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Des immigrants fuyant l'Ukraine arrivent au bureau d'immigration et d'intégration de l'aéroport Ben Gourion près de Tel Aviv le 15 mars 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des immigrants fuyant l'Ukraine arrivent au bureau d'immigration et d'intégration de l'aéroport Ben Gourion près de Tel Aviv le 15 mars 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Israël accueille des immigrants ukrainiens. Mais quels seront leurs droits ?

Nombre d’immigrants s’attendent à rejoindre les « sans religion », ce qui les empêchera de se marier en Israël. La suspicion du rabbinat envers leur judéité devrait aller croissant

Vlad Melnik et Julie Shavkuta sont tous deux nés à Odessa, ville portuaire ukrainienne ravagée par la guerre ces dernières semaines.

Ils ont tous deux immigré en Israël pendant l’enfance, ont été naturalisés, fait leur service militaire et étudié à l’université. Finalement, ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux. Mais quand ils ont décidé de se marier, ils ont dû le faire à Prague.

Pourquoi ? Parce que, pour Israël, ni Melnik ni Shavkuta ne sont considérés comme Juifs, puisque ce sont leurs pères, et non leurs mères, qui sont juifs. En vertu de la loi juive, la halakha, la judéité est en effet matrilinéaire.

En l’absence de mariage civil en Israël, la seule façon pour des couples comme Melnik et Shavkuta de se marier légalement est de le faire à l’étranger.

Il s’agit d’une survivance de l’Empire ottoman : les mariages ne peuvent être célébrés que par les instances religieuses dont relèvent les couples – les Juifs par le rabbinat, les musulmans par les tribunaux islamiques et les chrétiens par leurs églises respectives. Ceux qui ne s’affilient à religion n’ont donc aucune possibilité de se marier légalement en Israël.

Face aux millions de personnes réfugiées de guerre suite à l’invasion russe, les responsables israéliens ont déclaré qu’ils accueilleraient tous les Ukrainiens éligibles à l’immigration. En vertu de la Loi du retour, toute personne ayant au moins un grand parent juif, ou un conjoint juif, est en effet éligible à la citoyenneté israélienne.

Toutefois, il est possible qu’un nombre significatif d’immigrants présentent le même profil que Melnik et Shavkuta : être assez juifs pour obtenir la citoyenneté, mais pas assez pour être mariés ou enterrés en tant que Juifs en Israël.

« J’ai servi dans la brigade Givati [une unité de combat de Tsahal], et aujourd’hui je travaille dans la haute technologie, je paie mes impôts, j’ai payé ma dette », a déclaré Melnik lors d’une audience sur les unions civiles au sein de la Commission des services religieux juifs de la Knesset, à la mi-février.

Vlad Melnik et Julie Shavkuta s’adressent à une audience du comité de la Knesset sur les unions civiles, via Zoom, le 15 février 2022. (Capture d’écran)

« Je ne vois pas pour quelle raison, alors que j’ai des devoirs en tant que citoyen, je n’ai pas le droit de me marier ici et suis obligé de le faire dans un pays
étranger. »

« Se marier dans un pays étranger, dans une langue étrangère, vous coupe du pays », a déclaré Shavukta à propos de leurs noces à Prague. « [La cérémonie] n’était pas en hébreu, c’est dommage. »

La députée Yisrael Beytenu Yulia Malinovsky a présidé l’audience de la Knesset sur la question des unions civiles. Elle a indiqué que la question braquait les projecteurs sur les citoyens « invisibles » de l’État d’Israël.

« Ces citoyens sont invisibles. Ils existent et n’existent pas aux yeux de l’État », a déclaré Malinovsky. « Quand ils doivent payer des impôts, ils existent. Quand ils doivent faire quelques jours en tant que réservistes ou faire leur service militaire, tout va bien, personne ne vérifie s’ils sont casher. Mais nous ne leur donnons pas le droit fondamental de fonder une famille. »

Avant que la guerre en Ukraine n’éclate, il y avait environ 500 000 citoyens israéliens dans la même situation que Melnik et Shavkuta – officiellement répertoriés comme n’ayant « aucune religion ».

