ministres du Meretz Nitzan Horowitz, au centre gauche, et Isawi Frej, au centre droit, le 3 octobre 2021. (Crédit : Meretz)

« C’est de loin le gouvernement le plus diversifié [politiquement] de tous les temps, et la question sur laquelle les membres sont le plus en désaccord est celle-ci », a-t-il déclaré.

« Je pense que les Américains peuvent apprécier cela plus que partout ailleurs », a ajouté M. Zamir, soulignant la polarisation politique qui a paralysé une grande partie de Washington.

Il a admis que la formation du gouvernement en Israël a obligé les membres à faire des compromis sur des questions auxquelles ils croient. « Le bon côté, c’est que c’est préférable à l’alternative, où vous ne faites pas de compromis sur vos valeurs, mais où rien n’est fait ».

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