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Fondateurs de Ben&Jerry’s: C’est un boycott des implantations, pas d’Israël

"Nous soutenons avec force le droit à l'existence d'Israël mais nous nous opposons à une politique spécifique", assène Ben Cohen

Ben Cohen, à gauche, et Jerry Greenfield, à droite, s'entretiennent avec Axios dans une interview diffusée le 10 octobre 2021. (Capture d'écran)
Ben Cohen, à gauche, et Jerry Greenfield, à droite, s'entretiennent avec Axios dans une interview diffusée le 10 octobre 2021. (Capture d'écran)

Dans un entretien qui a été diffusé dimanche, les fondateurs de Ben and Jerry’s ont affirmé que la récente décision prise par la compagnie de stopper la vente de ses produits dans les implantations n’était pas un boycott d’Israël.

« Je crois que l’indignation se base largement sur une désinformation. Je pense qu’on dit beaucoup que Ben and Jerry’s et Unilever [la société-mère] boycottent Israël, mais ce n’est pas du tout le cas », a dit Jerry Greenfield à Axios.

« Nous avons toujours été favorables à la solution à deux États mais la politique menée par le gouvernement israélien a été jusqu’à présent d’approuver les implantations dans les territoires occupés, ce qui rend de plus en plus dure la mise en place de la solution à deux États », a expliqué Ben Cohen.

« Je ne considère pas cela comme une manière de refuser d’investir de l’argent. Nous ne voulons tout simplement pas que nos glaces soient vendues dans les territoires occupés », a-t-il renchéri.

Greenfield et Cohen ont vendu la firme il y a des décennies et ils n’ont aucun contrôle sur ses opérations, même s’ils restent impliqués dans l’entreprise.

Le géant des glaces avait annoncé, au mois de juillet, cesser la commercialisation de ses produits dans ce qui, selon lui, étaient les « territoires occupés palestiniens » – la Cisjordanie et Jérusalem-Est de manière probable. Cette initiative survient alors que l’accord conclu avec sa franchise locale expirera à la fin de l’année 2022. Il ne sera pas renouvelé.

De son côté, Unilever a fait savoir que la compagnie espère continuer à travailler sur le territoire israélien et qu’elle s’oppose au mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions).

Toutefois, il est difficile de dire si les glaces Ben & Jerry’s pourront continuer à être commercialisées au sein de l’État juif quand l’interdiction sera mise en vigueur, à la fin de l’année prochaine, la loi israélienne interdisant la discrimination à l’encontre des citoyens qui vivent dans les territoires.

Interrogé sur la raison pour laquelle l’entreprise ne stoppait pas complètement ses ventes en Israël en raison de ce désaccord sur la politique gouvernementale, Cohen a immédiatement rejeté cette idée.

« Eh bien, j’ai eu des désaccords avec le gouvernement américain mais il était inenvisageable de cesser de vendre nos produits aux États-Unis. Je pense que c’est plutôt une bonne chose de s’impliquer dans un pays, ou d’être citoyen d’un pays et de savoir protester contre les actions commises par le pays en question », a répondu Cohen.

« Nous soutenons avec force le droit à l’existence d’Israël mais nous sommes opposés à une politique spécifique », a-t-il continué.

Ces camions dans l’usine du glacier Ben & Jerry’s de la zone industrielle de Beer Tuvia, le 20 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)

Les deux hommes ont été interrogés sur les accusations d’antisémitisme qui ont été lancées après l’annonce.

« Non, je n’ai pas été surpris et même si je m’y attendais, quand c’est arrivé, cela a été douloureux », a rétorqué Greenfield. « Je comprends la colère des gens. C’est une question très sensible pour de nombreuses personnes et très douloureuse pour beaucoup de gens. »

Cohen, pour sa part, s’est montré plus optimiste : « Tout s’est bien passé parce que cette accusation est absurde. Quoi, je suis anti-Juif ? Je suis Juif. Ma famille est Juive. Mes amis sont Juifs. »

Les deux hommes d’affaires ont également été interrogés sur la poursuite des ventes det glaces dans les états américains de Géorgie – qui restreint le vote – et du Texas – qui a récemment adopté une loi anti-avortement. Ils ont répondu que si la question méritait d’être prise en considération, une différence déterminante était que les implantations étaient vues comme illégales par le droit international.

« Ben & Jerry’s a soutenu ouvertement Occupy Wall Street, Black Lives Matter. Mais au fil des années, la firme a continué à augmenter ses ventes et à prospérer », a dit Greenfield.

Des manifestants pro-israéliens protestent à New York contre Ben and Jerry’s au sujet de son boycott des implantations, le 12 août 2021. (Crédit : Luke Tress/Flash90)

Le mois dernier, l’Arizona a été le premier état à désinvestir d’Unilever et de Ben & Jerry’s en réponse à son boycott des implantations.

Le Texas a officiellement ajouté Ben & Jerry’s et sa société-mère, Unilever, à la liste des firmes qui boycottent l’État juif, ouvrant la voie au désinvestissement par l’État d’environ cent millions de dollars. La décision a été rendue possible par la définition élargie d’Israël figurant dans loi sur le boycott qui a été adoptée au Texas et qui comprend « les territoires sous contrôle israélien » – soit la Cisjordanie.

Le New Jersey a fait savoir qu’il suivrait l’exemple de l’Arizona et du Texas tandis que New York, la Floride, l’Illinois, le Maryland et Rhode Island ont lancé des procédures officielles.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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