Une fois que les combats auront pris fin et que la tension sera retombée, on ne sait pas combien d’autres immigrants ukrainiens se seront installés dans l’État juif. Jeudi, on estimait à 5 000 le nombre de nouveaux immigrants d’Ukraine et d’autres pays de l’ex-Union soviétique arrivés en Israël, et des milliers d’autres ont entamé la procédure, selon l’Agence juive.

Les responsables israéliens ont indiqué s’attendre à une vague de nouveaux immigrants en provenance de Russie, du fait de conditions de vie toujours plus difficiles, durcies encore par les sanctions internationales et la répression. Des dizaines de milliers – sinon des centaines de milliers – souhaiteraient rejoindre les quelque 1,2 million d’immigrants de l’ex-Union soviétique déjà en Israël.

« Juif », pas juif

Il est trop tôt pour savoir combien, parmi ces futurs nouveaux citoyens, ne seront pas répertoriés comme juifs halakhiques, mais comme « sans religion ». Il est toutefois possible qu’ils représentent la moitié des effectifs totaux.

Lors d’une conférence donnée au Jewish People Policy Institute mardi, le professeur Vladimir (Zeev) Khanin, professeur à l’université de Tel Aviv et originaire d’Ukraine, a présenté des statistiques montrant que, parmi les candidats à l’immigration en provenance d’Ukraine entre 2014 et 2018, 40 % avaient trois ou quatre grands-parents juifs, 22 % avaient deux grands-parents juifs, 21 % en avaient un et 23 %, aucun.

Des réfugiés juifs ukrainiens, fuyant la guerre en Ukraine, arrivent à l’aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, le 6 mars 2022. (Nati Shohat/Flash90)

La docteure Anna Prashizky, originaire de Russie, qui enseigne au Collège de Galilée occidentale et est spécialisée dans l’immigration en provenance de l’ex-Union soviétique, a déclaré que l’exclusion des immigrants russophones des rites sociaux peut être très douloureuse.

« C’est très triste parce que, en tant qu’anthropologue, je sais combien les rituels juifs liés aux mariages et aux enterrements sont revêtus d’une symbolique forte – j’appelle cela l’appartenance rituelle », a déclaré Prashizky. « Pour les immigrants, l’appartenance rituelle est très, très importante. »

Les nouveaux immigrants « sont des ‘rapatriés’, ils souhaitent appartenir à la communauté. Ce sont des citoyens israéliens à part entière, ils font leur service militaire, la plupart d’entre eux ont fait des études supérieures et, malgré tout, ils ne sont pas en mesure de se marier en Israël », a déclaré Prashizky.

La question concerne les mariages, mais aussi les enterrements. Dans la plupart des cimetières du pays, les Israéliens considérés « sans religion » ne peuvent pas être enterrés avec le reste de la population juive.

Certains cimetières ont des zones où ils peuvent être enterrés, mais il y en a peu et ils peuvent être éloignés. En outre, ces zones sont clairement séparées du reste des parcelles funéraires.

« Les mariages et les enterrements sont comme des portes symboliques pour appartenir à la communauté juive », a précisé Prashizky. « Et si vous opérez cette séparation symbolique, les gens ne se sentent pas les bienvenus, pas citoyens à part entière. »

Shlomit Ravitzki Tur-Paz, directrice du Centre pour la religion, la nation et l’État de l’Institut israélien pour la démocratie, a déclaré que les immigrants israéliens « sans religion » étaient globalement traités comme des Juifs, jusqu’à un certain point.

Culturellement, a déclaré Ravitzki Tur-Paz, « l’environnement les perçoit comme juifs » : ils reçoivent une éducation juive, sont en vacances au moment des fêtes juives et son traités dans l’armée comme tout autre Juif.

« Ils sont considérés comme faisant partie de la communauté juive. Là où cela diffère… c’est principalement en ce qui concerne le mariage.

Illustration : Le batiment abritant le Grand Rabbinat d’Israël à Jérusalem. (Flash90)

Traité avec suspicion

Même ceux qui seront répertoriés comme Juifs sont susceptibles de faire l’objet d’un examen minutieux de la part du rabbinat et des tribunaux rabbiniques, examen dont sont dispensés les Israéliens de naissance ou même les immigrants de la plupart d’autres origines.

La députée Yisrael Beytenu Elina Bardach-Yalov, originaire de Moscou, a confié au Times of Israël s’être sentie humiliée et dégradée au moment de faire enregistrer son premier mariage par le rabbinat, environ cinq ans après s’être installée en Israël à l’adolescence.

« Je me suis présentée avec tous les documents imaginables établissant ma judéité », a-t-elle rappelé à propos de son premier entretien au rabbinat de Rishon Lezion, dans le centre d’Israël.

Mais pendant deux heures et à plusieurs reprises, a-t-elle indiqué, le rabbin a mis en doute sa judéité et celle des membres de sa famille. Il a voulu savoir pourquoi sa grand-mère comprenait mais ne parlait pas yiddish, pourquoi les pierres tombales de ses arrière-grands-parents en Russie n’étaient pas écrites en yiddish, insinuant même que sa mère – qui avait un nom russe traditionnel – pouvait avoir été adoptée et ne pas être la fille biologique de sa mère.

« Ces suspicions étaient extrêmement blessantes », a déclaré Bardach-Yalov. Mais à 18 ans, avec des parents qui parlaient mal l’hébreu, elle s’est sentie impuissante face à la bureaucratie. Finalement, a-t-elle dit, le rabbinat de Rishon Lezion l’a adressée à un bureau de Bat Yam où un rabbin russophone a pu comprendre et finalement répondre à sa demande.

« Mais ce sentiment d’indignité, de doute, de ne pas être crue et de mettre en doute vos papiers… d’entrée de jeu, ils se disent que vous mentez, et vous devez prouver que vous dites la vérité », a-t-elle déclaré. « C’était désagréable, c’est le moins qu’on puisse dire. »

La députée Elina Bardach-Yalov, du parti Yisrael Beytenu, à une audience de la Knesset. (Noam Moskowitz/Porte-parole de la Knesset)

Rachel Stomel, qui travaille dans la communication pour le Center for Women’s Justice, affirme que les femmes juives originaires d’ex-Union soviétique ou d’Éthiopie ont souvent de mauvaises expériences et des difficultés avec le rabbinat. Les responsables rabbiniques sont, en certains cas, allés jusqu’à nier la judéité de certains immigrants.

« Ils doivent prouver, encore et encore – en majorité des Juifs russes ou éthiopiens – ils doivent prouver ad nauseam qu’ils sont casher », a regretté Stomel. « Quand ils arrivent dans le pays, ils font l’objet d’une enquête, quand ils se marient, ils font l’objet d’une enquête, quand leurs enfants se marient, ils font l’objet d’une enquête. »

« Et à tout moment, [leur judéité] peut être remise en cause, même s’ils ont des documents de l’État qui disent… vous êtes juif », a-t-elle ajouté. « C’est très angoissant pour eux sur le plan religieux, et aussi sur le plan juridique. Parce qu’un grand nombre de leurs droits civils dépendent de leur statut religieux – de leur statut religieux aux yeux de l’État. »

Beaucoup sont également obligés de subir des tests ADN pour prouver leurs liens avec leur famille et donc leur ascendance juive, ce que de nombreux immigrants estiment agaçant et injurieux.

Ravitzki Tur-Paz de l’Institut israélien pour la démocratie a déclaré que de nombreux Juifs d’ex-Union soviétique n’étaient pas en mesure de fournir le type de preuve d’appartenance à une communauté juive souvent exigé par le rabbinat.

« Parfois, c’est très gênant et parfois c’est vraiment cruel », a-t-elle déclaré. « Les gens ont l’impression qu’en dehors d’Israël, ils étaient considérés comme des Juifs, et parfois ils ont connu l’antisémitisme à ce motif et une fois ici, personne ne les considère comme des Juifs – ils sont bons pour l’armée mais ils ne sont pas bons pour le mariage. C’est un vrai problème. »

llustration : Un couple israélien photographié à l’occasion de leur mariage, dans un champ d’amandiers en fleurs, à Latrun le 25 février 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Pour beaucoup, la réponse est simple : la conversion. Mais les experts disent que c’est loin d’être simple, et les chiffres montrent que la plupart ne choisissent pas cette option.

« La conversion orthodoxe est un processus très, très difficile, parce que vous devez changer votre mode de vie », a déclaré Prashizky. « C’est aussi un processus bureaucratique très complexe, parce que vous devez passer un examen. On vous pose beaucoup de questions, cela suppose de beaucoup étudier. »

L’anthropologue Prashizky a déclaré qu’elle s’était elle-même convertie au judaïsme à son arrivée en Israël, puisque son père était juif mais pas sa mère (elle s’est également convertie après son arrivée). Aujourd’hui, a-t-elle indiqué, « respecter le Shabbat est très important pour moi ». Mais elle reconnaît que la conversion n’est pas pour tout le monde.

« Le processus est très, très difficile », a-t-elle déclaré. « Il y a beaucoup de suspicion envers les Juifs russes, parce que beaucoup de rabbins disent qu’ils ne se convertissent pas pour de bonnes raisons – ce qui est tout à fait juste, car il y a beaucoup de pression pour se convertir. »

En outre, a-t-elle dit, de nombreux immigrants d’ex-Union soviétique qui n’ont que des pères juifs « se sentent juifs » et ont été traités comme juifs dans leur pays d’origine. « Puis ils viennent en Israël, ils immigrent dans leur patrie historique… et les rabbins et les Israéliens leur disent : « Vous êtes des étrangers, vous n’êtes pas de vrais Juifs. C’est tragique pour eux. »

Des visages célèbres

Nombre d’Israéliens d’ex-Union soviétique devenus célèbres ont publiquement évoqué leurs difficultés concernant le mariage, ce qui a contribué à relancer le débat.

Du jour au lendemain, le gymnaste Artem Dolgopyat est devenu un héros en Israël en remportant une médaille d’or, en gymnastique au sol, aux Jeux olympiques de Tokyo l’an dernier. Le jeune homme de 24 ans, originaire de Dniepr, en Ukraine, avait immigré en Israël à l’âge de 12 ans, éligible à la citoyenneté en raison de la judéité de la mère de son père.

Artem Dolgopyat, médaillé d’or israélien en gymnastique artistique, se tient aux côtés de sa fiancée, Maria Sakovich, à son arrivée à l’aéroport Ben Gurion, le 3 août 2021. (AP Photo/Ariel Schalit)

Alors qu’Israël célébrait son triomphe – la deuxième médaille d’or olympique de l’histoire du pays – la mère du gymnaste a rappelé aux Israéliens son statut. « L’État ne l’autorise pas à se marier », a déclaré la mère de Dolgopyat, Angela Bilan, à une station de radio après sa victoire. « Il a une fiancée et ils vivent ensemble depuis trois ans, mais il ne peut pas se marier. »

L’intensité de ses entrainements et de son programme de compétition, a déploré Bilan, ne laissaient pas le temps à Dolgopyat d’aller à l’étranger se marier légalement.

Bien que le cas de Dolgopyat ait permis de remettre la question à la une des journaux et suscité un nouveau débat national – et international –, il demeure au second plan, même pour les responsables favorables l’idée d’une réforme du mariage.

A LIRE : Pourquoi Israël doit laisser son médaillé d’or en gymnastique se marier

Le ministre des Affaires religieuses, Matan Kahana, a exprimé son soutien à une certaine forme d’union civile, mais aucun progrès réel sur la question ne semble avoir été réalisé sous le gouvernement actuel, malgré la pression sans précédent de Kahana pour une réforme de la conversion au judaïsme et de la certification de casheroute.

Des années plus tôt, l’actrice israélienne Ania Bukstein, aujourd’hui célèbre pour son rôle dans « Game of Thrones », avait évoqué son expérience humiliante avec le rabbinat avant son mariage. Bukstein, répertoriée comme juive halakhique, s’était présentée au rabbinat de Tel Aviv quelques mois avant ses noces en 2013, pour s’entendre dire que sa judéité devait faire l’objet d’une enquête.

Bukstein, originaire de Moscou et issue d’une « famille juive des deux côtés », avait emménagé en Israël à l’âge de 8 ans, a-t-elle déclaré lors d’une audience à la Knesset en 2014. Néanmoins, a-t-elle dit, elle avait dû se plier à la pratique « absurde » d’une enquête sur sa judéité pour que le rabbinat accorde une licence de mariage.

Bukstein a déclaré qu’elle et sa mère s’étaient présentées au rendez-vous avec son certificat de naissance, ainsi que celui de sa mère et de sa grand-mère, tous les identifiant comme juives. « Et même ainsi, ça ne leur a pas suffi », a-t-elle déclaré. « Le rabbin nous a demandé d’apporter l’acte de naissance de mon arrière-grand-mère », ce qu’elles n’avaient pas en leur possession et ne savaient pas comment obtenir.

L’actrice Ania Bukstein au Prix Sapir de littérature, le 16 janvier 2012. (Gideon Markowicz/Flash90)

Tentée de renoncer à un mariage nécessitant l’approbation du rabbinat pour aller se marier à l’étranger, Bukstein a déclaré à l’audience de la Knesset avoir toutefois persisté : « C’était important pour nous, mon mari, ma mère, moi. J’avais le sentiment que mes enfants, si je ne passais pas par ce processus à ce moment précis, devraient le subir eux-mêmes lorsqu’ils voudraient se marier. »

L’organisation à but non lucratif Shorashim, affiliée à Tzohar, a aidé Bukstein à retrouver le document manquant et, après une nouvelle audience, à obtenir sa licence de mariage.

« Cela a été une expérience épuisante, très pénible, blessante », a-t-elle raconté. « Je pense que le rabbinat – un organisme supposé rassembler les gens – crée en fait beaucoup d’antagonisme et agit comme un tyran à tous points de vue. »

La clause du grand-père

Pendant des années, les politiciens de droite et ultra-orthodoxes ont exprimé le souhait de modifier la Loi du retour pour exclure ceux qui ne sont pas considérés comme halakhiquement juifs, c’est-à-dire ceux dont la mère n’est pas Juive.

En 2020, le député Bezalel Smotrich – à l’époque membre du parti Yamina, parti du Premier ministre Naftali Bennett – a présenté un projet de loi demandant l’annulation de la prétendue « clause du petit-enfant », pour réserver le droit d’immigrer à ceux dont un parent au moins est juif.

En 2019, le ministre de l’Intérieur de l’époque et dirigeant du Shas, Aryeh Deri, avait exprimé son mécontentement à l’égard de la formulation actuelle de la Loi du retour, adoptée en 1950.

« Si j’avais légiféré à l’époque, je l’aurais fait différemment », a-t-il déclaré lors d’une réunion électorale. « À notre grand regret », a-t-il ajouté, « des centaines de milliers d’immigrants d’ex-Union soviétique qui ont immigré en vertu de la Loi du retour ne sont pas Juifs selon la loi juive, et ils sont sur notre sol, malheureusement. »

Prashizky, du Western Galilee College, a déclaré que le pouvoir de ces forces politiques – même si elles ne sont pas actuellement au gouvernement – ne l’incitait pas à l’optimisme quant au sort qui sera réservé aux immigrants ukrainiens.

« C’est beau et étonnant de voir ces citoyens israéliens se porter volontaires pour accueillir des réfugiés d’Ukraine, Juifs et non Juifs », a-t-elle déclaré.

Mais d’un autre côté, « en Israël aujourd’hui, nous avons des problèmes avec les immigrants arrivés il y a 30 ans, qui ne parlent que l’hébreu, qui sont pleinement israéliens, qui sont pleinement intégrés, qui ont fait leur service. Cela reste un gros problème. Donc, malheureusement, je ne suis pas très optimiste pour cette vague d’immigrants, parce qu’ils seront sans doute perçus comme des étrangers, et c’est très triste. »

« Les orthodoxes ont beaucoup de pouvoir pour tout ce qui concerne le statut personnel des citoyens, particulièrement dans en matière de mariage et d’enterrement », a-t-elle ajouté.

Ravitzki Tur-Paz, de l’Institut israélien de la démocratie, a évoqué l’existence de ressorts contradictoires au sein de la population israélienne : des préoccupations démographiques contre une culpabilité à l’ancienne.

« Le cas ukrainien est ambivalent », a-t-elle déclaré. D’une part, on pourrait arguer que nous ne voulons pas accueillir autant de non-juifs, parce qu’il y aurait alors un danger que le mariage mixte se banalise, alors même que nous souhaitons que cette terre demeure celle du peuple juif. »

« Mais d’un autre côté, si vous avez des liens de parenté avec quelqu’un de Juif… et que vous êtes en danger, nous serons votre refuge », a-t-elle déclaré. « Ces Juifs sont en danger, alors rappelons-nous nos grands-parents, qui étaient eux aussi en danger, il y a 70, 80 ans. »

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